Révolution anglaise,

      La Grande Rébellion

            Levellers, 1607-1649

« Car

le

diable

est

descendu

vers

vous...»

Gravure de Gustave Doré (1832-1883)

La chute de Lucifer

Illustration du Paradis perdu du livre de John Milton (1667), pour la maison d'Edition Cassel, Petter and Galpin, à Londres (1866)

« Aussi, il peut être vraiment dit à l'adresse de l'Angleterre: «Malheur à ses habitants, car le diable est descendu vers vous (sous la forme de la lettre B.) avec une grande colère, parce qu'il sait qu'il n'a que peu de temps. Car jamais auparavant on n'en avait entendu parler en Angleterre. Les cruels,infâmes et babares martyres, les meurtres et les boucheries du peuple de Dieu sous le clergé papal et épiscopal n'ont été perpétrés ou agis par aucune loi aussi diabolique, cruelle et inhumaine que celle-ci. Que peut donc attendre le peuple libre d'Angleterre de la part de son clergé presbytérien, qui se découvre ainsi plus féroce et cruel que ses semblables  ?  Il n'est question que de pendre, brûler, marquer, emprisonner, etc. »

 

Richard Overton, An Arrow Against All Tyrans, 1646

 

La prison des pauvres

 

En Angleterre, en 1535, déjà, un acte d'Henri VIII, imposait le travail des enfants de 5 à 14 ans au sein d'ateliers artisanaux appelés industrial schools (Diemer et Guillemin, 2009). Moins d'un siècle après, ce seront au tour des workhouses (maisons de travail)  d'être instituées au travers de plusieurs lois élisabéthaines sur les pauvres (poor laws) dès 1601, sous la reine Elisabeth Iere et ce jusqu'en…1930 !  

"Les Inspecteurs des pauvres prendront les mesures nécessaires, de concert avec deux juges de  paix  au  moins,  pour  mettre  au  travail  tous  les  enfants  que  leurs  parents  ne  seront  pas  en  état d'élever,  ainsi  que  toutes  personnes,  mariées  ou  non,  qui  n'ont  ni  ressources  ni  gagne-pain.  Ils lèveront  également,  par  semaine  ou  autrement,  une  taxe  sur  tous  les  habitants  et  propriétaires terriens de la paroisse, destinée à leur permettre de se procurer le lin, le chanvre, la laine, le fil, le fer et toutes autres matières premières pour faire travailler les pauvres"

Edit de la 43 e année d'Elisabeth, 1601.

En 1662, c'est au tour de la loi du domicile (Settlement’s Act) de renforcer le contrôle sur l'existence des pauvres en préconisant le renvoi des mendiants et des pauvres dans leur paroisse de naissance (Diemer et Guillemin,op. cité). Précisons que tous ces dispositifs de travail forcé en France ou en Angleterre ont, au total représenté des échecs économiques et des charges supplémentaires pour la communauté (Foucault, 1961; Taylor, 1976; Geremek, 1987), en partie parce qu'elles étaient le fruit d'une philosophie plus morale, théologique, qu'économique. 

De nombreux pauvres sont donc contraints au travail forcé (nous en avons eu un premier aperçu pour les Pays-Bas), qui est depuis le tout début du XVIIe siècle un siècle une véritable institution. On appellera ça "le grand renfermement" que l'historien Michel Foucault a spécialement étudié dans son Histoire de la folie à l'âge classique (1972).  L'organisation y est de type carcéral, sale, surpeuplé, très durement discipliné, où on inculquait aux gens les principes moraux et religieux des classes dominantes, et que l'historien polonais Bronisław Geremek (1932 - 2008)  appellera "prison des pauvres". Comme les premières maisons de travail sont apparues dans les villes les plus industrialisées : Bristol, Norwich, Manchester, Worcester, etc., les Hôpitaux Généraux français se développeront en même temps que l'économie marchande, comme l'a noté Michel Foucault (1975), ce qui témoigne de l'imbrication entre le capitalisme  naissant et la politique répressive des pauvres, ce qu'ont bien montré plusieurs chercheurs (Appleby, 1978; Lis et Soly, 1979).  Les conditions de vie ressemblent à celles des bagnes : uniformes cousus de la lettre P, pour pauper (pauvre, en latin), brimades, usage du fouet, privation de nourriture figuraient parmi les nombreux signes d'indignités et d'oppression (La prison des pauvres, Jacques Carré, professeur émérite d’études britanniques à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste de l’histoire culturelle et sociale britannique des XVIIIe et XIXe siècles). 

 

 

Enclosures  

 

Il y avait eu la Magna Carta, en 1215, "qui énumère les privilèges accordés à l’Église d’Angleterre, à la cité de Londres, aux marchands, aux seigneurs féodaux.", et plusieurs siècles après, en peu de temps, la Petition of Rights de 1628, l'Habeas Corpus de 1679 ou  le Bill of Rights de 1689. L'Habeas Corpus stipule que "nul ne peut être tenu en détention sauf par décision d'un juge". Mais combien de citations sur les droits de l'homme le brandissent sans l'avoir lu en entier, et particulièrement l'article 8, qui précise que la procédure ne s'applique pas aux personnes emprisonnées pour dettes ou dans le cadre d'une affaire civile, c'est-à-dire dans des affaires où on rencontre beaucoup de personnes de basse condition, qui peuvent continuer à être traitées arbitrairement. La Petition of Rights, par exemple, parle des "autres hommes libres des communes de ce royaume " ou stipule "qu'aucun homme libre ne pourra être arrêté" (intégralement repris de la Magna Carta), ce qui signifie bien que tous les hommes ne le sont pas.  Il s'agit bien plus alors de limiter l'autorité, l'arbitraire monarchique et d'accroître le pouvoir parlementaire de l'élite que d'ouvrir le champ des droits humains. Rappelons que c'est Henri VI qui limite en 1429 le droit de suffrage aux seuls freeholders d'une propriété foncière (estate) d'un revenu supérieur à 40 shillings : ce suffrage censitaire va durer jusqu'en...1832 dans les comtés.

"Ce statut, qui posait la qualité de propriétaire comme condition de participation politique, est présenté à la fois comme une mesure d’ordre public et comme la volonté de refuser la qualité d’électeur au peuple traditionnellement présenté comme incapable et versatile. À travers la description de ce statut de 1429, c’est autant le peuple en lui-même qui effraie que les désordres qu’il peut provoquer." (Tillet, 2001)

C'est dans le droit fil de cette domination sociale que le phénomène des enclosures a pu débuté avec le statut de Merton (Surrey), en 1235, sous Henri III, un nouveau contrat entre prince et barons, cette fois sur les conditions d'enclôturement et de privatisation des terres communes par les aristocrates.  Ainsi,  du XIIIe au XIXe siècle, on a assisté à l'appropriation progressive et violente des commons, ces terres d'usage commun, à champs ouverts (openfield), par les landlords, les aristocrates terriens, qui par remembrements successifs, clôturaient par des haies, par des barrières, etc., un espace reconfiguré qui finissait par être l'objet du relevé de l'estate map (plan de domaine) d'une nouvelle propriété individuelle et aliénable. C'est une spoliation à grande échelle qui ne sera pas assurée seulement par la force mais aussi par la loi, culminant avec les Inclosure Acts de 1727 à 1868, leurs dispositions mettant définitivement à bas les droits d'usage et les communaux.

C'est ainsi que près de la moitié du pays, aujourd'hui, appartient à 40.000 propriétaires fonciers, des millionnaires ne représentant que 0,06 % de la population totale (Kevin Cahill, Who Owns Britain, Canongate, 2001).

La critique féroce de Thomas More, l'auteur d'Utopia, en 1516, est éclairante :

 

Les troupeaux innombrables de moutons qui couvrent aujourd'hui toute l'Angleterre. Ces bêtes, si douces, si sobres partout ailleurs, sont chez vous tellement voraces et féroces qu'elles mangent même les hommes, et dépeuplent les campagnes, les maisons et les villages.

 

En effet, sur tous les points du royaume, où l'on recueille la laine la plus fine et la plus précieuse, accourent, pour se disputer le terrain, les nobles, les riches, et même de très saints abbés. Ces pauvres gens n'ont pas assez de leurs rentes, de leurs bénéfices, des revenus de leurs terres ; ils ne sont pas contents de vivre au sein de l'oisiveté et des plaisirs, à charge au public et sans profit pour l'État. Ils enlèvent de vastes terrains à la culture, les convertissent en pâturages, abattent les maisons, les villages, et n'y laissent que le temple, pour servir d'étable à leurs moutons. Ils changent en déserts les lieux les plus habités et les mieux cultivés. Ils craignent sans doute qu'il n'y ait pas assez de parcs et de forêts, et que le sol ne manque aux animaux sauvages.

 

Ainsi un avare affamé enferme des milliers d'arpents dans un même enclos ; et d'honnêtes cultivateurs sont chassés de leurs maisons, les uns par la fraude, les autres par la violence, les plus heureux par une suite de vexations et de tracasseries qui les forcent à vendre leurs propriétés. Et ces familles plus nombreuses que riches (car l'agriculture a besoin de beaucoup de bras), émigrent à travers les campagnes, maris et femmes, veuves et orphelins, pères et mères avec de petits enfants. Les malheureux fuient en pleurant le toit qui les a vus naître, le sol qui les a nourris, et ils ne trouvent pas où se réfugier. Alors, ils vendent à vil prix ce qu'ils ont pu emporter de leurs effets, marchandise dont la valeur est déjà bien peu de chose. Cette faible ressource épuisée, que leur reste-t-il ? Le vol, et puis la pendaison dans les formes.

 

Aiment-ils mieux traîner leur misère en mendiant? on ne tarde pas à les jeter en prison comme vagabonds et gens sans aveu. Cependant, quel est leur crime ? C'est de ne trouver personne qui veuille accepter leurs services, quoiqu'ils les offrent avec le plus vif empressement. Et d'ailleurs, comment les employer? Ils ne savent que travailler à la terre ; il n'y a donc rien à faire pour eux, là où il n'y a plus ni semailles ni moissons. Un seul pâtre ou vacher suffit maintenant à faire brouter cette terre, dont la culture exigeait autrefois des centaines de bras.

 

Un autre effet de ce fatal système, c'est une grande cherté des vivres, sur plusieurs points.

 

Mais ce n'est pas tout. Depuis la multiplication des pâturages, une affreuse épizootie est venue tuer une immense quantité de moutons. Il semble que Dieu voulait punir l'avarice insatiable de vos accapareurs par cette hideuse mortalité, qu'il eût plus justement lancée sur leurs têtes. Alors le prix des laines est monté si haut que les plus pauvres des ouvriers drapiers ne peuvent pas maintenant en acheter. Et voilà encore une foule de gens sans ouvrage. Il est vrai que le nombre des moutons s'accroît rapidement tous les jours ; mais le prix n'en a pas baissé pour cela ; parce que si le commerce des laines n'est pas un monopole légal, il est en réalité concentré dans les mains de quelques riches accapareurs, que rien ne presse de vendre et qui ne vendent qu'à de gros bénéfices.

 

Les autres espèces de bétail sont devenues d'une cherté proportionnelle par la même cause et par une cause plus puissante encore, car la propagation de ces animaux est complètement négligée depuis l'abolition des métairies et la ruine de l'agriculture. Vos grands seigneurs ne soignent pas l'élevage du gros bétail comme celui de leurs moutons. Ils vont acheter au loin des bêtes maigres, presque pour rien, les engraissent dans leurs prés, et les revendent hors de prix.

 

J'ai bien peur que l'Angleterre n'ait pas ressenti tous les effets de ces déplorables abus. Jusqu'à présent, les engraisseurs de bêtes n'ont causé la cherté que dans les lieux où ils vendent ; mais à force d'enlever le bétail là où ils l'achètent, sans lui donner le temps de multiplier, le nombre en diminuera insensiblement et le pays finira par tomber dans une horrible disette. Ainsi, ce qui devait faire la richesse de votre île en fera la misère, par l'avarice d'une poignée de misérables.

 

Le malaise général oblige tout le monde à restreindre sa dépense et son domestique. Et ceux qu'on met à la porte, où vont-ils? mendier ou voler, s'ils en ont le cœur.

 

A ces causes de misère vient se joindre le luxe et ses folles dépenses. Valets, ouvriers, paysans, toutes les classes de la société déploient un luxe inouï de vêtements et de nourriture. Parlerai-je des lieux de prostitution, des honteux repaires d'ivrognerie et de débauche, de ces infâmes tripots, de tous ces jeux, cartes, dés, paume, palet, qui engloutissent l'argent de leurs habitués et les conduisent droit au vol pour réparer leurs pertes ?

 

Arrachez de votre île ces pestes publiques, ces germes de crime et de misère. Décrétez que vos nobles démolisseurs reconstruiront les métairies et les bourgs qu'ils ont renversés, ou céderont le terrain à ceux qui veulent rebâtir sur leurs ruines. Mettez un frein à l'avare égoïsme des riches ; ôtez-leur le droit d'accaparement et de monopole. Qu'il n'y ait plus d'oisifs pour vous. Donnez à l'agriculture un large développement ; créez des manufactures de laine et d'autres branches d'industrie, où vienne s'occuper utilement cette foule d'hommes dont la misère a fait jusqu'à présent des voleurs, des vagabonds ou des valets, ce qui est à peu près la même chose.

Si vous ne portez pas remède aux maux que je vous signale, ne me vantez pas votre justice ; c'est un mensonge féroce et stupide.

Thomas More, Utopia, Louvain, 1516

Ce constat sans appel de l'écrivain sera confirmé plusieurs siècles plus tard par les historiens modernes :

"Les seigneurs et les nobles bouleversaient l’ordre social et ébranlaient le droit et la coutume d’antan, en employant parfois la violence, souvent les pressions et l’intimidation. Ils volaient littéralement leur part de communaux aux pauvres, et abattaient les maisons que ceux-ci, grâce à la force jusque-là inébranlable de la coutume, avaient longtemps considérées comme leur appartenant, à eux et à leurs héritiers. Le tissu de la société se déchirait; les villages abandonnés et les demeures en ruine témoignaient de la violence avec laquelle la révolution faisait rage, mettait en danger les défenses du pays, dévastait ses villes, décimait sa population, changeait en poussière son sol épuisé, harcelait ses habitants et les transformait, d’honnêtes laboureurs qu’ils étaient, en une tourbe de mendiants et de voleurs."

Karl Polanyi, The Great Transformation... (La Grande Transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps), 1944, traduction Gallimard, Paris, 1983

Marx avait donc parfaitement raison d'y voir un élément important de la formation  du capitalisme :

"Cette appropriation frauduleuse du domaine public et le pillage des biens ecclésiastiques, voilà si l'on excepte ceux que la révolution républicaine jeta dans la circulation, la base sur laquelle repose la puissance domaniale de l'oligarchie anglaise actuelle. Les bourgeois capitalistes favorisèrent l'opération dans le but de faire de la terre un article de commerce, d'augmenter leur approvisionnement de prolétaires campagnards, d'étendre le champ de la grande agriculture, etc. Du reste, la nouvelle aristocratie foncière était l'alliée naturelle de la nouvelle bancocratie, de la haute finance fraiche éclose et des gros manufacturiers, alors fauteurs du système protectionniste. La bourgeoisie anglaise agissait conformément à ses intérêts, tout comme le fit la bourgeoisie suédoise en se ralliant au contraire aux paysans, afin d'aider les rois à ressaisir par des mesures terroristes les terres de la couronne escamotées par l'aristocratie."

Karl Marx, Le Capital, Livre I, VIIIe section, chapitre XXVII, traduction de Joseph Roy de 1872, révisée par l'auteur.

 

"Ce processus a marqué la naissance du capitalisme agraire, condition préalable de la révolution industrielle, et correspond à ce que Marx a appelé en 1867 « l’accumulation primitive du capital » (Marx, 713), c’est-à-dire le processus qui a créé, dans la « préhistoire » du capital, le fondement de la relation capitaliste séparant les ouvriers de la propriété des conditions du travail." 

 "(Marx,  Karl. Capital : Une critique de l’économie politique. vol. I. 1867. New York : International Publishers, 1967."     (Cazzola, 2016)

Nous sommes en 1607. Comme en 1549, dans les régions mêlant cultures céréalières et élevage (comtés de Leicester, Warwicks, et Northampton), les bonnes récoltes ont précédé de mauvaises, les cours peu avantageux du grain ont encouragé l'élevage du mouton, pour la laine, surtout et avait donné un coup de fouet à l'industrie textile. Mais cette fois, il y a un changement de taille. Pour composer leurs grandes exploitations d'élevage, les grands propriétaires terriens (landlords) ont enlevé des terres aux tenanciers (certains en ont été purement et simplement évincés), ou se sont appropriés les pâturages communaux, et les ont clôturés, c'est le phénomène de l'enclosure (enclôture) qui a profité par exemple à des marchands londoniens enrichis, ou encore à des vieilles familles de la petite noblesse (Davies, 1969). Dans les Midlands de l'Est, la culture des terres arables a vite été réduite à la portion congrue et a  jeté nombre de paysans dans une extrême misère. En avril, Gilbert Talbot, 7e comte de Shrewsbury, relate qu'une foule agitée s'était réunie le 30 avril, avec hommes, femmes et enfants, dans le Northamptonshire, menée par John Reynolds alias Captain Pouch (Manning, 1988), et plus tard dans les autres comtés de Leicestershire et  Warwickshire, ici 1000, ailleurs 3000 personnes,  beaucoup armés de pelles. Edmund Howes raconta, en marge de l'édition qu'il fit de General Chronicle of England, de John Stowe, en 1615, qu'ils ouvraient les clôtures, comblaient les fossés, mais "en aucun cas ne violentaient ni êtres humains ni animaux et ne s'attaquaient ni aux biens ni aux châteaux." Un autre témoignage intéressant est celui de Robert Wilkinson, chapelain du seigneur du comté de  Northampton, qui précise dans un sermon que les rebelles "nivelleront les classes sociales comme ils ont nivelé les fossés et les berges."

A Sermon Preached at North-Hampton the 21. of Iune Last Past, Before the Lord Lieutenant of the County, and the Rest of the Commissioners There Assembled Vpon Occasion of the Late Rebellion and Riots in Those Parts Committed, London, John Flasket, 1607 

Le 2 juin, Talbot écrit à Sir John Manners pour lui relater qu'une foule constituée d'environ un millier d'hommes et de femmes, qui se feraient appeler Levellers, ("Niveleurs", car ils nivelaient les fossés), ont commencé de "creuser activement" dans les enclosures de Newton, appartenant à Thomas Tresham, pour détruire des haies, des clôtures, combler des fossés. Tresham et d'autres membres de la gentry locale formèrent une milice privée et chargea les émeutiers, selon Talbot, tuant ainsi 40 ou 50 d'entre eux et en blessant beaucoup d'autres avec leurs chevaux. Edmund Howes confirma les faits de cette New Rebellion en marge de l'édition qu'il fit de General Chronicle of England, de John Stowe, en 1615 ( Hiltner, 2011 ; Marks, 2019). Le 8 juin, le recteur d'Addington Magna, Thos. Cox, indique dans son registre paroissial que certains furent prisonniers et pendus dans les villages (Gay, 1904).

 

Les révoltés se surnomment aussi Diggers ("Bêcheurs", "Piocheurs", du verbe anglais to dig : creuser, bêcher), leur premier manifeste de 1607 s'intitulant : " The Diggers of Warwickshire to all the other Diggers" (Hiltner, 2011) et signé par les "poor delvers and day labourers", "pauvres creuseurs et journaliers agricoles", "for the good of the Commonwealth till death", "pour le bien de la prospérité commune, jusqu'à la mort".  Contre les théories fumeuses de la loi naturelle sur fond biblique, usées jusqu'à la corde par les puissants chrétiens, pour asseoir leur domination sur les pauvres, les paysans révoltés dénoncent la violence et la rapacité des enclosers, hommes sans pitié ("mercyless") qui n'agissent pas ainsi pour le bien du roi, ni même au bénéfice du peuple, mais "seulement pour leur propre intérêt privé." Nous avons là un cas bien concret d'intérêt commun, défendu par les Levellers, et d'intérêt privé, imposé par la violence par les propriétaires "qui ne font rien de profitable pour le bien commun" (commonwealth). 

manifeste diggers Warwick- 1607 - britis

Manifeste des Diggers, 1607 

"Les Diggers du comté de  Warwick à tous les autres   Diggers"

Londres, British Library

Harley MS 787/11

 

La même année, William Shakespeare écrit son Coriolan et entame sa pièce avec un sombre tableau de la misère du peuple de Rome, et on ne voit pas comment le père d'Hamlet aurait pu ne pas rapprocher les évènements antiques de la situation brûlante de son pays, qui était devant ses yeux, que ce soit le drame des enclosures ou celui des spéculations sur les grains causant de graves pénuries : 

"Premier citoyen : (...) La maigreur qui nous défigure, le tableau de notre misère, sont comme un inventaire qui détaille leur abondance. Notre souffrance est un gain pour eux. Vengeons-nous avec nos piques avant que nous soyons devenus des squelettes, car les dieux savent que ce qui me fait parler ainsi, c'est la faim du pain et non la soif de la vengeance."  (...) Jamais ils n'ont pris de nous aucun soin. Nous laisser mourir de faim, tandis que leurs magasins regorgent de blé; faire des édits sur l'usure pour soutenir les usuriers; abroger chaque jour quelqu'une des lois salutaires établies contre les riches, et chaque jour porter de plus cruels décrets pour enchaîner, pour assujettir le pauvre! Si la guerre ne nous dévore pas, ce sera le sénat: voilà l'amour qu'il a pour nous !"

 

Coriolan, Acte I, scène I,  traduction de François Guizot, 1864.

On voit bien par tous ces exemples avec quel acharnement, avec quelle violence, les grands propriétaires se sont appropriés les communs et ont imposé de modifier le paysage, de transformer l'économie   à leur profit et au mépris d'un équilibre ancestral. Le drame des enclosures, qui  a été un long processus de déstructuration sociale, permet de toucher du doigt les ambitions égoïstes et prédatrices des élites.  Depuis des temps reculés, les paysans britanniques avaient coutume d'user d'espaces communaux (commons) pour couper du bois, ramasser de la tourbe, récolter du miel, faire paître leurs animaux (droit de pacage)  ou encore glaner des  plantes (droit de glanage). Progressivement, du XIIe au XVe, ces droits seront émoussés, puis carrément violés quand les propriétaires fonciers augmentent ou acquièrent de grands domaines, qu'ils enclosent pour l'élevage intensif du mouton pour l'industrie de la laine, du XVe au XVIIIe siècle, expropriant au fur et à mesure les nombreux squatters occupant illégalement des espaces publics ou privés, prolétaires agricoles cottagers,  ou encore  yeomen, paysans libres et aisés qui, avec 100 ou 150 livres de revenus en moyenne par an (Jettot et Ruggiu, 2017), proches des milieux inférieurs la gentry, exploitaient leur petit lopin de terre, le plus souvent en locataires, en copyhold, freehold ou leasehold et avaient eux-mêmes participé entre 1500 et 1650 "au remembrement des parcelles et des enclosures." Ils devaient leur richesse en partie  à une conjoncture exceptionnelle, entre 1500 et 1650, qui avaient vu le prix des céréales augmenter. C'est ainsi que des femmes et des hommes qui avaient doublé les rendements agricoles (et partant, accru la richesse de leur pays) et expérimenté des nouveautés agronomiques, allaient être bientôt mis à l'écart du développement capitaliste. Mais ces yeomen avaient-ils permis à leurs farm servants (femmes, hommes et enfants) de s'émanciper en leur payant (le plus souvent) de faibles salaires ? Certainement pas. Certes leurs conditions de vie n'étaient pas des plus mauvaises :  selon George Macaulay Trevelyan (England under the Stuarts, 1904), le  travailleur ou la travailleuse agricole (servant in husbandry), avant de se marier, était logée et nourrie par son employeur. "Bien que peu payé (...) il partageait librement, à la table de famille, le plat principal de viande, sinon toujours les puddings et les pâtisseries." Cependant, malgré des conditions de vie bien meilleures qu'ailleurs, ces travailleurs agricoles ne pouvaient pas aussi facilement que les yeomen apprendre  à lire et à écrire, et encore moins envoyer leurs fils à l'université ou marier leurs filles à des fils de la petite gentry locale. Et quand on sait que cette domesticité était présente dans près de la moitié des exploitations (46,5 %, cf Poussou, 1999), on comprend leur importance dans la richesse qui y était produite. 

Nous venons de voir que les yeomen n'étaient pas du tout à plaindre, même s'ils peinaient  parfois à atteindre la somme conséquente de 40 shillings qui leur donnaient droit d'être nommés jurés, par exemple, ou de voter aux élections de leur comté, pour envoyer des chevaliers en représentation au Parlement. Alors, que dire de ceux qui gagnaient trois à cinq fois moins de revenus qu'eux, les husbandmen ? En grande majorité locataires, ils accèdent parfois à une relative aisance par l'élevage de troupeaux. Plus bas encore dans l'échelle sociale, on trouve les cottagers, qui possèdent un humble cottage, quelques acres de terre et font un peu d'artisanat pour compléter leurs revenus,puis les labourers, des  journaliers qui vivent en lisière de la pauvreté, captés par l'industrie au fur et à mesure du développement des enclosures, et parce que celle-ci offre de meilleurs salaires.   

gentry  :    la nobilitas minor, qui comprenait sous les Tudors les chevaliers, les esquires (écuyers) et les gentlemen.

 

copyhold, freehold ou leasehold.  :  Dans le système féodal qu'on appelle Manor (manoir) en Angleterre les copyholds sont des tenures non libres ne pouvant "être achetées ou vendues sans la permission du seigneur (the lord of the manor)", qui "joue  un rôle important dans l’organisation de la vie rurale au moins au début de l’époque moderne (monopoles seigneuriaux, justice, police des champs) ;" (Antoine, Annie et Broad, 2006). Les freeholders sont, comme leur nom l'indique des "tenanciers libres" et les leaseholders ont des baux de très longue durée, de quelques années à plusieurs vies (op. cité), et souvent supérieurs à 21 ans. 

Dans  Whigs and Hunters : The Origin of the Black Act (1975) Edward Palmer Thomson enquête sur le sujet à partir du Black Act de 1723, qui punit de mort le braconnage des cerfs dans les forêts royales. D'un côté les nobles et la gentry, encouragés par la violente législation des Whigs au pouvoir, avec Robert Walpole à sa tête, et d'un autre des Blacks (ils se noircissaient le visage) défendant leurs moyens de subsistance, pour lesquels la forêt jouait un rôle de premier plan.  Dans le Hampshire, celui qui se fait appeler le "roi Jean", menace des gardes-chasse au prétexte de "faire justice, et (…) voir que le riche n'insulte ni n'opprime le pauvre".  Voilà en partie comment la propriété s'est imposée au Royaume-Uni par la force et fit  tomber beaucoup de familles dans la précarité, de nombreuses manières : déclin des domestiques de ferme (Kusmaul, 1981), essor du chômage des campagnes, sous-emploi des femmes, travail saisonnier accru, etc. (Snell,  1967; Martin, 1977). A quoi il faut ajouter la croissance démographique (Chambers et Mingay, 1981). Sans compter que toutes ces ces familles pauvres étaient en première ligne à chaque fois que se répétaient de multiples fléaux : peste, famines, disettes, cherté, etc. Plus tard, les romanciers anglais radicaux (voir Libéralisme et Radicalisme et suivants)  s'empareront du sujet pour critiquer les pratiques d'appropriation exclusive des campagnes par la gentry, comme William Godwin, dans Caleb Williams (qui cite le Black Act lui-même), ou John Thelwall, dans The Daughter of Adoption, ou encore, plus tard, Thomas Hardy, dans Woodlanders (1886/87).  

 

 

S'enrichir, à tout prix

 

Depuis 1607 le climat social n'était pas à l'apaisement, en témoignent les nombreuses manifestations de colère et de violence dans le cadre des  revendications agraires enregistrées dans les archives des cours de justice (Davies, 1969).  Selon Foucault, à Jacques Ier Stuart (Jacques VI d'Ecosse) qui aurait dit "Nous sommes les descendants des Normands", les levellers auraient répondu qu'il n'était pas Anglais, qu'il ne devait son pouvoir qu'à la conquête, alors qu'eux-mêmes descendaient des vaincus (Foucault, 2000).  

Soufflant le chaud et le froid, Charles Ier établit des commissions contre les enclosures tout en facilitant les siennes propres (Tate, 1967). Entre 1628 et 1631, le souverain entreprend de vendre des forêts royales à des propriétaires censés améliorer les sols, ce qui révolte des habitants des comtés du Dorset, de Wilt et de Gloucester, et fait semble-t-il reculer la monarchie. Sourd aux appels des paysans, tout comme le parlement, le roi remettra le couvert dans la région du Fenland ("pays de marécage") entre Cambridgeshire, Lincolnshire, Norfolk et Suffolk, à l'est de l'Angleterre. A noter que plusieurs gentilshommes, dans les révoltes des Fens, prennent parti pour les émeutiers, tel  Sir Baynham Throckmorton, qui encourage les insurgés de la forêt de Dean, dans le Gloucestershire, ou encore Mr Castle, un magistrat de Glatton, qui empêche "un des chefs d'équipe de sortir son bétail du fen, tandis qu'une foule de femmes et d'hommes armés de faux et de fourches vociféraient des menaces..." (Davies, 1969). On apprend aussi que Mr Oliver Cromwell, du village d'Ely  bien avant de devenir le Lord Protecteur, proposait en 1632 de conduire un procès contre les draineurs pendant cinq ans, à raison d'un gruau (groat, pièce d'argent valant 4 pence) par vache (op. cité). 

"En 1642, Sir Anthony Thomas fut chassé d'East and West Fens et le comte de Lyndsey fut évincé de la région de Lyndsey. En 1645, toutes les berges des draineurs d’Axholme furent détruites. Entre 1642 et 1649, la part de la Couronne dans le Fenland, dans de nombreuses paroisses, fut saisie par les habitants et revint à la commune.

Simon Fairlie, A Short History of Enclosure in Britain,  The Land Issue, 2009

 

Dans toute l'Angleterre, entre 1600 et 1660, la petite noblesse appauvrie vend ses terres, la gentry endettée, appauvrie, est expropriée par des étrangers: officiers, Grands de Cour,  échevins, riches marchands et financiers de la capitale : "C'est une oligarchie de ploutocrates métropolitains, échevins de Londres, courtisans de Whitehall, véritables sangsues des simples gentilshommes et des bourgades des provinces en ruine." (Trevor-Roper, 1955). 

En 1635, une taxe qui avait déjà servie à la reine Elisabeth Ière devant la menace de l'Armada espagnole, la shipmoney, et qui continuait de rapporter 100.000 £ par an dans les villes côtières, a été étendue à tout le pays, pour les besoins de Charles Ier et alors qu'aucune menace maritime ne pouvait être invoquée (Local History Research Group Thame, Oxfordshire, England, http://www.thamehistory.net/notes/ShipMoney.htm). Les  magistrats de la Justice de Paix, "qui s'acquittaient de leurs fonctions sans être rémunérés" réagirent à cette mesure (comme à d'autres) "par la désobéissance pure et simple" (Davies, 1969) en même temps que grandit la colère dans la population, le troisième bref (sur six) du roi en 1636 affichant clairement sa volonté de faire de la shipmoney (ship-money) une taxe générale et pérenne (Encyclopædia Britannica, article "Shipmoney").  Après une longue bataille entre parlement et la Cour de l'Echiquier, une loi du Long Parliament (1640-1653/1660, opposé au Short Parliament, d'avril à mai 1640) rendit la taxe illégale en 1641

   1641      :  Date de parution du récit utopique de Samuel Hartlib, Macaria, où "le peuple vit dans une grande abondance, la prospérité, la santé, la paix et la joie, et n'a pas la moitié des ennuis qu'ils ont dans ces pays européens."  Il sera consacré plus tard un dossier aux Utopies modernes (cf. Utopies grecques). En 1648, l'auteur suggérera de lutter contre le chômage en utilisant "les quantités de centaines d'acres de terres inoccupées et incultes" (Londons's Charity, 1649-1650)

 

En cette année, justement, "la populace de Londres avait été délibérément poussée à l'émeute (...) par les leaders du Parlement, en vue d'intimider le roi et de le forcer à faire droit à leurs revendications." (Davies, 1969). Mais cette fois, il ne s'agit moins de lutter pour le progrès social que de combattre encore contre la tyrannie d'un autocrate et pour une plus grande liberté du parlement. Entre cette première Révolution et la deuxième, qu'on finira par qualifier de "Glorieuse", les révoltes contre l'absolutisme, la monarchie absolue, le temps est émaillé de nombreuses destructions et actes de vandalisme contre des demeures royales (Holdenby, Oatlands, Theobalds) ou aristocratiques, en particulier les châteaux de Lords. royalistes. Tableaux, meubles, tapisserie sont vendues, et finissent dans des collections étrangères. Un tableau de Rubens, à Somerset House, finira même dans la Tamise (Michel Duchein, 50 années qui ébranlèrent l'Angleterre: Les deux Révolutions du XVIIe siècle, Fayard, 2010).

 

 Il est intéressant de voir qui se range du côté du prince et qui du côté parlementaire, pour illustrer par avance les propos du libéral Adam Smith (que nous examinerons par la suite)  sur la  recherche permanente que chaque homme doit porter à son intérêt. Quand une grande partie des Pairs, des petits barons fraîchement élevés, une fraction des petits nobles de la gentry liée à la justice (comme les sheriffs), les financiers liés à la Couronne,  les marchands  de compagnies commerciales bénéficiant de privilèges  monopolistiques,  tous ceux-là se rangent derrière le roi, parce qu'ils lui doivent leur rang ou leur statut social. Mais quand "en quelques endroits, les paysans et artisans" se rangent de leur côté, c'est qu'ils sont "pris dans les rets de la manufacture éclatée dépendants de négociants favorables au roi." (Bihr, 2019). Il y a les intérêts de classes aisées qui veulent continuer à s'enrichir, et ceux d'un certain nombre de petites gens qui ont peur de devenir misérables. C'est une grande différence et le même mot recouvre deux réalités sociales bien différentes. De même, les lords du commerce colonial, des exploitations minières, des enclosures, la bourgeoisie marchande, le patronat industriel, tous ces capitalistes ont des intérêts financiers que n'ont pas les ouvriers ou les artisans qui les soutiennent pour continuer d'assurer leur subsistance

Dans les années 1650, les pouvoirs feront appel aux champions des polders, les Hollandais, bien sûr, en la personne de Cornelius Vermuyden, ingénieur de son état, qui draine, perce des canaux, construit des moulins de pompage. Les forêts sont rasées, les tourbières asséchées. Les nouveaux propriétaires exproprient à tour de bras et suscitent la révolte des Fen Tigers ("Les Tigres des Fen"), qui se chauffaient avec la tourbe, se nourrissaient de gibier d'eau, de ragondins, de civelles (alevins d'anguille), pratiquaient l'artisanat du saule, etc.  Ils se mettent à saboter les installations : digues, écluses, fossés, etc. 

 

Levellers  :  vivre ensemble

 

Entre 1641 et 1645 paraissent de nombreux textes contestataires, libertaires. Ce sont pas moins de 22.000 pamphlets qu'abrite la Thomason Collection de la British Library pour la période de la première révolution anglaise. Ils témoignent d'une vive nécessité de la part des citoyens d'exprimer plus librement leurs opinions, mais aussi, pour d'autres, de défendre publiquement l'idée d'une société plus équitable, où les riches n'exploitent plus les pauvres, où chacun puisse vivre dignement. 

"j'ai entre les mains une collection de pamphlets du temps de Cromwell, en trois gros volumes... Ce sont pour la plupart des espèces de sermons politique d'une absurdité et d'un ridicule..." 

 

François-René, vicomte de Chateaubriand, Essai sur les Révolutions (1797), chapitre XVI et Quatre Stuarts (1828)

Evoquons le bouillant John Milton (1608-1674), qui voulait devenir prêtre anglican secouera non seulement l'Eglise mais la société civile. Quand sa femme Mary Powell abandonne le domicile conjugal tout juste après un mois de mariage, Milton justifie son geste, et partant, la légitimation du divorce, par l'incompatibilité d'humeur (Doctrine and Discipline of Divorce, 23 juin 1643), ce qui lui attire les foudres des ecclésiastiques, qui assimilent encore la défense du divorce à une apologie de l'adultère, et lui doit de comparaître devant les Lords en 1645. Il est cependant relaxé  et devient même secrétaire d'Etat, tout en continuant son combat par la liberté de la presse et la condamnation de la censure  dans  Areopagitica en 1643. Les théologiens avaient longtemps utilisé les Écritures pour interdire toutes sortes de pratiques, Milton, lui, sans cesser de s'appuyer sur "son inviolable autorité" (Of Reformation, 1 : 570) pour montrer que les hommes ont toute liberté  de lire tous les livres, même les plus mauvais, dont ils peuvent s'opposer par le jugement de la raison, pour le réprouver, pour y opposer la vertu. Milton associe le plaisir de lire à d'autres divertissements, comme la musique, la danse, le chant, et encore plus à la recherche de vérités, religieuses ou profanes. Enfin, Milton défend la tolérance mutuelle, la paix et l'unité (Tournu, 1999). Pas plus dans les œuvres citées que d'autres, comme  Paradise Lost (Le Paradis perdu, 1667), Milton est catalogué aujourd'hui comme libéral et républicain : "On peut donc très bien, comme Milton, être à la fois républicain et libéral [….] Milton nous invite aujourd’hui à revisiter deux termes que l’on considère, à tort, comme radicalement antithétiques" (Tournu, 2007).  Pour asseoir cette conviction, il faut savoir ce qu'on entend par la chose publique, la res publica. Ce n'est pas un hasard si Milton ne défend pas les questions de justice sociale, incompatibles, nous le verrons, avec la philosophie libérale, objets récurrents d'indifférence ou de mépris, comme celui que porte l'aristocrate Châteaubriand.  Milton se tient donc  bien à distance des levellers, dont plusieurs défendront non seulement les libertés fondamentales comme les libéraux, mais aussi la justice et parfois même, l'égalité sociales. 

 

Ainsi, Richard Overton (1631-1664) qui, dès 1641, publie “Monopolists as Frogs and Vermin” ("Monopolisateurs, autant de grenouilles que de vermine") qui compare les plaies bibliques aux "Parasites diaboliques", ces monopolisateurs commerciaux de toutes sortes de biens ordinaires : savon, beurre, sel, tabac, etc., dont l'activité spolie les consommateurs (Chartier Gary dir,  2018).  D'autres ouvrages ont des interrogations plus théologiques que sociales, tel le Man's Mortality (1643), qui défend l'idée d'un état mortel de l'homme avant l'immortalité, Mais en 1645,  The Ordinance for Tithes Dismounted ("Décret sur les dîmes discrédité"), il se demande pourquoi "alors qu'ils ne représentent qu'un millième, auraient-ils droit au dixième ?" et oppose "le pauvre peuple qui se lève tôt et se couche tard" pouvant à peine assurer sa subsistance, aux  privilégiés du clergé, qui "s'en mettent plein la panse".  

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Overton, A Dreame, or Newes from Hell (Un rêve, ou des nouvelles de l'Enfer, 1641)

Overton, Old news newly revived (Nouvelles anciennes

à la mode nouvelle, 1641)

Overton, The frogges of Egypt or The caterpillers of the Common Wealth truely dissected and laid open  (Les grenouilles d'Egypte ou les chenilles du Bien Commun vivement disséquées et laissées ouvertes  )  1641)

John Lilburne, dit Freedom John, Free-born John, apprenti drapier, déjà accusé en 1637 d'importer des livres hérétiques, est arrêté en 1638 pour avoir fait imprimer en Hollande un libelle contre l'épiscopat écrit par le presbytérien John Bastwick,  poursuivi comme William Prynne et bien d'autres puritains par la High Commission du féroce archevêque de Canterbury, Willliam Laud, et enfermé comme eux dans les geôles du royaume.

William Prynne, The Soveraigne Power of Parliaments and Kingdomes (15 April 1643)

Devant la juridiction exceptionnelle  de la Star Chamber, Lilburne refuse de prêter le serment dit ex officio du droit inquisitorial et qui contredit un principe fondamental du droit anglais de ne pas être tenu de s'incriminer soi-même. Attaché par les mains à un char à bœufs; mis au pilori, supplicié par le fouet (plusieurs centaines de coups) devant une foule qui le soutenait, il eut le courage de s'exprimer contre la tyrannie des évêques, mais fut vite muselé avec violence par le bourreau. Mis aux fers, il connut d'autres supplices quotidiens en prison mais tenu bon dans son refus d'abjurer, appelant même en 1639 de se séparer de l'Eglise officielle.  Grâce à une motion de Cromwell au Long Parliament, en 1640, il est libéré et, en 1641, Cromwell s'implique encore pour abolir les cours exceptionnelles qui l'avaient condamné, entraînant l'arrestation et l'exécution du conseiller du roi Strafford et de son allié William Laud. Par ailleurs, la Chambre des Communes  accepta de verser des dédommagements à Lilburne, qui intégra la New Model Armey en 1642 avant de la quitter en 1645 (Cavaillé, 2011). Contre ses anciens amis devenus intolérants et persécuteurs, il écrit de nouveaux libelles et prône sa la liberté de conscience et d'expression pour imprimer des écrits qui défendent les Indépendants. De nouveau inquiété par le pouvoir, cette fois par le Committee of Examinations de la Chambre des Communes, Lilburne est de nouveau arrêté, sans mandat, le 11 août 1645. William Walwyn, écrit pour sa défense  Englands Lamentable Slaverie,  et soumet à la Chambre des Communes une pétition signée par 2000 membres pour sa remise en liberté, qui se produira en octobre grâce encore à Cromwell. Walwyn et Lilburn habitaient le même quartier de Moorfields, au nord du district de Coleman Street, là  même où Overton imprimait ses pamphlets.

 

C'est surtout dans les tavernes autour de Coleman, comme The Nag’s Head, The Windmill, The Star, The Mouth, and The Whaleboneque, que nombre de levellers avaient fait, dans des discussions politiques à bâtons rompus, leurs armes politiques (Donoghue, 2005). Dans les mêmes quartiers, les levellers pouvaient compter aussi sur l'église du prédicateur Thomas Lambe (Coleman  Street church of Christ), qui leur fournira son appui, ainsi que celle de St Stephen, la paroisse du pasteur John Goodwin (op. cité). Parmi les nombreux amis  du trio Walwyn, Overton et Lilburne on citera  Roger Williams, fondateur de la colonie de Providence à Rhode Island. Les imprimeurs William Larner, qui connaissait Lilburne depuis le début des années 40, au moins, Edward Sexby ou John Harris qui éditèrent des œuvres avec l'imprimerie militaire ; Samuel Chidley, aussi, leur futur trésorier (et sa mère Katherine), qui connaissait Lilburne depuis le début des années 30, ou encore Thomas Prince, en contact avec Larner et Overton depuis 1641 au moins (Rees, 2014)

 

Revenons en 1645, quand Lilburne écrit England Birth-Right Justified, dénonçant une nouvelle fois l'arbitraire et défendant les Faibles : petits fermiers, petits commerçants, pauvres, artisans menacés par les monopoles, "bref de tous les déshérités, persécutés et sans-grades, en les appelant tous à l’usage de la pétition et de l’action pour réclamer leurs droits et libertés bafoués." (Cavaillé, 2011). En 1646, Lilburne est de nouveau inquiété pour avoir accusé des membres éminents des Chambres, puis arrêté après avoir  écrit "The Protestation, Plea, and Defence of Lieu. Colonell John Lilburne, given to the Lords at their Barre, the 11 of June 1646", par laquelle il  refuse encore une fois à la cour toute légalité et légitimité. Devant la Chambre des Lords il refusera plusieurs fois de s'agenouiller, d'ôter son chapeau et se bouchera les oreilles.  Les juges le condamnent à la somme exorbitante de 2000 livres et à 7 ans de détention dans la Tour de Londres. Sa femme Elizabeth et ses amis se lancent alors par écrit dans une vraie campagne de défense et le mouvement sera appelé par dénigrement Levellers. Ils rédigent un texte collectif en forme de constitution démocratique, l'Agreement of the People. Overton écrit A pearle in a dounghil (Une perle dans un donjon), qui accuse à son tour les Lords à travers l'humiliation de Lilburne, 

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Richard Overton, Pamphlet écrit en juin 1646, au titre de "Protestation de plusieurs milliers de citoyens et autres hommes libres de naissance, peuple d'Angleterre, à leur Chambre des Communes, occasionnée par  l'emprisonnement illégal et barbare du célèbre et digne martyr pour la liberté de tous les pays,lieutenant-colonel John Lilburne".

Gravure représentant John Lilburne emprisonné, avec une légende d'un humour grinçant : "The liberty of the freeborne English-man", "La liberté de l'homme libre d'Angleterre." 

La Remonstrance... cet écrit marquant de la période révolutionnaire est une charge de Richard  Overton, en collaboration probable avec William Walwyn et Henry Marten, parlementaire, probablement athée, de moeurs très libres. Overton juge la royauté "par les pratiques sans cesse néfastes des rois de notre pays", qui précise qu'un mandat donné à des représentants "n'a d'autre but que d'assurer notre bien " et "ne saurait qu'être révocable en tout temps", qui dénonce la stratégie de pouvoir utilisée par les Lords contre le pouvoir monarchique, par hypocrisie, retardant sa chute  pour que les guerres, les taxes, la ruine du commerce épuisent le peuple jusqu'à ce qu'il soit "incapable de nous disputer le pouvoir". Overton s'attaque à une Chambre des Communes qui ressemblerait trait pour trait à une Chambre des Lords, avec des membres non soumis aux impôts et pourvus de privilèges, emprisonnant les citoyens sans motif, baîllonnant la presse (Il défendra à nouveau vigoureusement la liberté de la presse dans An alarum to the House of Lords  ("Alarme dans la Chambre des Lords", 1646) Il pourfend une justice corrompue par l'argent, tiré aussi bien de la justice que de l'injustice  : "Vous n'avez pas une pensée pour ces milliers de familles qui ont été ruinées. Vous,  êtes riches,  avez abondance de bien, ne manquant de rien, et des afflictions des pauvres  - vos frères affamés ou mourants de faim - vous n'en éprouvez aucune compassion (...) vous laissez de pauvres chrétiens, pour qui le Christ a donné sa vie, s'agenouiller devant vous dans les rues - âgés, malades ou estropiés - vous demandant la charité pour un demi-sou, et vous passez au milieu d'eux chaque jour dans le bruissement de vos soies et vos carrosses, sans égard ni mesure pour les soulager durablement. Leur vue ferait fondre le cœur de tout chrétien et pourtant elle ne vous émeut, ni vous, ni votre clergé. 

Nous vous prions de réfléchir sur la différence qu'il peut y avoir entre attacher un homme à sa rame en tant qu'esclave dans une galère de Turquie ou d'Algérie, et contraindre un homme à se battre dans votre guerre (...) le faire combattre pour une cause qu'il ne comprend pas. (...)

C'est vraiment une chose triste à dire mais bien vraie : un homme simple et calme dans un quelconque lieu  d'Angleterre est comme un mouton inoffensif dans un fourré ;  il peut à peine bouger ou remuer mais il doit être tondu et perdre sa laine. (...)

nous désirons que vous et toutes les nations voisines, sachiez que nous voyons et connaissons tous les stratagèmes et les ruses  politiques disposées pour nous piéger - et donc nous asservir -  et  nous prévenons nos ennemis du pire. Nous savons que nous avons une foule d'amis dans nos pays voisins."

La  même année, Overton publie An Arrow Against All Tyrans, où il développe ses concepts de liberté et de propriété bien différents de ceux des libéraux. Car la "self-property" d'Overton, ne recouvre pas que la notion libérale du droit fondamental de l'autonomie, de la liberté personnelle, mais la dépasse pour prévenir à l'avance de la possibilité, dans l'exercice de la liberté, de coercition, de mise en danger de la vie d'un autre individu, "qui ne saurait voir sa liberté bafouée par le métier de son voisin ou asservi par le pouvoir de celui-ci." De ce qui a déjà été cité de l'auteur, il paraît évident qu'il évoque encore là sa préoccupation de justice sociale concernant l'oppression des riches envers les pauvres. Alors, si Overton accepte le principe de propriété, il veut empêcher qu'elle ne serve pas à la domination des uns sur les autres.  Il faut noter tout de même chez lui et chez d'autres niveleurs un manque de clarté concernant la remise en cause des classes sociales. Car si Overton dénonce l'opposition mortifère riches-pauvres,  il réclame ici que nul ne soit privé de sa liberté,  de ses terres, de ses moyens de subsistance, à moins d'un jugement équitable rendu "par ses pairs (qui sont  les hommes de sa propre condition)",  comme s'il devait y avoir une justice pour les riches et une autre pour les pauvres. Lilburn aurait été encore plus explicite sur la communauté des biens  :"ce concept de nivellement de la propriété et de la magistrature est une opinion si ridicule et stupide, qu'aucun homme de cervelle, de raison ou d'ingéniosité ne peut imaginer une telle chose et en proposer le principe". propos cités par D. B Robertson, The Religious Foundations of Leveller Democracy. New York: King's Crown, 1951.
Cela n'empêche pas Lilburne d'affirmer un principe d'égalité entre les hommes : " Adam et Eve soutiennent la fondation du monde en tant que géniteurs et souche de tous les hommes et femmes … qui sont donc tous égaux et semblables dans la dignité du pouvoir qu'ils n'exercent que d'un commun accord pour le bien et le bénéfice de tous les autres", Free Man's Freedom Vindicated , 1646.  

Rappelons enfin, que par la "Humble Petition" du 11 septembre 1648, les niveleurs demandent eux-mêmes au Parlement de s'engager à ne pas "abolir ni la propriété, ne pas niveler les biens des hommes ni de mettre tout en commun".  Il ne semble pas pourtant que les niveleurs aient eu dans l'ensemble des avis définitifs sur la question de la propriété. Dans un texte de 1949, les chefs niveleurs emprisonnés affirment en effet que la communauté des biens, "volontaire et non contrainte" au temps des premiers chrétiens et "qu'il serait donc très mauvais de l'établir, à moins qu'elle ait reçu auparavant l'assentiment de chacun dans tout le peuple". (A Manifestation from lieutenant col. John Lilburn, Mr William Walwyn, Mr Thomas Prince and Mr Richard Overton (now prisoners in the Tower of London) and others, commonly (though unjustly) styled Levellers. Intended for their full indication from the many aspersions cast upon them to render them odious to the world und unserviceable to the Common-wealth, and to satisfie and ascertain all men whereunto all their motions and endeavours tend, and what is the ultimate scope of their engagement in the publick affaires. From the Tower, April 14. 1649"

  1648      :  Année de la parution de la Nova Solyma de Samuel Gott, un récit utopique où la Palestine redevient la Terre Promise et où les Juifs sont convertis au christianisme et disparaissent en tant que peuple. Cet antisémitisme avait été plus virulent chez Bacon, en 1624, dans sa propre utopie de La Nouvelle Atlantide (New Atlantis), un récit sinistrement prophétique où les Juifs sont transférés dans une île voisine de la Nouvelle Atlantide et traités "comme tous les impies de la manière la plus cruelle."

«Les niveleurs n'auraient pas prôné une communauté de biens, mais ils étaient opposés à l'extrême concentration des richesses entre les mains d'une élite déterminée à empêcher une plus large acquisition de la propriété. Les niveleurs (et plus tard les Quakers) défendaient une sorte spécifique de propriété du travail, idée constamment attaquée par la suite, mais les riches, dont les propriétés avaient été acquises par appropriation avaient considéré celles-ci comme sacro-saintes.

 

Laura Brace, The Idea of ​​Property in Seventeenth-Century, Manchester University Press, 1998, p. 49.

Pendant son incarcération, Lilburne écrit beaucoup sur ce que nous appellerions les droits de l'homme en prison, en particulier dans Liberty vindicated against slavery (1646). Il s'indigne de l'enfermement pour dettes, "qui  représentait la majorité des incarcérations de longue durée dans Angleterre de l’époque" (Cavaillé, 2011), pour refus de répondre aux interrogatoires, et pour toutes sortes de raisons politiques ou sociales qui n'ont encore pas de cadre légal, ce qui permet d'enfermer des citoyens pour toutes sortes de motifs, une commodité appréciable pour un pouvoir autoritaire.   

 

 

Aveugles et sourds

 

 

 

En 1645, a lieu le mouvement des clubmen qui, à l'image des maillotins français, qui utilisent maillets ou massues, utilisent le gourdin (club) pour se défendre des exactions pendant la guerre civile de la Grande Rébellion (1642-1651), pour protéger en particulier leurs femmes et leurs filles des viols. Ils sont aidés en partie par les forces armées du Presbytérien Thomas Fairfax,  nommé général en chef de la New Model Army,  soldats de ce puritanisme qui entendait parer le protestantisme des vertus calvinistes, contre un anglicanisme perverti, disait-on, par les ors du catholicisme, et tout spécialement du papisme.  Cromwell s'était vu, quant à lui, confier la cavalerie. C'est avec une farouche obstination que les paysans se sont élevés contre les volontés du roi et du parlement "en matière d'impôts et de recrutement." (Davies, 1969). 

 

De 1646 à 1650, les mauvaises récoltes provoquent à nouveau des mécontentements et les niveleurs recrutent à nouveau, chez les artisans de Londres ou les soldats sans solde du Parlement. Cromwell accepte de purger le Parlement de ses presbytériens, et le nouveau "Parlement croupion" (Rump Parliament) se compose des Indépendants, qui réclament un gouvernement, une  religion, un commerce, une Justice décentralisées. En 1643,  la "junte" ("junto") Pym et Saye  (Gentles, 2007), deux membres principaux du Comité de sécurité (Committee of safety) aux commandes, avait imposé  une taxe pour financer l'armée, l'excise, qui touche principalement les produits alimentaires (dont le pain et la bière), et qui nourrit la colère populaire et conduit à des émeutes en 1646/47, qui força le parlement à abolir l'excise. On voit ainsi comment les classes aisées anglaises défendaient une liberté bien particulière, qui ne se souciait pas d'en faire payer le prix non aux plus riches, mais aux plus pauvres.  Cependant, il faut noter ici la différence entre travailleurs anglais et français, les premiers ayant été longtemps, dans l'ensemble, relativement épargné par l'impôt, alors que le second, et tout particulièrement les paysans, en avaient été écrasés pour financer les guerres de Richelieu puis de Louis XIV

Pym et Saye     :   John Pym (1584-1643), Parlementaire, Puritain, opposant déterminé à Charles Ier, au catholicisme et à l'armianisme, un des rédacteurs de la Petition of Right de 1628, avec Sir Edward Coke, vote la "Grande Remontrance" qui détaille les griefs contre la monarchie. Baron Saye and Sele, Nathaniel Fiennes (1608-1669), fils de William Fiennes, 1er vicomte de Saye et Sele, colonel, gouverneur de Bristol, et ami de Cromwell.  

 

Les débats de Putney, 1647

En 1647, un parlement en manque de légitimité tente de museler une armée au sein de laquelle les idées des niveleurs se répandent. Les soldes, les pensions tardent à venir, on réclame le licenciement d'une partie des troupes, la séparation d'avec les chefs populaires comme Cromwell. Lilburn, de sa prison, avertit ce denier du danger et Overton rédige nouveaux pamphlet incendiaire autour du "stratagème nouveau...pour détruire l'Armée", selon les mots de Thomason, qui achète le texte  (Lutaud, 1978).  En mars, le gouvernement envoie des commissaires pour annoncer aux militaires les conditions de démobilisation et c'est au tour de Walwyn de lancer (en collaboration avec d'autres, sans doute) une nouvelle pierre dans la mare du gouvernement, avec La Grande Pétition ou  La Pétition de mars, reprenant un certain nombre de griefs déjà exposés : emprisonnement pour dettes,  violence et abus de toutes sortes de la part de la justice, en particulier la violence des gardiens de prison, les entraves à la liberté de conscience, "le monopole oppressif"  des marchands causant "d'extrêmes préjudices" à tous les travailleurs  du vêtement et d'autres manufactures de laine. Les auteurs s'insurgent de voir toujours "des milliers d'hommes et de femmes obligés de vivre de mendicité et d'infamie tout au long de leur vie, et à élever leurs enfants sans autre perspective qu'une vie désœuvrée et violente, sans aucun moyen efficace d'obtenir le moindre mérite ou le moindre métier."  (texte disponible en anglais, comme beaucoup d'autres textes révolutionnaires anglais, sur  https://oll.libertyfund.org/titles/hart-tracts-on-liberty-by-the-levellers-and-their-critics-vol-4-1647-forthcoming) 

George Thomason  ( † 1666)   :  Libraire, collectionneur de près de 23.000 pamphlets de la première Révolution anglaise, qu'il a classé chronologiquement, en 1983 volumes. Cette Collection Thomason fait désormais partie des trésors de la British Library, à Londres. 

La situation va conduire le Conseil Général de New Model Army à organiser ce que les historiens nomment les "Débats de Putney" du nom de cette église, dans la banlieue de Londres, où ils ont eu lieu, du 28 octobre au 1er novembre 1647, pour les débats officiels du moins, enregistrés scrupuleusement par William Clarke (avec l'ambiance, les gestes et les attitudes des débatteurs) car les discussions se poursuivirent officieusement jusqu'au 9 novembre. En préambule, plusieurs documents ont été produits. Les grandees rédigèrent The Heads of the Proposals  en juillet, les agitateurs "The case of armie trully stated", suivi le 27 octobre d'une synthèse intitulée "An Agreement of people, for a Firme and Present Peace, upon Grounds of Common-Rights", dont les quatre points principaux tournent autour de la répartition administrative de la population, du renouvellement du Parlement tous les deux ans pour "éviter les nombreux inconvénients qui résulteraient d'une longue conservation du pouvoir par les mêmes personnes" et   des pouvoirs régaliens du parlement qui doivent être encadrés pour prévenir de tous les abus. 

Conseil Général  :   Formé des officiers supérieurs (grandees), dirigés par le général Henry Ireton (1611-1651), par de deux officiers et de deux représentants des soldats de troupes pour chaque régiment, cinq en tout, d'où leur nom d'"agents des cinq régiments", puis d'"agitateurs" (agitators), de plus en plus proches des niveleurs. 

Les débats de Putney révèlent, comme l'ensemble des pamphlets, des divergences de vue parfois profondes entre les niveleurs, dans la manière d'envisager la liberté et l'égalité des citoyens. Ils ne manquent pas de parler, comme pendant la révolution française, de deux sujets clivants : le type de suffrage qui convient pour élire les représentants du peuple et la propriété.  Le colonel Rainsborough, côté niveleur, estime contre un autre niveleur William Petty  "que l'homme le plus pauvre d'Angleterre a une vie à vivre, tout comme l'homme le plus distingué" et qu'il ne peut être ni obligé ni soumis à un gouvernement "sans avoir eu voix au chapitre". Sur le sujet, il ajoute : " Dans la Loi de Dieu je ne vois rien qui affirme qu’un seigneur pût choisir vingt représentants, qu'un gentilhomme deux seulement et un malheureux, aucun." Du côté des Indépendants, Ireton, comme la plupart des élites, fonde la liberté et l'égalité politiques sur la propriété, un raisonnement absurde que relève Rainsborouh : "Pour les domaines et autres choses de ce type, pour ce qui appartient aux gens, on admettra que c’est de la propriété ; mais sur notre sujet  [le suffrage électoral, NDA], je nie qu’en soit propriétaire un lord, un gentilhomme, ou qui que ce soit.". La confusion du débat, qui se poursuivra dans les autres pays, vient principalement du fait que certains, comme ici le colonel Rainsborough, veulent fonder la société sur la justice et l'égalité, tandis que les autres continuent de la faire asseoir sur l'inégalité, en l'occurrence entre possédants et non possédants. Le colonel en déduira que "ce sixième transformera les cinq autres sixièmes en bûcherons et tireurs d’eau, si bien que la plus grande partie de la nation sera asservie".  L'intervention du colonel Nathaniel Rich est très intéressante à ce propos, qui met à nu le conflit de classe et le souci des propriétaires de ne pas perdre leur pouvoir en même temps qu'il donne du grain à moudre aux constitutionnalistes futurs : "Si maîtres et domestiques sont des électeurs égaux alors il est clair que ceux qui n'ont aucun intérêt matériel dans le royaume se feront un devoir de choisir des gens qui n’en ont pas davantage.  Il pourrait en découler que la majorité, au moyen de la loi, et non par confusion, détruise la propriété : on pourrait alors voir promulguer une loi qui décréterait l’égalité des biens et des propriétés. (...) Mais il pourrait y avoir une  division et une distribution plus équitables que celle de donner l'égalité de voix à celui qui ne possède rien ; il y a certainement une autre façon de voir les choses, comme le fait d'imaginer une représentation des pauvres d'un côté et celle des riches d'un autre côté, afin de n'exclure personne." Et Sexby de rappeler " que les pauvres, que les plus humbles de notre pays,... ont été ce moyen par lequel notre pays fut sauvé" . Et Rainsborough d'enfoncer le clou en concluant que le soldat a donc "combattu pour s’asservir lui-même, pour donner le pouvoir aux riches, aux propriétaires de domaines, afin de faire de lui un éternel esclave." Vient ensuite où le point de vue de Petty, qui s'exprime encore sur l'égalité, se contredit ensuite lui-même et montre à quel point la supériorité de classe pouvait être solidement ancrée chez ceux qui portaient une idée de progrès social :

"Les riches ne se verraient dirigés par les pauvres qu'à contre-coeur. Or il y a autant de raison que les riches dirigent les pauvres, ou les pauvres les riches... —, ou plutôt pas de raison du tout. Ce qu’il faut, c’est une part égale des deux côtés... La constitution actuellement établie est une constitution « à quarante shillings par an » —, et non une constitution rendant les gens libres." Ce qui ne l'empêche pas un peu plus tard de "comprendre la raison pour laquelle nous exclurions apprentis, domestiques, ou indigents", qui ont  "perdu une part essentielle de leur propriété, celle qui consiste  disposer librement de leurs moyens ou force de travail" et qui les rendent "dépendant de la volonté d’autres hommes  à qui ils ne voudraient pas déplaire." Il soutient alors l'adoption d'une "forme de vote général pour ceux qui ne sont point ainsi liés, et voilà qui serait bien."  Perdre le contrôle, l'autorité sur soi-même ("self-property", "self ownership"), c'est l'argument massue des premiers libéraux qui rend les pauvres responsables de leur état, nous le verrons, et qui fournissent un argument fallacieux aux élites pour leur dénier la liberté, l'indépendance nécessaire à l'exercice de la citoyenneté. Ceci étant dit, cette position de Petty est très singulière et conservatrice au sein des niveleurs, elle aurait pu même être tactique (Skinner, 2009). Le troisième jour des débats, John Wildman adresse un "Appel à tous les soldats", qui décrit avec beaucoup d'acuité l'hypocrisie politicienne, les stratégies au service des idéologies de pouvoir dont nous avons déjà fait état à plusieurs reprises pour d'autres périodes historiques. :

" Prenez garde à ces politiciens rusés, à ces machiavéliques pleins d'astuce, et surtout ne croyez jamais  aux paroles bien enrobées de quiconque... Un des signes les plus évidents chez les fourbes est de faire de beaux et longs discours éloquents, mais un homme fidèle ou sincère s'applique davantage à faire de bonnes actions...et l’un des signes les plus patents de connivence maligne entre deux complices est non seulement, lorsque l’un des deux gaillards est véhément, passionné, enflammé pendant que l'autre affiche patience, calme et modération afin de pacifier son partenaire (tels des avocats menteurs),  mais aussi quand ils semblent quelquefois en désaccord ou en conflit, voire qu'ils se querellent, pour finalement, tomber d’accord sur la pire des solutions."

On ne peut pas dire que la voix des plus contestataires aient été entendues à Putney. Pourtant, non seulement ils ont à différentes reprises dénoncer l'inégalité sociale mais un représentant important comme Walwyn a défendu plus d'une fois  la communauté des biens comme seule solution au problème de l'inégalité, ainsi que le témoigne John Price (cf. Walwins wiles et The manifestators manifested, 1649), ou comme l'écrit très probablement lui-même Walwyn, la même année, dans "Tyranipocrit Discovered with his wiles, wherewith he vanquisheth, Written and printed, to animate better Artists to pursue that MONSTER". Parmi les impiétés du Tyranipocrit, l'auteur évoque la "pendaison de pauvres et le maintien de riches voleurs" :    

"Supposons qu'un roi divertisse les soldats, défendant l'un ou  offensant l'autre selon son bon plaisir, et qu'il lui plaise de  donner à l'un de ses soldats dix shillings par jour et à l'autre seulement  cinq  pence. Devons-nous dire que la providence divine  a rendu l'un de ces soldats trop riche et l'autre trop pauvre ? Non, c'est la partialité du prince qui a donné trop à l'un  et  pas assez à l'autre.  Et ce qui est dit au sujet de ces soldats, peut être dit au sujet de toutes les autres pratiques où la partialité règne et donne trop à un homme et  trop peu à un autre. Ainsi, quand certains ont de tas de centaines de livres par an pour ne rien faire, ou pour exécuter un bureau inutile, ou encore pour superviser et commander les autres, etc. il existe au même moment un pauvre ouvrier qui doit travailler pour trois ou quatre pence par jour, et nous, misérables égoïstes inéquitables, nous devrions assister à tout cela sans rien dire, et ignorer cela comme une affaire indigne de nos considérations ;  maintenant considérez si un homme peut avoir et conserver plus qu'une partie nécessaire ou suffisante de biens matériels, et, ce faisant, ne pas offenser Dieu, ni être empêché d'atteindre le Paradis, qui est sa vocation chrétienne."   (...) 

" considérez comment Dieu a ordonné aux enfants d'Israël de diviser leur terre, et comment il a été offensé par eux, qui ont dépossédé leurs voisins, et dans l'Église primitive, les chrétiens avaient leurs biens en commun, et nous devrions prendre note de Lycurgue avec les Lacédémoniens, et des Gramanthiens, et les Maségates, et d'autres personnes qui ont connu l'égalité, ou une part commune et égale des biens du monde, aussi équitablement qu'ils le pouvaient, et ainsi ils ont vécu et travaillé ensemble pour la  paix et la concorde, comme les frères devraient faire." 

Et Walwyn de prophétiser que les agents des souverains chrétiens réunis à Munster ne sont pas là-bas "pour détruire la tyrannie mais pour l'ordonner au profit de certaines personnes dans le monde, et pour la damnation de toute l'humanité dans le monde à venir, car ils maintiendront les causes du mal, et pourtant ils sembleront en ôter des effets pervers, car ils n'ont pas l'intention d'extirper la tyrannie, mais de la diviser et de séparer les esclaves, afin que chaque tyran puisse abuser de ses esclaves à son gré, ils y sont très attentifs, non pas pour la liberté et le profit universels de l'humanité tout entière, mais pour le profit privé de certains ; et comment les tyrans hypocrites partageront le monde entre eux : ils ne cherchent pas à appauvrir les riches, afin que les pauvres s'enrichissent. Ils ne se soucient pas de provoquer une égalité de biens et de terres, afin que des personnes jeunes, fortes et capables puissent travailler, et des personnes âgées, faibles et impuissantes puissent se reposer : elles ne prennent pas soin d'éduquer tous les enfants des hommes de la même manière...afin que toute l'humanité puisse vivre en harmonie et que les uns comme les autres œuvrent  pour leurs existences."  

(texte entier, en anglais, disponible sur :

https://www.libertarianism.org/publications/essays/tyranipocrit-discovered-part-one

Dans son May-day agreement, écrit en prison, Lilburne est clair sur le personnage de Cromwell. Arrivé au pouvoir suprême en 1649, " le roi absolu", "plus que jamais le roi ne le fut dans toute son existence",  va pouvoir montrer son vrai visage, cajoler la liberté des propriétaires, le clergé, remettre l'armée au diapason du pouvoir et attaquer de front tous ces défenseurs de la  liberté et de l'égalité  qui l'insupportent. C'est bien sûr ce qu'il fera. Il s'emploie à faire taire le mouvement niveleur, envoie régulièrement ses meneurs en prison, mate des révoltes de niveleurs de l'armée dans l'Oxfordshire, opposés à l'invasion de l'Irlande, en capture des centaines à Burford,  met  à mort leurs leaders, mate aussi des rebelles paysans en Irlande, etc. 

                   

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