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De gauche à droite et de haut en bas :
Trois statuettes funéraires tombales en pierre, IIIe-XIe s.,
H. 77 cm ; 44 cm ; 45 cm ; cavalier et masques : cf. plus bas.
Niger, carte des sites importants
de la culture Bura-Asinda-Sikka
Niger, carte de l'encyclopédie Larousse
Bura (Boura) a été découverte par hasard seulement en 1975, par Abdurahman Sindy, un jeune homme qui a trouvé deux têtes de statuettes (dont une fut perdue) pendant une partie de chasse et les donna aux enfants de son village qui en firent des jouets (Gado, 1993). C'est en en parlant à son grand frère Dulla Sindy, chauffeur à l'IRSH (Institut de Recherches en Sciences Humaines) de l’Université de Niamey, trois ans plus tard, que ce dernier apporta la statuette restante à l'Institut. Le site sera fouillé à partir de 1983 par le chef du département d'art et d'archéologie de l'IRSH, l'historien Boube Gado (1944-2015). Les sites ont révélé notamment des urnes ou jarres funéraires anthropomorphes en terre cuite réalisées entre le IIe et le XIe siècle, selon une datation traditionnelle au carbone 14. A l'origine posées sur le sol à l'envers, elles étaient surmontées d'une tête humaine, avec, pour la plupart, des scarifications faites au front, aux tempes ou aux joues (Gado, 1993). Ces urnes contenaient des os, des crânes, des offrandes de nourriture cuite pour les morts, ou encore des vêtements. Au-dessous des corps, à 1.50 m plus profondément, d'autres squelettes ont été trouvés sous certaines urnes, une pointe de flèche fichée dans le crâne, individus d'évidence sacrifiés comme morts d'accompagnement, pour suivre le trépas d'un personnage important dans sa tombe ; Gado pense que, comme dans d'autres cultures, les scarifications représentent des signes distinctifs de rangs sociaux, pour garder les morts d'un rang social élevé dans l'au-delà : esclaves, serviteurs, parents, etc. De même, les têtes et les figures équestres sculptées symbolisent pour lui la permanence physique et sociale des élites après la mort (Gado, 1993 ; Gilbert, 2020).
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La nécropole de Bura, à 150 km au nord de Niamey, fait partie d'une aire à vocation funéraire, appelée aussi Bura-Asinda-Sikka, en République du Niger, quand bien même Asinda-Sikka est loin d'être le seul site associé à Bura, comme Kareygorou, Tondikwarey (Tondi Kwaré), Yasaan (Yassan), Gabu (Gabou), Theim-Kareygusu (non loin de Tillabéri) ou Rossi (Rozi), ou encore Tondi-Mekiri (Tondi-Mecirey), Dulgu-Zindia, Dulgu-Kabbangu (Kaba Bangu/Bangou) : voir carte en exergue, Setawey (localisation ?), Jaje-Tondi (Djadje T. ?) ou Mendaw (?). ​​​
​​​Bien identifiées par sexe, non par les organes sexuels le plus généralement, mais plutôt par la coiffure, les urnes anthropomorphiques et zoomorphiques le sont aussi par groupes ou sous-groupes ethniques; au travers de la scarification, mais aussi par rangs sociaux, dont les plus importants semblent être des personnages athlétiques, guerriers ou chasseurs, dotés d'armures, de carquois ou de couteaux. On voit encore ici que nous avons affaire à une société très hiérarchisée, qui a largement tiré profit des découvertes faites dans l'Aïr dès la fin du IIIe millénaire avant notre ère, utilisant le fer mais aussi le cuivre et le laiton. Cette relation avec le nord de l'Afrique est confirmée par les différents artefacts retrouvés, comme les représentations de chevaux, les objets en cuivre, ou encore les perles de verre (Magnavita, 2013). Le plus étonnant c'est que ces sociétés étaient entourées de populations vivant encore à l'âge de la pierre taillée et polie, et l'historien Boube Gado s'est demandé si là n'était pas l'objet du mythe songhay relatant la lutte des génies zin du fleuve luttant contre les zin des morts pour assurer le contrôle du Niger, tous deux combattus par les génies ancestraux des Songhay, les tooru, symbolisant la lutte des différentes sociétés en présence, du IIe au VIe siècle, pour la prééminence dans la région (Gado, 1993).
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Découverte tardivement, la culture de Bura est encore très mal connue, mais elle est déjà célèbre par sa profusion artistique qui a attisé localement et internationalement l'appât du gain, provoquant un pillage intense, des trafics douteux, inondant le marché de l'art et de la contrebande (comme pour la culture Nok, par exemple), attisant l'appétit de certains collectionneurs : rien de nouveau puisque de nombreuses histoires de ce type émaillent l'histoire de l'art africain (mais aussi de bien d'autres régions du monde riches en antiquité) depuis la colonisation européenne du continent. Ainsi, depuis 1994, "90 % des sites de Bura, au Niger, ont été dégradés par des fouilles clandestines" ("Enquête sur le pillage des objets d'art", article du Monde Diplomatique, janvier 2005, p. 19).
Il va sans dire que les objets concernés, comme bon nombre d'autres qu'on retrouve dans les musées dédiés à l'art africain traditionnel, n'étaient pas considérés seulement comme des objets esthétiques, mais faisaient avant tout partie d'un système religieux, idéologique, propre à chacune des cultures qui les ont produits. Concernant les objets de la culture Bura-Asinda-Sikka, nombre d'entre eux concernent les symboles de puissance masculine (le phallus), celle de l'aristocratie guerrière aussi avec ses chevaux et ses armes, avec ses rangs, sa hiérarchie, associée au domaine de la mort, de la vie après la mort, où les élites continuent d'être honorées et servies, et les plus humbles de subir leur asservissement.
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Urnes, jarres funéraires
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terre cuite, forme phallique et anthropomorphe
vers IIIe - XIe siècle
collection privée
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terre cuite, forme phallique
h. 70 x l. 25 cm
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vers IIIe - XIe siècle
collection privée
terre cuite,
h. 41.3 x l. 18.4 cm
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vers VIIIe - Xe siècle
collection privée
Paire de têtes
terre cuite,
G : h. 17.3 x l. 7.4 x p .4.5 cm
D : h. 20.2 x l. 9.3 x p. 5 cm
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vers IIIe - XIe siècle
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Metropolitan Museum of Art (MMA), New-York
Statuette équestre
cavalier et cheval
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terre cuite,
h. 62 x l. 52 x p.20 cm
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vers IIIe - XIe siècle
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collection privée
Statuette équestre
torse de cavalier
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terre cuite,
h. 30.5 x l. 15 x p. 18 cm
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vers IIIe - XIe siècle
Metropolitan Museum of Art (MMA), New-York
BIBLIOGRAPHIE
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GADO Boube, 1993, "Un « village des morts » à Bura en République du Niger. Un site méthodiquement fouillé fournit d'irremplaçables informations", in Catalogue de l'Exposition "Vallées du Niger", Réunion des Musées Nationaux (RMN), Paris, Devisse, pp 365-375.
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GILBERT Michelle, 2020, "Bura Funerary Urns : Niger Terracottas: An Interpretive Limbo ?", African Arts 53 (1) : 66-75.
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MAGNAVITA Sonja, 2013, "Initial Encounters: Seeking traces of ancient trade connections between West Africa and the wider world" : Premiers contacts. La recherche des traces de commerce ancien entre l’Afrique de l'Ouest et le reste du monde, Revue Afriques, 04 | 2013.
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