
Le colloque Lippmann | Nouvelle naissance du libéralisme
INTRODUCTION
En 1937, le journaliste et écrivain Walter Lippmann faisait paraître son ouvrage An Inquiry into the Principles of the Good Society ("Une Enquête sur les Principes de la Bonne Société), renommé The Good Society dès 1938, et qui sera traduit en français sous le titre : "La Cité libre", Paris, Librairie Médicis, 1946). L'ancien président de la Harvard Socialist Club (1908) ne partageait alors plus le compagnonnage des intellectuels de la Fabian Society (Société fabienne), globalement peu radicale du point de vue politique. C'est la lecture de ce livre, mais plus globalement sa préoccupation de lancer, par différents médias de communication, "l'offensive du néo-libéralisme"* qui pousse le philosophe Louis Rougier (1889-1982) à organiser un colloque "Walter Lippmann" à Paris, au sein de l’Institut International de Coopération Intellectuelle, du 26 au 30 août 1938.
Dix ans auparavant, Rougier écrivait un essai très proche de celui de Lippmann, intitulé La Mystique démocratique | Ses origines, ses illusions (Paris, Flammarion, Bibliothèque de Philosophie scientifique, 1929), dans lequel il défendait un "libéralisme constructeur" dont on retrouve différentes idées fondatrices dans les textes des ordolibéraux allemands : opposition au laissez-faire, anti-monopolisme sur la base d'un "ordre juridique tel que la possibilité de la libre concurrence soit toujours sauvegardée", renvoi dos à dos du planisme et du "laissez-faire" pour une troisième voie, etc.
* Louis Vallon, "Offensive du néo-libéralisme", article de Syndicats (1936-1940, hebdomadaire affilié à la CGT), du 4 janvier 1939.
Librairie Médicis : Fondée par Marie-Thérèse Génin, une des très rares femmes qui seront accueillies à la Société du Mont Pèlerin (cf. Friedrich Hayek), née en 1906, licenciée es-lettres, qui a été la collaboratrice de plusieurs députés de droite des Vosges, entre 1927 et 1936, avant que l'industriel Marcel Bourgeois, qui dirige le Bureau de documentation du Comité des Industries Chimiques de France, dont le but est de "lutter contre les idées jugées subversives dans le monde du travail", ne lui propose de l'embaucher, mais aussi de fonder une maison d'édition, ce qu'elle fera avec la collaboration de Louis Rougier et de Louis Baudin, professeur d'économie à la Faculté de droit de Paris et à HEC (Denord, 2002), Bourgeois finance, par ailleurs, "de la propagande anticommuniste ainsi que le Parti Populaire Français" (Denord, 2001), organe d'extrême-droite.
Fabian society : "du nom de Fabius Maximus, général romain du III° siècle av. notre ère, surnommé Cunctator (le temporisateur) pour sa tactique prudente consistant à éviter toute bataille décisive avec Hannibal" (Archives Internet marxistes), sorte de think tank d'inspiration socialiste fondé en 1884, attachée au pragmatisme, à une volonté de réformes sociales progressives s'appuyant sur la théorie de l'évolution, plutôt qu'à une révolution. Rejetant la lutte des classes, les fabianistes ont dans l'ensemble pour modèles des philosophes comme John Stuart Mill ou Herbert Spencer plutôt que Marx et Engels (Terrier, 2019). Ce tableau général n'est qu'un modeste aperçu d'une école de pensée globalement centriste mais qui n'est pas monolithique (à la fois dans le temps et selon leurs auteurs) et abrite aussi chez certains membres des idées très révolutionnaires.
Parmi ses membres les plus connus, citons les écrivains George Bernard Shaw et H. G. Wells, les économistes et époux Sydney et Béatrice Webb, ou encore les féministes Emmeline Pankhurst et Annie Besant.
"C’est un personnage aujourd’hui peu connu, dont on ne retient habituellement que le rôle d’intermédiaire entre Vichy et la Grande-Bretagne et des ouvrages comme Mission Secrète à Londres et Les accords secrets franco-britanniques, où il tente d’accréditer l’idée d’un double jeu du maréchal Pétain. Les éléments qu’il met en avant pour défendre sa thèse sont bien maigres et certains des documents utilisés sont escamotés, si bien que Louis Rougier inspire la méfiance à l’historien : il « mêle avec grand art le vrai et le faux, la sincérité et la supercherie, la bonne foi et l’escroquerie ». Sa défense du maréchal Pétain lui a d’ailleurs valu d’être exclu de l’Éducation Nationale de 1948 à 1955, année où il obtient une chaire de philosophie scientifique à Caen."
Denord, 2001 ; citation de l'historien Robert Frank, "Vichy et les Britanniques 1940-1941 : double jeu ou double langage ?", article de l'ouvrage collectif "Vichy et les Français", dirigé par Jean-Pierre Azéma et François Bédarida, Paris, Fayard, 1992, p. 146).
Rougier mena une intense campagne en faveur du retour du libéralisme, "proposant, à la suite de Walter Lippmann, de substituer au libéralisme classique un « libéralisme constructeur », qui suppose « un ordre juridique tel que la possibilité de la libre concurrence soit toujours sauvegardée ». (Denord, 2002, citation de L. Rougier, "Les Mystiques économiques", Paris, Librairie Médicis, 1938, p. 34).
Notons que la Fondation Rockefeller lui commande une étude sur les intellectuels en Europe Centrale en 1934 et aidera financièrement les universitaires fuyant les régimes totalitaires, en particulier ceux issus des écoles autrichienne et allemande en exil. Ajoutons à tout cela, toujours dans les années 1930, trois établissements importants qui sont autant de relais institutionnels et cosmopolites enrichissant le "capital social collectif" de réseaux variés, à dimension internationale (Denord, 2002), et nous aurons un tableau conséquent de la force de frappe de cette intelligentsia libérale qui entend doper à nouveau l'idéologie capitaliste un temps secoué par les succès des systèmes de pensée et de pratiques socialisantes : Le Congrès des économistes de langue française, organisation internationale d'économistes universitaires, la Chambre de commerce internationale, groupe de pression patronal, l'Institut universitaire des Hautes Etudes Internationales (IUHEI), financé lui aussi, nous l'avons déjà vu, par la Fondation Rockfeller (cf. A l'ombre des Etats-Unis, le monde de Jean Monnet)
Hormis deux Américains, Lippmann lui-même et son ami Bruce Campbell Hopper (1892-1973), professeur de sciences politiques à Harvard et expert de l'Union soviétique, une trentaine d'invités (ils seront finalement 26 participants*) triés sur le volet et invités du colloque sont Européens, tout comme les premiers économistes ordolibéraux. Certains ne viendront pas, comme Luigi Einaudi (1874-1961), économiste et second président d'Italie ; Francesco Saverio Nitti (1868-1953), journaliste, professeur d'économie, plusieurs fois ministre et Président du Conseil en Italie ; le philosophe espagnol José Ortega y Gasset (1883-1952), l'historien néerlandais Johan Huizinga (1872-1945), ou encore Lionel Robbins (1898-1984), professeur à la London School of Economics and Political Science (LSE) de 1929 à 1961, puis directeur au Financial Times.
* Raymond Aron (France), Roger Auboin (France), Louis Baudin (France), Marcel Bourgeois (France), José Castillejo (Espagne), John Bell Condliffe (Grande-Bretagne), Auguste Detoeuf (France), Friedrich von Hayek (Grande-Bretagne), Michael Heilperin (Pologne), Bruce Hopper (Etats-Unis), Bernard Lavergne (France), Walter Lippmann (Etats-Unis), Étienne Mantoux (France), Robert Marjolin (France), Louis Marlio (France), Ernest Mercier (France), Ludwig von Mises (Autrichien naturalisé Américain), André Piatier (France), Michael Polanyi (Grande-Bretagne), Stephan Possony (Autriche), Wilhelm Röpke (Allemand exilé en Suisse à partir de 1937), Louis Rougier (France), Jacques Rueff (France), Alexander Rüstow (Turquie) Alfred Schutz (Autriche) Marcel van Zeeland (Belgique).
cf. Jurgen Reinhoudt et Serge Audier, The Walter Lippmann Colloquium | The Birth of Neo-Liberalism, Cham [Suisse], Palgrave Macmillan, 2018.
Ainsi, nonobstant l'influence majeure de la "deuxième école de Chicago" (vs. la "première école", cf. partie II, Ordolibéralisme...), mais qui sera tardive et dont nous parlerons dans le prochain volet, le colloque Lippmann, comme le plein essor de l'ordolibéralisme, nous montre bien que l'Europe est bien le principal creuset de ce libéralisme revisité qui, au fur et à mesure, constituera l'architecture politico-économique de la future Union européenne.
cosmopolites : "Ce que Marcel Mauss rappelle à propos du prophétisme religieux (« c'est dans les milieux déjà cosmopolites que le cosmopolitisme religieux fut fondé ».) vaut aussi pour les univers économiques ou politiques. Qu'il trouve son origine dans l'appartenance à la classe dominante (vacances en famille à l'étranger, voyages d'études, missions confiées par de grands organismes publics ou privés) ou qu'il soit imposé, selon des degrés divers, par le contexte politique (cas de ceux qui fuient les régimes franquiste, fasciste et nazi pour échapper à la terreur intellectuelle ou à la haine raciale), le cosmopolitisme, au sens étymologique du terme, reste le plus petit commun dénominateur aux participants du Colloque Lippmann. Onze d'entre eux ne vivent pas dans leur pays d'origine, dont six pour des raisons politiques, huit ont passé toute ou partie de leur scolarité à l'étranger, la plupart sont polyglottes, etc. (Denord, 2002)
Luigi Einaudi : Il avait entretenu une polémique marquante avec le philosophe Benedetto Croce (1866-1952), à partir de l'essai de Croce intitulé Liberismo e liberalismo (1927) : cf. note suivante.
controverse : Pour l'Italien Benedetto Croce, "le libéralisme se distingue du libérisme en ce qu’il a toujours refusé de faire de la liberté économique la « loi suprême de la vie sociale. »" (Jacques de Saint Victor, "Libéralisme, néolibéralisme, social-libéralisme, libérisme et plus si affinités...", article de la Revue des Deux Mondes, octobre 2015) Nous avons vu par les faits que Croce se trompe complètement et que les philosophes libéraux eux-mêmes ont fondé l'ensemble de la dynamique sociale sur la primauté de l'économie. Faire croire, donc, que le "libérisme", qu'on appellera plus tard "ultralibéralisme", "néolibéralisme" est un libéralisme perverti est une tromperie. Le libéralisme, politique et économique, dont nous avons détaillé les théories et les pratiques, a tout simplement conçu et organisé un nouveau système ploutocratique sur des bases sociales inégalitaires, qui a évolué et fini par devenir un super-prédateur pour les sociétés humaines sur tout le globe.
En 1923, déjà, le journaliste italien Piero Gobetti (1901-1926), dénonçait la confusion entre libéralisme et "libérisme" dans son livre intitulé Rivoluzione liberale et reprochait "au libérisme d’ignorer et d’exclure le prolétariat, sans toutefois vouloir un « socialisme libéral ». Le libérisme doit reconsidérer ses principes, contre la mainmise des oligarchies mais aussi la mystification de l’harmonie universelle des intérêts. Intégrant (à la manière de Comte et Dunoyer) la lutte des classes au libéralisme, Gobetti allait peut-être refonder véritablement le libéralisme, s’il n’avait été assassiné par les fascistes à l’âge de 26 ans." (Fabrice Copeau, "Alain Laurent, Le Libéralisme américain : Chapitre 3 – 1890-1925 : « socialisme libéral » contre libéralisme classique", article du média Contrepoints, 6 avril 2012).
Pour Einaudi, ce n'est pas à l'économiste "de fixer les objectifs à atteindre, mais au politicien ou au philosophe-politicien. L’économiste n’a pour tâche que de trouver une technique adéquate pour atteindre les objectifs fixés par le politicien ; il doit se limiter à « calculer » la manière la plus appropriée d’atteindre les objectifs fixés par les autres. Le libéralisme n’est rien d’autre que la méthode la plus appropriée pour trouver une telle solution."
(Marcello Montanari, Croce ed Einaudi: un confronto su liberalismo e liberismo, article de l'encyclopédie italienne Treccani).
PARTICIPANTS ET DEBATS
DU
COLLOQUE LIPPMANN
Raymond Aron (1905-1983) : Ressemble-t-il encore au jeune militant de la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière) qu'il est devenu en 1926, ou à celui qui soutient sa thèse de doctorat de Lettres, par la question : "Pourquoi suis-je socialiste ?", la même année que le colloque ? (Sirinelli, 1984). Probablement pas. Et d'ailleurs, "nous devons commencer par reconsidérer sa participation marginale par rapport à l’activité politique des étudiants socialistes de l’École normale supérieure entre 1924 et 1928." (Stewart, 2025). En 1937, comme l'économiste Robert Marjolin (cf. plus bas) ou le statisticien Alfred Sauvy, tous les deux conseillers déçus du Front Populaire, ou encore et Roger Auboin (cf. plus bas), il avait critiqué la politique économique du Front Populaire, mais il le fait "dans la Revue de métaphysique et de morale, pour ne pas être associé à la droite." (Audier, 2025),
"Cet article était concentré sur deux décisions qui, selon lui, vouaient la politique économique du Front populaire à l’échec : le refus de la dévaluation de la monnaie avant septembre 1936 et, dans le même mois, la mise en œuvre de la semaine des 40 heures. Il critiqua également la logique redistributrice sous-jacente au programme économique du gouvernement Blum. En concédant de fortes hausses de salaires et des réductions d’heures de travail lors de l’agitation ouvrière de l’été 1936, le gouvernement avait omis de considérer que ces réformes, aussi souhaitables soient-elles, dépendaient, en définitive, d’améliorations à long terme de la productivité de l’économie française. Par ailleurs, Aron était également sceptique quant aux réformes structurelles préconisées comme alternative à la politique du Front populaire par la gauche planiste." (Stewart, 2025).
"la réduction à quarante heures ne pouvait que réduire les ressources disponibles et par suite le niveau de vie. Lorsque le président du tribunal de Riom l'a dit à Blum, celui-ci a déclaré : 'c'est la première fois que je l'apprends.' En d'autres termes, l'ignorance économique des gouvernements, à l'époque, était inconcevable, totalement inconcevable aujourd'hui. [...] D'un côté, à coup sûr, ça a été un grand mouvement de réforme sociale, mais de l'autre côté, ça a été une politique économique absurde, dont les conséquences ont été lamentables." (Aron, 1981).
"Or, il n’y avait pas d’équilibre économique, social, politique possible, aussi longtemps que la stagnation de l’activité obligeait à partager, entre des appétits croissants, un revenu stationnaire. Tant que la richesse collective n’augmentait pas, on ne pouvait satisfaire les aspirations des uns, si légitimes fussent-elles, qu’aux dépens des exigences accoutumées des autres." (Aron, 1946, p. 106).
Aron est applaudi par le cercle de X-crise, qui malgré ses critiques contre le libéralisme, défendent le capitalisme (cf : Travail, Famille, Profit, 2). C'est probablement à ce rapprochement qu'il doit son invitation au colloque. Ce point nous permet de rappeler (cf. note ci-dessous) à quel point les invités du colloque Lippmann, à l'image de tous nos dirigeants, sont des hommes qui s'appuient de manière essentielle sur des réseaux influents.
réseaux : Un certain nombre de participants du colloque "se connaissaient depuis longtemps au travers de différentes institutions : il y avait plusieurs anciens membres du séminaire de Mises à Vienne [1919-1934, NDR] (par exemple, Hayek et Schütz) ; deux figures de la LSE* (Hayek encore, qui y enseignait aux côtés de Lionel Robbins, lui-même ancien participant du séminaire de Vienne, ainsi que l’économiste Condliffe) ; des Français qui étaient plus ou moins des participants réguliers du groupe « X-Mines » des Polytechniciens (Detoeuf, Rueff, etc.) ; des chercheurs qui travaillaient à l’École Normale Supérieure aux côtés de Célestin Bouglé** au Centre de documentation sociale (Aron et Marjolin) ; et plusieurs associés au Comité international de coopération intellectuelle (comme Castillejo), lieu où se tenait le Colloque Lippmann."
"The Walter Lippmann Colloquium...", op. cité, p. 11
* London School of Economics
** Célestin Charles Alfred Bouglé (1870-1940), philosophe et sociologue, a influencé R. Aron dans sa jeunesse, qu'il eut comme élève de philosophie à la Sorbonne. Un autre philosophe, Elie Halévy (1870-1937), a aussi influencé Aron vers le libéralisme, comme Graham Wallas (1858-1932) l'avait fait pour son disciple W. Lippmann (Nicolas Baverez, "Raymond Aron, un moraliste au temps des idéologies", Paris, Flammarion, 1993). Wallas était par ailleurs membre de la Fabian Society, cofondateur de la London School of Economics...
Aron rencontre Hayek pour la première fois au colloque, où il est chargé de prendre en note les débats, dont seules les interventions en langue française et allemande ont été dactylographiées, l'évènement ayant été préparé à la hâte en quelques jours, sans projet de publication (Serge Audier, "Le Colloque Walter Lippmann. Aux origines du « néo-libéralisme ", Bordeaux, Edition Le Bord de l'eau, 2012, nouvelle édition de 2021). Il critique l'apologie extrémiste du marché que défend Hayek, qu'il désigne avec d'autres comme néo-libéral, tandis que lui se rapproche dans les années 1930 de Keynes et des partisans du Welfare State ("Etat Providence") de Sir William Beveridge (cf. L'après-guerre 39/45 : Le visage de la gauche). Au sortir de la deuxième guerre mondiale il écrit "La chance du socialisme", un article paru dans la revue Les Temps modernes, N° 2, en novembre 1945 (p. 227-247), où il se félicite de la victoire du Parti travailliste en Angleterre, dirigé par Clement Attlee, qui "n'offrait pas un programme transcendant, il parlait de maisons, de sécurité sociale, de nationalisations, mais du moins il parlait de ce qui intéressait le public." et que l'ensemble des économistes libéraux, sans surprise, voyaient comme "l’approche de la servitude universelle sous le joug des fonctionnaires" (R. Aron, La chance... op. cité, pp. 227-228). Question : Que faisait Raymond Aron, finalement, au colloque Lippmann ? Pourquoi n'évoque-t-il pas cet évènement dans ses Mémoires ? (Audier, 2025). On a peut-être un élément de réponse par son discours (aujourd'hui perdu) prononcé l'année suivant le colloque, en 1939, pour l’inauguration du Centre d’Études pour la Rénovation du Libéralisme, sorte d'ancêtre direct de la Société du Mont-Pèlerin, mais encore plus dans l'exposé qu'il fait devant la Société française de Philosophie (Aron, 1939), où il promeut une démocratie gouvernée "par des élites ayant la capacité technique nécessaire et un engagement idéologique en faveur de la démocratie. Considérant qu’un minimum de liberté économique est une condition préalable à la liberté politique, Aron suggère que la planification démocratique devrait recourir à l’expertise industrielle capitaliste, la planification s’établissant ainsi comme le fondement, non pas des conflits, mais de la coopération des classes." (Stewart, 2025 ; cf. Aron, 1939).
planification : "Les partisans de la planification pouvaient s’appuyer sur la Théorie de l’Equilibre Général (TEG) de Walras* pour promouvoir la planification. La TEG, en avançant la possibilité de définir l’équilibre mathématiquement, peut justifier la planification si nous connaissons toutes les équations régissant l’économie, car dans ce cas l’optimum n’est plus un point inconnu, mais au contraire prévisible. A cet effet, la TEG semble démontrer, pour les défenseurs de la planification, la possibilité d’organiser l’économie en vue d’atteindre des fins définies." (Stéveny, 2022)
* Léon Walras (1834-1910), économiste français, cf. en particulier Eléments d’économie politique pure ou Théorie de la richesse sociale, Lausanne, 1874. L'auteur est souvent qualifié de socialiste libéral Pour Walras, la "répartition égalitaire des richesses ne peut pas être retenue comme une solution du problème social, car elle nie la liberté de la personne. On comprend en effet que si la mise en commun d’un pot de confiture peut, à la rigueur, être unanimement acceptée au sein d’une petite communauté enfantine, il n’en va plus de même lorsque les enjeux deviennent plus importants et lorsque le groupe s’élargit. Walras s’en tient donc à la procédure des Éléments d’économie politique pure, qui laisse entière la liberté de chacun.
« Si chacun de nous produisait tout ce qu’il consomme, et ne consommait que ce qu’il produit, non seulement sa production serait réglée en vue des besoins de sa consommation, mais sa consommation aussi serait déterminée par l’étendue de sa production... Eh bien ! Il ne faut pas que grâce à la spécialité des occupations, certains d’entre nous, qui auront produit peu, consomment beaucoup, tandis que certains autres, qui auront produit beaucoup, consomment peu »" (Herland, 2000 ; citation de L. Walras, "Études d’économie sociale", 1896).
Nous y reviendrons. Notre conviction est que Walras est bien plus libéral que socialiste.
Chaque agent décide alors de ses échanges de façon à maximiser sa seule satisfaction, ainsi qu’on l’a vu plus haut, ce qui le conduit à égaliser les utilités marginales (par franc de dépense ou de recette) de tous les biens qu’il détient. L’hypothèse de maximisation permet d’exprimer la rationalité des agents qui cherchent à tirer le meilleur parti des ressources rares dont ils disposent, mais elle ne rend pas l’échange juste pour autant. Pour qu’il le soit, il doit laisser inchangées les positions relatives des agents, ce que Walras justifie en ces termes :
"Ce qui est essentiel dans l’idée d’un régime démocratique, c’est d’abord la légalité : régime où il y a des lois et où le pouvoir n’est pas arbitraire et sans limites. Je pense que les régimes démocratiques sont ceux qui ont un minimum de respect pour les personnes et ne considèrent pas les individus uniquement comme des moyens de production ou des objets de propagande." (Aron, 1939).
On pourrait conclure qu'Aron était sans doute devenu rapidement un libéral humaniste très classique, emprunt du conservatisme social du libéralisme historique, se satisfaisant d'une société de classes dominée de manière saint-simonienne* par son élite experte, attentive à un "minimum" de respect envers les citoyens, très soucieux d'organiser l'économie, non pas à partir des exigences de la justice sociale, mais à partir de critères politiques et économiques formalisés par le libéralisme historique. En mars 1943, il soulignera l'importance morale et technique décisive du renouvellement des élites" : (Stewart, 2025 ; Aron, 1944 : pp 247 ; 365-382) et à la fin de l'année, il affirmera que c'est "un fait irrécusable que la prospérité et la grandeur d’une nation dépendent en une large mesure de la minorité qui tient les postes de commande." (Aron, 1946, p. 103).
* "il suggère que la planification économique de l’après-guerre devrait être saint-simonienne dans l’inspiration plutôt que socialiste parce que, alors que l’idéal socialiste susciterait la confrontation, celui de Saint-Simon offre une possibilité de collaboration sincère entre les classes sociales." (Stewart, 2025 ; cf. Aron, 1946, p. 177).
Ainsi, si Aron accepte une forme de planification, sa démarche s'appuie "sur une vaste concertation, axée sur la modernisation et l’efficacité plutôt que sur la socialisation et la redistribution" et " servirait, en fin de compte, à donner une leçon de vertu civique [...] Bien que cette conception se distingue de celle de l’ensemble des socialistes dans le débat sur les mesures planificatrices à prendre en temps de guerre, elle se révélera étroitement alignée sur le modèle de planification finalement établi au Commissariat général au Plan en 1946 par Jean Monnet, Robert Marjolin et Étienne Hirsch." (Stewart, 2025).
Raymond Auboin (1891-1974) : Economiste, directeur général de la Banque des règlements internationaux de 1938 à 1958, auteur de différents ouvrages sur la question monétaire qui, comme Aron et Marjolin avait été en faveur du Front Populaire, avant de formuler des critiques contre sa politique. Il contribuera dans les années 1930 à la publication pro-européenne L’Europe nouvelle, créée et dirigée par la journaliste et militante politique et féministe Louise Weiss (1893-1983), une revue destinée à l'expression des idées européennes de l'élite internationale, tels Marjolin (avec qui Auboin est très lié) ou Auguste Detoeuf (cf. plus bas).
Louis Baudin (1887-1964) : Juriste et économiste, il admire le régime du dictateur António de Oliveira Salazar, qui a gouverné au Portugal de 1933 à 1974. A l'instar de Mises, Rougier, Marjolin ou encore Castillejo, et d'autres encore, il partage les mêmes opinions antidémocratiques que plusieurs théoriciens de l'ordolibéralisme (cf. partie précédente), soucieux de distinguer une "démocratie libérale", sous le contrôle des élites, d'une "démocratie socialiste" plus libre : "De nombreux participants ont montré une grande réserve vis-à-vis de la « démocratie socialiste » et ont souligné la nécessité de fixer des limites au processus démocratique afin d’éviter la création d’une « démocratie socialiste » détachée d’un État de droit prévisible." (The Walter Lippmann Colloquium, op. cité). Comme Rüstow, Mantoux ou Detoeuf, il a "explicitement condamné le libéralisme économique d’avant 1914." (op. cité). Influencé par le catholicisme conservateur (cf. La révolution conservatrice), il soutient que les membres du nouveau mouvement seraient considérés "comme 26 disciples de Bastiat, voire d’Yves Guyot ou de Molinari " (The Walter L..., op. cité). Au cours du colloque, on discutera de savoir comment renommer ce libéralisme réformé auquel les participants aspiraient, et Baudin proposa le terme "individualisme", inspiré en particulier à l'élitisme aristocratique de Nietzche contre la médiocrité des masses : on voit encore qu'étudier le libéralisme nous ramène très souvent à l'aristocratie, au gouvernement des meilleurs, l'aristoi des Grecs (cf. Athènes, une parodie de démocratie). Rougier proposera "néolibéralisme", après avoir évoqué dans ses livres un "libéralisme constructeur", opposé au libéralisme individualiste, car un vrai libéral, à ses yeux, devait se préoccuper "des droits de tous les individus vivant dans une communauté politique." (The Walter L..., op. cité). Dans le même ordre d'idée d'un libéralisme associé au progrès social, Jacques Rueff (cf. plus bas) proposa "libéralisme de gauche", Louis Marlio (cf. plus bas) suggéra "libéralisme positif", "libéralisme social" mais aussi d'adopter le terme préféré de Rüstow : "néo-libéralisme", qu'a finalement adopté aussi Röpke et qui, nous l'avons vu, se popularisera.
Bastiat : Frédéric Bastiat (1801-1850), économiste libéral catholique, adversaire notamment de Proudhon et de Louis Blanc prônant en particulier l'individualisme et un Etat minimal.
Yves Guyot : (1843-1928), journaliste, économiste, adversaire de la Commune, farouchement anti-socialiste et libre-échangiste, il est aussi anticlérical et féministe.
Molinari : Gustave de Molinari (1819-1912), économiste belge disciple de Bastiat, très libre-échangiste et considéré comme le fondateur de l'anarcho-capitalisme, défendant un capitalisme associé à un individualisme radical, débarrassé de l'Etat.
Marcel Bourgeois (1877-1945) : Industriel, secrétaire général du Comité des Industries Chimiques de France : voir plus haut la note "Librairie Médicis"
José Castillejo (1877-1945) : juriste espagnol en exil depuis l'arrivée de Franco au pouvoir, auteur en particulier de War of Ideas in Spain: Philosophy, Politics and Education (Londres, John Murray, 1937). Il soutient que "l’intervention de l’État ne peut être qualifiée de bonne ou de mauvaise a priori". (The Walter Lippmann Colloquium... op. cité). A l'instar de Rougier, Marjolin et Baudin (cf. plus bas), il exprime "de vives inquiétudes concernant la démocratie « majoritaire » ou la démocratie « socialiste »" (op. cité).
John Bell Condliffe (1891-1981) : économiste néo-zélandais entré à la Société des Nations (SDN), où il rédigera les six premières World Economic Survey ("Enquêtes économiques mondiales"), entre 1931 et 1937, au sein de l'Economic, Financial, and Transit Department. En 1938 il devient maître de conférences à la London School of Economics... Comme Detoeuf, ou Mantoux, il distinguait le capitalisme du libéralisme, allant jusqu'à affirmer que le système capitaliste du XIXe siècle était "à plus d'un égard, antilibéral" (The Walter Lippmann Colloquium... op. cité). En 1934, Condliffe accepta l'invitation de l'Ecole des sciences corporatives de Pise (Italie), dirigée par un ministre fasciste, Giuseppe Botai, à rédiger un texte sur l'interventionnisme et le dirigisme de l'Etat. Sans être sympathisant fasciste, Condliffe, comme différents néolibéraux, était sensible aux thèses dirigistes (op. cité).
Auguste Detoeuf (1891-1981) : Polytechnicien, industriel, il sera de 1928 à 1940 le premier président d'Alsthom, filiale de la Compagnie française pour l’exploitation des procédés Thomson-Houston, elle-même issue de la compagnie américaine Thomson-Houston Electric Company, fondée par Elihu Thomson et Edwin Houston dans les années 1880. Detoeuf avait prononcé le 1er mai 1936 un discours lors d'une réunion du Centre polytechnicien d'études économiques (X-crise), intitulé "La fin du libéralisme". Rappelons qu'il sera anti-communiste, collaborationniste actif du régime de Vichy : cf. Vichy et le Capitalisme dans Travail, Faille, Profit (2) : Occupation et Collaboration 1940-1945). Ce qui ne l'empêchera pas d'affirmer : "l'idée de justice coexiste parmi certains d'entre nous avec l'idée de liberté et les différencie des libéraux manchesteriens" (The Walter Lippmann Colloquium... op. cité). L'industriel ira même jusqu'à inviter "la philosophe Simone Weil à examiner et à décrire les conditions de travail dans ses usines." (op. cité). En mai 1937, il cofondera les Nouveaux Cahiers avec le banquier polytechnicien Jacques Barnaud (banque Worms), une revue destinée aux élites de tout bord (hauts-fonctionnaires, industriels, banquiers, intellectuels...).
"Personnalité assez originale, Auguste Detœuf, « enfant terrible » du patronat, représente, de manière à la fois éclatante et très minoritaire dans les milieux patronaux, ce courant réformiste, qui n’hésite pas à faire appel à une certaine intervention de l’État, pour préserver les mécanismes fondamentaux du capitalisme. Il la conçoit comme minimale, et ne devant pas bouleverser la hiérarchie sociale." (Margairaz, 1991)
“Le libéralisme est mort ; il a été tué, non pas par la volonté des hommes ou à cause d'une libre action des gouvernements, mais par une inéluctable évolution interne. [...] Je crois que la fausse mystique libérale, les déclarations libérales sans sincérité, toute cette démagogie à l'intention des classes dirigeantes et d'un peuple qui confond la liberté économique avec la liberté tout court, sont des dangers publics. [...]. Si ceux qui souffrent le moins de l'économie moderne pensent avoir individuellement intérêt à la liberté économique totale, ils se trompent. En tant qu'individus, non plus qu'en tant que collectivité dans la collectivité, ils n'y ont intérêt. Ils n'ont intérêt à sauver que ce qui est bon, et une part du libéralisme est aujourd'hui malfaisante. " " Le libéralisme a fait des merveilles ; il a enrichi le monde de telle façon que certainement nul autre système n'aurait fait, de loin, aussi bien. Il a transformé la classe ouvrière en petite bourgeoisie. [...] Il a permis à l'Europe de nourrir deux fois plus d'habitants. Il a permis à la collectivité de fournir un nombre considérable de services nouveaux ou d'assurer dans des conditions incomparablement plus confortables les services anciens. Il a transformé le monde matériel. Il a joué le plus beau rôle ; mais [à cause de cette grave crise] nous sommes bien obligés de constater que ce rôle est terminé. Il faut savoir vieillir, sous peine d'être hors la vie. " " Le libéralisme nous a donné de bien mauvaises habitudes. Il a sanctifié l'égoïsme. En bénissant le succès personnel, comme l'élément unique et nécessaire du bien-être général, il a détruit la notion du devoir social. " ”
Auguste Deteuf, "La fin du libéralisme", op. cité,
à suivre...
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