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   L'Europe des Seigneurs  [ 1 ]  

      

 

  

     Dans l'ombre des Etats-Unis

Première séance du Conseil de la Société des Nations, le 16 janvier 1920, dans le salon de l'Horloge du ministère des Affaires étrangères, au quai d'Orsay à Paris, sous la présidence de Léon Bourgeois. 

 

« On ne saurait surestimer le rôle joué par Jean Monnet dans l'histoire de la reconstruction de l'Europe occidentale après la seconde guerre mondiale.  De bien des manières, ce sont ses idées qui ont façonné la structure de l'économie de l'Europe et, par voie de conséquence, conditionné pour une large part son évolution politique. »

Irwin M. Wall,  "Jean Monnet, les États-Unis et le plan français", in  Vingtième Siècle, revue d'histoire, n°30, avril-juin 1991. pp. 3- 21, traduction d'un article américain de Douglas Brinkley et Clifford Hacken (editeurs) : "Jean Monnet : the path to European unity, New York", St. Martin's Press, 1991.

 

https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1991_num_30_1_2371

                         

 

   Tous les chemins mènent à Cognac

 

Pendant que les ouvriers usent leur corps derrière leurs machines, pendant que des milliers d'hommes alimentent les boucheries des guerres, quelques privilégiés façonnent le monde en costume, de conciliabules en réunions plus ou moins discrètes dans des hôtels chics ou dans des officines.  Un des personnages les plus importants de ce théâtre d'ombres, pour la reconstruction de la France et de la construction européenne, fait partie de cette prestigieuse élite. Il s'appelle Jean Monnet et comme il traîne un peu les pieds au lycée, sa famille l'envoie en stage à Londres auprès d'une société chargée de répandre à l'international le Cognac familial,  celui de la firme JBG (Jean-Gabriel Monnet). Il a alors 16 ans. Deux ans plus tard, il implante JBG au Canada par le biais de la Hudson Bay Company (HBC).  Trois ans se passent et la HBC obtient le droit de distribuer le cognac Monnet dans tout le Canada.  Jean Monnet voyage dans les pays scandinaves, l'Egypte, la Russie, etc., et revient à Cognac quand éclate la première guerre mondiale (Bossuat, 2014),   Le courtier de HBC, Robert Kindersley, qui deviendra un des directeurs de la Banque d'Angleterre, lui renvoie l'ascenseur, selon l'expression consacrée. Il introduit Monnet auprès de milieux d'affaires, tandis que du côté privé, l'avocat de famille, Maître Benon, fait de même en l'introduisant auprès du président socialiste du Conseil, René Viviani, qui fait partie de son réseau.  Ce dernier accepte de recevoir Monnet, et ce dernier lui expose ses idées pour ravitailler les Alliés. Il convainc Viviani, impressionne Alexandre Millerand, ministre de la Guerre, puis le Contrôleur Général des Armées (CGA) Mauclair, et enfin et surtout, le ministre du commerce Etienne Clémentel, qui fait de lui son représentant à Londres. 1916, Jean Monnet a 28 ans et représente la France au Comité exécutif interallié des ressources. 

Cette période est très formatrice pour la pensée européenne de Monnet. En effet, une partie de ceux qui dirigent le Conseil Allié des Transports Maritimes (Allied Maritime Transport Control), comme Arthur Salter ou Bernardo Attolico, suivront Monnet à la Société des Nations (SDN, cf. plus bas), forts d'une première expérience commune qui sera formalisée par Ernst Haas dans les années 1950, comme méthode fonctionnaliste d'intégration, autour de deux idées-forces : le transfert de loyauté, et l'engrenage : Tous ces hommes expérimentaient alors  "« un dirigisme inter-étatique, supranational, pris en main par des technocrates fortement soudés », qui feront ensuite carrière dans l'appareil administratif de la Société des Nations et même, plus tard, comme fut le cas de Monnet, dans les nouvelles institutions européennes.(Enache, 2015 ; citation de Jules Maurin, "Economie de guerre en France en 1914-1918, mise en place et fonctionnement", in "L'économie de guerre du XVIe siècle à nos jours", Colloque international de Montpellier, Éditions Université Paul Valéry de Montpellier, 1989,  p. 100)

"Dès la bataille de la Marne en 1915, les états-majors doivent se rendre à l’évidence : ils ne peuvent plus continuer à s’en tenir la règle du « business as usual » pour la gestion de l’économie . Étape par étape, ils mettent donc en place à Londres des organismes leur permettant d’administrer collectivement le tonnage des navires, l’accès aux ressources financières, à l’alimentation de base et aux munitions. Ne pouvant plus décider souverainement, les États doivent désormais se consulter mutuellement."

(Decorzant, 2011)

En 1916, toujours au sein du Conseil inter-allié, un Comité du blé (Wheat Executive) est constitué et les "trois gouvernements alliés tentent ainsi de fixer les prix du blé sur le marché mondial et puis celui du fret, évitant par conséquent de se faire concurrence entre eux.(Enache, 2015).  A la manœuvre, on trouve trois hauts fonctionnaires qui, ordinairement représentent les intérêts de leur pays, mais qui, "se comportèrent comme s'ils n'étaient qu'une seule et même instance agissant pour l'intérêt commun. […] Le Wheat Executive, en effet, devait m'apporter la première preuve concrète que les hommes, lorsqu'ils sont placés dans certaines conditions, voient que leur intérêt est commun et dès lors sont portés à se mettre d'accord." (Jean Monnet, Mémoires,  Paris,  Fayard, [1976] 2011, Chapitre III « 1914-1918. L'Action commune », p. 76).  Avec l'intérêt commun en vue, donc, les hommes entrent alors dans "l"engrenage", un enchaînement vertueux où ils mutualisent le fret maritime. Mais Monnet écrit ses Mémoires après la sortie de l'ouvrage de Haas : "À la limite, on peut soupçonner que Monnet les rédigea sous l'impression de la lecture du livre de Ernst Haas sur ce que devrait être sa méthode fonctionnelle, tant elles sont transparentes. Considérées uniquement de ce point de vue, les Mémoires font preuve de cette mise en scène recherchée du mythe Jean Monnet accusée par Marc Joly." (Enache, 2015).   

 

   Marc Joly     :   Le mythe Jean Monnet, Contribution à une sociologie historique de la construction européenne, Paris, Editions CNRS, 2007, cf. p. 112.

 

 

On ne peut manquer d'être frappé par une certaine naïveté de la part de Monnet. Difficile, en effet, de déduire un comportement général à partir du contexte très particulier de la guerre.  Par ailleurs, le problème ne concerne ici qu'une denrée, elle-même vitale pour les populations, pas un enchevêtrement d'intérêts économiques disparates et complexes. Mais aussi, c'est un commerce très particulier que celui du blé, dont l'urgence vitale pour les population engage plus qu'à l'habitude la volonté des parties prenantes à résoudre rapidement les problèmes. Enfin, l'ambition de Monnet serait plus crédible, si l'intéressé lui-même n'avait pas joué autant sur les deux tableaux de l'intérêt privé et de l'intérêt public, nous allons le voir. Ce qui n'a, bien entendu, au regard de l'histoire, aucun caractère de surprise, nous le savons bien. 

 

On ne sera pas étonné que Monnet choisisse alors HBC pour assurer le ravitaillement de guerre de la France (mais aussi de l'Angleterre), qui rapporta un million de livres de bénéfice à l'entreprise. Non seulement Monnet conduira personnellement les négociations, mais Kindersley renvoya une nouvelle fois l'ascenseur à Monnet en lui prêtant 2 millions de francs pour sauver son entreprise familiale en difficulté (Éric Roussel, Jean Monnet, Fayard, 1996).  Ce n'est pas tout. "L'engrenage", cette fois, est bien personnel. Monnet obtient un prêt de la banque J.P Morgan, et Lazard Frères prend en 1920 des participations dans son négoce : Monnet bénéficiera grâce à l'ensemble de ces appuis une ligne largement ouverte de crédit auprès de la banque Charpentier (qui règne sur le négoce du Cognac), jusqu'au milieu des années 1920  (Bonin, 2009).  La vie d'adulte de Monnet est à peine lancée, mais elle est déjà un raccourci de beaucoup de ce qui caractérise l'existence des élites qui dirigent le monde. Une notoriété, une assise sociale, économique, et un réseau solide d'influences, tout particulièrement, qui ouvre un champ immense de possibilités de devenir  : Certes, contrairement à beaucoup de ses petits camarades, Monnet n'appartient pas à l'élite capée des grandes écoles. Mais toutes les opportunités qui se sont présentées à lui ne se seraient pas offertes s'il était né dans un cadre social bien moins privilégié. Il ne serait pas parti se former à l'étranger. Il n'aurait pas rencontré Viviani par relation familiale, etc. etc. Avec Monnet, et toute cette intelligentsia qui cherche, comme nous allons le voir, à transformer la planète en un vaste terrain de jeu économique, l'imbrication entre éducation privilégiée, monde politique, affaires économiques, intérêts privés et intérêts généraux, est très serrée.  A cela, il faut ajouter les professions de foi généreuses des uns et des autres sur le bien commun, qui, comme pour tous leurs prédécesseurs, viennent démentir tout un ensemble d'actes, de faits qui placent toujours les intérêts privés des puissants loin devant les intérêts publics. 

 

  La « Esdéenne » des philanthropes.

 

 

Après la guerre, si Monnet est nommé au poste de Secrétaire adjoint de la nouvelle Société des Nations (SDN), créée le 28 avril 1919, c'est parce le philosophe et historien Élie Halévy (1870-1937) a décliné la même proposition, pour pouvoir se consacrer à son histoire du peuple anglais au XIXe siècle  (Casanova, 2003).  Son patron, le Secrétaire général, n'est autre que "L’Honorable Sir James Eric Drummond", selon les termes mêmes de l'annexe II du Pacte de la SDN, futur comte de Perth, en 1902, qui siège à la chambre des Lords de 1915 à 1919.  Tout comme le choix, au plus haut niveau de la SDN, de Drummond ou de Monnet, celui des autres chefs, sous-secrétaires de l'organisation, reflètent bien, nous allons le voir, le type de projet de mondialisation que veulent promouvoir et diffuser les élites économiques,  américaines au premier chef.  C'est  le président américain lui-même, Woodrow Wilson, qui propose la "Création d’une association des nations" devant le Congrès des États-Unis le 8 janvier 1918, sous la forme d'un programme, dit des "Quatorze points", où figurent  la "Suppression, autant que possible, de toutes les barrières économiques" (3e point) et la création d'une "société des nations" qui  "soit constituée en vertu de conventions formelles ayant pour objet d'offrir des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégrité territoriale aux petits comme aux grands États.".(14e point), vue de la SDN bien plus idéaliste que celle exposée le 14 février en séance plénière de la Conférence de la paix, où il présente le pacte de la SDN,  qui entérine les voies dominatrices de la colonisation et du racisme  :  

"1. Les principes suivants s'appliquent aux colonies et territoires qui, à la suite de la guerre, ont cessé d'être sous la souveraineté des États qui les gouvernaient précédemment et qui sont habités par des peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne. Le bien être et le développement de ces peuples forment une mission sacrée de civilisation, et il convient d'incorporer dans le présent pacte des garanties pour l'accomplissement de cette mission.

2. La meilleure méthode de réaliser pratiquement ce principe est de confier la tutelle de ces peuples aux nations développées qui, en raison de leurs ressources, de leur expérience ou de leur position géographique, sont le mieux à même d'assumer cette responsabilité et qui consentent à l'accepter : elles exerceraient cette tutelle en qualité de mandataires et au nom de la Société."

Traité de Versailles, 1919, Pacte de la Société des Nations, Article 22

Société des Nations, Pacte du 28 juin 1919, MJP (univ-perp.fr)

On remarquera en passant la volonté de se soustraire d'avance à tout pouvoir national, fût-il démocratique :   "Les bâtiments et terrains occupés par la Société, par ses services ou ses réunions, sont inviolables"  (Pacte... op. cité, article 7.5). Nous verrons ailleurs que, plus près de nous,  les dirigeants européens emploieront la même précaution antidémocratique dans le cadre européen. 

Après cela, la lecture de l'introduction du pacte prête à sourire, avec ses sempiternelles formules de catéchisme humaniste  : "D'entretenir au grand jour des relations internationales fondées sur la justice et l'honneur", " pour leur garantir la paix et la sûreté", "De faire régner la justice".   

 Il suffira qu'un éminent représentant du capitalisme privé, Elihu Root, président de la Carnegie Endowment for International Peace (Dotation Carnegie pour la paix internationale), n'obtienne pas satisfaction de ses deux amendements proposés, pour faire capoter la présence des Etats-Unis au sein de la SDN.  Si  les Etats-Unis n'entrent pas dans l'organisation, ce n'est pas seulement, comme les livres d'histoire le racontent, parce que le projet de la SDN est partie  du Traité de Versailles que ne ratifiera pas le Sénat américain. Cet échec est dû en partie à la position que prend Root, qui révisera ensuite ses positions et acceptera la proposition de Drummond de faire partie de l'équipe de juristes travaillant à la formation d'une Cour permanente de justice internationale. C'est Andrew Carnegie lui même qui finance par un don le Palais de la Paix de La Haye, construit en 1913,  dans lequel sera logé la Cour.   En fait, dès "le début des années 1920, la philanthropie est donc très impliquée dans le lobbying en faveur de la SDN aux États-Unis.(Tournès, 2012).  Il y a donc l'histoire policée de la SDN, qu'on raconte de manière très résumée aux écoliers, au moyen d'événements extérieurs qui ont une importance très relative, quand les véritables ressorts, les véritables motivations sont à rechercher ailleurs, dans l'action frénétique des grands capitalistes à contrôler les gouvernements : c'est ce que nous allons examiner maintenant.

 

Raymond Blaine Fosdick appartient aux mondes politique et philanthropique américains : "la grande philanthropie, les partis politiques et l’administration fédérale sont trois mondes précocement et étroitement interconnectées(Tournès, 2012).  Fosdick est un disciple et admirateur de Woodrow Wilson, dont il a suivi l'enseignement à l'université de Princeton. Il sera trésorier du parti démocrate pour la campagne de Wilson, qui le nommera  sous-secrétaire de la SDN, en mai 1919. Mandaté par Rockfeller pour mener une enquête sur l'organisation des polices européennes, il entrera en 1921 au deviendra Board of trustees de la fondation Rockfeller en 1921, après avoir quitté la SDN. De 1922 à 1937, la fondation subventionnera largement la section d'Hygiène (SH) créée par la SDN, dont le président en 1923, Edgar Sydenstricker, est nommé sur recommandation de la fondation, comme le sera après lui Franck Boudreau.  Il faut y ajouter d'autres contributions comme celle de  l'Organisation économique et financière (OEF, Economic and Financial Organisation, EFO, 1923), dérivée de la Commission Économique et Financière Provisoire (CEFP), nerf économique et financier du Conseil et de l'Assemblée de la SDN, 800.000 dollars de 1930 à 1946, ou encore 140.000 dollars de 1933 à 1940 à l'Institut international de coopération intellectuelle (IICI), branche de la Commission Internationale de Coopération Intellectuelle (CICI), organismes de la SDN créés pour promouvoir les échanges internationaux entre scientifiques, universitaires, artistes,  intellectuels. En finançant entièrement l'IICI à partie de 1937, Rockfeller va phagocyter à son profit la Conférence permanente des hautes études internationales, créée en 1928, et imposer à sa tête un homme de ses réseaux, l’économiste australien John Bell Condliffe et changer l'orientation sécuritaire de la Conférence en une orientation de commerce international "fonctionnant sur le mode de l’open door, supposé créer richesse et stabilité internationale, idée à laquelle la politique philanthropique donne incontestablement une légitimité, et qui sera après 1945 un des piliers de la nouvelle architecture de l’économie mondiale." (Tournès, 2012).  

Pourtant, nous sommes encore loin du compte. Il faut y ajouter, par l'intermédiaire de Fosdick, le don personnel de John D. Rockfeller de 2 millions de dollars, en 1927, pour la construction de la bibliothèque de la SDN.  Par ailleurs, le rôle des fondations, celles de Rockfeller en tête, "ne se limite pas au financement, mais inclut une participation directe à l’élaboration des projets subventionnés." (Tournès, 2012). Au final c'est à une vaste colonisation de la pensée économique mondiale  à laquelle on assiste, complétée par une batterie d'instituts économiques, 46 entre 1933 et 1940, pour une moitié en dehors des Etats-Unis, pour plus de dix millions de dollars, sans compter des financements de divers organismes de relations internationales spécialisés dans les études économiques :   Harvard Law School's Institute,  The Hawaii Institute for Public Affairs (HIPA), ou encore la Deutsche Hochschule für Politik (DHfP), à Berlin, la section internationale de l’Institut d’économie et d’histoire de Copenhague, l’Institut de droit constitutionnel et international de l’Université de Lvov, le Royal Institute of International Affairs de Londres, le Canadian Institute of International Affairs, l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève (IUHEI),  le Centre d’étude de politique étrangère de Paris, etc. (cf. Tournès, 2012).

 

Nous verrons ailleurs que ce système de lobbying capitaliste continuera son oeuvre antidémocratique au travers de toutes les grandes organisations européennes et mondiales jusqu'aujourd'hui.  Quoi de plus pernicieux, par exemple, que de s'attirer les bonnes grâces de fonctionnaires sanitaires de pays à dominer, en leur offrant de confortables voyages d'études ? Ce programme concernera  "entre 1922 et 1937 près de 1 000 personnes issues de 40 pays ou possessions coloniales."  (Tournès, 2012).  

On le voit bien, si les Etats-Unis ne font pas partie de l'organisation,  celle-ci est solidement noyautée et contrôlée par la première puissance mondiale au travers des puissants du pays, liés au président lui-même : 

 

"Au total, la philanthropie rockefellerienne occupe une place majeure dans la vie de la Société, contribuant certaines années jusqu’à 40 % au budget global de la SH,  de l’OEF et de l’IICI, une proportion qui monte à 80 % voire 100 % si l’on considère les programmes spécifiques auxquels les subventions successives sont destinées."

(Tournès, 2012)

 

Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les philanthropes américains, en bon capitalistes, investissaient, comme nous venons de le voir, autant d'argent dans des différents instituts intergouvernementaux. Cherchant à échapper au "carcan d’un contrôle de nature politique" (Ghébali, 1970 : 83),  les organismes comme l'OEF ont cherché à "se libérer de la surveillance intergouvernementale et à devenir une organisation indépendante pour promouvoir la coopération économique et financière en 1940"  (Clavin et Wessels, 2005 : 465 ) en s'appuyant sur un matériau statistique de plus en plus important au cours du temps. Mais à la différence des Etats, les organismes internationaux (OI) échappent "au pluralisme des systèmes parlementaires, plus ou moins démocratiques...." et "ne reproduisent pas l’articulation majorité-opposition dans un système de partis, par exemple. Les objectifs de l’action se relient directement à la production de savoir, sans médiation pluraliste. En outre, et ce point est important, les représentants des gouvernements « échappent », dans les enceintes internationales, au contrôle du fonctionnement étatique dans son ensemble(Cussó, 2012). Différents chercheurs ont souligné les différentes influences des activités techniques internationales, dans les domaines économiques et financiers, sur les pratiques politiques. Michele D'Alessandro, de l'Università commerciale Luigi Bocconi, de Milan, par exemple, pense qu'entre 1925 et 1929, se dessine un nouveau mode de gouvernance : "Des industriels, des banquiers, des représentants syndicaux, des économistes… auraient pu pousser certains principes internationaux, tout en étant agents de « policy change » dans l’arène étatique. En fait, M. D’Alessandro définit toujours l’expertise technique internationale comme celle qui se fait en s’éloignant des gouvernements."  (Cussó, 2012).  Pour Michel Fior,  "la SDN joue un rôle remarquable dans le processus d’élaboration, de légitimation et de diffusion de l’orthodoxie financière dans les années 1920 et contribue ainsi au déclenchement de la crise économique et politique des années 1930. L’intervention de la SDN en Autriche en serait un exemple."  (Cussó, 2012).  Qui était alors, à la manœuvre en Autriche ? Jean Monnet, qui comme Salter et les autres, cherchaient à installer en Europe des pouvoirs supranationaux échappant aux décisions d'ordre démocratique. Les grands organismes internationaux, dont la SDN est un des premiers exemples, figurent donc parmi les outils puissants de lobbying permettant aux ultrariches de contourner les dispositifs plus ou moins démocratiques, avec le concours de technocrates, d'experts de haute volée, choisis pour leur conformité idéologique et prétendument indépendants : 

"L'objectif initial du travail de la section était de collecter des statistiques économiques. Sous cette forme, la Section économique et financière n'avait ni le mandat ni le pouvoir de formuler des recommandations politiques (bien que ses données éclairent souvent les choix politiques des gouvernements  (...)  De soi-disant «experts indépendants» ont été détachés auprès des comités économiques et financiers, à la suite de négociations informelles en coulisses [behind-the-scenes negociations] entre les gouvernements des principaux États membres de la Ligue."  (Clavin et Wessels, 2005 : 470-472 )

Le Bureau international du travail (BIT), secrétariat de l'OIT, l'Organisation Internationale du Travail,  font,  comme la SDN, partie intégrante du Traité de Versailles, signé le 28 juin 1919.  Parmi ces grandes organisations économiques internationales, citons aussi la Chambre de commerce internationale (CCI), fondée en juin 1920 dans le sillage de la conférence d'Atlantic City (24 et 25 octobre 1919), organisée par l'United States Chamber of Commerce, fondée en 1912.  Thomas W. Lamont et Edward R. Stetinius, à la fois banquiers de Morgan et délégués à la Conférence de la Paix, qui se passe au même moment à Paris, s'occupent d'établir les contacts entre les hommes d'affaires invités. Ayant séjourné de longs mois en Europe, ils ont tissé des liens étroits avec Jean Monnet. Quoi de plus naturel, quand on sait que Morgan est la " firme qui joue alors un rôle décisif dans le montage des emprunts français aux États-Unis".  (Druelle-Korn, 2008).  Parmi les hommes délégués par les patrons américains on trouve le puissant président de la Standard Oil, et de leur côté, Clémentel (ministre du commerce depuis 1915) et Monnet se chargent de la délégation française. On y trouvera Eugène Schneider (1868-1942), deuxième du nom,  président des Forges et Aciéries du Creusot, Julien Potin, héritier de la maison Félix Potin, le financier et baron Emile Michon du Marais, Directeur-Général des Affaires Financières du Crédit Lyonnais, etc.  De congrès en congrès, on comprend comment, loin des instances gouvernementales ce sont de puissants hommes d'affaires qui se rencontrent, discutent âprement et décident des formes de réponses à donner à un ensemble de  problèmes économiques européens, avec l'aval et le concours de politiciens du plus haut niveau :   

"Lors du 3e Congrès de la CCI organisé à Rome sous la présidence d’Étienne Clémentel en mars 1923, un Comité de financiers se constitue. On y note la présence du Belge Maurice Despret [président de la Banque de Bruxelles, gendre du ministre Charles Graux], du Français Maurice Lewandowski [directeur du Comptoir national d'escompte de Paris], de l’Italien Alberto Pirelli [à la tête de l'empire industriel de pneumatiques, président depuis 1919 de la Confédération Générale de l’Industrie Italienne, la Confindustria], de financiers anglais et suédois, placés sous la présidence de l’Américain Fred I. Kent, le vice-Président de Bankers Trust Cie et représentant de l’American Bankers Association. À l’issue de tractations complexes une résolution émanant de financiers est officiellement présentée. Elle souligne l’interdépendance des désordres économiques de la période : réparations, dettes interalliées, déséquilibres budgétaires, inflation, fluctuations excessives des changes."  

Largement diffusées dans la presse, ces résolutions seront engagées et diffusées, au premier chef par celui qui remplacera Clementel à la présidence du CCI, l'Américain  Willis Holyoake Booth, vice-Président de la Guaranty Trust Company. Elles seront citées par Raymond Poincaré (1860-1934), plusieurs fois ministre, président de la République de 1913 à 1920, ou par Gustav Streseman (1878-1929), qui sera chancelier, ministre des affaires étrangères de la nouvelle République de Weimar, en même temps que le puissant patron du parti des industriels (Parti populaire allemand,  DVP), possédant le  journal Deutsche Stimmen, dans lequel il écrit ses articles. Dans le sillage de ce troisième congrès de la CCI sont créés en 1924 les comités Dawes et Mc Kenna, dans le cadre de la Commission des Réparations, pour solutionner le problème du paiement des réparations allemandes et établir l'ampleur de la fuite des capitaux allemands à l'étranger : Streseman  impose alors Hjalmar Schacht, fils d'un riche négociant allemand, économiste, banquier, qu'il nomme président de la Reichsbank (1924-1930). Nous ne rentrerons pas plus avant dans la politique allemande, ce n'est pas le sujet, ici. Il fallait évoquer à quel point la toile d'araignée géante politico-économique européenne et américaine se tisse de manière inextricable entre les pouvoirs privés et publics, avec partout des balises, des relais, des leviers de contrôle actionnés par les grandes puissances de l'argent.     

 

On voit une nouvelle fois ici l'imbrication serrée des pouvoirs économiques et politiques, qui agissent en permanence en coulisse, loin du regard du citoyen, qui, dans les meilleurs cas,  demeure au rang de spectateurs,  très loin de la réalité des officines et de la multitude de relations, de décisions, d'entreprises sinon secrètes, très discrètes, opérées entre les acteurs majeurs des affaires du monde, privés ou publics.  

 

 

La « Esdéenne » des hauts fonctionnaires

 

 

 

 

Tout ce qui précède nous permet de mieux considérer les véritables objectifs, cachés ceux-là, du projet philanthropique des grandes fortunes américaines, et de relativiser ceux qui sont bien affichés, et mis en avant par la publicité, comme  "faire le bien-être de l'humanité à travers le monde" ou de "promouvoir la compréhension entre les nations en réduisant les tensions qui pourraient mener à l'affrontement armé" (Rockefeller Foundation, Annual Report, RFAR,  1932, p. 278).  

"Nous commençons aujourd'hui une grande expérience et, pour réussir, il faut qu'elle soit aidée par la bonne volonté des peuples, par leur confiance, par la coopération loyale et suivie des gouvernements et des peuples."   

On ne doute pas de l'honnêteté de Paul Hymans, avocat progressiste,  ministre belge qui sera le deuxième président de la SDN, quand il s'exprime ainsi  à l'ouverture de l'organisation, mais force est de constater l'abîme existant, quelque soit l'époque étudiée, entre la parole politique et la réalité, que ce soit l'enchevêtrement permanent des intérêts publics et privés qui sont à l'œuvre ou le  poids quasiment inexistant de la "volonté des peuples". 

Nous avons vu, et nous continuerons de le voir, les affirmations lénifiantes des philanthropes ne résistent pas à l'examen et cachent mal toutes les entreprises de pénétration, de colonisation, d'envahissement du monde qu'ont entamé les élites économiques, en particulier américaines, supportées par une cohorte de disciples de la nouvelle économie, d'un nouvel ordre du monde ébauché par les puissants de la planète. Les hauts fonctionnaires internationaux "que Drummond sut recruter avec discernement"  sont alors les plus importants de ces zélateurs, que l'écrivain Albert Cohen s'est plu à croquer avec ironie dans Belle du Seigneur, au travers du personnage d'Adrien Deume :  L'auteur savait de quoi il parle, il avait occupé des postes similaires au BIT et à l'OIT  entre 1926 et 1951  !  C'était des situations très enviables. Leurs rémunérations dépassaient celle  "des administrations les mieux rétribuées au monde"   (Gerbet et al., 1996 : 39), recrutés à la fois sur l'excellence mais aussi selon "un système voisin de la cooptation"  (op. cité : 39). Entre 1919 et 1931, leur nombre passe de 120 à 700. 

 

Reprenons maintenant l'énumération des collègues de Jean Monnet. Nous avons parlé de Fosdick, évoquons désormais Paul Mantoux, fils d'industriel, spécialiste du monde anglo-saxon, qui deviendra directeur de la section politique de la SDN et sera, avec William Rappard, (formé aux Etats-Unis), cofondateur de l'IUHEI, institut financé par Rockefeller, et dont il assurera la première direction, en 1927.  Le groupe d'économistes associés à cet institut a été étudié de près par Quinn Slobodian dans son livre  The End of Empire and the Birth of Neoliberalism (2018), où l'auteur met bien en évidence son rôle dans la promotion du néolibéralisme, en diffusant et en défendant les idées les économistes autrichiens comme Ludwig von Mises (1881-1973) ou Friedrich August von Hayek (1899-1992), et bien d'autres.  On savait depuis un bon moment déjà que l'IUHEI était devenu  "la véritable plaque tournante du néo-libéralisme dans les années 1930"  (Denord, 2002).

Comme les deux personnalités précédentes, Lord James Arthur Salter (1881-1975)  est lui aussi né dans un milieu d'affaires. Il est le fils aîné de James Edward Salter, maire d'Oxford en 1909, qui possède une compagnie de navigation de luxe, Salters Steamers, composée d'une flotte de navires à vapeur, sur la Tamise. A la SDN, Arthur  Salter  dirigera le Service d'études économiques et prendra une part active à la construction de l'outil statistique, dont Adolphe Quetelet, en 1853, déjà, voulait "étendre ses bienfaits à toutes les contrées et à répandre de nouvelles lumières sur les véritables intérêts des gouvernements" (A. Quetelet, Compte-rendu du Congrès international de statistique de 1853, p. 19), tandis que Lavoisier, plus d'un siècle auparavant, en avait clairement perçu les dangers idéologiques : 

"Un travail de cette nature contiendroit, en un petit nombre de pages toute la science de l’économie politique, ou plutôt cette science cesseroit d’en être une ; car les résultats en seroient si clairs, si palpables ; les différentes questions qu’on pourroit faire, seroient si faciles à résoudre, qu’il ne pourroit plus y avoir de diversité d’opinion." (Antoine-Laurent Lavoisier, 1743-1794, "Résultats extraits d'un ouvrage intitulé: de la richesse territoriale du royaume de France.", Paris, Corancez & Roederer, An IV  [1791],  page 14). 

De manière corollaire, toujours dans le soin de supranationalité antidémocratique, Salter, dans une lettre du 14 février 1920, suggère à Drummond d'élire directement, de sa propre autorité, les membres de la Commission internationale de statistique  "sans passer par les directives actuelles du Conseil" (ASDN [Archives de la SDN], Carton R.289 "International Statistics"), alors composé de représentants du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie, du Japon, de la Belgique, du Brésil, de la Grèce et de l’Espagne. Au fur et à mesure, les outils de comparaison et d'harmonisation statistiques dotent la SDN  de capacités de connaissances sur les "productions agricoles et minières mondiales, du commerce, de l’industrie, de la force de travail, des finances publiques…  Un des premiers exercices de pouvoir est bien celui de compter les populations gouvernées et de répertorier les richesses. Dans la même veine, là où il y aurait des objectifs communs (liberté de commerce), un premier pas est fait, avec les données harmonisées, pour imaginer qu’il pourrait y avoir également des politiques communes. Dans ce sens, la comparaison permet de renforcer le vecteur normatif de l’action internationale."  (Cussó, 2012). Cette culture de l'évaluation qui commence préfigure les futures échelles de classements internationaux et autres benchmarkings. C'est ainsi que le tableau 74 du premier annuaire de la SDN "est en fait le produit d’un long processus technique et la représentation d’une étape intermédiaire dans la promotion du libre commerce. Si les barrières douanières doivent diminuer, voire disparaître, les statistiques doivent à la fois refléter ce but et l’encourager." (Cussó, 2012).  

Salter écrira un certain nombre de notes qui aboutiront au rejet de la part du gouvernement de la Grande-Bretagne du Plan Briand d'Union fédérale européenne, projet "qu’il juge fumeux, anti-américain et qui affaiblit avant tout la SDN alors composée essentiellement de pays européens. Et pourtant, dès 1925, il est l’un des rares contacts et soutiens de Richard Coudenhove-Kalergi et de son projet de Paneurope.(Le Dréau, 2008). En 1926, le 1er congrès paneuropéen se déroule à Vienne du 3 au 6 octobre, et reçoit l'appui du gouvernement autrichien par la voix du chancelier Rudolf Ramek, qui parle de "préparer la paix permanente et le progrès économique de l'Europe" et d'une "coopération confiante... au service de la reconstruction de l'Europe".  Dans la grande salle du Konzerthaus, près « de deux mille personnes, originaires de vingt-quatre pays, appartenant pour la plupart à l’élite économique, politique et intellectuelle de l’Europe (...)  Ce succès est cependant tempéré par l’ambiguïté de la campagne d’invitations menée par l’Union paneuropéenne. Au-delà des adhérents au mouvement, le recrutement s’est opéré à partir des réponses favorables recensées en 1925-26 lors du sondage sur la possibilité et la nécessité des Etats-Unis d’Europe. De plus, la brochure accompagnant les cartons d’invitation présente l’événement non comme le Congrès d’un mouvement militant, mais comme “la première grande manifestation de solidarité européenne." » (Théry, 1998). On est frappé par les similitudes d'ordre idéologique, politique et social entre la situation d'hier et d'aujourd'hui, que nous examinerons plus tard.  Arthur Salter a aussi exposé ses propres vues sur le sujet dans un document en 1929, qu'il publiera en 1931 :  Les Etats-Unis d’Europe, conçus à l'image de la SDN qu'il partage avec Monnet et d'autres, sorte de ligue des Nations dont le pouvoir devait être aux mains d'un secrétariat plénipotentiaire, à la tête d'un un marché commun caractérisé par Zollverein,  un système douanier au tarif commun à toutes les marchandises importées de l’extérieur.  On retrouve les idées européennes des technocrates de la SDN dans le travail du journaliste Francis Delaisi (1873-1947), d'origine modeste, qui a commencé par œuvrer aux côtés des socialistes, dans la ligue des droits de l'homme ou l'université populaire. 

 

Aristide Briand, comme beaucoup d'autres acteurs du paneuropéanisme s'était tourné vers des projets d'ordre principalement économique,  il en vint, avec son Memorandum, en 1930, à privilégier la voie politique ("..c’est sur le plan politique que devrait être porté tout d’abord l’effort constructeur tendant à donner à l’Europe sa structure organique."). Beaucoup de responsables allemands y voient un projet hégémonique français (cf. Théry, 1998), et bientôt, l'accession d'Hitler au pouvoir allait mettre temporairement un coup d'arrêt à cette effervescence autour de l'union  européenne qui, nous le voyons, dès le départ, forme des projets essentiellement économiques, matérialistes, capitalistes, menés seulement par ceux qui dirigent les pays les plus riches, avec en partie la volonté d'en écarter les peuples, où de très nombreuses dimensions humaines, sociales, culturelles, sont totalement absentes des projets ou des discussions. 

   économique     :   "Nous ne croyons pas, pour notre part qu’il y ait intérêt à partir de la notion politique pour retrouver la notion économique. Selon nous c’est l’ordre inverse qui s’impose; c’est l’observation des faits et des lois de l’économie européenne qui doit conduire à des conceptions politiques nouvelles!"  (Edouard Herriot, Europe, Paris, Rieder, 1930).

 

 

De gauche, Pierre Mendès France ?

 

 

 

 

De Gaulle, tout comme son ministre des Affaires Etrangères, Georges Bidault, avaient au sortir de la deuxième guerre mondiale, 1939-1945,  "de fermes propositions sur le sort futur de l’Allemagne(Lacroix-Riz., 1989), ou encore une volonté de retrouver une puissance et une place de choix dans le concert des nations.  Position qui a été jugée intenable par la plupart des responsables politiques et économiques,  devant l'impossibilité du pays de se reconstruire sans une aide extérieure, en l'occurrence les Etats-Unis, qui, en plus de tout le travail de propagande et d'influence réalisé en Europe, opèrera ce qui n'est autre qu'un chantage de grande envergure, qui sera détaillé dans le prochain chapitre. Mais tout d'abord, il faut évoquer ce moment où le  pouvoir aurait pu conduire une autre politique économique, en donnant plus de crédit au projet très critiqué du ministre de l'Economie Nationale, nommé en septembre 1944,  Pierre Mendès France, dit PMF, "trop audacieux pour les tenants d'une économie libérale, en ce sens qu'il prévoyait la nationalisation des industries clés, c'est-à-dire des réformes qui portaient sur la structure même de l'économie, à quoi s'ajoutait une bonne dose de déflation et d'austérité, le tout devant permettre à l'Etat de disposer des moyens d'une politique industrielle cohérente." (Wall, op. cité).  Plusieurs remarques. Tout d'abord, PMF a mis du temps avant d'introduire les nationalisations dans son programme : "Il n’est pas évident que Mendès France ait été jusqu’à là partisan des nationalisations. Le document programme de février 1944 ne les mentionne pas." (Mioche, 1987). Dans tous les cas, le Commissaire aux Finances du Comité Français de Libération Nationale (CFLN)  a de grandes ambitions pour le pays  :     

"Puisque notre pays a été ravagé, ne nous contentons pas de reproduire à l’identique, gardons-nous de reconstruire n’importe comment. Refaisons notre pays à neuf, tel que nous voulons qu’il soit, en respectant ses caractères propres, tout ce qu’il a pu accumuler de profondément humain et qui représente une civilisation que nous aurions tort de renier. Travaillons aussi dans un esprit nouveau, empreint de générosité, de largeur de vue » (préambule p. IV)."  

De belles paroles, mais on préfèrera comme d'habitude les faits, et les contradictions du socialiste Mendès France auront en partie raison de son projet. Quelle audace, pour reprendre le mot de Wall, peut-on attribuer à PMF ? Invoquant à plusieurs reprises le plan quinquennal soviétique "si magnifiquement exécuté", ou encore les "hauts faits sur le front de la production(Bauchet, 1989), stratégie manifeste pour s'attirer les sympathies socialistes de la SFIO et communistes du PCF, il ne reçoit pas du tout l'adhésion escomptée de la gauche ouvrière (ni du MRP, ni de l'entourage du général de Gaulle). C'est que derrière le ton lyrique habituel des élites parlant au peuple, se profile l'austérité récurrente qu'elles lui inflige. PMF demeure farouchement attaché à une politique monétaire rigoureuse, "dont le PCF refuse les modalités jugées trop sévères pour les salariés(Bauchet, 1989), opposé aux relèvements des salaires, qui n'atteindraient pas avec son plan  leur niveau de 1938, sans parler du maintien du rationnement, ou encore la semaine de travail portée à... 48 h !  (Mioche, 1987).  En 1944, le "Conseil supérieur de la Tunisie proteste contre le refus du Commissaire aux finances d’attribuer une indemnité temporaire aux fonctionnaires.(op. cité). La même année, en Algérie, PMF se heurte aux organisations ouvrières, qui ont quant à elles l'initiative des hausses de salaires, qui seront relevés selon le système du "minimum vital", que les patrons réintègrent souvent avec profit dans leurs prix de vente  (op. cité).  Très isolé, PMF démissionne en avril 1945.  

 

Rivalisant au projet de PMF,  est conçu le plan Monnet, qui "profita du vide que laissait la défaite de Mendès — à laquelle il n'était pas étranger — et reprit à son compte l'héritage des efforts de planification antérieurs.(Wall, op. cité).  Le regard critique que lui ont porté les experts américains est très instructif.  Ils lui reprochent "le choix de six secteurs économiques de base au détriment d'autres secteurs, notamment de ceux qui touchaient directement les conditions de vie de la population. Or les Américains étaient convaincus que les communistes devaient d'abord leur succès aux privations dont souffraient les populations. L'idée s'imposait donc à Washington que, pour lutter contre les communistes, le meilleur moyen était d'inonder l'Europe de biens de consommation (ce qui allait devenir le premier objectif du plan Marshall) [du nom de George Marshall, ancien chef d’état-major de l’armée américaine en Europe devenu Secrétaire d’État, NDR]. Le plan Monnet choisissait au contraire de faire passer l'industrie lourde avant les biens de consommation ou le logement (l'absence de prévisions concernant la construction de logements abordables constituait même, du point de vue américain, son insuffisance la plus criante)" (Wall, op. cité)

Nous voyons bien ici à quel point nous sommes loin du monde fraternel et égalitaire évoqué par le Conseil National de la Résistance.  Ceux qui préparent l'avenir du pays sont tournés exclusivement vers l'économie, la production, l'industrie, pour redevenir une puissance, coûte que coûte, au mépris des besoins et des attentes des travailleurs. Il n'y a pas, malgré les belles paroles de certains, de plan cherchant à soumettre l'économie à un projet plus vaste de société. Les rênes sont toujours confiées exclusivement à des technocrates, des économistes, les idées et les débats en témoignent largement, et les remarques des américains à Monnet ne manquent pas de saveur, puisqu'ils s'accordent ici avec leurs bêtes noires, les communistes, pour rappeler, non par altruisme, mais à cause de leur obsession de la vague rouge , le danger d'appauvrir les peuples, que ne craignent visiblement ni Monnet (on s'en serait bien douté) mais aussi l'homme du Front Populaire, Mendès France, membre du second cabinet Blum en 1938, qui, en dépit de sa position plus keynésienne du contrôle de l'économie par l'Etat, n'aurait pas empêché d'ériger une société très austéritaire, aveugle et sourd aux attentes des plus faibles.   Mais, ironie là encore, on voit à quel point tous les camps idéologiques n'avaient, du point de vue de leurs dirigeants, s'entend, nul projet de grande ambition pour la société, quand on sait que Monnet convaincra les communistes des bienfaits de son plan de production et de productivité à outrance : cf.  Après-guerre, le visage de la gauche

 

« Aucune force au monde n’empêchera les nations d’Occident, à demi détruites, affamées et ruinées, d’entendre l’appel que les Etats-Unis leur jettent – sont obligés de leur jeter, afin de ne pas mourir eux-mêmes étouffés sous l’accumulation de leurs propres richesses. »

François Mauriac, Figaro Littéraire du 4 juillet 1947.

 

Le communisme ne passera pas  

Entrer par les portes dérobées de l'Histoire,  qu'elles aient été longtemps ignorées ou, le plus souvent, soigneusement dissimulées tout le temps de l'école, est incomparablement plus instructif que la visite touristique qui nous a été faite de son décor. Si vous ouvrez un manuel scolaire ou faites une recherche sur internet, vous trouverez rapidement la composition du premier gouvernement de la IVe République, mais certainement pas le chantage imposé au gouvernement français par les Etats-Unis, menaçant de lui couper les vivres s'il ne se débarrassait pas de ses ministres communistes.

"Si les communistes restent au pouvoir, a prévenu l'ambassadeur américain à Paris, Jefferson Caffery (1886-1974), la France ne recevra plus un seul dollar des États-Unis. Le 5 mai 1947, Paul Ramadier (1888-1961), président socialiste du Conseil, les expulse du gouvernement tripartite réunissant les démocrates chrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire),  les socialistes de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) et les communistes du PCF [Parti Communiste Français].  Deux jours plus tard, les Américains lui ouvrent une ligne de crédit de 250.000 dollars.

 

Frédéric Charpier, L'histoire secrète des grèves de 1947-1948, dans "Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours, Le vrai visage du capitalisme français",  direction  Benoît Collombat et David Servenay, avec F. Charpier, Martine Orange et Erwan Seznec,  Paris, Editions La Découverte / Poche, 2010 : p. 61.

 Cependant, les historiens divergent sur l'implication directe des Etats-Unis dans l'éviction des ministres communistes, et ce n'est pas l'avis de Serge Berstein, Pierre Milza, Irwin Wall ou encore Philippe Buton, qui affirme qu'aucun document ne prouve cette affirmation  (Vivens, 2015).

La réussite de l'Europe Recovery Program (ERP), plus connu sous le nom de plan Marshall, signé par seize pays, à la conférence de Paris le 20 septembre 1947, et accordant des prêts aux divers pays européens pour se reconstruire, sera conditionné à toutes sortes d'exigences de la part du pouvoir américain. Il n'était pas pensable pour les Américains que l'Allemagne demeure trop affaiblie, désarmée,  pour l'empêcher  de former un rempart contre le communisme, ou encore, de redevenir, en particulier pour l'Angleterre, un partenaire commercial profitable. Nous avons vu ailleurs que, comme en France, les industriels américains n'avaient pas eu beaucoup de scrupules à commercer avec le pouvoir hitlérien, sans compter sa honteuse politique de sauvetage et de recrutement d'anciens criminels nazis  (cf. Big Business : Les Etats-Unis et l'Allemagne hitlérienne, 1933 - 1945).  Pour la France elle-même, ce sont toutes sortes de contraintes qui seront posées comme condition à la délivrance de prêts successifs, en pressant sans cesse les hauts fonctionnaires français et en finissant de briser à chaque fois les réticences, jusqu'au plus haut niveau du gouvernement, par la menace de la non délivrance des prêts. On retrouve là encore  Jean  Monnet à la manœuvre, en Commissaire en mission à Washington, réclamant du Comité Economique Interministériel (CEI) d'être réaliste et d'accepter la raison du plus fort.   Monnet a été nommé à la tête du Commissariat  Général au Plan (CGP) à sa création, en janvier 1946, un organisme rattaché directement au cabinet du Président du Conseil, chargé de planifier la reconstruction de l'économie. Encore une fois, plusieurs structures du régime de Vichy préfigurent l'organisation d'après-guerre, comme l'Office central de répartition des produits industriels (OCRPI), les Comités d'organisation (CO),  dont il a été question ailleurs  (cf.  Vichy et le capitalisme) ou encore la Délégation générale à l'équipement national (DGEN),  qui assurait la planification pendant le régime de Vichy, dont le dernier plan portait le titre de "Tranche de démarrage", reprit nous l'avons vu,  par Mendès-France. 

 

Les contraintes ou d'intenses pressions politiques pousse les dirigeants français  à accepter un certain nombre d'exigences américaines.  Et ne parlons même pas de toutes les réunions informelles entre experts étasuniens, tel Harry White, Sous-Secrétaire d’État à la Trésorerie, et européens pour s'accorder sur les salaires, l'inflation, la monnaie, etc., dans les économies européennes d'après-guerre  (Mioche, 1987). En 1946, ce sont les accords Blum-Byrnes (Léon Blum représentant le gouvernement français et James Byrnes l'Etat américain), qui ouvrent grand la porte aux films américains, dont bon nombre sont déjà rentabilisés aux Etats-Unis, suscitant une vive réaction du milieu artistique français.  En 1948, une dizaine de milliers de personnes défileront contre ces accords, avec à leur tête des cinéastes comme Jacques Becker, Jean Grémillon, Louis Daquin, Yves Allégret, ou des acteurs et actrices telle Simone Signoret, Jean Marais ou Raymond Bussières (Le Monde Diplomatique août-septembre 2019, article de Geneviève Sellier, "Des quotas de films américains"). En 1947, le pouvoir américain demande l'éviction, nous l'avons vu, des ministres communistes (cf. Dans l'ombre des Etats-Unis), ou encore la demande expresse de maintenir, pour la stratégie américaine, le pouvoir nationaliste à Tunis   (Télégramme du résident général de France à Tunis,  Jean Mons, n° 365-366, Tunis, 7 mai 1947, 1 p., B.9.1 (1948), Archives du Ministère des Affaires Etrangères [MAE], cité par Lacroix-Riz, op. cité).  Le syndicat anticommuniste américain AFL (American Federation of Labor), fédération américaine du travail, fondée en 1886, ainsi que le département d'Etat américain et la CIA  aident et financent pendant plusieurs années la fraction socialiste de la C.G.T, Force Ouvrière (FO), menée alors par Léon Jouhaux, de plus en plus anticommuniste en 1947, qui  finira par devenir un syndicat autonome. Cette influence américaine a bien été étudiée par Tania Régin (Force Ouvrière à la lumière des archives américaines, Cahiers d’histoire Revue d’histoire critique n° 87, 2002), ou encore Irwin M. Wall (L’influence américaine sur la politique française,  1945-1954, Paris, Balland, 1989).  On ne s'étonnera donc pas qu'André Barjonet, l'économiste permanent de la CGT, ait parlé de "croisade anticommuniste" (La C.G.T., Histoire, Structure, Doctrine, Paris, Seuil, 1968 :  51).

Mais surtout des contraintes économiques diverses, comme accepter d'acheter des produits dont la France n'avait pas besoin : pommes de terre, fruits secs, poudre d'oeufs, etc. "attribués d'office par Washington" (Télégramme de Paris à Washington, 20 janvier 1948, Y 52 3 B, MAE, cité par Lacroix-Riz, op. cité).  De même, les Etats-Unis profitent d'une surproduction de produits stimulants ("incentive goods") pour obliger la France d'acheter le surplus : cigarettes, chewing-gum, etc., quand l'ambassadeur de France à Washington, Henri Bonnet, fait remarquer à ses interlocuteurs américains qu'il aurait mieux valu, pour son pays, leur acheter par exemple du savon ou des chaussures de travail pour les mineurs (Lacroix-Riz., 1989).   

 

"On allongerait indéfiniment la liste des dossiers où se révèle la perception de l’impuissance française, du secteur pétrolier à la publicité pour les produits américains, de 1’"assainissement" intérieur exigé par Washington aux amendes infligées pour non respect de la clause 50-50 de la loi Bland et Magnusson de mars 1949 (en vertu de laquelle les produits livrés au titre du Plan Marshall devaient, pour moitié au moins, "naviguer sous pavillon américain"   (op. cité)

Nous voyons bien là, l'usage que font les Etats-Unis de leur puissance économique comme arme de pouvoir propre à contrôler la politique intérieure d'autres pays, ce que ne cesseront de faire les gouvernements américains tout au long du XXe siècle. Déjà, nous avons vu comment, avant et pendant la deuxième guerre mondiale, les élites politiques et économiques s'étaient affranchis d'un certain nombre de principes d'humanité et de justice. Les Etats-Unis sont depuis longtemps un "Etat-entreprise", selon la formule de  Michael Parenti  (Democracy for the Few, New-York,  St. Martin's Press, 1974).  Dans les années 1920 déjà, le  président   Coolidge   déclarait  : "After all, the chief business of the American people is business... / Après tout, l'affaire qui intéresse le peuple américain par-dessus tout, ce sont les affaires."  (Discours  prononcé à l'American Society of Newspaper Editors in Washington, D.C. le 17 janvier 1925). Cette vision très matérialiste, très monolithique du destin national, s'accompagne de vues politiques à la fois manichéennes et intolérantes  de la politique (voir : Big Business, Les Etats-Unis dans la guerre 1939/45), motivées en partie par  "une honteuse hystérie anticommuniste qui semblait mettre en doute la solidité même de cette puissance." (Portes, 2017).  Sans cette éviction, aurait-on évité en France les grèves générales de 1947-1948, avec sa cohorte de violences ?  Aurait-on poursuivi avec succès une politique de progrès social sur le modèle du Front Populaire ? 

                   

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