生口

Amakasu Kagemochi, à la bataille de Kawanakajima, estampe  Ukiyo-e de 1843-1847.

 

Dans le Japon du IIIe siècle, à la période Yamato (250-710), la société était divisée en trois classes, les taijin (litt. « les grands hommes ») et les geko, les inférieurs, auxquels s’ajoutent les esclaves seikô (litt. « bouche vivante) [1]. Plus tard, on apprend l’existence des ryomin (« braves gens ») opposés aux semmin (les vils) mais aussi, après la réforme Taika (litt : "grande réforme", en 645), une flopée de statuts sociaux plus ou moins défavorisés : esclaves publics ku-nuhi, esclaves indifférenciés, kenin ou shinuhi, qu’on classe avec le bétail, des vilains attachés à un sanctuaire (shinsen) ou à un temple bouddhique (jisen), sans parler de la flopée des dépendants, ayant eux aussi chacun leur nom. Tous ces statuts évoluent, disparaissent, pour laisser place à d’autres, tout aussi parlants sur l’inégalité sociale (article Ryôsen, cf. note 1).

 

[1] Dictionnaire historique du Japon, article Yamatai-koku, ouvrage collectif publié par la Maison franco-japonaise entre 1963 et 1995, en 20 fascicules. Articles disponibles sur www.persee.fr

Notons aussi que les réformes Taika placeront les rizières sous le contrôle direct de l'Etat (Calvet, 2002). Plusieurs minorités puissantes gouvernent par de fragiles compromis : aristocrates privilégiés, magnats locaux, propriétaires  aisés. Inspiré du modèle chinois, le pouvoir va se centraliser davantage au profit de l’Empereur, et c’est toute la terre qui fut déclarée domaine impérial et tous les sujets tenanciers du roi. Comme en Egypte, en Mésopotamie ou ailleurs, ce sont les dieux qui légitiment le pouvoir humain. Ainsi, c’est la déesse du Soleil, Amaterasu Ômikami, qui est censée avoir investi la première cour impériale à  Nara au Ve siècle et que cette monarchie de droit divin se structure par le culte impérial shintô « la voie des dieux » de ses esprits divins (kami, gami), dont Amateratsu fait partie. La religion shintô « s’institutionnalise et devient rapidement un puissant outil de propagande nationale et diplomatique pour la Cour du Yamato ». Cette mythologisation du  pouvoir s’accompagne de celle de l’histoire, avec les Kojiki (Chronique des choses anciennes) et les Nihonshôki (Annales du Japon), compilées à la demande de l’empereur au début du VIIIe siècle.

Nihon shoki, manuscrit de 1599, bibliothèque nationale de la Diète, Tokyo, Japon

Le Japon empruntera ensuite beaucoup à la Chine, que ce soit son écriture, son « système de codes » (Ritsuryô-seido), avec des instruments  législatifs qui ne feront qu’une part congrue au peuple et qui est surtout destiné à l’organisation centralisée de l’Etat : cour impériale et fonctionnaires, mais aussi "ses instruments idéologiques, en l’espèce du confucianisme (introduit au Japon dès le Ve siècle) et du bouddhisme (qui y fit son apparition dans la première moitié du VIe siècle). Au premier, le régime impérial japonais emprunta l’idée d’une autorité unique et absolue, résultant d’un mandat céleste confié par les dieux à l’empereur, d’où le nom de Tenno (Fils du Ciel) appliqué à l’okimi à partir du VIIe siècle. Quant au second, érigé au rang de religion d’Etat, il favorisa l’unification idéologique de la classe aristocratique, précisément parce qu’il était étranger à la tradition religieuse indigène et à ses divinités locales et claniques, jouant ainsi pour le Japon un rôle analogue à celui du christianisme dans l’Europe du haut Moyen Âge. Le bouddhisme ne parvint cependant jamais à déraciner les cultes antérieurs, non seulement au sein de la masse paysanne de la population, mais aussi au sein des familles aristocratiques; et ce sont eux qui, certes transformés, survivent encore de nos jours sous la forme du shintoïsme. » (Bihr, 2006).

La déesse Amateratsu  émergeant d'une grotte, 1823, estampe d'Utagawa Kunisada,

(1786-1865)

A la période Nara (710-794), le système agraire de handen s’était déjà généralisé, qui répartit les terres cultivées (particulièrement les rizières) et les redistribue entre paysans tous les six ans. Pas de manière égalitaire, bien sûr, on pouvait s’y attendre. Une femme a droit aux deux tiers de la part d’un homme, et les serfs et autres dépendants ne se voient octroyer que le tiers de ce que reçoit une femme ou un homme libre. De plus, si ce sont les individus qui sont concernés dans les lois, dans les faits c’est le foyer, dont le chef est le principal représentant, et la situation pouvait être très avantageuse pour les grosses collectivités, surtout si elle comportait de nombreux dépendants non soumis aux impôts en nature (nengu). Et encore une fois, les  faibles, étranglés économiquement par les charges finissaient par fuir et se mettre sous la protection des plus forts. Les rizières laissées à l’abandon n’étaient pas redistribuées et concédées par les administrateurs  de province comme des rizières à rente (jishi-den).

De la fin du VIe siècle à la fin du VIIIe, des femmes ont occupé quasiment à part égale avec les hommes la fonction impériale, et des épouses de puissants dignitaires pouvaient occuper des directions du bureau des Magasins de la cour (kura no kami) ou de service intérieur à l'époque de Nara (naishi no kami). Il aura fallu quand même la mort de son mari empereur, puis celle de son frère Yomei monté sur le trône, et enfin, l'assassinat du frère cadet qui lui a succédé, pour que l'impératrice Suiko Tennō obtienne pour la première fois cet honneur [1b]. De plus, la "réalité du pouvoir était aux mains de Soga no Umako et du neveu de Suiko, le prince héritier Shôtoku qui exerçait la régence". (article Suiko tennōcf. note 1). Mais la mise en place progressive des Codes importés de la Chine des Tang, dès la fin du VIIe siècle, a donné aux hommes la quasi-totalité des places de fonctionnaires et les femmes furent écarté du pouvoir, d'autant plus que ces charges devinrent des privilèges héréditaires  des familles de Régents et de grands chanceliers (Fukutô, 2017)

[1b]  Mais déjà, au IIIe siècle, le pays des Wo (en japonais : Wa) selon les Chinois, on connaît des reines comme Himiko (Himeko) qui règne sur le Yamatai. Selon le San-kouo-tche (jap. Sangoku-shi) elle régnait sur l'une des cent principautés du pays, "n'avait point d'époux et s'en remettait à son frère dans les affaires du gouvernement." (article Himiko,  cf. note 1).   Il est question aussi d'un tribut qu'elle paya en 239 à la Chine, en esclaves et en tissus qui lui valut de se voir accorder le titre de Ts'in-Wei Wo-wang (jap. Shin-Gi Wa-ō) ou "reine des Wo amie des Wei". A sa mort, on lui éleva un tumulus "où furent ensevelis plus de cent esclaves." (op. cité).

 

Dès le IXe siècle, à la période Heian (794-1185), on peut considérer que le système n’était plus en état de fonctionner (article Handen-shūju-hō, cf. note 1).  Un peu à la manière des maires du palais carolingiens, les hauts fonctionnaires impériaux, mais aussi des familles de temples bouddhiques ou shintoistes réduisent alors progressivement le pouvoir impérial et ses domaines, par des biens profitant d'exemptions ou d'immunités fiscales, administrative et/ou juridique (shōen). Les membres de la famille impériale trop éloignés de l'empereur pour obtenir les meilleures places de cour acceptent des charges de gouverneur de province, qu'on appelle zuryô à partir du XIe siècle, et dont l'enrichissement   se fonde, pour changer, sur le vol : Ils détournent les corvées publiques à des fins privées, collectent et accaparent une partie conséquente des produits de l'impôt, dont une maigre partie seulement parvient à la capitale. Par ailleurs, ils n'hésitent pas à surestimer les surfaces de cadastre pour augmenter les redevances à leur profit. (Souryi, 2013). Précisons en passant que le Japon de l'Ouest se distingue de celui de l'Est par une relation plus égalitaire entre les guerriers : "A l'Ouest les relations entre guerriers reposent plutôt sur des liens matrimoniaux, plus horizontaux"(op. cité). 

Entre le XIe et le XIIe siècles, de gros fermiers tirent aussi leur épingle du jeu en constituant des myoden (litt. « terres dénommées »), rappelant nos seigneuries banales, et c’est encore les petits qui trinquent, pour un certain nombre ruinés, expropriés. De nombreux paysans abandonnent alors leurs rizières, parfois après avoir "étalé les bambous" sur leurs maisons et sur leurs rizières,  pour signifier l'inviolabilité de leur propriété,  comme l'étaient alors montagnes et forêts, qui représentaient des espaces sacrés, des asiles protégés (Katsumata, 1995). Ils peuvent aussi grossir des groupes de marginaux et certains rejoignent les pirates kaizokushū écumant la Mer Intérieure [2]. Tout ceci se passe sur fond de rivalités, concurrence, d’insécurité, alors poussent un peu partout des groupes armés, des milices privées, bras armés de plus en plus nécessaires  à la rapacité des Grands, pour sécuriser les biens, contraindre les paysans à ne pas quitter les domaines (han), payer  des impôts démesurés, contrôler des communautés de plus en plus révoltées, etc.. 

Parmi ces nouveaux riches, le bushi (« guerrier »), terme apparu dès l’époque Nara en 721 [3],  qui n ‘était jusque-là qu’un subalterne saburai,  (de saburau, « servir un noble » qui donnera  samurai,  samouraï).  Il est issu de différentes aristocraties liées à la terre :  kizoku, descendants de nobles de cour possédant de vastes domaines, riches propriétaires terriens gunji,  élevés à des postes de chefs de district, ou encore tatomyōshu, d'origine paysanne, que les notables locaux exploitent tout en leur accordant, petit à petit, une place sur l'échelle sociale, dans les domaines privés ou public  (cf. Souryi, 2013 et  Sarticle Buke-shakai, cf. note 1).   Quand "ils parviennent  à s'affranchir du travail agricole et à s'ériger en gestionnaires de l'exploitation dont ils sont responsables, ils finissent à leur tour par exercer leur domination sur un ensemble de petits cultivateurs, esclaves ou domestiques agricoles divers." (Souryi, 2013).  

[2]  article Kaizokushū, cf. note 1

[3]   dans un texte du Shoku Nihon-gi,  article Bushi, cf. note 1

Le bushi aura vers la fin du XIIe siècle du temps pour se consacrer aux arts martiaux et aux loisirs. Il va devenir un personnage incontournable de ces transformations, tirant richesses et prestige de ses qualités guerrières et bientôt de ses troupes de bushidan, dispositif central du système féodal appelé parfois système sôryô (chef de lignage, de clan) ou  sôryôsei (contrôle du système) qui se constituera autour de suzerains feudataires (environ 250 pendant le règne des Tokugawa), les daimyo (litt. « grand nom »), et autres gouverneurs ryoshu ou kokushu,  maîtres des han (domaines, fiefs) et du gouvernement (bakufu) du plus grand dignitaire japonais, le shogun (généralissime) qui à la période Kamakura (1185-1333),  acquerra la dignité de mikado, "empereur". Pendant cette période, c’est du clan Hôjô, issu de Hôjô Tokimasa, que sortiront les régents (shikken) des shogun, qui auront la haute main sur le bakufu et feront ou déferont les princes à leur guise. La fille de Tokimasa, Masako, a une personnalité forte et conseille son mari, Yorimoto. Après sa mort, celle qu'on appelle la nonne-shogûn (ama shôgun) sera le véritable chef du clan, malgré son entrée en religion, impressionnant les guerriers par son attitude et sa stratégie (article  Hôjô Masako, cf. note 1).   Masako ne sera pas la seule femme, dans la société aristocratique, à devoir assurer seule la direction du domaine en cas de veuvage, et montrer des qualités de gestionnaire, tant au niveau humain que patrimonial,  alors qu'elles n'ont aucune autonomie du vivant de leur mari. En droit, car dans les faits à l'époque Kamakura, elles "jouent un rôle actif dans les coteries politiques,  cherchent à pousser, mettre en avant leur fils ou leur protégé" et bien "qu'écartées des responsabilités officielles, elles n'en exercent pas moins un pouvoir réel, et dans le cas de Masako, un pouvoir redouté." (Souryi, 2013). Dans le même temps, pourtant, "les moniales des temples officiels disparaissent ; de façon générale, les femmes se voient interdire l'accès aux grands temples (Tôdaiji, Kôyasan) et l'on prie à leur mort pour qu'elles transmuent leur corps en celui d'hommes selon le célèbre apologue du Sûtra du Lotus ; la nourriture carnée tend à être remplacée par de la chair de poisson et de volatile" (Girard, 2000)

Deux principales classes aristocratiques s’opposent, l’une de Cour, cultivant le raffinement, et l’autre guerrière, toisant l’autre avec dédain :  « Le chant, la poésie, les instruments à cordes, le jeu de balle au pied, le tir au petit arc, voici quelques uns des amusements qui se pratiquent à la Cour ou à la demeure de l’empereur-retiré, mais nous sommes tous ici des guerriers, nous faisons la guerre à cheval, nous combattons à pied, nous mesurons nos forces au bras de fer, nous savons galoper avec nos chevaux en franchissant les obstacles  »  

 Heike monogatari  (Le Dit du Keike), original (perdu) écrit entre 1190 et 1222 et augmenté au cours des siècles. Il était la dernière partie du  Cycle épique des Taïra et des Minamoto, précédé du Hogen monogatari et du Heiji monogatari. (Traduction René Sieffert, Publications orientalistes de France, 1976.)

Heiji monogatari, incendie de nuit du palais de Sanjo, XIIIe s., Boston Museum of fine arts

C'est ainsi que s’opposent administrateurs publics kokushi et shōkan, dépendant du gouvernement civil de Kyōto et  autorités militaires shugo et jitō dépendant de Kamakura, vassaux de l’empereur Yorimoto et avides de puissance. A tout cela s’ajoutera, au début du XIVe, siècle, le mécontentement des hommes liges gokemin, qui ont supporté sans compensation les charges des guerres contre l’envahisseur mongol et dont certains sont ruinés.  Dès la fin du XIIIe siècle, le peuple choisira de ne pas se laisser faire et trouvera divers moyens de résistance, qui ira des pétitions collectives (gosō) contre l’exploitation seigneuriale, de l’exode collectif (chōsan) à la résistance en bandes armées (akutō) ne reconnaissant plus les pouvoirs officiels. [3a] Les associations ikki, sorte de jurandes devenues ligues combattantes, se multiplient et alimentent une volonté commune de s’opposer, dans un esprit d’égalité entre leurs membres, aux abus de pouvoir des Grands. En 1204, ce sont les paysans de Kuroda, dépendant du monastère du Tôdaiji (province d’Iga), qui s’unissent en « un seul corps, un même cœur » pour déposer une plainte à la seigneurie ecclésiastique du domaine. Ils précisent que leur décision a été prise à l’unanimité et elle réclame le limogeage de l’intendant seigneurial. En 1275,  « les paysans animés un esprit solidaire ont bu ensemble l’eau sacrée [3b] et se sont rendus chez l’intendant militaire du domaine jitô pour lui exprimer leur refus de payer les redevances.

[3a]  article Kamakura-jidai, cf. note 31.

[3b] « Par le serment les participants imaginaient que les dieux choisissaient leur camp, qu’ ils bénéficiaient ainsi d’ une sorte de jugement de dieu que leur cause était juste Puis ils assuraient que le vœu de l’ikki était bien conforme à celui des divinités en mélangeant les cendres de l’eau sacrée placée dans un récipient que tous se passaient de main en main et dans lequel tous trempaient leurs lèvres. Ainsi le vœu des divinités pénétrait dans le corps de chaque participant. Cette « eau sacrée » soit était du saké qui avait été offert à la divinité soit provenait d’un puits ou d’un étang situé à l’intérieur de l’enceinte du temple ou du sanctuaire On croyait que l’esprit sacré de la divinité habitait cette eau. La boire tous ensemble en présence de la divinité relevait du concept traditionnel de partage de la nourriture et des boissons entre les dieux et les hommes d’une part entre les hommes d’autre part. » (Katsuma et Souyri, 1995)

Après plusieurs siècles de certitudes, de permanence du pouvoir, des idées au sein de la noblesse, il y a un monde qui vacille et qui inquiète et certains ne supportent plus l'hypocrisie, les intrigues de cour, les obligations du pouvoir, et se retirent dans des monastères. Chômei  (Kamo no, 1155-1216), par exemple, abandonne la douceur des palais pour une simple cabane, espérant trouver un sens à sa vie, sans pour autant remettre en cause la société dans ses fondements. 

"Pendant plus de trente ans, j'ai vécu ainsi dans l'angoisse, essayant de supporter ce monde ingrat... J'ai quitté ma maison et dit adieu au monde...

Depuis que j'ai quitté le monde et que j'ai choisi la voie du renoncement, je me sens libre de toute haine, comme de toute contrainte. J'abandonne ma vie au destin..., je l'assimile à un nuage inconsistant."

Kamo no Chômei, Notes de ma cabane de moine , traduit du japonais et annoté par le Révérend Père Sauveur Candau, Le Bruit du Temps, Paris, 2010.

 

De même, le brillant poète Saigyō (Seigyō) Hoshi (1118-1190) quitte le faste et les honneurs pour prêcher le bouddhisme dans tout le pays,  tout comme Hōnen (1133-1212), à l'origine de la célèbre école japonaise de la Terre Pure (Jōdo shū), ou après lui Shinran (1173-1262), ce qui  permet au bouddhisme de toucher les couches populaires de la société : pêcheurs, paysans, prostituées, etc.  Comme dans beaucoup de cultures, ce sont les aristocrates qui ont répandu des religions qui ont fait entrer dans les mentalités des opprimés que le salut n'était pas à espérer ici-bas mais au paradis, en l'occurrence celui d'Amida, nom japonais d'Amitabha ("lumière infinie", en sanskrit),   réservant les enfers à ceux qui n'avaient pas la foi en lui. Ces notions de récompenses ou punitions éternelles sont étrangères au bouddhisme originel et rapprochent plutôt l'amidisme du christianisme.  Les principes de charité, aussi, comme dans d'autres sociétés (surtout les cultures chrétiennes), participent à ancrer dans les mentalités pendant des siècles l'intangibilité des statuts sociaux et l"idée durable d'une pauvreté éternelle soulagée par la générosité des plus riches. On voit ainsi  le moine Eison (Eizon, 1201-1290), qui fonde la secte du vinaya [4] ésotérique (Shingon Ris-shū),  la réclamer aux riches, en même temps qu'il fait réciter des formules magiques [4a] censées apportées prospérité ici-bas et salut dans l'au-delà, comme les amulettes ou les danses amidistes d'Ippen, dès 1279,  associées aux traditions paysannes, se voient dotées de pouvoirs exorcistes ou curatifs. Lui-même en donne le meilleur exemple en fondant la première léproserie du Japon ou en changeant le temple de Gokuraku-ji, à Kamakura, en hospice (1267).  On voit alors les bonzes de l'école risshū (ritsū) récolter de plus en plus de fonds et pratiquer à leur tour des prêts, se lier aux riches et ils "finissent par apparaître comme des usuriers détestés." (Souyri, 2013).  L'intolérant Nichiren (Nichiren Daishonin, 1222-1282), exilé en 1271, accusera ainsi Ninshô d'accumuler des richesses sous prétexte de charité.   

[4]   "discipline", en sanskrit 

[4aOn récitait ces mots magiques (shingon) durant sept jours et sept nuits pendant l' Assemblée des mantra de luminosité" (kômyô shingon-e), cf article Eison ou Eizon, cf. note 1).

Il nous faut dire un mot ici à propos du bouddhisme zen, introduit depuis le Ve siècle au Japon et qui commence à se développer à compter des XIIe-XIIIe siècles, en particulier avec Dōgen (D. Zenji ou Eiheiji, 1200-1253), de très haute naissance. Parti  en Chine pour approfondir sa foi il en revient avec le zazen du bouddhisme Sōtō [4b], en particulier le shikantaza, "juste s'asseoir", en position de lotus, le corps et l'esprit le plus abandonnés possibles. Comment ne pas voir là des pratiques en adéquation parfaite avec le monde aristocratique, qui a tout le temps pour le relâchement, le silence, la préoccupation du corps et de l'esprit ? Ce n'est pas un hasard s'il est surtout adopté par les classes oisives, et si de nombreuses pratiques culturelles issues du zen sont d'ordre élitiste :  cérémonie du thé (chanoyu), "Voie du thé" [4c(chadō), arrangement floral (ikebana), "Voie des fleurs"  (kadô), "Voie de l’encens" (kôdô), tant d'occupations qui réclament beaucoup de temps, de lenteur, de précision, sans parler bien sûr de la littérature, de la peinture, de la calligraphie, du théâtre, etc, tout un ensemble de choses qui représentent l'antithèse de la vie du petit peuple qui travaille et qui n'a guère le temps ou le loisir de s'occuper de près ni de son corps ni de son esprit. 

[4b]  Caodong en chinois  :  Abréviations idéogrammatiques de san Honjaku (Caoshan Benji  en chinois) et Tōzan Ryokai (Dongshan Liangjie), deux maîtres dont les idées ont été à l'origine de ce mouvement. 

[4c]  "Le fondateur de l’école Rinzai, Yōsai Min.nan (1141‑1215), rapporta au Japon les premiers plants de thé, d’abord sur le mont Sefuri / Seburi (à la frontière des actuels départements de Saga et de Fukuoka ; alt. 1055 m), puis à l’ouest de Kyōto, où il en fit hommage au moine Myōe Kōben (1173‑1232) sur le mont Togano.o.

Conférence de François Lachaud, La femme, le serpent et le moine : bouddhisme et histoire des représentations au Japon, un essai d’approche (suite), Ecole Pratique des Hautes Etudes, 2010

https://journals.openedition.org/asr/784

Tout ceci n'empêche pas les pouvoirs guerriers, soit dit en passant, de mettre par écrit leur droit, en 1232,  le Goseibai shikimoku  (御成敗式目, litt : "liste des règlements pour distinguer le bien et le mal : cf. article Jôei-shikimokucf. note 1 ), inspiré comme les coutumes antiques de la Chine des Tang. Comparé aux codes antiques, les droits guerriers du Jôei-shikimoku se distinguent de manière importante sur sur trois points essentiels  : "la lourdeur des punitions infligées, la promotion des droits de la femme, le poids plus fort de l'autorité parentale." Ainsi,"les femmes peuvent hériter d'un domaine comme les hommes. Elles peuvent entrer dans une organisation vassalique. A la mort du père, c'est la mère qui reste le chef du clan. En cas de divorce, à moins que l'épouse ne soit coupable d'une faute grave, le mari doit remettre à sa femme les domaines qu'elle possédait avant le mariage. Il s'agit là d'une extension considérable des droits juridiques des femmes par rapport à la législation antique qui reléguait les femmes dans un état de dépendance complète par rapport aux hommes." (op. cité). Mais attention, ce droit n'est applicable que dans les domaines privés des seigneuries, maisons shogunales ou monastiques. Ailleurs, dans les domaines publics, ce sont les lois impériales qui font autorité.  

Certaines communes s'organisent même en communautés autonomes (sō, sōson) en particulier dans le Kinai, et se multiplient au XIVe siècle pendant les guerres civiles, pour se protéger de l'insécurité. Elles ont souvent à leur tête des paysans riches (myōshu),  des propriétaires fonciers louant des parcelles cultivables en échange d'un fermage, mais aussi beaucoup de petits agriculteurs : les uns et les autres ont une place au conseil de village (miyasa), où les décision sont prises collectivement après discussion. Les chefs de famille y organisent aussi les rites, les cérémonies ou encore les travaux agricoles (article Sō, cf. note 1).  Ces villages autonomes avaient leur propre police (des notables prennent même le titre de jizamurai : samouraï villageois), leur propres justice, géraient les biens communaux. Notons "que de nombreux hectares de terres et de forêts, utilisés jusque là par les paysans comme biens communaux, sont en effet au début de Meiji confisqués par l’État pour constituer des domaines publics ou privés, dépouillant les paysans japonais des droits d’usage".  (Calvet, 2002) On comprendra alors pourquoi les seigneurs féodaux limiteront cette large autonomie, dès l'époque Edo, non sans encourager les paysans à diversifier leurs activités, "ce qu'on peut déjà qualifier d'économie de marché."   (op.cité)

 

Pendant l’époque Muromachi (1333-1573),  ce sont parfois des villages entiers qui décident de se révolter, comme celui de Shōchō,  dès 1428, formant des ikki pour réclamer d’une seule voix un « gouvernement de vertu » (tokusei) en vue de réduire le poids écrasant des impôts,  d’annuler ou d’alléger les dettes des paysans auprès des usuriers.  Bien organisées, ces tokusei-ikki [5] décidaient alors des actions à mener, des formes de contestation adaptées à la situation : ici étalage de bambou pour interdire un accès, là désertion d’une collectivité (Carré, 2011), où action plus musclée de l’émeute, en envahissant par exemple les maisons de leurs créanciers pour détruire leurs titres de dettes, voire en incendiant les maisons elles-mêmes (article tokusei-ikki, cf. note 1).

[5] A l’inverse, les kokujin-ikki, ligues armées de petits seigneurs locaux, pouvaient réprimer les paysans, par exemple en les restituant à leurs maîtres.

Parfois, ce sont les shoguns eux-même qui  prononcent des annulations générales de dettes. Les Ikkô-ikki, ligues constituées par des membres de la secte Ikkô, grossirent de nombreux paysans mécontents dans les régions agricoles développées, attirés par la doctrine pratique, religieuse et égalitaire de leur maître, Rennyo. Les ikki auront une succession de victoire avant d’être progressivement écrasés, comme c’est toujours le cas partout, par la répression aristocratique, en l’occurrence celle de Oda Nobunaga [6], qui affama les paysans révoltés et les extermina sauvagement entre 1574 et 1580.  Son successeur Toyotomi Hideyochi trouva une parade contre tous ces mécontents : « la chasse aux sabres ». En 1587, pour empêcher les paysans de se défendre, il confisque toutes leurs armes : lances, sabres, dagues, arquebuses (importées au Japon à compter de 1543).  En 1590, il chasse les rônin, samouraïs sans maître, de toutes les villes. Les anciens guerriers ne pouvaient devenir commerçants ou paysans et ces derniers n’avaient pas le droit de quitter les champs pour devenir artisans ou commerçants. Après cette mise au pas, Hideyochi fut en position de force pour réclamer par serment aux villageois de céder jusqu’à deux tiers du produit de  leurs récoltes à leurs seigneurs. Serment léonin, nous l’avons vu, qui ne pouvait que susciter la colère. C’est sans doute pourquoi  les officiers impériaux, chargés de le formaliser, promettaient la crucifixion aux contrevenants (Carré, 2017).  Laissons donc Araki Moriaki trouver la période « révolutionnaire », Hideyoshi ayant aboli « les modes de perception “esclavagistes” issus de la société médiévale »,  ce ne sont pas précisément les structures et les formes de la domination qui nous intéressent ici, mais plutôt comment celle-ci se traduit le plus concrètement possible dans la vie de celles et ceux qui la subissent. Et le constat est clair s’agissant des paysans, ici ou d’ailleurs : Ils sont étranglés d’impôts tel jour de telle façon, le lendemain de telle autre, après-demain d’une autre encore et une grande partie d’entre eux vit dans la misère, la violence et la peur. A un point où, comme dans les villes européennes autour de l’an mille, on imagine un peu partout que la fin des temps est proche.   

 

  [6]  Nobunaga, et dans une moindre mesure Hideyochi après lui,  s'employèrent à mettre au pas les velléités de puissance des grandes églises bouddhiques (dont la particularité est de ne pas avoir de clergé), véritables seigneuries religieuses capables de "constituer de redoutables forces militaires pour défendre leurs intérêts, plus souvent temporels que spirituels." capables pour certaines de mobiliser "des dizaines de milliers de fidèles-combattants" comme le temple de Hongan, dont Nobunaga fit tomber en 1580 la forteresse d'Ishiyama qui l'entourait, ou celui de Tendai, et " redoutables moines-guerriers, et la branche du Nichiren (secte du Lotus)", dont le siège du mont Hiei tomba en 1571, mettant fin à ses projets de règne sur Kyoto.    

Dans un tel contexte, et c’est pareil pour toutes les autres sociétés, l’individu n’a quasiment pas d’autre choix que de survivre selon les règles instituées ou provoquées par l’oppression des maîtres. A ceci près qu'au Japon, peut-être davantage qu'ailleurs, les opprimés secouent en permanence le joug des puissants, opposent aux oppresseurs  une vaillante résistance tout au long de  l'histoire et les empêche de régner comme ils le voudraient. Les Japonais du XVe siècle résumaient ce fait par l'expression gekokujô, "l'inférieur l'emporte sur le supérieur" ( Souryi, 2013). Ce qui rapproche cependant tous les Moyen Âge de la Terre, c'est que la force, la violence permet toujours au supérieur de gagner au bout du compte la bataille.

 Ainsi, une partie de cette population déshéritée, passive, se retrouve oppressée, exploitée de diverses manières, non seulement par les riches mais aussi par une partie active, ambitieuse de certains de ses propres membres, ce qui  les poussent parfois à rejoindre des bandes (kumi) quand sa situation devient intenable. Pour contrôler cette frange de population à risques, le  pouvoir investit des directeurs de communautés eta ou hinin qui s’enrichissent diversement pour organiser, réprimer la population de l’intérieur.  C’est  sous leur autorité qu’une hiérarchie de chefs locaux (chôri), d’assistants (kogashira) gèrent un certain nombre de villages, parfois une vingtaine, chacun dirigé par un chef de village (shôya [7] ou nanushi), lui-même secondé parfois par des  adjoints (kumigashira [8), en l’occurrence les paysans les plus aisés (gônô) et les plus instruits du village, qui savaient au moins écrire et compter (article Kumigashira, cf. note 1). Il existait enfin des représentants directs de la paysannerie auprès de l’administration seigneuriale, les hyakushô-dai  [9], chargés en théorie de s’assurer de la juste répartition des impôts. Il y eut bien sûr parmi eux des défenseurs des plus humbles,  mais ils étaient le plus souvent des notables eux-mêmes et appliquaient le plus souvent les décisions des plus riches (article Hyakushô-daicf. note 1). De manière plus générale, ce terme de hyakushô (litt. "les cent noms") désignait au Moyen Âge [10] "une masse assez indistincte d’assujettis", aussi bien le peuple des campagnes que la poignée des citadins des quelques centres urbains, cultivateurs, artisans ou marchands (Carré, 2017). Il faut noter l'antique méfiance récurrente envers le commerce et les marchands comme dans nombre de cultures, et pour l'Asie,  notamment en Chine, ou encore en Corée, où régnait " la méfiance congénitale de bon nombre de dirigeants et fonctionnaires de la Corée de Choseon envers le développement du commerce, dictée par la peur de voir les paysans abandonner leur tâche essentielle de production agricole, pour céder aux tentations délétères et corruptrices de l’argent facile acquis sur les marchés ."  (Carré, 2017). Cette méfiance prend son sens au Japon avec la culture du honmatsu (本末), "le fondamental et le secondaire", "la racine et les branches", ce qui sous entend, comme dans toutes les cultures aristocratiques, que la société se divise en deux groupes principaux, les hommes les meilleurs, qui irriguent la société de leur pureté, de leur noblesse,  et les autres, vilains, impurs, qui leur doivent  la reconnaissance et la soumission.  

 

[7] une des trois fonctions d’administrateurs de village à l’époque Edo, regroupés sous le nom de Jikata-san'yaku et dépendants des fonctionnaires des territoires du shôgun ou de ses vassaux (officiers han, gundai ; intendants daikan)

[8] cf. note précédente

[9] cf. note 1

[10]  Le terme (chûsei) a été adopté pour le Japon en 1906 par Hara Katsurô, de l'université impériale de Kyôto.  Les anciens japonais parlaient plutôt de "l'âge des guerriers",   musha no yo  (Souryi, 2013), ou encore buke noyo.

Dans le même temps, le pouvoir économique accru des marchands et des artisans chônin (citadin), sortis  des classes inférieures vont non seulement avoir accès aux plaisirs aristocratiques (cerémonie du thé chadô, arrangement floral ikebana, pratique du shamisen chez les courtisanes, etc.) mais opposer aussi  à cette culture élitiste une culture bourgeoise d’inspiration plus populaire. La richesse de la classe marchande de la Cipango de Marco Polo s'est surtout développée "depuis que le shôgunat des Ashikaga [11] (1338-1568) avait donné un nouveau développement à un commerce de type international avec la Chine et l’Asie du Sud-Est, mais aussi du fait d’un trafic important reposant sur la commercialisation d’une production agricole de plus en plus diversifiée. Des cultures complémentaires au riz comme le coton, le colza, le chanvre, le tabac, le mûrier, la canne à sucre ou encore le blé, étaient apparues dès cette époque, et de ce fait, la paysannerie elle-même n’était pas sortie inchangée de cet essor économique." (Calvet, 2002). 

 

[11] Il ne crée pas de la monnaie mais s'arroge le monopole des importations de monnaie chinoise. (Souryi, 2013).

 

Au XIVe et XVe siècles se développent des corporations de marchands, d'artisans et parfois d'artistes (geinômin), regroupées en guildes, les za, dont les nobles et les abbés des grands monastères sauront extraire les richesses par toutes sortes de patronages, protections ou encore octroi et barrières sur les routes commerciales (Souryi, 2013). Ainsi, le "temple du Kôfuku-ji de Nara contrôle  déjà plus de quatre-vingts za au milieu du XIVe siècle. Ainsi, les dépendants du sanctuaire d'Iwashimizu  qui obtiennent de la cour et du shôgunat des privilèges de circulation et le monopole de la vente d'huile à Kyoto.  Changeurs, marchands grossistes (toimaru) convertissent le riz ou autres produits en argent sonnant et trébuchant, joue sur les changes, spéculent. Ce sont là des pratiques qui seront très développées par une forme de ploutocratie qu'on appellera le capitalisme. Elles ont très tôt dans la vie des pauvres des répercussions désastreuses. En 1330, par exemple, malgré une bonne récolte, des spéculations répétées provoquent une flambée des prix et un début de disette dans la capitale. En 1431 c'est une famine créée par les marchands qui empêchent le riz d'entrer dans la ville pour faire monter les prix.  

 

Certains guerriers de haut rang, certains notables deviennent banquiers et commencent à inaugurer « des pratiques bancaires "modernes", telle la lettre de change.» (op. cité). Ceux qui accumulent beaucoup de capital (de riz ou d'argent) deviennent de gros banquiers qui prêtent à taux usuraire qu'on appelle dosô.  Pour la seule Kyôto ils sont plus de 350 au milieu du XVe siècle. Les enrichissements sont toujours une manne pour les shôguns. Yoshimitsu, par exemple, en 1393, exige des redevances  substantielles à ces prêteurs, qui dans les faits, lui paieront sa somptueuse villa du Pavillon d'Or et le train de vie qui en résulte. 

 

Évoquons maintenant une pratique de domination d'ordre sexuel, dans le milieu monastique et samouraï, permettant aux hommes adultes (nenja), comme en  Grèce antique, d'assouvir leur désirs homosexuels avec de jeunes enfants ou adolescents, wakashu pour les samouraïs, chigo pour les moinillons ou les acolytes, avec la même stratégie de soumission qu'à Athènes : A la supériorité de l'âge, du statut, se combine une autre infériorité, où seul l'homme adulte a le droit d'être actif, de pénétrer le plus jeune, qui peut avoir grosso modo entre 7 ans et 20 ans  (Pflugfelder, 1999, 29-44), à quoi s'ajoute une pratique de facilitation, puisque les enfants vont très souvent faire un apprentissage ou même occuper un emploi chez des particuliers. Certains employeurs n'hésitaient pas, d'ailleurs, à retarder la majorité de leurs protégés pour profiter d'eux le plus longtemps possible Cela n'est pas sans rappeler l'infériorité passive conférée aux femmes, qui a un écho dans le théâtre kabuki, où les onnagata, qui jouent des rôles féminins, sont appelés aussi wakashu (Leupp, 1997). Cette pédérastie antique, qui privilégiait par ailleurs la sexualité anale,  était non seulement admise, mais encouragée par une idéologie religieuse où la  "Voie de la jeunesse" (shudō) et plus exactement wakashudō (voie des jeunes hommes), faisait peut-être partie d'une discipline mentale et corporelle subordonnée au [12] proprement dit (Pflugfelder, 1999).  Il n'empêche que divers témoignages montrent que certains intéressés portaient des jugements critiques sur leurs pratiques. Le Chigo no sōshi (稚児之草紙, Livre des Acolytes), évoque un moine incapable de réfréner ses désirs ou encore, le  moine Sōchō (1202-1278)  rédigeant un texte en 1237, qui affirme avoir couché avec plus de cent acolytes et désire résister à ses désirs lascifs en ne les pénétrant plus à l'avenir. Il fait alors le serment (kishōmon) de n'avoir qu'un amant (aidō) et fait le voeu de ne pas devenir un nenja ni de pré-adolescents (uewarawa) ni de jeunes enfants (chudo), c'est-à-dire des enfants entre 12 ans et 16 ans environ, ce qui signifie qu'il promet de ne se tourner que vers des daidōji  (litt. "grands enfants'), c'est-à-dire des adolescents et des jeunes adultes entre 17 et 20 ans (Matsuo, 2008 : 75).  

[12]  est la transcription du Dao ou Tao chinois, le Chemin, la Voie

miyagawa issho-samurai-wakashu-detail.jp

Miyagawa Issho (1689 - 1780), samouraï et wakashu, détail, Metropolitan Museum of Art, New-York

Les nouveaux riches utokunin rachète des propriétés foncières à des guerriers ou des paysans pauvres ou endettés, et on voit comment, sans créer de richesse, en s'en emparant, en la ponctionnant, en l'accumulant, la ploutocratie fonctionne sur le dos de celui qui la produit véritablement. Celui qui cultive et récolte le riz par son dur labeur fait naître la vraie richesse. Pourtant, il  vit le plus souvent dans la pauvreté. Mais celui qui a les moyens de le faire engranger, le transporter, l'échanger, n'a non seulement pas besoin d'user son corps au travail mais de plus il s'enrichit parfois considérablement, en accumulant "patiemment des fortunes arrachées aux misérables des campagnes" (Souryi, 2013).  C'est un des procédés les plus ingénieux de la ploutocratie, qui n'a jamais cessé de se sophistiquer. Aujourd'hui, les granges sont devenus des hypermarchés. Les prêteurs des groupes financiers. 

 

Exclus du pouvoir politique (comme dans de très nombreuses sociétés aristocratiques, nous l'avons vu ailleurs), les bourgeois chônin investiront avec succès le seul domaine où ils pouvaient s’exprimer : l’espace de la rue et du quartier (Carré, 2017), et tout particulièrement celui des plaisirs, comme l’emblématique Yoshiwara, dans la ville d’Edo, cette « plaine aux roseaux », dont on changea le premier caractère pour en faire un lieu « accueillant », pour oublier qu’il fut un de ces lieux marécageux où on reléguait la plèbe.  A Yoshiwara, le guerrier, le chônin peuvent momentanément mettre de côté les conventions sociales, le sens du devoir (giri) et faire parler leur propre ninjô, ces sentiments humains véritables, spontanés (Pratte, 2007), en particulier dans les relations passionnelles avec les courtisanes geishas et autres. Cette culture chônin très vivante se développe, nourrie de contestation, de mépris envers les élites, mais aussi de « fierté plébéienne » (Pratte, 2007), dont le tatouage horimono [13] ("sculpture")  est une des pratiques les plus révélatrices, qui est une appropriation populaire du tatouage ancien irezumi (« insertion d’encre ») qui était infligé en condamnation de crimes, surtout les vols, par le shogun Tokugawa Yoshimune en 1720. 

 

[13]  Une autre forme se répand, l’irebokuro, en particulier chez les courtisanes, en signe de gage d’amour, de promesse de fidélité à un amant.

konjin-chogoro-kuniyochi utagawa-suikode

Konjin Chogoro, estampe d'Utagawa Kuniyochi (1797 - 1861, tirée de son Suikoden "Les cent-huit héros chinois" du roman Au bord de l'eau, attribué à Shi Nai’an (XIVe siècle). 

Konjin Chôgorô, Le lutteur Konjin Chogoro jetant à terre un diable, estampe de Tsukioka Yoshitosh (1839-1892). Le mythique Chôgorô, ici recouvert de tatouages, est venu de la province de Musashi et a vaincu Konjin, le Dieu du métal. Un autre grand artiste,Kuniyochi Utagawa, ne l'a pas représenté tatoué :

De tout ce monde flottant (ukiyo, cf. plus bas), qui vit au jour le jour, les romanciers, les artistes bourgeois vont en faire leur miel. Contre théâtre nô et kyôgen ils opposent kabuki et musique jôruri, au  koto et au bunraku, (théâtres de marionnettes), à la poésie classique ils préfèreront la poésie haïku. Dédaignant les estampes traditionnelles ils aimeront les estampes décadentes ukiyoe (ukiyo-e : "images du monde flottant", "du temps qui passe"). Présent dans les haïkus, les romans, le concept d’ukiyo est poétiquement décrit dans le roman d’Asai Ryôi (1610-1691), Ukiyo monogatari :

« Vivre uniquement le moment présent,

se livrer tout entier à la contemplation

de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier

et de la feuille d'érable... ne pas se laisser abattre

par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître

sur son visage, mais dériver comme une calebasse

sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo. »

(Bayou, 2011)

Aïnous

Il faut des barbares aux civilisés, disait en substance Thucydide, pour démontrer leur degré de civilisation. Concernant le Japon, s'ajoute une dimension spatiale "qui hiérarchise leur degré de barbarie en fonction de leur éloignement par rapport à l'Empereur et à la civilisation."  (Godefroy, 2013)  D'où l'expression ka.i chitsujo, 華夷秩序, en chinois hua-yi zhixu, "centre civilisé face aux franges barbares" ou encore chûka shisô , 中華思想,  (zhonghua sixiang, littéralement "l’idéologie de l’efflorescence centrale" ou idéologie de l'empire du milieu.  (op. cité). Mais la frontière est aussi culturelle. La fin de la période Yayoi, voit se développer la culture du riz, les techniques du bronze et du fer, du au sein de ces vagues de populations immigrées à partir du IIIe siècle, venues de Corée du Sud de l'époque Mumun, et, par une série d'hybridations et d'acculturations avec la culture très ancienne de Jōmon (Mizoguchi, 2013). Dans celle dite du Jōmon prolongé, au nord de l'île de Honshu et à Hokkaido (l'ancienne Watarishima), la chasse, la pêche et la cueillette continue pour les populations de la culture d'Esan ou d'Ebetsu (Ebisu,  Emishi, Ebishi, ou encore Ezo, selon une terminologie japonaise calquée sur celle de la Chine, cataloguant les populations extérieures en barbares du Nord, de l'Est, etc., Beaucoup de spécialistes d'aujourd'hui, contre un certain nombre de vues "ethnicistes" au Japon,  pensent au contraire que cette culture Emishi est issue d'une population mixte d'ancêtres japonais de culture Yayoi et d'ancêtres Aïnous sans pouvoir central, qui pratique parfois la riziculture et l'élevage de chevaux des Japonais du Yamato (Godefroy, 2013). 

Vers le VIe siècle, l'époque d'Asuka voit l'assimilation de la culture chinoise dans ses aspects essentiels : écriture, littérature, organisation, législation, religion etc. Le civilisé cultive. Le civilisé lit, écrit, codifie. Le barbare vit un peu comme les animaux, d'une économie de subsistance.

Dès 647 des forts et des places fortes sont construites pour étendre l'Etat au nord, on y installe des soldats-paysans pour défricher et sécuriser des territoires et, pendant le règne de l'impératrice Saimei, il y a même des combats en 659 sur une île appelée Herobe  ainsi qu'un avant-poste de surveillance sur l'île Hokkaido.  

"Parmi ces barbares de l’Est, les Emishi sont les plus puissants. Ils ne font aucune distinction entre hommes et femmes, parents et enfants. L’hiver, ils dorment dans des trous, l’été ils vivent dans des nids. Ils portent des peaux, boivent du sang [15] . Ils se soupçonnent entre frères. Ils gravissent les montagnes tels des oiseaux qui volent, et courent la lande, tels des bêtes sauvages. Ils oublient les bontés qu’on leur fait, mais punissent toujours les méfaits. Pour cela, ils cachent des flèches dans leurs chignons et leur sabre dans leurs vêtements. Il arrive qu’ils se réunissent en connaissance et violent les frontières. Visant le moment où les plantes sont mûres, ils s’emparent des récoltes et attaquent la population. Quand ils attaquent, ils se cachent dans les herbes, quand on les poursuit, ils disparaissent dans les montagnes. Depuis les temps anciens, ils n’ont jamais été soumis à l’autorité d’un souverain."

Chroniques du Japon, Nihonshoki 日本書紀, septième lune de la quarantième année du règne de l'empereur Keikô, vers le Ve siècle.

[15]  Accusation que l'on trouve dans d'autres cultures, pour discréditer, criminaliser une population, une communauté : cf. celui des Romains envers les Juifs ou le témoignage de Salvien sur les Bagaudes.

Jusqu'aujourd'hui, le sentiment de supériorité des civilisations écrites, sédentaires et centralisées sur les civilisations orales, de chasseurs-cueilleurs est toujours prégnant, au travers, par exemple, de l'enseignement de l'histoire, où la connaissance de ces dernières est quasiment réduite à néant. Il en va de même pour cette aire culturelle très vaste des cultures Okhostk et Satsumon des ancêtres Aïnous (ou proto-aïnoues) : le culte de l'ours, si prégnant dans la culture aïnoue se retrouve jusque dans les régions circumpolaires et aux sociétés paléolithiques, chez les Sami ou des communautés de Sibérie occidentales des fleuves Ob ou Ienissei (Jahuhen, 2003). La première s'étendant de l'extrême nord d'Hokkaido aux Kouriles, au Kamchatka [16], à Sakhaline et, sur le continent, l'embouchure du fleuve Amour, influencée par la culture toungouse et nivkhe (ghiliak).  La seconde englobe la quasi-totalité de l'île d'Hokkaido et la région de Tsugaru, au nord de Honshû et connaît avec la première et avec la Chine (les Aïnous mangent avec des baguettes) des relations commerciales et d'échanges très intenses, mais aussi avec le sud de l'archipel, jusqu'aux Ryû-Kyû. Sans cette proximité, on ne pourrait pas avoir toutes ces parentés linguistiques entre le nord et le sud de ce territoire : les dieux kami se disent kamui en aïnou, les os  hone et pone, les esprits et les perles et les bandes de papier votives sont respectivement le même mot :  tama  et nusa, etc.  C'est ainsi que les travaux scientifiques permettent de démontrer une fois pour toutes, pour le Japon ou pour la plupart des cultures humaines, l'ineptie du concept de race (et partant de la prétendue supériorité ou infériorité des unes par rapport aux autres) appliqué à des populations humaines distinctes, qui n'ont eu de cesse d'établir des relations, de se mélanger, de se métisser tout au long de l'histoire. 

[16]  Peut-être d'origine aïnou, de kam (« viande ») et satk (« séchée »), tout comme les Kouriles, de  kur  ("brouillard "), cf  Godefroy, 2013.

 

Sigmund Freud avait remarqué que la véhémence du rejet d'un peuple par un autre était d'autant plus vive que ceux-ci étaient proches géographiquement et culturellement et parlait de "narcissisme des différences mineures" (Malaise de la Civilisation, 1929).  A ceci, il faut associer la construction d'une monarchie japonaise fondée sur la notion de pureté qui permettra de dénoncer la souillure sous diverses formes étrangères : nudité ou au contraire pilosité (l'Aïnou est poilu), cheveux hirsute, barbe fournie,  tatouage, nourriture carnée, crue, vêtements de peaux de bêtes, etc., sont autant de marqueurs de cette impureté qui justifie leur soumission.

 

Comme on pourrait s'y attendre, Les Aïnous sont un peuple patriarcal, mais aussi polygame, avec de nombreux tabous, en particulier féminins : les femmes ne peuvent  s'adresser directement ni aux dieux ni aux hommes qui ne sont pas de leur famille et elles n'ont même pas le droit de prononcer le nom de leur mari. Tous ces tabous autour de la parole sont symbolisés par un tatouage autour de la bouche, incisé dès la promesse de mariage puis complété régulièrement jusqu'à la                                cérémonie elle-même. Les tatouages sur les membres s'expliquent  "par                                la vulnérabilité de ces derniers à être des voies  d'entrée pour les esprits                      mauvais." Et ce d'autant plus que la femme utilise beaucoup ces mains                         dans des tâches    domestiques ou les salutations (en se frottant les                                       mains).                      On enroule alors les motifs pour que les esprits

s'égarent. 

 

シヌイェ

     

     sinuye, shinuye

     " Se graver soi-même "

Les kamui récompensent ceux qui ont la plus haute valeur morale, et c'est le dieu protecteur du village, la Chouette, qui accorde richesse et pouvoir d'une famille sur les autres. C'est le même mot qui désigne un homme mauvais et un homme pauvre, traduisant la vision discriminatoire qu'ont les Aïnous de la pauvreté. Bénis des dieux, les hommes riches sont très respectés et c'est parmi eux qu'on choisit les chefs du village. Il protège les biens communs, résout les conflits et les problèmes de justice, préside aux cérémonies,  parmi les plus remarquables : la migration de l'âme d'un ours (iomante) vers le pays des dieux et  l'accueil des saumons remontant les rivières.) On reconnaît là le rôle tripartite du chef dans un certain nombre de sociétés traditionnelles : le faiseur de paix, le bon orateur (charanke) et un homme généreux de ses biens, qui ne prend pas seul,  mais avec les autres chefs de famille à voix égales, les décisions importantes de la communauté. Ce qui n'empêche pas  la société aïnoue d'être très inégale. Un rapport de 1857 de Matsuura Takeshirô pointe du doigt de grandes différences de richesse  entre les chefs eux-mêmes. Le chef du kotan de Hobetsu reçoit une année trente-cinq hyô (environ 210 kilos) de millet, un chiffre à comparer avec celui d'une récolte d'une famille ordinaire, "entre dix et vint hyo seulement" (Godefroy, 2013).  Par ailleurs, les chefs qui ont le contrôle du commerce côtier sont "infiniment plus riches que les autres." (op. cité).  Un chef du kotan d'Iwanai, Sebenke, peut pêcher ainsi 14.000 saumons en une seule saison sur un lieu de pêche privé.  

"Comme le souligne Chrsitopher Bayly, les grands chefs et grands rois « étaient avides de ce genre d’objets et de mets exotiques dotés de pouvoirs surnaturels et qui étaient à même de symboliser et de matérialiser leur propre grandeur*».  Mais cette richesse est également symbolisée par le nombre de personnes vivant avec le chef et qui sont ses subordonnés, et par extension, sa main d’œuvre, pour se procurer de nouvelles richesses, et ainsi perpétuer le cycle de production et d’accumulation de richesses et de subordonnés. Ceux-ci forment l’utare d’un chef, son entourage, ceux qui dépendent de lui. Ce sont ses femmes et ses concubines (cipanke mat), ses esclaves (ennemis capturés lors des conflits), ses serviteurs (ussiu) ses descendants, etc.**. Les richesses prennent la forme d’objets utilisés lors de rituels ou de quantité de nourriture récoltée, particulièrement le millet des oiseaux (awa 粟) et le millet japonais (hie 稗)." 

*  "BAYLY Christopher, La Naissance du Monde moderne (1780-1914), Paris, Editions de l’Atelier avec le concours du Monde Diplomatique et du Centre National du Livre, collection « L’Atelier en Poche », 2007...p 78 "   

** "SEGAWA Takurô, Ainu no rekishi – Umi to takara no nomado (L’histoire des Aïnous – Les nomades de la mer et des échanges), Tôkyô, Kôdansha, collection « Kôdansha sensho Métier » 401, 2007 (1ère édition), 2009 (4ème édition) ... p 56"  

(Godefroy, 2013)

Entre 1192 et 1167, le pouvoir japonais envoie donc des  chefs de guerre soumettre les Emishi et ceux qui y parviennent sont appelés  "généralissime chargé de la soumission des barbares" (sei.i taishôgun). 

Le temps a passé et, malgré les relations entre les communautés, le jugement des  élites japonaises sur les Aïnous n'a guère évolué :  

"Ils ont l’apparence de démons et comme eux en changent perpétuellement. Ils mangent de la viande d’animaux et de poissons et ne connaissent pas les cinq céréales381. On ne peut pas comprendre leur langue, même si on essaie de la traduire. Les Wataritô ressemblent aux Japonais, mais ils portent cependant une barbe fournie et leur corps est couvert de poils. Leur langue n’est pas raffinée, mais traduisible. Ils se transmettent des techniques pour disparaître comme le brouillard, et emprunter les chemins cachés."

Rouleau peint de la divinité de Suwa, (Suwa daimyôjin e kotoba 諏訪大明神画詞), 1356, de Kosaka Enchû 小坂円忠.

Entre 1450 et 1550 les Aïnous parviennent à empêcher les Japonais de limiter leur liberté commerciale, mais après plusieurs guerres (de Kosham’ain, 1457-1458,  de e Shoya et Kôji, 1512-1515, de Tanasakashi, 1528-1529 et Tarikona, en 1536) se voient imposer des comptoirs marchands locaux. A compter de 1590, le shogun Hideyochi Toyotomi confie au clan Matsumae le fief qui portera son nom sur l'île d'Hokkaido, pour défendre le sud de l'île des Aïnous. 

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