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Révolution Française [ 1 ]
1786/1788
Calonne et les Notables
Ils ne vouloient que notre bien
Caricature, gravure
de l'Ancien régime
Bénédiction d'un paysan par un évêque, un deuxième baisant la main d'un noble et un troisième payant l'impôt à un greffier.
1789
22.4 x 34.4 cm
Musée Carnavalet,
Paris, France
"Si les châteaux n'avaient pas brûlé des mai 1789, il n'y aurait pas eu de prise de la Bastille en juillet, ni la nuit du 4 aout. Et en disant cela, j'ai l'avantage d'être avec Taine - le seul, sauf un peu Karéeff (qui est du meme avis), qui ait etudié les mouvements précédant la révolution du 14 juillet. («Je connais 300 émeutes avant le 14 juillet» dit Taine qui n'en connaît forcément qu'une petite partie, la plupart des «matériaux féodaux» ayant été brûlés.) La Jacquerie, commencée dès 1788 et durant jusqu'en 1793, les six jacqueries dont parle Taine, fut le fonds sur lequel se développe la Révolution et sans lequel il n'y aurait eu aucune révolution."
Lettre de Pierre Kropotkine, Viola, Bromley, Kent, 5 mars 1902, à Max Nettlau, in D. Novak, « Une lettre inédite de Pierre Kropotkine à Max Nettlau », International Review of Social History, Volume IX - 1964 – Part. 2, p. 279.
Calonne et le traité d'Eden-Rayneval
Le goût amer du doux commerce
Depuis un bon moment déjà, les magistrats du Parlement et les grands serviteurs de la monarchie sont à couteaux tirés. Au mois d'août 1786, le Contrôleur général des finances, Charles-Alexandre de Calonne remet au roi un mémoire qui rapporte la situation dramatique des finances du royaume, particulièrement obérées par les guerres d'indépendance américaine. Calonne pense avoir trouvé une solution aux problèmes des finances du pays et conseille au roi que, pour y parvenir, il vaudra mieux recourir à une Assemblée de notables, qui "permet en effet de contourner le double écueil des Parlements et des Etats généraux", telle "une chambre d'enregistrement faite sur mesure" (Dziembowsky, 2019), dont les membres, qui ne sont pas élus mais choisis par le souverain, ne parleront pas au nom de leurs ordres et encore moins de la nation, et dont les décisions, en théorie, devront être appliquées par les Parlements après convocation en lit de justice.
1786 : En janvier de la même année, il faut signaler la grève des gagne-deniers ((porte-faix, crocheteurs, hommes de peine, etc.) ancêtres de nos livreurs et dockers qui portaient toutes sortes de commissions, souvent à partir des ports, où ils chargent et déchargent balles, ballots, tonneaux, etc. en général contre un denier par livre de marchandise. Depuis le 28 décembre 1785, un certain M. de Chamousset eu l'idée d'une entreprise de poste, une régie avec des petites voitures fourgons. L'entrepreneur eut le soutien de hauts fonctionnaires qui s'associèrent avec lui au projet, collusion qui permit sans doute d'obtenir l'aval du lieutenant de police pour un nouveau règlement municipal en janvier, qui autorisa la mise en place de la nouvelle régie. Menacés de chômage en plein coeur de l'hiver, les travailleurs protestent, molestent des employés de la nouvelle régie, avant de s'attrouper par centaines d'ouvriers, rejoints par un grand nombre de travailleurs pauvres. Des affrontements parfois violents eurent lieu entre manifestants et soldats du guet et débouchèrent sur une grève des travailleurs. Les hauts-fonctionnaires, dit-on, ont poussé la police à la répression, elle qui était obligée de protéger les voitures de la régie. Le 6 janvier, une foule de 7800 gagne-deniers marche sur Versailles porter leurs revendications au roi. Leur lutte n'eut aucun succès, certains émeutiers furent même arrêtés, et la nouvelle entreprise put continuer d'enrichir nos entrepreneurs : Une illustration qu'on peut rapprocher par exemple du conflit récent des taxis et des "Uber", et de toutes ces entreprises capitalistes, libérales, fondées sur le seul profit immédiat des patrons, qui ne se préoccupent guère du bouleversement social causé par ces méthodes, ces pratiques économiques qui détruisent en un rien de temps un tissu social, des métiers, des emplois, des techniques, etc
Sources :
- Siméon-Prosper Hardy, Mes loisirs, ou Journal d'evenemens tels qu'ils parviennent à ma connoissance, (1764-1789), tome VI, Années 1784-1787, Bibliothèque Nationale de France (BNF), 8 tomes dans les manuscrits français, cote 6680-6687.
- Marcel Rouff, Revue Historique, tome 105, septembre-décembre 1910, Une grève de gagne-deniers en 1786.
lit de justice : "Le lit de justice doit son nom au grand siège garni de coussins où le roi prenait place quand il rencontrait le parlement. L’expression a ensuite désigné la rencontre elle-même. Les murs de la grande salle, y compris le manteau de la cheminée, sont revêtus de tapisseries de velours bleu à fleurs de lis d’or. Par sa présence physique au sein du Parlement, le jeune souverain exerce sa retenue et sursoit à la justice qu’il délègue à ses magistrats. De fait, toutes les décisions du monarque ont force de loi." (Stéphane Blond, "Lit de justice de Louis XV", HPI : L'histoire par l'Image, octobre 2013).
pancarte pour le prix du pain,
Rennes, décembre 1788
La crise économique dépasse de loin le gouffre creusé par les dettes des finances publiques, causé en particulier par une dette explosive de l'Etat, par le coût des guerres, en Europe ou en Amérique. De terribles aléas climatiques n'arrangent rien : inondations en 1787, sécheresse puis orages et grêles de grande ampleur dans l'Ouest qui dévastent beaucoup de récoltes les 12 et 13 juillet 1788, suivis d'un terrible hiver 1788/89 qui détruit une partie des cultures, la vigne, en particulier. De 1761 à 1789, "les différences de prix étaient devenues effrayantes." (Sagnac, 1910). En effet, le renchérissement des prix est d'environ 50 % entre 1735 et 1789, particulièrement du pain, la nourriture de base des Français pauvres. Tout ceci cause le mécontentement d'une grande partie de la population, pour l'essentiel des paysans, artisans, employés, manouvriers, indigents, etc. Le peuple n'a d'ailleurs pas attendu la Révolution proprement dite pour manifester sa détresse aux puissants : "Si les trois cents manifestations et émeutes de 1788 et 1789 s’apparentent à de classiques troubles de subsistance, les élites politiques et marchandes y sont plus directement mises en cause que lors des mouvements précédents" (Mazeau, 2012).
"Les tensions sociales s'aggravent et explosent çà et là en émeutes. La modernisation de l'économie n'a profité en définitive qu'à ceux qui étaient déjà nantis. Elle a consolidé la bourgeoisie et souvent aggravé la situation des classes populaires." (Souyri, 1966).
Parmi les causes de la grande misère qui se profile, il y a la politique libérale de Calonne et le désastreux traité commercial d'Eden-Rayneval, entre la France et l'Angleterre, signé le 26 septembre 1786 et entré en vigueur le 10 mai 1787, dont nous détaillerons plus loin les conséquences catastrophiques. Après le traité de Versailles de 1783, qui marque la fin de la guerre d'indépendance américaine le comte de Vergennes (1719-1787), secrétaire des Affaires étrangères, veut aller plus loin dans la paix et entame des négociations commerciales avec l'Angleterre. Loin de n'être que le fruit de deux éminents représentants étatiques, la négociation de ce traité est l'objet d'une consultation des manufacturiers britanniques par le gouvernement, de janvier à mai 1786, mais aussi d'un intense lobbying, de patronage et de clientélisme qui commence à prendre sa forme moderne, les groupes d'intérêts privés parasitant, contournant le débat public du Parlement :
"En effet, depuis la fin du 17e siècle, qui voit le contenu de la législation parlementaire changer en profondeur, le lobbying devient une pratique systématique. On sait ainsi que la majeure partie des textes de loi votés au parlement, entre 1688 et 1800, sont des private bills, lois « locales » ou « spécifiques », adoptées à l’initiative d’un individu ou d’un groupe, ce qui est peut-être l’une des explications de ce lobbying, qui ne cesse de s’intensifier en avançant dans le siècle. Soixante Lords entretiennent ainsi des relations régulières avec des communautés industrielles entre 1760 et 1800" (Morieux, 2011).
Eden-Rayneval : Du nom des deux négociateurs anglais et français, le baron d'Auckland, William Eden (1744-1814), et le comte Mathias Joseph Gérard de Rayneval (1736-1812).
On y invoque avant tout l'intérêt commun, avant d'exposer les avantages propres à l'industrie à laquelle on appartient, quand on sait très bien que c'est avant tout l'intérêt particulier qui est réellement défendu : "On trouve là une stratégie rhétorique caractéristique des groupes d’intérêt au 18e siècle, qui consiste à universaliser leurs demandes et, implicitement, à assimiler leur intérêt particulier au bien commun. Le paradigme des intérêts permet aussi de déconsidérer des positions rivales." (op. cité). C'est ainsi que le plus fameux patron britannique, Josiah Wedgwood (1730-1795) remercie Eden au nom de soixante-deux manufacturiers de poterie et de porcelainiers, "pour l’attention qu’il a accordé aux intérêts de cette manufacture" sans oublier d'y associer l'intérêt commun, non seulement celui de son pays, mais aussi de la nation rivale : "En tant que manufacturiers, c’est tout ce qu’ils souhaitaient ; en tant que sujets britanniques, ils se réjouissent de la perspective qui s’ouvre, d’un commerce amical et d’un mutuel échange de produits, de manufactures et de bons offices, avec un voisin si proche et si précieux, dont ils ne doutent pas qu’elle sera avantageuse pour les deux nations" (British Library, Additional (Add.) Manuscript ms. 34422, f° 452, 10 octobre 1786, in op. cité). Un peu plus tard, Wedgwood félicitera Eden juste avant son départ pour la France, "pour avoir accepté une fonction si importante pour les intérêts de cette nation." (Lord William Eden, 1ᵉʳ baron Auckland, "The Journal and Correspondence of William, Lord Auckland", 2 volumes, Vol. 1, London, Richard Bentley, 1861, Mr Wedgwood to Mr Eden, Etruria, 5 janvier 1786, p. 92). L'historien John Brewer a bien étudié l'influence progressive et déterminante des pouvoirs économiques sur les décisions publiques en cette fin du XVIIIe siècle, période pendant laquelle "les groupes d’intérêt spécifiques s’emmêlent dans la fabrique législative de l’État" (Brewer, 1989).
En France la chambre de Commerce de Picardie envoie le 19 décembre 1786 un mémoire qui précise les désavantages anticipés du traité. Début 1787, les Etats d'Artois font de même, ainsi que des députés de Saint Quentin, autant de signaux alarmistes que les représentants du roi sous-estiment et négligent (cf. Morieux, 2011). Il n'y a pas de parlement comme en Angleterre, et "les questions administratives, financières ou économiques sont, depuis les années 1760, abondamment discutées dans l’espace public, dans des mémoires ou des pamphlets. La monarchie ne parvient plus à contrôler ce flot d’imprimés, et dans les années 1780, le débat politique ne se joue plus seulement à Versailles, mais aussi dans les salons et les cafés." (Morieux, 2011). Tout cela n'empêche pas les hommes au pouvoir de mener l'opération comme ils l'entendent et Calonne n'avait pas attendu ce moment pour envoyer des espions industriels, faire venir des spécialistes anglais en France, tout particulièrement John Holker, qui, dès 1755, avait été nommé inspecteur des manufactures étrangères. En rompant enfin avec le protectionnisme, en obtenant l'abaissement des droits de douane, Calonne pensait développer les exportations de produits agricoles ou les marchés industriels comme l'horlogerie ou la tannerie en Angleterre. Ainsi, ces droits ont été réduits pour les lainages et les cotonnades (12%) et sur les produits en métal (10%). Côté textile, il cherchait au moyen du traité un choc concurrentiel qui ferait rapidement combler le retard français en terme de mécanisation, où les Anglais avaient beaucoup d'avance, avec les métiers mis au point par Hargreaves, Arkwright, Crompton ou encore Cartwright (Pierre Bezbakh, maître de conférences à Paris IX-Dauphine, article du Monde du 12 décembre 2005 : "Calonne et le traité de libre-échange de 1786"). Calonne n'obtint cependant ni la suppression de la prohibition sur les soieries ni les mêmes avantages des viticulteurs portugais.
On s'aperçut très vite que l'Angleterre fut la grande gagnante de cet accord : "les exportations britanniques passant de 13 millions de livres en 1784 à 64 millions en 1788, alors que celles de la France vers l'Angleterre passèrent de 20 à 30 millions de livres." (op. cité). Les ouvriers travaillant les toiles, la laine ou le coton, se heurtèrent de plein fouet à la concurrence anglaise, armée de machines qui réduisaient de beaucoup les frais de production : "le cardage, par exemple, revenait vingt fois moins cher en Angleterre".(op. cité). On vit "en 1788, dans presque toutes les villes, la fermeture ou le déclin d'un grand nombre d'ateIiers, le chômage de milliers d'ouvriers et ouvrières dans le Nord, dans l'Est, à Lyon, etc. En 1789, à Abbeville, 12.000 à 15.000 ouvriers sont sans travail. A Lyon. , sur 58.000, 20.000 chôment ; à Sedan, à Troyes, presque partout, de même. A Troyes, où périclitent la manufacture de toiles de coton et la bonneterie, beaucoup de maîtres sont en faillite, et beaucoup d'ouvriers sans ouvrage. Les meilleures fileuses de coton, qui gagnaient 12 et 15 sols par jour, n'en gagnent plus que 5, en juillet 1788" (Sagnac, 1910). Le 11 novembre 1788, à l'image de ceux qu'on appellera plus tard "luddites", une foule de femmes à Falaise, Normandie, menace de brûler une nouvelle machines à filer. Le procureur du roi tente de calmer les émeutières, mais cette fois, ce sont deux mille ouvriers de Falaise, en Normandie, qui les soutiennent en détruisant à coups de bâton et en brûlant la machine (Jarrige, 2013). Le chômage entraîne une augmentation sensible de la mendicité. Selon l'agronome anglais Arthur Young (1741-1820), à Lyon en 1789, 20.000 personnes sur 150.000 "ne vivent que de charité et par suite sont très mal nourris, et la somme de détresse de toutes sortes dans les basses classes est la plus grande qu'on ait vue" (A. Young, "Travels during The Years 1787, 1788, and 1789. Undertaken more particularly with a View of ascertaining the Cultivation, Wealth, Resources, and National Prosperity of the Kingdom of France", Bury St. Edmund's, Londres, 1792, pp. 262-263). Pour Honoré-Gabriel Riqueti (Riquetti), Comte de Mirabeau (1749-1791), il y aurait à Paris 120.000 mendiants pour 600.000 habitants, et l'augmentation de la misère a aussi une part d'explication dans l'exode massif d'ouvriers de l'Est à Paris (Sagnac, 1910).
Quarante ans plus tard, le "fatal traité" de Vergennes était encore de sinistre mémoire dans de nombreuses familles, rendu responsable "de la longue et sanglante révolution dans laquelle l’Angleterre crut nous anéantir", et on rappelle alors que "la misère pousse au désordre et sert merveilleusement les anarchistes"
Ministère du Commerce, "Enquête relative à diverses prohibitions établies à l’entrée des produits étrangers, commencée le 8 octobre 1834, sous la présidence de M.T. Duchâtel, ministre du commerce", 3 tomes., Paris, Imprimerie Royale, 1835 : Chambre consultative d’Yvetot, [1834], dans tome 1, p. 328-329 ; « Commerçants et manufacturiers de Rouen », 1834, dans tome 1, p. 327 ; M. Caumont, tome 3, p. 240 ; Henry Barbet, tome 3, p. 234, in Morieux, 2011.
sans travail : note 1 / Hippolyte Monin, L'État de Paris en 1789 : études et documents sur l'ancien régime à Paris, 1889], p 308
Lyon : note 2 /Sur Lyon voir Maurice Wahl, Les premières années de la Révolution à Lyon: 1788-1792, 1894, p 30 et suivantes, et en général pour la crise, Charles Schmidt, La crise industrielle de 1788 en France, Revue historique tome XCVII, 1907 et l'ensemble des documents cités par lui.
Calonne et l'Assemblée des notables
1787/1788 | Les riches : mutation d'une espèce.
En convoquant les notables, dont la dernière assemblée a été réunie en 1626 par Richelieu, "Calonne et Louis semblent ne pas avoir réalisé" qu'ils "font faire à la France un bon spectaculaire dans le passé." (Dziembowsky, 2019). C'est surtout que les parlementaires, liés à la noblesse, ne pouvaient pas voir d'un bon œil un projet libéral qui voulait lever toutes sortes de barrières et d'entraves au commerce et à l'industrie, alléger le poids de la gabelle, remplacer la corvée royale par un impôt en argent, idées approuvées par Mirabeau et Talleyrand, alors "abbé de Périgord", comme ce que les "bons esprits pensent depuis quelques années" (Lettre à Choiseul-Gouffier, 4 avril 1787, citée par P.-L. e t J.-P. Couchoud, Mémoires de Talleyrand, éd. Plon, 1957, t . I , p . 91). Le 29 décembre 1786, Louis XVI prononce donc sa décision : "« Je suis occupé de vues très importantes pour le soulagement de mes peuples, pour la réformation de plusieurs abus et pour l'ordre de mes finances. Avant d'en ordonner l'exécution, j'ai résolu de consulter une Assemblée de Notables." (Projet d'annonce de l'Assemblée des Notables à faire au Conseil du Roi, Archives Nationales , K 677 [111]). On ne peut pas ici détailler la stratégie de Calonne pour parvenir à former une assemblée gagnée le plus possible à sa cause, évoquons seulement en passant les princes de sang encadrant chaque bureau ou encore la présence extrêmement congrue des roturiers : sur les 25 officiers municipaux représentant théoriquement le Tiers Etat, on ne trouve en tout et pour tout que trois roturiers (Egret, 1962). Des réformes importantes de la première division (les projets à débattre avaient été partagés en quatre divisions) furent exposées le 23 février 1787, visant à généraliser les Assemblées provinciales (où les nobles sont certains d'exercer le pouvoir), substituer au vingtième (impôt direct de 20 % des revenus, édit de Marly, 1749) un impôt territorial en nature, mais aussi d'"accroître les revenus ou à alléger les charges des propriétaires fonciers et des habitants des campagnes" (op. cité).
l'abbé de Périgord : Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) est surnommé "l'abbé de Périgord", appellation qu'il conservera jusqu'à sa nomination d'évêque. La revendication de la branche maternelle des Périgord serait usurpée, selon un de ses meilleurs biographes, Emmanuel de Waresquiel (Talleyrand ou le prince immobile, Fayard, 2003, p. 26).
L'Assemblée des Notables
Tenue à Versailles le 22 Fevrier 1787
Discours du Roi
Gravure, Eau-forte
A Paris chez Bafoet
1789
23.5 x 35.5 cm
BNF, Paris
collection des barons de Vinck de Deux-Orp, Eugène de V... (1823-1888) et Carl de V... (1859-1931), respectivement père et fils. Legs à la Bibliothèque Nationale de France.
Et pendant tout ce temps où de grandes souffrances accablent une grande partie du peuple, les riches continuent plus que jamais de mener leurs affaires de gros sous tambour battant, à commencer par les premiers personnages de l'Etat. Evoquons donc, cet l'enchevêtrement des intérêts privés de tous ces possédants, partie invisible d'un iceberg dont les gesticulations politiques ne forment que la partie émergée et très souvent trompeuse, nous l'avons vu. Ainsi, Calonne lui-même fait partie de cette finance dont le roi même est débiteur. Il est marié à la fille d'un receveur général des finances, "officier et grand spéculateur sur les actions ", et lui-même est expert en opérations juteuses, mêlant intérêts publics et privés. Joseph Duplain de Sainte-Albine en a révélé une partie dans ses Lettres au Comte de B*** du 12 juillet 1789, mais aussi dans un mémoire intitulé Anecdote sur M. Le Noir, qui donnera une idée de la manière dont les anecdotes sont traitées dans les Lettres à M. le Comte de B***, 1787. Cette année-là, justement, selon Duplain, Calonne conçoit "le projet infernal de mettre à contribution toute la Place de Paris (...) Il fit accaparer par des prête-noms, dans le silence & dans l'obscurité, les actions de la nouvelle Compagnie des Indes & celles de la Compagnie des Eaux de Paris. Lorsqu'il eut réuni dans les mains de ses coupables associés l'universalité des actions en nature, il apposa sur la Place d'autres prête-noms, pour inviter le public, par des appâts inouis, à leur vendre à découvert (c'est-à-dire, sans en avoir aucunes) de ces mêmes actions de la Compagnie des Indes & de celles de la Compagnie des Eaux, à un, deux, ou trois mois de date.(...) On ne soupçonnoit pas qu'il ne restoit plus d'actions sur la Place ; que celui à qui on promettait des actions qu'on n'avoit pas, réunissoit dans ses mains toutes celles qui existoient. Ainsi, M. de Calonne devint en un moment le maître de la fortune de tous ceux qui avoient contracté avec ses perfides agents, puisqu'il avoit toutes les actions, & que tous ceux qui s'étoient engagés à en livrer, étoient obligés de les lui acheter le prix qu'il plairoit à cet infame monopolisateur s'y fixer. Bientôt l'action des Indes de 1100 liv. fut élevée à 2200 liv ; bientôt celle des Eaux de 1000 liv. fut poussée à 4000 liv." (Lettres...op. cité). Duplain et un certain nombre de spéculateurs lésés s'organisent en ce qu'on appellerait aujourd'hui en une sorte de class action, et finissent par obtenir un arrêt du conseil fustigeant l'agiotage et la mise en place d'une commission à la tête de laquelle se trouvera, le principal instigateur avec Calonne de cette arnaque, en la personne de Pierre Le Noir. Duplain mettra les paroles qui suivent dans la bouche de Calonne à l'adresse de Le Noir : "En punissant les agioteurs, on n’imaginera pas, Monseigneur, que vous soyez vous-même un agioteur". Procédé classique dont les gouvernants auquel ont régulièrement recours : interdire par la loi, condamner en même temps par le discours public, parfois avec une grande virulence, ce que l'on pratique soi-même parfois avec zèle. Mais ce n'est pas tout : "Calonne a fait verser de l’argent liquide et des assignations sur les fonds publics afin de racheter à l’abbé d’Espagnac, autre spéculateur notoire, les paquets d’actions qu’il détient et éviter qu’il les mette en bourse, ce qui aurait entraîné l’effondrement des valeurs. En même temps, il suspend le marché à terme, ce qui coupe l’air à la spéculation. Et pour accroître l’inquiétude de tout le monde de l’argent et de la Cour, l’épisode se produit dans une atmosphère de crainte de la banqueroute, laquelle surviendra effectivement en août 1788" (Lemarchand, 2009). Mais un an avant, déjà, le Parlement donnera acte au Procureur général de sa plainte contre Calonne de « déprédation des finances publiques, soit par des échanges et acquisitions, soit par des manœuvres dans la refonte des monnaies, soit dans les fonds du Trésor Royal... » Tombé en disgrâce le 8 avril 1787, Calonne émigrera à Londres en août de la même année.
Charles-Robert Gosselin (1795-1859),
paysan et niveleur
« En quoi consiste le bonheur des peuples ? » Puisque le paysan normand croit connaître la réponse, il va en informer l'Assemblée des Notables en lui adressant un Mémoire. Sa compétence en la matière ? « qu'il ne soit rien & ne tienne à rien. N'étant rien, il n'aura en vue que le bien public, ne tenant à rien il ne sera point tenté de rapporter tout à soi, ou à quelque corps particulier (...) Il faut de plus qu'il n'ait aucune propriété. C'est encore le cas où je suis réduit »
(...)
Pour moi, sans chercher m'égarer par de vains détours, je dirai tout uniment que le plus court moyen de détruire l'inégalité seroit de remettre tous les biens en commun, afin d'en faire un partage égal à l'exemple du Législateur de Sparte. Pour lors ayant un tout pareil, il ne tiendroit qu'à nous de vivre heureux en faisant valoir la part qui nous seroit échue.
(...)
Ce seroit bon, si tous les biens se trouvoient également partagés. Mais nous sommes bien éloignés d'être arrivés à ce point de perfection qui permettra peut-être dans la suite de suivre ce projet. Il faut donc en attendant, tâcher de faire tomber sur les riches, la plus grande partie de l'impôt, ce qui ne peut avoir lieu qu'en imposant tout ce qui sert à leur luxe & à leur consommation. D'où je conclus qu'un impôt sur certaines marchandises qui entrent ou qui sortent du Royaume & à l'entrée des grandes villes, est aussi indispensable que celui qu'on asseoit sur les terres. Celui sur le sel, le tabac, les cartes à jouer, sur les boissons, le papier timbré, &c. ne me paroît pas non plus de nature à pouvoir être supprimé. Tout ce qu'on pourroit faire de mieux à ce sujet seroit de le repartir également sur toutes les Provinces, fans avoir égard à aucuns priviléges, à moins que ces priviléges ne foient conformes au bien public.
(...)
gardons-nous de juger de la capacité de l'homme par ceux que leurs passions & leurs préjugés retiennent dans l'ignorance ou qu'un travail mercénaire accable au point de ne pas leur laisser un instant pour faire usage de leur facultés intellectuelles. L'homme avili par nos institutions sociales, ne doit pas servir de regle aux jugemens que nous devons en porter. Ainsi qu'on ne craigne pas que nous retombions dans la barbarie, ni que les arts & les sciences utiles rentrent dans le néant par le systême que nous voulons établir.
(...)
Ainsi corriger les mœurs en détruisant le luxe ; détruire le luxe en chassant la pauvreté & les richesses ; chasser celles-ci en rendant les fortunes égales ; égaliser les fortunes & les fixer pour jamais en subdivisant les grandes propriétés tant des particuliers que du domaine de l'Eglise & de la couronne, ensuite en déclarant la part de chacun indivisible & inaliénable ; anéantir la Finance en établissant une dyme réelle pour subvenir aux besoins de l'Eglise & de l'Etat ; exterminer la chicane en simplifiant le code civil & politique, tel est en en peu de mots le plan que nous croyons devoir proposer comme étant infiniment plus propre à rendre les peuples heureux que cette inégalité de rangs, de conditions & de fortunes qui les opprime, que cette bigarure de Loix & de Coutumes qui les tourmente, que cette complication de gouvernement, d'administration & de finance qui les écrase.
(...)
je dis que la propriété telle que vous l'entendez est injure & destructive. Elle est injuste en ce qu'elle contredit le vœu de la nature, qui donne à tous les hommes un droit égal, non-seulement à leur subsistance, mais encore à toutes les choses qui peuvent contribuer à l'aisance & au bonheur par le travail. De plus elle est destructive & contraire à toute bonne police en ce que plaçant dans lès mains d'un petit nombre, ce qui doit servir à la subsistance de tous, elle produit d'un côté l'extrême dépendance la misere & la pauvreté ; de l'autre l'abondance & l'excès des richesses, d'où naissent le faste, le luxe, la molesse, la dureté,
l'insolence, l'orgueil, en un mot tous les maux qui affligent & corrompent la société. »
(C-R Gosselin, "Réflexions d'un Citoyen sur la question proposée par un grand Roi", 1787)
“ Pas plus que le deuxième discours de Rousseau, le livre de Gosselin ne peut être considéré hâtivement comme l’expression théorisée de la paysannerie française à la veille de la Révolution. Mais l’égalitarisme qu’il représente avec éclat, ce courant que les études menées à la suite de la thèse d’Anatoli V. Ado (40) s’efforcent de remettre en perspective, n’est pas le fait de quelques rêveurs. Réaction au mouvement d’expropriation qui s’accélère dans diverses provinces, il est assurément un élément indissociable de l’idéologie, des aspirations d’un très grand nombre de journaliers, de fermiers, petits et moyens, de métayers répandus dans l’ensemble du royaume.
(...)
(40) Anatoli Vassilievitch Ado, Paysans en révolution. Terre, pouvoir et jacquerie, 1789-1794 , éd. Serge Aberdam et Marcel Dorigny, préface de Michel Vovelle, Paris,
Société des Études robespierristes, 1996. ”
Jean-Pierre Hirsch, "La nuit du 4 août", Editions Gallimard, Collection Folio Histoire, 2016,
p. 59.
Le 26 juin, le nouveau président des notables, Étienne-Charles de Loménie de Brienne, qui remplace Calonne, obtient par un édit royal l'institution d' assemblées provinciales, rejeté par le Parlement de Bordeaux, qui fut alors exilé à Libourne. Ses remontrances au gouvernement, du 31 octobre, précisent ses griefs : ce dernier est accusé d'utiliser les assemblées pour "dresser un cadastre, base du futur impôt" (Figeac, 2006). A Paris, le 6 août, le Parlement repousse un impôt sur le timbre, au prétexte que seuls des Etats Généraux sont autorisés à consentir un impôt permanent , ce qui oblige Louis XVI, qui exile les parlementaires à Troyes, à tenir un nouveau lit de justice pour l'enregistrer :
"La nation seule, réunie dans ses États Généraux, pouvoit donner à un impôt perpétuel un consentement nécessaire; que le Parlement n'avoit pas le pouvoir de suppléer ce consentement, encore moins celui de l'attester, quand rien ne le constatoit, et que, chargé par le souverain d'annoncer sa volonté aux peuples, il n'avoit jamais été chargé par ces derniers de les remplacer."
Hardy, "Mes Loisirs...", op. cité.
Lit de Justice tenu à Versailles
Le 6 août 1787
Gravure, Estampe
Abraham Girardet
(dessinateur, graveur)
et
Marie-Alexandre Duparc (graveur)
17.4 x 26.4 cm
Châteaux de Versailles et de Trianon,
inv. grav 888
Non seulement la foule acclame les "pères du peuple", dont les privilèges d'Ancien Régime sont régulièrement dénoncés, mais exécute les ministres tour à tour "symboliquement lors de fêtes carnavalesques" (Mazeau, 2012). De émeutes éclatent le 7 août à Paris, où la foule brûle le "premier ministre" en effigie (Procès-verbal de ce qui s'est passé au Lit de Justice, tenu par le Roi au Château de Versailles, le lundi 6 août 1787.). De nombreux pamphlets, mais aussi des placards sont imprimés, venant surtout des parlements, des chambres des comptes ou des cours des aides. Cette diffusion de l'information permet le développement de "l'opinion publique", expression qui existe déjà au milieu du XVIIIᵉ siècle et qui se politise de plus en plus. Par ailleurs, une déchristianisation commence de s'opérer dans la population, en témoignent la diminution des sommes léguées au clergé contre une promesse de salut après la mort, les critiques répétées contre le haut clergé et ses privilèges, la propagation des méthodes contraceptives, le rejet croissant des fidèles des querelles violentes de chapelle, tout particulièrement entre jansénistes et jésuites, et, dans les classes sociales aisées, on se tourne de plus en plus vers la philosophie, comme on le voit au travers des nombreux salons, où les discussions se multiplient autour de la science et de l'économie. A Paris et dans sa région, c'est même une laïcisation des mentalités qui s'opère (Vovelle, 1973 ; Merrick, 1990). Diderot avait particulièrement bien perçu cette déchristianisation et en avait même fait une cause de la révolution à venir, autant de choses qu'il avait confiées au baron Grimm :
"Cette lassitude générale du christianisme qui se manifeste de toute part […], cette inquiétude qui travaille sourdement les esprits et les porte à attaquer les abus religieux et politique, est un phénomène caractéristique de notre siècle […] et présage une révolution imminente et inévitable. On peut bien dire que la France est le foyer de cette révolution, qui aura, sur les précédentes du moins, l’avantage de s’effectuer sans qu’il en coûte du sang." (Correspondance Diderot-Grimm, juin 1768, cf : La pensée des Lumières et Diderot)
Le 10 mai 1788, une fois de plus, les représentants du roi, pour l'heure le comte de Thiard, qui commande les armées de Bretagne et l'intendant Bertrand de Moleville, investissent le Parlement de la province pour faire enregistrer au nom du roi les édits de Brienne (en particulier les droits sur la gabelle). Les manifestants antiparlementaires, prêts à l'affrontement, sont retenus in extremis par l'intervention diplomatique du chevalier Anne-Achille Alexandre Blondel de Nouainville, officier en garnison à Rennes, qui calme l'ardeur des parties en présence, peut-être pour éviter un drame sanglant "dans une rue peu propice à l'utilisation des armes" (Chaline, 2012). C'est à cette occasion qu'ont lieu les premières échauffourées entre les nobles et le peuple, et tout spécialement la milice d'étudiants en droit organisée par le prévôt du droit Jean-Victor Marie Moreau (1763-1813) , devenu célèbre et qu'on surnommera "le Général du Parlement". La nouvelle du mouvement se répandra comme une traînée de poudre et on vit des étudiants d'Angers emboîter le pas à ceux de Rennes, soutenus par leurs "mères, soeurs, épouses, amantes" qui se réunirent de manière exceptionnelle pour organiser leur participation dans l'intendance nécessaire à la lutte : "bagages", "provisions de bouche" (Léonce de Lavergne, Les assemblées provinciales sous Louis XVI, 1862, p 426).
L'agitation populaire sera désormais croissante. Émeutes de la faim très régulières, protestations de la noblesse et de la bourgeoisie contre les représentants du roi venus faire enregistrer les ordres du souverain qui entament le pouvoir des dirigeants bretons, qui ne cessent, comme dans d'autres provinces françaises, de rappeler ses privilèges, ses franchises particulières.
L''irruption du Tiers Etat sur le terrain de la lutte politique préparant la Révolution peine encore à trouver toute sa place dans l'historiographie, et tout particulièrement en Bretagne, qui a insufflé "au mouvement prérévolutionnaire une première direction plus conflictuelle que celle du Dauphiné [cf. journée des tuiles]. Aussi, connaît-elle un discours anti-nobiliaire assez virulent, offrant la possibilité au tiers état d'affirmer ses droits via une véritable instrumentalisation du droit à des fins politiques " (Baudens et Slimani, 2009). Les pamphlets, les journaux donnent du grain à moudre à l'opinion publique, comme la gazette de la Sentinelle du Peuple de Volney ou encore les brochures de l'avocat et député breton Jean Denis Lanjuinais (1753-1827), comme Réflexions patriotiques, très virulente contre la noblesse. Pour Michel Denis, "l"esprit de Grenoble et de Vizille [cf. journée des tuiles]. plus bas, NDA] est encore la solidarité des trois ordres face à l'absolutisme monarchique", alors que "l"esprit de Rennes est déjà le rejet absolu des privilèges et de l'aristocratisme ; ce n'est plus seulement la révolution politique en marche mais c'est aussi la révolution sociale." (Denis, 1991).
Volney : Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais, comte Volney, 1757 - 1820, philosophe, orientaliste, député du tiers, pamphlétaire en Bretagne dans la période pré-révolutionnaire.
patriotiques : René-Nicolas-Charles-Augustin de Maupeou avait combattu fermement le parlement de Bretagne, et plus encore celui de Paris dans leurs oppositions au pouvoir royal. En 1771, cumulant les pouvoirs de chancelier et garde des sceaux, il avait arrêté et exilé les parlementaires parisiens et confisqué leurs charges. En résistance aux attaques de Maupéou contre les parlements, des gens de cour, des princes, des gens de robe, des philosophes, des hommes de lettres se réunissent dans des cafés, au domicile des uns et des autres, dans des jardins, des boutiques (Singham, 1989). Beaucoup de ces activistes sont jeunes, et si certains sont riches, un grand nombre sont plutôt pauvres mais instruits. "La majorité appartenait cependant à la foule anonyme dont étaient peuplés les couloirs du Palais de Justice : avocats, procureurs, greffiers, clercs, écrivains, secrétaires, copistes." (Singham, 1989). Ils sont très influencés par la pensée janséniste, dont les "Nouvelles Ecclésiastiques", sont en quelque sorte depuis 1713, en réaction à la bulle papale Unigenitus contre les jansénistes et les oratoriens, la "seule presse libre de l’Ancien Régime" (Foisil et al.,1991), tolérante envers les protestants, anti-despotique. "L'ouvrage de quatre jansénistes qui a tellement importance dans les années 1770, Maximes du droit public français, explique que les états généraux sont à la nation ce que le concile est Eglise catholique." (Jaume, 1991). Se développe alors chez les jansénistes poursuivis et emprisonnés, une éthique, une conscience à la fois patriotique et religieuse, cultivant l'intégrité, le refus de compromission, comme chez les demoiselles Danjan, Gerbier ou Morin qui, comme d'autres femmes, au risque de l'exil ou de l'internement, ont contribué activement au mouvement, en cachant par exemple sous leurs jupes les journaux interdits dont elles assuraient la distribution (Singham, 1989). Danjan dira que : "comme chrétienne et citoyenne... ni la loi de Dieu (même la loi naturelle) ni les lois humaines... ces mêmes lois ne permettent que l’on devienne délateur de ses frères." (Bibliothèque de l'Arsenal, Archives de la Bastille ms, 12392). Aux actions politiques, se combinaient d'autres actions citoyennes ou de désobéissance civile, comme les grèves, le refus du paiement de l'impôt, de participation sociale. On le voit bien, ce courant janséniste, et au-delà, gallican, est loin de n'être qu'un courant religieux poursuivant des buts de liberté, d'indépendance vis-à-vis de l'autorité papale de Rome. Il contribue profondément, et depuis un bon moment déjà, à irriguer le courant plus couramment appelé patriote dans la période prérévolutionnaire 1787/1788, même si tout le monde ne partage pas ses côtés austères, puisés dans l'antique morale stoïcienne, dans sa critique des passions, du plaisir, de la décadence des valeurs ou du triomphe de l'argent.
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