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Révolution Française [ 6b ]
Robespierre,
éléments de biographie
 mai 1758 - juillet 1789

    Bicentenaire de la Révolution Française

                           1789 - 1989

                          Robespierre

                   Timbre de Bulgarie, détail

 

           Maximilien Robespierre (1758 - 1794)

               « très-exagéré dans ses principes démocratiques » *

                                         

                                 6 mai 1758 - 18 mai 1789

                             

 

6 mai 1758 Né dans une famille de gens de robe, bourgeois de Carvin (20 km d'Arras) puis d'Arras, où il voit le jour, Maximilien Marie-Isidore Derobespierre (de Robespierre), est l'aîné de trois sœurs (Charlotte Marie Marguerite (1760), Henriette Eulalie Françoise (1761), et une dernière qui mourra quelques heures après sa naissance (1764) et d'un frère, Augustin-Bon, surnommé Bonbon, né en 1763. 

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 Acte de baptême de Robespierre, 

paroisse de Sainte-Marie-Madeleine à Arras (Pas-de-Calais).

     Archives départementales

              du Pas-de-Calais

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 Lettre autographe du 6 juin 1788

signée  "de Robespierre", adressée

très certainement à Mlle Dehay, amie de sa sœur Charlotte

                coll. particulière

 

Rien de noble dans la particule portée encore par le  père et grand- père de l'Incorruptible, et pourtant, selon Cécile Obligi, la "famille affecte depuis la fin du XVIIe siècle une noblesse douteuse"  (Obligi, 2016), qui expliquerait peut-être que la branche des Robespierre d'Arras ne sont pas inscrits sur les registres de l'Echevinage concernant les "« réceptions à la bourgeoisie » (2).  Alors que les plus humbles des artisans, aussi bien que les habitants bien rentés et les nobles, avaient la prévoyance pour échapper à l'onéreux droit d'Ecart, dit aussi Quart forain (3), de se faire recevoir bourgeois, ni Maximilien Ier ni ses fils et petits-fils ne prirent cette précaution. Cependant par leur mariage avec des filles de « bourgeois, » les biens de celles-ci tombaient sous le coup du droit    d'Ecart. Il faut, pour l'instant, renoncer à trouver le motif de cette négligence des Robespierre d'Arras à entrer dans la grande famille arrageoise, alors que pour éviter le droit de mutation précité tout les y conviait.

(...)

2. A Arras, la seule résidence ne fait pas le bourgeois et la naissance même n'y donne pas droit. Il faut, dit Maillart (Coutumes d'Artois, p. 192), être reçu bourgeois par les maire et échevins et y avoir la résidence durant un an. La réception avait lieu gratis pour cause de pauvreté, mais aussi, par encouragement, les artisans ou gens mécaniques étaient souvent exempts du droit qui variait entre 10 et 100 livres. C'est ainsi que l'imprimeur César Duchamp, qui venait de Tours, fut reçu gratis en 1702, sur recommandation de l'évêque d'Arras. (Arch. d'Arras, série BB. Reg. aux Bourgeois).

 

3.  Le droit d'Ecart ou quart forain consistaient en ceci : quand les biens d'un bourgeois passent à un forain, c'est-à-dire à non bourgeois par mariage, donation ou succession, la Ville prend, «le quart des immeubles situés dans l'Echevinage et sa banlieue et la moitié des meubles et rentes. » (Guyot ; Répertoire de Jurisprudence. Paris, Visse, 1714 ; in 4° .Tome VI, p. 579)."   (Lavoine, 1914)

Au début de la Révolution, Maximilien se débarrassera et de la particule et du blason de la famille (rappelons que  les nobles ne sont pas seuls à se doter d'armoiries, que possèdent des corporations ou, plus généralement, des bourgeois). 

1764   :   Décès de sa mère, Jacqueline Marguerite Carrault, née en 1735,  huit jours après la naissance de sa troisième sœur, qui suivra sa mère peu après. Sur les conseils de ses amis, le père gravement déprimé part voyager en Angleterre et en Allemagne, en confiant ses filles à leurs tantes paternelles (qui entreront ensuite au couvent) et les garçons à leur grand-père maternel. Il revient à Arras discrètement, traite plusieurs affaires et cette fois, abandonne définitivement sa famille, refaisant sa vie en Allemagne, à Munich, où il meurt en 1777.   

13  octobre 1769 (-1781)    :   Boursier du collège d'Arras (tenu par les Jésuites de 1603 à 1762, repris par les Oratoriens à partir de 1777 et dépendant de l'abbaye Saint-Vaast / Saint-Waast), il entre comme étudiant en droit au collège  Louis-le-Grand à Paris, et sa bourse sera attribuée ensuite à son frère Augustin  (Leuwers, 2013). Il y rencontrera son condisciple Camille Desmoulins en 1771.

 

15 juin 1775     :     Le roi est de retour de son sacre à Reims, et on a longtemps cru à une légende colportée par l'abbé Proyart, préfet du collège Louis-le-Grand, qui racontait dans ses Mémoires que le monarque avait fait une halte au collège,  où le jeune Robespierre aurait été choisi (il était excellent élève) pour prononcer "un compliment en vers" au roi. En réalité, Hervé Leuwers a pu montrer que Louis XVI était rentré directement à Versailles  (Leuwers, 2014)

31 juillet 1780   :     Reçu bachelier en droit de la faculté de Paris

 

  15 mai 1781     :     Obtention de la licence en droit

​ 9 mars 1782     :     Nomination au poste « d’homme de fief gradué, lui permettant d’avoir la capacité de juger les affaires en matière criminelle et civile pour la cité d’Arras. En tant qu’avocat, il est très apprécié par ses pairs ainsi que par le second président du Conseil. En tout, il plaidera entre 12 et 24 affaires devant le Conseil d’Artois, intervenant dans une vingtaine d’audiences par an entre 1782 et 1789 ». 

(Clément Mazel, article de "Valorisation su patrimoine et Humanités numériques | La mise en valeur du patrimoine par les Licences d'Histoire d'Albi", Institut national universitaire Jean-François-Champollion (INUC). 

1782 - 1783    :   Un avocat de Saint-Omer, Charles-Dominique de Vissery de Boisvallé (Bois-Valé), engage Robespierre en octobre pour le défendre dans une affaire de paratonnerre. Passionné de sciences, et s'inspirant de l'invention de Benjamin Franklin,  avait installé un dispositif ad hoc en 1780 qui avait fini par  inquiéter les habitants de son quartier. Ces derniers déposent une requête contre lui afin de détruire l'appareil et Antoine Joseph Buissart (1737-1820), surnommé "baromètre"; de l'académie d'Arras depuis 1777, juge très lié à Robespierre, défend les partisans de la science en écrivant des mémoires, en correspondant avec des savants (et en particulier Condorcet) pour constituer un dossier solide. Lui-même avait écrit en 1781 un Mémoire sur les avantages de la multiplicité des conducteurs électriques ou paratonnerres  (Parsis-Barubé, 1990)

 

que Robespierre plaidera avec succès le 31 mai 1783  ("Œuvres Complètes de Maximilien Robespierre, Première partie, Robespierre à Arras, Tome II, Les Œuvres judiciaires (1782-1786), Paris, Ernest Leroux, 1913, pp. 129-135) :  « La cour met l'appellation et ce au néant, émendant, permet à la partie de M" de Robespierre de rétablir son par-à-tonnerre. »   (Hamel, 1865 : p. 42)

Robespierre a alors commencé d'être connu par un plus large public, grâce à cette affaire dont "les journaux de la République des lettres et des sciences ont rendu compte de manière élogieuse(Leuwers, 2013/c)

15 novembre 1783     :   Succède  à l'avocat Nicolas-Aubert de Crespioeul sur le 4e fauteuil de l'académie royale d'Arras, dont il deviendra le directeur le 4 février 1786.

(sur le féminisme de Robespierre, cf. l'admission dans cette Société savante de Louise-Félicité Guynement de Kéralio-Robert, dans Gracchus Babeuf).  Son ami Buissart occupe quant à lui le 26 e fauteuil depuis 1777.  Il y fréquentera Ferdinand Dubois de Fosseux, secrétaire de l'Académie entre 1785 et 1792 (cf. aussi  Gracchus Babeuf ) ou encore l'ingénieur Lazare-Nicolas-Marguerite Carnot (1753-1823, élu en avril 1786), qui fréquenteront comme lui le cercle des Rosati (cf. plus bas), sans parler des loges maçonniques (La Constance ; L'Amitié ; Sophie-Magdeleine, reine de Suède ; Amis-Réunis), autres réseaux de sociabilité de l'époque,  que Robespierre n'a pas fréquenté (Mollier, 2019). 

1783-1784     :    Robespierre se fait remarquer dans sa province, en 1783, particulièrement, dans l'affaire Déteuf, pour laquelle il  publiera un Mémoire (factum) l'année suivante, pour la défense d'un "maître cordier à Marchiennes" du nom de Déteuf , accusé injustement "d'avoir soustrait une somme de 262 louis à Dom Brongniard", receveur de l'abbaye d'Anchin, qui est lui-même l'auteur de malversations (Œuvres Complètes de Maximilien Robespierre, op. cité,  pp. 234-254). Dans son Mémoire, l'avocat retrace l'entreprise de séduction du religieux envers la sœur de l'accusé, Clémence Deteuf, qui le repousse, et suscite chez lui des idées de vengeance. L'abbaye d'Anchin finira par accepter un accord d'indemnisation des victimes, pour 6000 livres, le 27 mai 1786. 

« il faut donc que la Communauté dont il fait partie, et qui possède tous les biens auxquels il participe, nous réponde du tort qu'il nous a fait.

Si l'on rejette cette conséquence, il faut rejetter aussi le principe fondamental d'ou elle dérive nécessairement. Il faut dire que les Religieux sont exempts de l'obligation imposée à tous, de réparer le mal qu'ils ont causé ; qu'il y a dans l'Etat une classe de citoyens qui ont le privilège de fouler aux pieds les droits de tous les autres, sans que ceux-ci puissent leur demander aucun dédommagement; qui, pourvu qu'ils évitent certains délits auxquels les loix ont attaché des peines afflictives, peuvent attenter impunément à nos biens, à notre repos, à notre honneur. Une pareille institution seroit un monstre dans l'ordre civil. »  ("Robespierre,  Mémoire pour François Déteuf,  demeurant au village de Marchiennes ; Contre les Grands-Prieurs et Religieux de l'Abbaye d'Anchin", dans Œuvres Complètes..., op. cité, pp. 242-243).  

Doté d'un sens aigu de l'injustice, Robespierre va, entre 1784 et 1789,  défendre différentes causes d'inéquité sociale, avec une particularité d'ordre révolutionnaire qu'on peut appeler « défense de rupture »  mettant « en cause la légitimité des juges inférieurs et la pertinence du droit en vigueur, renforcés par l’ethos de l’avocat « des malheureux », donnent aux écrits de Robespierre toute leur force »  (Leuwers, 2013/b)

1784   :   « Discours adressé à Messieurs de la Société Littéraire de Metz sur les questions suivantes proposées pour sujet d'un prix qu'elle doit décerner au mois d'août 1784.

Quelle est l'origine de l'opinion qui étend sur tous les individus d'une même famille, une partie de la honte attachée aux peines infamantes que subit un coupable ? Cette opinion est-elle plus nuisible qu'utile ? et dans le cas où l'on se décideroit pour l'affirmative, quels seroient les moiens de parer aux inconvéniens, qui en résultent. », publié sous le titre :  « Discours couronné par la Société royale des arts et des sciences de Metz, sur les Questions Suivantes...», Amsterdam, 1785 : 

« Je voudrois aussi que la loi n'imprimât plus aucune espece de tache aux bâtards; qu'elle ne parut point punir en eux les foiblesses de leurs peres en les écartant des dignités civiles et même du ministere ecclésiastique.  Pourquoi se persuader que les
vices de ceux qui leur ont donné le jour, leur ont été transmis avec leur sang ? Je ne proposerois pas cependant de leur accorder les droits de famille, & de les appeller avec les enfans légitimes à la succession de leurs parens  : non,  pour l'intérêt des mœurs, pour la dignité du lien conjugal , ne souffrons pas que les fruits d'une union illicite, viennent partager avec les enfans de la loi les honneurs & le patrimoine des familles, auxquelles ils sont étrangers à ses yeux ; laissons aux cœurs des citoyens qu'égare l'ivresse des passions, la  douleur salutaire de ne pouvoir prodiguer librement toutes les preuves de leur tendresse aux gages d'un amour que la vertu n'approuve pas » 
 op. cité, p.  46

On voit bien ici certaines limites intellectuelles imposées à Robespierre par les mentalités sociales de son temps, auxquelles très peu échapperont. 

1786     :    Le 27 avril, Robespierre prononce un discours  à l'Académie d'Arras, intitulé « Observations sur cette partie de la législation qui règle les droits et l'état des Bâtards »

                       Au mois de mai, Robespierre défend une Anglaise, Marie Sommerville, veuve Mercer, « incarcérée pour dette à Saint-Omer  en vertu d’un privilège urbain d’Artois et de Flandre, dit des villes d’arrêt, qui permet aux créanciers de faire saisir les biens meubles de débiteurs étrangers dont on craint la fuite, voire de les faire incarcérer. »  (Leuwers, 2013/b)

"elle ne put trouver à leur première requisition l'argent qu'ils lui demandoient ; aussi tôt non-contens d'avoir saisi ses meubles avec des circonstances qui changeoient cette exécution en une expédition militaire, on fondit dans sa maison ; on l'arracha de son appartement ; on la traîna aux yeux d'un peuple immense ; on la plongea dans une prison infecte ; elle y entra malade; elle y seroit morte, si elle  n'avoit trouvé de l'argent ; elle demanda aux Juges de la Ville la vengeance de tant d'outrages, et les Juges ne l'ont pas vengée ; et ils l'ont condamnée à rester ensevelie» dans leurs prisons. » (Robespierre, "Réplique pour dame Marie Sommerville...",  Œuvres complètes..., op. cité, p. 337)

On notera encore la forte emprise de la vision sexuée de la société (et même ici, du respect des ordres sociaux) chez Robespierre, dont la première question aux juges sera :  « Une femme peut-elle être emprisonnée pour dettes, en vertu du privilège des Villes d'arrêt ? »  Ou encore : « elle mit toujours dans sa conduite la dignité qui convenoit à son sexe et à son rang;»  (op. cité)

                           

Le 21 juin, il est reçu à la société chantante, épicurienne et anacréontique des Rosati (fête symbolique des roses, mais aussi anagramme de l'Artois),  formée près d'Arras, à Blangy, le 12 juin 1778, par des étudiants en droits et de jeunes avocats, que l'on retrouvent pour partie dans les loges maçonniques ou l'Académie de l'Artois   (Parsis-Barubé, 1990). 

                      En décembre, « devant le Conseil d’Artois, son objectif est d’obtenir la révision d’une sentence de la justice échevinale de Béthune qui a condamné la dame Page, convaincue d’usure, à l’amende honorable, au carcan et à trois années de bannissement ; il l’attaque sur le fond (il n’y a pas eu usure), sur la forme (nullités) et dénonce également le sort réservé au mari sénile, sur lequel la justice laisse planer une sorte de « plus amplement informé indéfini », qui est une menace de reprise de l’instruction. »  (Leuwers, 2013/b) 

Ainsi, depuis 1785, hormis dans l'affaire Pépin et d'Herlin (deux fermiers aisés) contre Dubois (maquignon),  «l’avocat n’a recours aux mémoires judiciaires que dans de possibles causes célèbres, qui mettent en scène des personnes injustement accusées, incarcérées ou condamnées. À chaque fois, c’est un scandale qu’il faut dénoncer ou réparer ; une injustice dont les effets, s’ils se prolongent, peuvent remettre en cause les droits de beaucoup d’autres personnes. »  (op. cité).   

 

1787     :    Leuwers rectifiera le tir dans sa biographie de Robespierre, évoquant la défense d'ecclésiastiques ou de nobles, comme le comte Léon Eugène Louis de Maulde, marquis de la Buissière (contre Jean-Baptiste Watelier, seigneur vicomtier), « dont il a soutenu le droit exclusif de chasse sur sa seigneurie de la Buissière » (Leuwers, 2014) , qui écorne un peu l'image de "défenseur de la veuve et de l’orphelin" qu'a brossée Babeuf en 1786, mais pouvait-il gagner sa vie en ne défendant que des pauvres ? Est-ce pour cette raison que l'on "dénombre  sa participation à environ 176 audiences et 135 affaires plaidées. Ces requêtes permettent alors de dévoiler une partie méconnue de son activité, lui permettant de gagner 21 livres et 10 sous. Cette affaire n’est, effectivement, pas destinée à sortir de l’enceinte du conseil provincial." ("Quand Robespierre défend les privilèges", article des Archives du Pas-de-Calais)Qu'il ait eu soif de réussite dans son métier, c'est certain : « De toutes les qualités nécessaires pour se distinguer dans cette profession, j’y apporte du moins une vive émulation et une extrême envie de réussir. Mais comme les conseils d'un habile maître peuvent contribuer beaucoup à me conduire à ce but, je désirerais en trouver un qui voulût bien me tracer un plan d'étude. »  

 

Lettre  à Dupaty (Charles Marguerite Jean Baptiste Mercier du Paty, 1744-1788, président à mortier du Parlement de Bordeaux), non datée, signée "De Robespierre

                                                                                                           étudiant en droit

                                                                                                  au collège Louis-le-Grand"

et publiée dans le journal Le Temps du 17 avril 1889 — Revue des Curiosités Révolutionnaires. I. 295-296, citée dans "Œuvres Complètes de Maximilien..". op cité,  Tome III, Correspondance de Maximilien et Augustin Robespierre,  p 22. 

Cependant, à « une époque où de nombreux avocats auraient profité des fruits matériels de leur succès, il semble que Robespierre se voyait plus rarement confier ces sortes de dossiers qui se seraient avérés lucratifs. Bien qu’il ait été, par certains aspects, bien intégré dans la société d’Arras, il fut de plus en plus marginalisé par les mieux établis de ses collègues dans la profession, à cause de sa franchise au sujet de l’injustice et de la corruption locale »  (Linton, 2013)

   seigneur vicomtier     :    "Une seigneurie vicomtière, ou fief vicomtier, est une particularité locale : elle désigne, en Flandre et en Artois, un fief non noble ou bourgeois, mais ayant tout de même moyenne justice."  ("Quand Robespierre défend les privilèges", article des Archives du Pas-de-Calais)

"défenseur de la veuve et de l’orphelin"   :   « Aucun de nos confrères ne « pouvait à plus juste titre se qualifier de' défenseur de la veuve et de l’orphelin ; M. de Robespierre ne tient pas à s’enrichir; il n’est et ne sera jamais que l’avocat des pauvres. »   

 

Gracchus Babeuf,  "Archives de l’Institut du Marxisme Léninisme (I.M.L), f. 223, N. 654, p. 29 (d’après une copie, probablement de la main d’Advielle)" : Daline, 1960. 

7 juin 1788     :    « À Arras, le 7 juin 1788, le Conseil d’Artois s’indigne de la remise en cause de ses pouvoirs et des libertés provinciales, mais doit rapidement plier devant l’insistance de l’intendant Esmangart (...)  Le 21 juin, Robespierre et ses collègues refusent d’enregistrer les édits, au motif qu’ils n’ont pas été préalablement vérifiés par le Conseil d’Artois et que Louis XVI doit prochainement publier une confirmation des privilèges de la province. Leur position est ferme, déterminée ; ils n’entendent pas céder, et ils ne cèdent pas. »   (Leuwers, 2014, p. 64 ) 

8 janvier 1789           :    « Dans une lettre personnelle adressée à Dubois de Fosseux, directeur de l'Académie d'Arras et datée - notons-le bien - du 8 janvier 1789, Robespierre affirme : "Oui, je compte me rendre à l'Assemblée, j'ai même commencé ce matin un petit discours relatif aux circonstances". C'est dans ce cadre très précis d'effervescence électorale et pamphlétaire qu'il faut considérer l'Adresse à la Nation artésienne, discours de circonstance et aussi en même temps discours-programme qui prend date. »    (Decriem, 1994)

​  

février 1789     :    « À la Nation Artésienne », cf. partie 5b

avril 1789     :   « Les Ennemis de la patrie démasqués par le récit de ce qui s'est passé dans les assemblées du tiers-état de la ville d'Arras. » :

 

« il lance un manifeste À la nation artésienne, suivi bientôt d’un Avis aux habitants des campagnes ["Artésiens des campagnes", plutôt, NDR] et d’un troisième brûlot ayant pour titre Les Ennemis de la patrie démasqués ; il se démène, s’agite, il est partout, déclamant contre « l’oppression où gémit la ville d’Arras sous l’autorité de ses magistrats » ; dévoilant un horrible complot « tramé par les hommes ambitieux de l’administration municipale pour perpétuer le régime oppressif sur lequel ils fondent leur autorité, leur fortune et leurs espérances » ; caressant le peuple, excitant les pauvres, usant de tous les moyens, sarcasmes, invectives, calomnies, insinuations, menaces, promesses, hâbleries, se posant en martyr de la liberté, en unique défenseur des opprimés et des humbles ; dénonçant comme hostile à leur cause son protecteur Dubois de Fosseux ; rédigeant de sa main le cahier des doléances de la corporation des savetiers ["la plus pauvre de la ville", Lemay, 1994] ; attaquant le gouverneur et les États d’Artois ; s’érigeant en contrôleur des scrutins ; conjurant les naïfs électeurs du Tiers, prêts à tout croire, « d’éviter les pièges grossiers » qui leur sont tendus et de nommer des hommes incorruptibles, se désignant lui-même à leurs suffrages par cette épithète dont il fut ainsi le premier à se qualifier.»  (G. Lenotre, pseudonyme de l'historien Louis Léon Théodore Gosselin, 1755-1835,  "Robespierre et la « Mère de Dieu »", Perrin et Cie, 1926, p. 28

Elu difficilement fin avril  (cf. Decriem, 1994) comme son ami avocat Charles Augustin Dominique Brassart (1738-1795), parmi  les élus de l'Artois, il prend pour la première fois la parole le 18 mai 1789 aux Etats Généraux   (Leuwers, 2014, p. 76 ) 

​  Sources complémentaires  Hamel, 1865 ; Walter, 1936 ;  Leuwers, 2014  ; Obligi, 2016 ;  ). 

  * « Aucun nom ne restera de cette époque excepté Robespierre. Il n'étoit cependant ni plus habile ni plus éloquent que les autres ; mais son fanatisme politique avoit un caractère de calme et d’austérité qui le faisoit redouter de tous ses collègues.

 J’ai causé une fois avec lui chez mon père, en 1789, lorsqu’on ne le connaissait que comme un avocat de l’Artois, très-exagéré dans ses principes démocratiques. Ses traits étaient ignobles, son teint pâle, ses veines d’une couleur verte ; il soutenait les thèses les plus absurdes avec un sang-froid qui avait l’air de la conviction.  et je croirois assez que, dans les commencemens de la révolution, il avoit adopté de bonne foi, sur l’égalité des fortunes aussi-bien que sur celle des rangs, de certaines idées attrapées dans ses lectures, et dont son caractère envieux et méchant s’armoit avec plaisir. Mais il devint ambitieux lorsqu’il eut triomphé de son rival en démagogie, Danton, le Mirabeau de la populace. Ce dernier étoit plus spirituel que Robespierre , plus accessible à la pitié ; mais on le soupçonnoit avec raison de pouvoir être corrompu par l’argent, et cette foiblesse finit toujours par perdre les démagogues ; car le peuple ne peut souffrir ceux qui s’enrichissent : c’est un genre d’austérité dont rien ne sauroit l’engager à se départir. »

 

Madame de Stael, « Considérations sur les principaux événemens de la Révolution françoise,  ouvrage posthume de madame la baronne de Staël, publié par M. le duc de Broglie et M. le baron de Staël. », Tome second, Paris, 1818,  p. 140-141

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Que ce soit la cocarde ou d'autres manifestations patriotiques, on voit bien que si, petit à petit, se renforce l'idée de nation commune, ce nouveau récit national en train de s'écrire forme une sorte de vernis superficiel qui ne masque guère les profondes inégalités entre les révolutionnaires. Beaucoup d'aristocrates, et encore plus de bourgeois, nous l'avons vu, prennent en marche, après les riches Britanniques, le train de la révolution plutôt industrielle ou financière que sociale. Prenons l'exemple de l'ex-comtesse de Lachâtre, issue de la grande aristocratie financière, petite-fille de Teyssier, l'homme d'affaires du financier Samuel Bernard, comte de Coubert  (1651-1739), mais aussi héritière de Nicolas Beaujon, banquier royal richissime qui avait épousé la sœur de son père.  Et tout ce petit monde a de quoi embrasser la révolution, qui va le débarrasser de beaucoup d'entraves et lui donner les clefs du pouvoir.  Mme de Lachâtre est alors vertement critiquée par d'Espinchal  dans son Journal d'émigration, comme "une des plus zélées patriotes", faisant des apparitions "aux tribunes de l'assemblée", visible "dans les jardins et promenades publiques, suivie d’une cour révolutionnaire", se faisant "remarquer au Champ de Mars avec la princesse de Broglie et quelques autres de sa trempe lorsqu’il a été question d’y élever l’autel de la patrie pour la fédération du 14 juillet 1790."  Dans son boudoir parisien, on voyait passer tous ces "traîtres" à leur caste d'origine, toujours selon Espinchal, comme Mme de Fontenay ou Mme de Lameth qui,  comme elle, mettaient leur grande fortune au service du camp libéral.  Dans ses Souvenirs, la fille des Lameth,  Marie, la future Mme Scipion de Nicolay, raconte que Robespierre prenait fréquemment des repas chez ses parents avec "ceux des députés du tiers état dont les ressources n’étaient pas assez considérables pour bien vivre à Paris".  Robespierre justement,  critiquera  la motion de Lally-Tollendal, pendant la séance du  2 juillet 1789 à l'Assemblée nationale, et son nom apparaît à cette occasion pour la première fois dans le N° 21 du Moniteur universel, qui rapporte les interventions des parlementaires : 

« M. le comte de Lally-Tollendal. [...] La paix règne enfin dans la capitale ; chaque jour vous la voyez se raffermir de plus en plus ; mais chaque jour aussi l'on apprend que la commotion va se faire éprouver successivement dans les autres villes, si l'on ne prend des mesures pour l'arrêter dans les villes lointaines. (...)  C'est à nous à nous opposer aux torrents de sang qui sont prêts à couler. Quand le Roi est venu nous dire de ramener la paix, de sauver l'Etat, invoquer notre autorité, serait-il juste de l'abandonner et de ne pas lui suggérer un seul moyen à la place de ceux qu'il a réprouvés ? (...)   L'Assemblée nationale a invité et invite tous les Français à la paix, à l'amour de l'ordre, au respect des lois... (...) Déclare que quiconque se porterait à enfreindre tous ces devoirs sera regardé comme un mauvais citoyen ; Déclare que tout homme soupçonné, accusé arrêté, doit être remis dans les mains du juge naturel qui doit le réclamer ; Déclare enfin, en attendant l'organisation qui pourra être fixée pour les municipalités, qu'elle les autorise à former des milices bourgeoises, en leur recommandant d'apporter la plus sévère attention à cette formation, et de n'admettre que ceux qui sont incapables de nuire à la patrie et capables de la défendre.

[...] M. Robespierre.  Il faut aimer la paix, mais aussi il faut aimer la liberté. Avant tout, analysons la motion de M. de .Lally. Elle présente d'abord une disposition contre ceux qui ont défendu la liberté. Mais y a-t-il rien de plus légitime que de se soulever contre une conjuration horrible, formée pour perdre la Nation ? L'émeute a été occasionnée à Poissy, sous prétexte d'accaparemens ; la Bretagne est en paix, les provinces sont tranquilles, la proclamation y répandrait l'alarme, et ferait perdre la confiance. Ne faisons rien avec précipitation : qui nous a dit que les ennemis de l'Etat seront encore dégoûtés de l'intrigue. »  (séance du 20 juillet 1789 à l'Assemblée Nationale,  Gazette Nationale ou le Moniteur universel [séance datée par erreur du 2 juillet], N° 21, du 20 au 21 juillet 1789, p. 91). 

Le 25 juilletcontre Mirabeau, Robespierre s'oppose à l'inviolabilité du secret de la correspondance dans un moment révolutionnaire :  « Sans doute, les lettres sont inviolables, je le sais, j'en suis convaincu mais lorsque toute une nation est en danger, lorsqu'on trame contre sa liberté, lorsqu'on proscrit les têtes respectables des citoyens, ce qui est un crime dans un autre temps devient un action louable. »  

Intervention de Robespierre à l'Assemblée Nationale, séance du 27 juillet 1789, dans Le Courrier de Versailles à Paris, tome  II, n° 21, p. 7., cf. "Œuvres Complètes de Maximilien..". op cité,  Tome VI, Discours (1e partie), Paris, Presses Universitaires de France, 1950, p. 46 ; cf aussi  la version des Archives Parlementaires, op. cité, p. 279

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               M.M.J ROBERSPIERRE

Député de l'Artois à l'Assemblée Nationale 

                              en 1789

Encore peu connu, on orthographie parfois mal son nom

        Dessin de Jean-Urbain Guérin

  Dessinateur et peintre français (1761-1836)

Gravure de Franz Gabriel Fiesinger (1752-1807)

​ Graveur originaire du Bade-Wurtemberg

                            (Allemagne)

                            1789 

 

                       BNF, Paris

           Sur 1154 députés issus des Etats Généraux 

 

        « Robespierre réussit à faire partie, non seulement des 149 orateurs qui interviennent "souvent", mais à l'intérieur de ce groupe, il est un des 53 orateurs qui parlent "très souvent"  » 

 

Lemay, 1994, citations du "Dictionnaire des Constituants" de 1789 à 1791, dirigé par l'auteure, avec la collaboration de C. FAVRE LEJEUNE, la participation de Yann FAUCHOIS, Joël FELIX, Marie-Laurence NETTER, Jean-Louis ORMIÈRES et l’assistance d’Alison PATRICK, préface de François Furet, Voltaire Foundation-Oxford, Universitas-Paris, 1991 : vol. II,  app. V, "Les grands orateurs", p. 996-997. 

 

                   

                     

 

                        BIBLIOGRAPHIE 

 

 

DECRIEM Bruno, 1994, « 1788/1789 en Artois : un candidat en campagne électorale, Maximilien de Robespierre ». article de l'ouvrage collectif intitulé "Robespierre. De la Nation artésienne à la République et aux Nations", dirigé par  Hervé Leuwers, Jean-Pierre Hirsch, Gilles Deregnaucourt et Jean-Pierre Jessenne, publié par l’Institut de recherches historiques du Septentrion. 

HAMEL Ernest, 1865, « Histoire de Robespierre : d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits ».  Tome Premier, La constituante, Paris; Librairie Internationale, A. Lacroix, Verboeckoven & Cie, Editeurs.  

LAVOINE A, 1914, « La famille de Robespierre et ses origines. Documents inédits sur le séjour des Robespierre à Vaudricourt, Béthune, Harnes, Hénin-Liétard, Carvin et Arras. (1452-1790) », article de la Revue du Nord, tome 5, n°18, mai 1914. pp. 101-148.

LEMAY Edna Hindie, 1994,  « Poursuivre la Révolution : Robespierre et ses amis à la Constituante ». article de l'ouvrage collectif intitulé "Robespierre. De la Nation artésienne à la République et aux Nations", dirigé par  Hervé Leuwers, Jean-Pierre Hirsch, Gilles Deregnaucourt et Jean-Pierre Jessenne, publié par l’Institut de recherches historiques du Septentrion. 

LEUWERS Hervé, 2013/b : "Les factums de l’avocat Robespierre. Les choix d’une défense par l’imprimé", article des Annales historiques de la Révolution française, N°371 | janv-mars 2013., pp. 51-71

LEUWERS Hervé, 2013/c : "Robespierre, avocat des fermiers Pepin et d'Herlin. Un mémoire judiciaire retrouvé (1787)"; article de la Revue du Nord, n° 400-401, pp. 537-547. 

LEUWERS Hervé, 2014, "Robespierre", Paris, Editions Fayard.

LINTON Marisa, 2013, traduction Lucie Perrier, « Robespierre et l'authenticité révolutionnaire »,. article des Annales historiques de la Révolution française, 371 (1), pp. 153-173.

MOLLIER Pierre, 2019, "Franc-maçonnerie : encore une des causes de la Révolution". article de la revue Humanisme, 324 (3), pp. 24-29

OBLIGI Cécile, 2016, "Robespierre : La probité révoltante", Editions Belin. 

PARSIS-BARUBÉ Odile, 1990, "La vie culturelle à Arras à la veille de la Révolution", article de la revue nord', 73 (1),  pp. 39-55. 

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