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 Afrique noire PRÉCOLONIALE                  (IVa)     
  domination SOCIALE et  esclavage

         ÉTHIOPIE :
   ROYAUME de  DA'AMAT 
                    vers - 800  à - 300   

Reconstitution de la ville de Yaha (Yeha) à son apogée, au cours du premier millénaire avant notre ère (Deutsches Archäologisches Institut, DAI /The German Archaeological Institute)

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Gravures rupestres avec bétail (chèvres, vaches, boeufs à grandes cornes...), de style arabo-éthiopien,  Grotte de Laga Oda, massif du Tchertcher (cf. carte A) carte), Ethiopie, vers - 1200 à  300   (montage de styles différentsbasé sur Červíček, 1971)

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Carte générale de l'Ethiopie et de l'Erythrée  surlignant des sites occupés par les royaumes de Da'amat (Daamat, Damot) d'Aksoum et de l'Arabie du Sud (Yémen)

A

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Carte du Tigré (Tigray)  et du centre de  l'Erythrée,  avec les principales cités  du  Da'amat  et d'Aksoum 

B

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Da‘amat

ደዐመተ

 

 

 

                                 Statue féminine assise  

"reproduction en pierre d'un naos de procession" (Pirenne, 1989) ? Reposoir d'une statue de culte ?  (cf. De Contenson, 1987), avec écriture sud-arabique sur le socle.    

                       Addi-Galamo (A. Gelemo), Tigré, Ethiopie  

 

                                            vers - VIe -Ve siècle

        Musée National d'Addis-Abeba, Ethiopie   

 

                                      

 

​​​Nous ne connaissons pas l'organisation sociale des ancêtres éthiopiens de la fin du IIe  jusqu'au milieu du Ier millénaire avant notre ère et qui produisent différentes traditions de céramiques.  Ils occupent le Golfe de Zula (Adoulis, céramique sahélienne), les montagnes autour d'Asmara en Erythrée (céramique du  Hamasien), sur le plateau qui va de Senafe à Adigrat (céramique d'Agame) ou encore les collines qui courent de Hadwa à Aksoum (céramique du Tigré) : cf. carte A.  Une tombe richement dotée, ou encore des signes de hiérarchie au niveau de la taille des peuplements nous suggèrent tout juste des signes  de développement de formes d'inégalité et de statuts  sociaux autour d'Asmara, mais l'organisation collective semble primer et les chefs, établis de manière temporaire. Cinq monolithes à Kaskasé (Keskese, cf. cartes), au centre de l'Erythrée, semblent, au contraire indiquer l'émergence du leadership d'un homme fort  (Fattovitch, 2014).  

Au milieu du premier millénaire avant notre ère, les sociétés semblent passer d'un seul coup à une société hautement hiérarchisée dans les régions montagneuses de Yeha (cf. cartes),  où on a trouvé des tombes richement dotées et des bâtiments monumentaux exécutés dans un style sud-arabique.  Des sculptures plus raffinées apparaissent, mais aussi des sceaux de terre cuite, pierre ou bronze, qui indiquent les formations d'entités politiques et administratives, ou encore des armes de bronze, de cuivre ou de fer sont utilisées par les élites   (Anfray, 1963 ; Fattovich, 2009, 2014)

 

Le royaume de Saba (Shéba) dans l'actuel Etat du  Yémen, à la fin du VIIIe siècle avait été dirigé par un prince conquérant,  le grand mukarrib  Karib'il Watar, fils de Dhamar‘alî, qui a étendu son hégémonie politique et culturelle, par la guerre et par alliances, sur l'ensemble des royaumes de l'Arabie du Sud, au Yémen, dont les plus importants étaient Hadramaout, Qtabân (Qatabân) et Awsân, très liés géographiquement et politiquement, et Ma'în (cf carte B).  Saba était alors devenu le vecteur d'une culture dominatrice par sa langue, son panthéon religieux, son architecture et, alors que se développait le commerce des aromates,  elle ambitionnait de contrôler le commerce caravanier très lucratif de l'encens et de la myrrhe destinés non seulement aux régions arabes, mais aussi à la Méditerranée et à la Mésopotamie (Arbach, 2010).  

 

C'est l'historien juif Flavius Josèphe à la fin du premier siècle (Antiquités Judaïques), qui évoque le premier le  fait que les Sabéens avaient franchi ce que les Romains appelaient Sinus arabicus (Golfe arabique) et les Grecs Ἐρυθρὰ Θάλασσα, Erythrà Thálassa, La Mer Rouge (d' ἐρυθρός , e̍rythrós,  "rouge", en grec, d'où nous vient le mot Erythrée, où on place possiblement l'ancien pays de Pount (Punt, Phut), le pays de cocagne aux yeux des anciens Egyptiens).  Passant probablement par le port de Zula (Adoulis),  les Sabéens auraient étendu leur hégémonie sur le continent africain pour occuper une partie de ce qui deviendra l'Ethiopie (appellation d'origine grecque elle aussi, cf  Au pays des Imazhigen, d'Elissa à Ptolémée), principalement dans la région du Tigré  et du centre de l'Érythrée et  régner à la fois sur le royaume de Saba, au Yémen, et sur un nouveau royaume éthiopien appelé Da'amat (DMT en écriture consonnantique, Da'mat, Daamat, Di'amat) au tournant du premier millénaire, qu'on ne doit pas confondre avec le royaume médiéval de Damot, occupant une aire plus au sud, entre la région d'Amhara et le lac Ziway, où se trouve la capitale éthiopienne actuelle, Addis-Abeba (cf. Bouanga, 2014). Cependant, nous allons voir que l'ensemble des recherches archéologiques et historiques brossent un portrait plus complexe de cette  réalité socio-historique, qui rappelle un peu celui que les historiens avaient longtemps brossé à propos des Hyksos en Egypte (cf  Afrique Noire, I, Antiquité), dépeints comme de grands conquérants asiatiques, alors qu'ils étaient en réalité des groupes immigrés de marchands, nous l'avons vu, devenus assez puissants pour s'emparer du pouvoir. 

Saba : Un royaume de légende célèbre porte ce nom, dont la reine aurait rencontré le roi juif Salomon, au Xe siècle avant notre ère,  cf. Bible, Ancien Testament, 1er Livre des  Rois : 10, 1-13 ; 2e Livre des Chronique, IX : 1-12). La visite de la reine de Saba auprès du roi Salomon sera reprise par le Coran dans le chapitre de  "La Vache", sourate XXVII. 

Yémen "Si le terme Yamanat apparaît au IVe siècle, son acception reste ambiguë et ne semble pas désigner l’actuel Yémen. Ce terme apparaît dans la titulature des souverains ḥimyarites dans la formule « roi de Saba’, dhû-Raydân, Ḥaḍramawt et Yamanat ». Yamanat, dans cette formule, désignerait une région du Yémen actuel plus que l’ensemble de l’Arabie du Sud. La même objection est valable pour le terme al-Yaman au cours de la période médiévale. Il reste tout un travail à faire pour définir ce qu´al-Yaman signifie aux époques données et dans le vocabulaire des historiographes des dynasties qui se sont suivies et ont régné en Arabie du Sud" (Klarić, 2008)

mukarrib   : moukarrab, moukarrib, dérivé de la forme mkrb : "fédérateur". 

"En Arabie, il semblerait que le mkrb soit un magistrat chargé de veiller au respect de règles communes à l'ensemble des tribus sudarabiques, concernant notamment la sécurité collective (sacralité des temples, sûreté des entrepôts, des marchés et des caravanes, etc.); ce serait la raison pour laquelle le titre de mkrb ne se trouve pas dans deux royaumes simultanément." (Robin et De Maigret, 1998) Au Daamat, le terme désignerait parfois un roi doublé d'un législateur.

 

Les inscriptions éthiopiennes rapportent aussi un autre titre de souveraineté, celui de mlk : "malik" : roi,  en arabe (Kammerer, 1929 ; Robin et De Maigret, 1998) 

 

Différents objets d'agriculture retrouvés dans des tombes de notables : sceaux en bronze probablement pour le marquage des bêtes, outils agricoles comme les faucilles, suggèrent que la propriété du bétail et le contrôle symbolique de l'agriculture étaient des marques importantes de l'autorité de ces dirigeants locaux  (Fattovich, 2014)  

 

De nombreux signes indiquent l'enrichissement de divers chefs assez conséquent pour leur permettre d'imposer leur pouvoir dans le centre érythréen et l'est et le centre du Tigré, qui adoptent le plus souvent divers traits de la culture sudarabique, notamment la langue sabéenne, par stratégie politique.  Celle-ci permet sans doute à ces leaders d'instaurer une autorité institutionnelle, de faciliter les échanges multiculturels et de démontrer leur légitimité face aux autres forces politiques en présence  (Fattovich, 2014) 

 

Divers indices ont permis aux archéologues de comprendre qu'il ne s'agissait nullement d'une colonisation militaire des princes d'Arabie.  Tout d'abord, il faut souligner l'absence "presque totale de mention de souverains sudarabiques" (Robin et De Maigret, 1998), qui, avec d'autres caractéristiques de la culture de Da'amat (Daamat, Damot), nous le verrons, exclut l'idée d'un pays sous le joug d'une puissance étrangère.  Cependant, l'écriture utilisée à Da'amat, dite sud-arabique (sudarabique), provient bien de l'autre côté de la Mer Rouge et a indubitablement été importée par des immigrants sabéens. Les plus anciennes attestations de l'écriture sud-arabique datent de la fin du IIe millénaire avant notre ère, sur les bases de l'alphabet de 29 lettres inventé en Syrie et en Palestine vers le XIIIe siècle avant notre ère. Cette écriture se diffuse dès les Xe-IXe siècle, à peu près au même moment où fleurissent les écritures du Proche-Orient, en Phénicie et en Palestine, particulièrement (Arbach, 2010).   

 

Les inscriptions trouvées dans le temple de Yeha, la capitale,  mais aussi  à Kaskasé, Matara, Addi-Gelemo, ou encore, Addi-Kaweh, Enda-Tcherqos et Seglamen (cf. cartes en exergue),  nous révèlent les noms des plus anciens rois de l'époque pré-axoumite, des environs du Ve siècle : Waran Haywat, Radam, Rabah, Laman (W’rn Hywt, Rd'm, Rbh, Lmn), tous issus de l'onomastique sémitique d'Ethiopie, inconnus de la péninsule arabique, tout comme ceux d'un certain nombre de divinités : Naraw, Sadaqan, Saman, Raba, Shayan et Yafaam (Nrw, Sqdn, Smn, Rb, Syhn, Yfmt, en écriture sud-arabique) cotoyant des divinités sabéennes indiquées à la fin des inscriptions royales : Astar, Almaqah (Ilumquh, le dieu de la lune), Dhât-Himyam et Dhât-Baadan  (Anfray, 1990) :  c'est un des multiples témoignages, nous le verrons, d'une influence sabéenne touchant essentiellement les classes sociales supérieures de cette société. 

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Seglamen, Inscription du roi

      Waran-Haywat,  - Ve s,                    (Schneider, 1976).

D'autre part, "la mention de Saba' dans le titre de deux des trois fédérateurs de Da'mat suggère une union étroite avec Saba', sinon une tutelle de cette dernière" (op. cité), Cette double influence indigène et exogène est confirmée par l'ensemble des productions culturelles, qui désigne au moins deux groupes d'influence dans cette période pré-axoumite de l'Ethiopie. Autre élément typique absent de l'épigraphie sudarabique de la même époque, l'association du nom de l'épouse à celui du roi, qu'on trouve à différente reprise : là encore, on pense aux traditions nubiennes, où les reines nubiennes, les Candaces, sont parfois associées à leurs époux (cf. Le royaume de Méroé).  

L'orientaliste néerlandais Abraham Johannes. Drewes (1927-2007) avait déjà noté (Drewes, 1962),  que les inscriptions retrouvées au Tigré à l'époque de Karib'il Watar se divisaient en deux groupes, l'un d'écriture sabéenne classique,  très minoritaire, et l'autre, d'une graphie plus fruste et des apports dialectaux, appartenant à la population autochtone du royaume de Da'amat, dont on n'est pas très sûr qu'elle soit à  l'origine de la langue guèze (ge'ez), la langue classique de l'Ethiopie parlée plus tard à Axoum. C'est cette langue sudarabique mâtinée d'un certain nombre de structures inconnues en sabéen (Schneider, 1972),   que l'on retrouve dans une trentaine de documents retrouvés dans le temple hypostyle de Yeha, le plus ancien monument connu de l'Ethiopie, daté du Ve siècle avant notre ère, sans doute l'ouvrage d'architectes du Jawf, dans le nord de l'Arabie.  Certains chercheurs s'appuyant sur des inscriptions de Gobo Shela (Goboshela/ Haoulti-Melazo) ou de Yeha (Yeka), par exemple, mentionnant l'emploi d'architectes, de maçons, de tailleurs de pierre, de négociants sabéens, venus de Saba, principalement des grandes cités de Mâ'rib et de Sa'naa, la capitale,  minimisent le nombre de Sabéens résidant sur le territoire éthiopien, ce qui conforterait l'idée d'une culture largement autochtone, avec des élites se réappropriant des éléments culturels sabéens pour des raisons politiques.  Ainsi, beaucoup de chercheurs mettent l'accent sur l'ensemble des facteurs  internes (contrôle des terres arables et des ressources minières) et externes (contrôle du commerce et des échanges) de développement des inégalités sociales (Fattovitch, 1990 ; Munro-Hay, 1991 ; Keall, 2004 ; Phillipson, 2009).  Cependant, cette influence sud-arabique n'est pas du tout nouvelle dans la région, elle se serait développée depuis la fin du IIe millénaire (Fattovitch, 1992). 

 

Les productions artistiques du Da'amat confirment tout à fait le métissage des cultures observé déjà par l'écriture.  La chercheuse Jacqueline Pirenne,  a particulièrement pointé du doigt les diverses influences qui ont traversé ce moment pré-aksoumite. Tout d'abord, l'art sabéen du Tigré présente différents types de monuments "inconnus au Yémen (naos de statue, grands autels à encens cylindriques) et qui sont plus beaux que ceux du Yémen; enfin, il s'y marque une influence méroïtique, absente au Yémen"  (Pirenne, 1989)

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  Autel  à encens, brûle-parfum  

 

    pierre,     Addi-Galamo (A. Gelemo), Tigré, Ethiopie  

 

     fin du premier millénaire                      avant notre ère

         Musée National

    d'Addis-Abeba, Ethiopie                                                              

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         Statue  votive féminine

                       ( déesse ?)

            dite "Reine de Yeha" 

         pierre        H.  140 cm    

                                                         Hawelti, Tigré, Ethiopie  

    vers le Ve siècle av. notre ère 

         Musée National

    d'Addis-Abeba, Ethiopie

Au cou large collier avec pectoral, aux poignets, quadruple bracelet torique, qui devait être recouvert de vrais bijoux précieux. Par ailleurs, anneaux et boucles d'oreilles ont été retrouvés sur le site. 

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                 Niche (naos) d'un trône 

                                     pierre   

 

        Haoulti (Hawelti, Hawulti, Hawllti)  

 

           vers le Ve siècle vant notre ère

               Musée National

          d'Addis-Abeba, Ethiopie 

 

 

 

  bas-relief d'un trône, probablement d'un mukarrib, avec frise de bouquetins (ibex), emblème comme le taureau (auquel  les pieds du meuble font allusion) du dieu sabéen Almaqah. Les objets que tient en main le dignitaire ne sont pas clairement identifiés (éventail et massue ?), leur nom, Rafash, est indiqué sous leur forme consonnantique RFŠ, au-dessus de l'épouse : sa  bien plus petite taille nous rappelle son infériorité sociale, si répandue dans la culture patriarcale. 

Remarquez les formes plantureuses, comme celle de la "déesse" qui rappellent les Candaces méroïtiques (cf. Le Royaume de Méroé)  

 

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Inscription d'Enda-Cerqos, en écriture sudarabique,

                                         Haoulti   

 

                       Ve  - IVe siècle avant notre ère

 Musée National d'Addis-Abeba, Ethiopie                                                              

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                           "Sphinx"

    Addi Kramatən/ኣዲ ክራማተን, région d'Akkälä Guzay

 

           autour du 1er millénaire avant notre ère

  La statue est dédicacée à  ḎT ḤMN, la déesse Dat Ḥimyam, une divinité féminine sabéenne associée au soleil, à la fertilité et aux rituels de procréation, qui était vénérée pendant la période de DMT

                  h. 24  x  l. 16,5 cm 

   Musée National d'Asmara, Erythrée                                                              

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            Ruines du temple d'Almaqah (1)

  Meqäber* Ga'ewa  (auj.  près de Wukro), Tigré, Ethiopie    

 

                       VIIIe siècle avant notre ère

 

        * መቓብር (Meq̈abr) : tombe, en tigréen                                             

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            Ruines du temple d'Almaqah (2) 

     Autel à libations, qui s'écoulaient via la tête de taureau

 

                   env. VIIIe - VIe siècle avant notre ère

                                         

De même que les statues assises, un des plus anciens monuments de grande taille retrouvé au Tigré porte de multiples influences orientales. En effet, le temple d'Almaqah (Ilumquh) à Yeha (cf. reconstitution de la cité en exergue), datant du VIIe ou VIe siècle avant notre ère (Robin et De Maigret, 1998), a un aspect général proche de structures sud-arabiques, mais dont le plan ne se retrouverait dans aucun bâtiment du Yémen, affirmait Pirenne (op. cité). Ce n'est pas l'avis d'Alessandro de Maigret, qui rappelle que le temple de Nakrah (dieu Nkrh) qu'il a dégagé à Yathill (actuelle Barāqish), au Yémen, ressemble trait pour trait à celui de Yeha, à l'état de vestige aujourd'hui : "Presque tout y est comparable: le plan, les proportions, l'organisation intérieure, les propylées monumentaux, le système de couverture, l'appareil ou le type de pierre. Les différences sont, somme toute, relativement mineures : des chapelles plus nombreuses à Baraqish ; l'ajout d'un étage et des dimensions plus grandes à Yéha. A première vue, il paraît vraisemblable que le Grand Temple de Yéha suit fidèlement un modèle sudarabique"   (Robin et De Maigret, 1998).  Mais on pourrait y ajouter l'exemple du temple de Barran, à Mari, au Yémen, ou d'autres encore. 

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            Temple de Yeha

      Daamat, Tigré, Ethiopie,

             VIIe-VIe siècle  

  

    L. 18.6  x l. 15 x H. 13  m,    

 Photo de Chester Higgins   

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  Temple de Yeha

     Reconstitution 

  

  (Japp et al., 2011)

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            Temple de Yeha

   Reconstitution du portique

  

         (Japp et al., 2011)

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            Temple de Yeha

     Reconstitution intérieure

  

(Habesha History, HYoannes)

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        Temple de Nakrah 

 Yathill  (auj. Barāqish), Yémen

  

         (Japp et al., 2011)

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        Temple de Nakrah 

         Reconstitution

  

 (De Maigret et Robin., 1993)

​Comme le montre la reconstitution de Yeha, en exergue, le complexe monumental pré-axoumite de cette cité, qui devait être la capitale du royaume de DMT, "diffère considérablement de ses prototypes sud-arabiques, mais se perpétue dans l'architecture axoumite"  (Schnelle, 2013). Résidence probable du souverain et des élites, il devait aussi abriter un complexe administratif  (cf. Drieschner et al., 2023 ; Schnelle, 2013).   

"Dix-sept ensembles de tombes taillées dans la roche, datant du premier millénaire avant notre ère et ayant peut-être appartenu aux souverains qui résidaient vraisemblablement au palais de Grat Bea’l Geubri, ont été fouillées (Fattovich, 1990). Ces puits verticaux mènent à une ou plusieurs chambres funéraires. Le mobilier funéraire de ces tombes comprenait une abondante céramique, des faucilles en alliage de cuivre, des sceaux zoomorphes, divers autres outils ainsi qu'un récipient en albâtre, témoignant du raffinement artistique et technologique de l'époque." ("The Cultural Heritage of Yeha", document UNESCO). 

 

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                       Yeha,

 "palais" de Grat Be'al Gibri

                   (Beal Geubri)

                  vers - 800

pierres brutes maçonnées au mortier, pans et poutres de bois très dur (olea africana, cordia africana, Juniperus procera : cf.

 Drieschner et al., 2023 ; Schnelle, 2013). 

       H. 27  x  L 60  x  50 m

               Reconstitution

             de Mike Schnelle 

  

           (Blog du DAI

Entre le IVe siècle avant et le Ie siècle après notre ère, s'écoule une période proto-axoumite dont on ne sait presque rien, faute de témoins archéologiques, sans que l'on en connaisse la raison.  On sait que de petits états se forment en Erythrée et autour d'Aksoum, à Kidane Mehret, Medogue, Biete Giorgis (Beta Giyorgis),  etc., et certains chercheurs avancent que la désintégration du Da'amat  est la conséquence de celle du commerce sabéen,  ajouté peut-être à un coup porté sur le commerce en Mer Rouge sous les Ptolémées d'Egypte, au IVe siècle avant notre ère (Woldeyohannes, 2015). Dans tous les cas, les traditions, la culture du Da'amat n''ont pas disparu puisqu'on les retrouve de différentes manières à la période axoumite : procédés de construction, symbolique religieuse, établissements axoumites installés sur des sites préaxoumites, écriture, etc., en même temps qu'apparaissent progressivement des traits radicalement différents qui indiquent la fermentation d'une nouvelle culture  (Anfray, 1990).​​

                           BIBLIOGRAPHIE 

 

 

ANFRAY Francis, 1963,  "Une campagne de fouilles à Yeha (Février-Mars 1960)", Annales d’Ethiopie 5, 171-192.

ANFRAY Francis, 1990, "Les anciens Éthiopiens",  Siècles d'histoire.  Editions Armand Colin

ARBACH Mounir, 2010, "Aux origines de l’établissement des royaumes sudarabiques / Saba et les cités-États du Jawf aux VIIIe-VIe s. av. J.-C.", in  Arabian Humanities,  Revue internationale d'archéologie et de sciences sociales sur la péninsule Arabique, 16 | 2010.

https://journals.openedition.org/cy/1779#ftn1

BOUANGA Ayda, 2014,  "Le royaume du Damot : enquête sur une puissance politique et économique de la Corne de l’Afrique(XIIIe siècle)", article des Annales d'Ethiopie, volume 29, pp. 27-58.

ČERVIČEK  Pavel. 1971), "Rock painting of Laga Oda (Ethiopia)", Paideuma: Mitteilungen zur Kulturkunde, Bd. 17 (1971), pp. 121-136.

DE CONTENSON Henri, 1987,  "La culture pré-axoumite", in Histoire Générale de l'Afrique, Encyclopédie de l'UNESCO, volumes de 1980 à 1999, vol. II, "Afrique ancienne", dir. Gamal Mokhtar, 1987, p. 373, 8

DE MAIGRET Alessandro et ROBIN Christian, 1993, "Le temple de Nakrah à Yathill (aujourd'hui Barāqish), Yémen. Résultats des deux premières campagnes de fouilles de la mission italienne", article de la revue Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres,  137-2 pp. 427-496

DRIESCHNER Martin, WILHELM Sigrid, PETRYNA Yuri, SCHNELLE Mike, GERLACH Iris, 2023, "Preliminary Structural Analysis for the Archaeological Reconstruction of the Ancient Palace Grat Be'al Gibri in Yeha, Ethiopia", article du Journal of Architectural Engineering Technology,   Vol. 12/4 p. 337.

FATTOVITCH 1990,  “Remarks on the Pre-Aksumite Period in Northern Ethiopia”. Journal of Ethiopian Studies, 23, pp.  1-31. 

FATTOVITCH Rodolfo, 1992,  “Lineamenti di storia dell’archeologia dell’Etiopia e della Somalia", Naples, Istituto universitario orientale (Annali dell’Istituto orientale, supplemento 71). 

FATTOVITCH Rodolfo, , 2009, "Reconsidering Yeha, c. 800–400 BC", The African Archaeological Review 26, 275–290

FATTOVITCH Rodolfo, 2014,  “The Architecture of Power in Tigray (Northern Ethiopia) and Eritrea in the 1st millennium BCE – 1st millennium CE" ,  Numéro spécial de la revue allemande de l'Antique Soudan (Der Antike Soudan), produite par la Société Archélogique de l'antique Soudan    (Sudanarchäologische Gesellschaft),  édité par Angelika Lohwasser et Pawel Wolf, Berlin. 

JAPP Sarah, GERLACH Iris, HITGEN Holger & SCHNELLE Mike, 2011, "Yeha and Hawelti : cultural contacts between Sabaʾ and DʿMT — New research by the German Archaeological Institute in Ethiopia", article de Proceedings of the Seminar for Arabian Studies (Actes du Séminaire pour les Etudes Arabes, forum annuel), volume 41, Oxford, Archaeopress. 

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