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 Afrique noire PRÉCOLONIALE                   (IVb)
 domination SOCIALE et  esclavage

                  ÉTHIOPIE :
 LE ROYAUME d'AKSOUM / AXOUM
                                vers - 400 à  + 700   

 Peinture murale de la cathédrale Sainte-Marie-de Sion (Church of Our Lady Mary of Zion), à Axoum (Aksoum, Axum, Aksum), sur le thème du prophète de l'Eglise orthodoxe ethiopienne saint Samuel de Waldebba (Abba Samuel) domptant un lion. L'église d'origine, rebâtie à plusieurs reprises, a été exécutée à la demande du premier roi chrétien d'Axoum, Ezana, vers 340.  Entourée de légendes, elle est censée abriter l'arche de l'alliance biblique de l'Ancien Testament, qui contiendrait les tables des Dix Commandements, et qui aurait été, transportée  à Axoum par Menelik, fils du roi Salomon et de la reine de Saba. 

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Il y a quatre grands royaumes en ce monde, Le premier est celui de Babylone et de la Perse. Le deuxième est le royaume des Romains. Le troisième est celui des Axoumites. Le quatrième est le royaume du Nil.  

                   Mani (Manès, 216 - v. 276),  Kephalaia.    10
 

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Carte de l'Ethiopie avec royaumes de Da'amat (Daamat, Damot) d'Aksoum et de l'Arabie du Sud (Yémen)

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Carte du Tigré (Tigray)  et du centre de  l'Erythrée,  avec les principales cités  du  Da'amat  et d'Aksoum 

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Aksoum

 

 

Aksoum,

 

stèle d'Ezana, granit,

 

v 350, 

 

petit côté avec texte en guèze, 

cf. plus bas

Inconnue de Pline au Ier siècle, qui ne la cite pas dans son Histoire Naturelle,  le nom d'Axoum nous est connu au IIe siècle, par le Périple  d'Erythrée (cf. Afrique Noire, I, Antiquité),  qui évoque un nom de roi pour la région, Zoskalès, puissant et avide roi abyssinien, qui parle le grec, qui deviendra autour de cette époque la langue de cour à Aksoum. D'ailleurs,  une inscription nous parle du roi Sembrouthe mais son nom est écrit en grec et nous ne connaissons pas son équivalent dans la langue du pays, le guèze.  Aksoum est aussi citée dans la Géographie du savant alexandrin Claude Ptolémée (Κλαύδιος Πτολεμαῖος, Kláudios Ptolemaios). Pline évoque, par contre le port d'Adoulis, carrefour commercial important pour plusieurs nations, en particulier pour l'ivoire, la corne de rhinocéros, les écailles de tortue, ou encore, les peaux d'hippopotame,  l'obsidienne,  mais aussi les esclaves, dont les Troglodytes et plus généralement, les Ethiopiens alimentaient le marché ("emporium Troglodytarum, edam Aethiopum").  On retrouve là le commerce des esclaves que nous avons évoqué pour toutes les périodes de l'histoire de l'Afrique noire, depuis la haute antiquité, avec, cette fois des informations soulevant peut-être la question du racisme, de la couleur de peau.  Drewes supposait en effet que les "termes ‘dm et slm, dans les textes royaux d’Enda Tcherqos (Enda Čerqos)» à) traduits par Roger Schneider et Manfred Kropp comme "Les rouges et les noirs", pourraient désigner simplement des peuples de couleurs de peau différentes (Kropp et Stroomer, 2019).  Pourtant l'histoire éthiopienne plus récente apporte cependant un certain nombre d'éléments qui tendent à montrer que ces termes n'étaient pas neutres.  On opposait  les "hommes rouges" (saba qayh) libres et civilisés aux esclaves noirs (tsalim barya) péjorativement appelés shanqella, shankella ou encore adone, adonn (relatif à des populations somaliennes Dube et Shabeli), et certains chercheurs avancent que déjà, au temps d'Aksoum, le simple préjugé de couleur, associé alors à la faiblesse militaire des Nubiens, faisaient à nouveaux des habitants de Nubie victimes toutes désignées pour les chasseurs d'esclaves (Patterson, 1982 ; Tibebu, 1995).  Le sujet n'est cependant pas très clair, puisque la stèle trilingue  d'Ezana évoque des Nobas rouges et noirs, populations nubiennes identifiées respectivement aux Nobates rouges du nord de la Nubie et aux Nobates noirs, plus au sud, et tout laisse à penser que ces Nobates se sont alliés pour combattre le royaume axoumite qui devenait trop puissant, et qui avait déjà, probablement avant le règne d'Ezana, soumis le royaume de Méroé (Kasu) qu'Ezana considérait déjà comme une dépendance d'Aksoum (Museur, 1969).

Troglodytes  Les Grecs, en particulier Hérodote, Diodore ou Agatharchide (Agatharcide, - IIe s., Sur la Mer Rouge, v. -145) appellent ainsi péjorativement les populations éthiopiennes qui habitent la côte africaine de la Mer Rouge (appelée La Troglodytique), qu'ils estiment barbares, sauvages, qui doivent s'enfoncer pour manger, de "troglê" (τρώγλη : trou, caverne), comme ceux des abris rocheux, des grottes (Lamesa, 2019), et "duo" (δύω: plonger, s'enfoncer). Par ailleurs, "trogo"(τρώγω)

signifie manger, dévorer, en parlant des animaux, et  Hérodote rabaissaient les Trogglodytes au rang de bêtes sauvages qui ne parlaient pas mais poussaient des cris (Hérodote, Enquête, IV, 197).  Pied-de-nez, à l'histoire, ceux qui étaient selon l'historien grec, les "plus rapides à la course de tous les hommes sur qui nous entendons faire des récits" (op. cité, 183) ne sont plus vus comme des animaux véloces, mais comme de grands champions de marathon ! 

  Basilique de Beta Samati

               IVe siècle

     9.5 km au NE de Yeha 

 

(Harrower et et al., 2019)

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pendentif chrétien en pierre

bague en or et cornaline, inspiration romaine et africaine (taureau)

 

C'est environ de 200 de notre ère que date la première inscription du mot Aksoum en langue éthiopienne, liée au règne d'un roi puissant nommé Gadar ou Gadarat / Gdr, Gdrt   (Anfray, 1990 ;  Woldeyohannes, 2015).  C'est l'époque où le système d'écriture éthiopien évolue sur ses bases sud-arabiques pour former progressivement une écriture qui transcrit sa propre langue, le guèze et aboutit à son propre alphabet vers le IVe siècle  (Polosa, 2021).  Par-delà la Mer Rouge, les souverains aksoumites conquièrent progressivement les provinces sud-arabiques.  Gadar, soumet les provinces sabéenne et himyarite et établit une importante garnison à Zafar, capitale de Himyar, au sud-ouest de la péninsule arabique (Caquot, 1965 ; Woldeyohannes, 2015 ; Munro-Hay, 1991)

 

On passe alors d'un coup (d'un point de vue de la connaissance historique), des temps obscurs ("dark ages") de Munro-Hay (1991), à une période brillante, où une nouvelle puissance éthiopienne, Aksoum, se lance à la conquête de territoires éthiopiens. Une inscription bilingue, en guèze et en grec, narre les conquêtes du souverain axoumite dans la région d'Agam (Agame), au Tigré.  Elle était inscrite sur un trône qu'a pu voir et recopier Cosmas Indicopleustès dans sa Topographia Christiana, qui contient aussi la mention d'Axoum sur une carte symbolique : 

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      Royaume d'Aksoum, 

    jeu de dés, v. IIIe-VIIIe s.,  

       Musée archéologique

          d'Addis-Abeba

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Cosmas Indicopleustès, Topographia Christiana,                                                                                   547,

 

manuscrit du IXe s., f. 15v, 

                                                             

  Bibliothèque du Vatican,

                 gr. 699

La mention d'Axoum se trouve près du coin, en haut à droite du cadre.

On ne peut pas ne pas mentionner le passage du polythéisme au monothéisme en Ethiopie à partir de l'évangélisation de Frumentius (Frumence), devenu premier évêque d'Axoum en 357/358, jusqu'à l'établissement officiel du christianisme par la conversion du roi Ezana (Aïzan, fils d'Ousanas, règne de 320 à 350 environ), car, nous avons déjà vu que la religion fait partie des enjeux très importants de la domination des peuples depuis la haute antiquité. C'est par "la puissance du Seigneur et par la grâce de son fils Jésus-Christ" qu'il affirme dominer ses ennemis et piétiner la tête de ses adversaires, fait-il inscrire après sa conversion dans un récit hagiographique gravé sur une grande stèle (v. 350), narrant sa campagne militaire victorieuse contre les Nubiens du Royaume de Koush, à la manière de la pierre de Rosette, au moyen de trois langues différentes : le grec, le sabéen et le guèze, dont l'écriture continue d'évoluer. 

 

 

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            Aksoum,

 

       stèle d'Ezana, granit,

 

        vers 350, 

 

H 2.40  x P 0.30 x l 1.06 m

    Axoum, jardin public

 

Très rapidement, le christianisme imprime sa marque un peu partout sur les monuments, la littérature, ou encore la monnaie, dont les symboles permettent de définir l'appartenance à une époque  païenne ou chrétienne  (Woldeyohannes, 2015).  Sur des pièces de monnaie des VIe et VIIe siècles, on peut lire  des formules comme : "joie et salut du peuple", "paix au peuple(Anfray, 1990)dont ne sait pas vraiment à quel point elles se sont réalisées, si ce n'est que la paix ne fut pas réellement troublée dans le royaume d'Axoum et que ce n'est pas la guerre qui l'a conduit à décliner. 

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 Aksoum, pièces en or frappées sous le règne du roi  Ezana,  alors païen, vers 300-320, où persistent des symboles anciens : l'effigie royale placée au bord de la monnaie, le disque et le croissant sudarabiques, en haut.  

Le roi  Ezana, converti ensuite au christianisme, vers 320-350, imprime la marque de la nouvelle religion, adoptée pleinement par la famille royale, précise Rufin d'Aquilée (Rufinus Aquileiensis, Tyrannius Rufinus, Rufino di Concordia, 344/345–411, cf Gadja, 2009)  : quatre croix à équidistance, mais aussi, une effigie du souverain déplacée au centre d'un disque.   

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           Axoum, pièces d'or du règne de Kaleb,

                               vers 520-525,

                   British Museum de Londres

Le royaume éthiopien, "véritable propagateur du christianisme(Polosa, 2021)  a permis en particulier le développement d'une importante communauté chrétienne dans l'oasis de Najran (à la frontière du Yémen et de l'Arabie Saoudite, cf. carte en exergue). Mais le christianisme n'est pas le seul mouvement monothéiste à repousser le polythéisme dans le sud arabique :  Des communautés juives  y sont installées, qui sont bien intégrées à la société sud-arabique, ont probablement une place dans l'élite socio-économique. On peut alors se demander si cette situation sociale privilégiée n' y a pas joué en faveur de la promotion de la religion juive qui sera associée au pouvoir  sous le règne de Yūsuf -ʿAsʾār Yathʾar (Dhu Nuwas, 523-528), qui élèvera le judaïsme au rang de religion principale et fera subir une  persécution brutale aux communautés chrétiennes de Najran (Polosa, 2021).  Cette violence servira de prétexte au roi éthiopien Caleb pour envahir de nouveau la province himyarite et la vassaliser.

 

On comprendra aisément que cette domination entraîne un développement sans précédent du royaume éthiopien, du IIIe au VIIe siècle,  qui commerce jusqu'à l'Inde. Ceylan ou la Chine. Elle nourrit les conquêtes successives qui conduisent les armées d'Aksoum jusqu'en Perse, et dont le prophète Mani sera témoin (cf. citation en exergue). Témoin de cette puissance, les ruines de palais, comme celui de Dungur (Dongour, résidence du roi Caleb à Aksoum, au VIe siècle, cf. image plus bas), d’Enda Mikael, (E. Michael, E. M. Efoy), Enda Sem’on, ou Ta’akha Maryam, tout autour de la capitale.  Fouillé par Anfray en 1972,  ce dernier est traditionnellement appelé palais de la reine de Saba, identifiée à Makeda. On trouve aussi dans les grandes cités des maisons  de notables qui se sont enrichis de cette nouvelle donne, en particulier dans la capitale Aksoum ou à Matara,  des bâtiments à plusieurs étages, entourés  de jardins. On peut y ajouter des temples, mais aussi de grandioses monolithes révélés par l'archéologie, tout comme la moisson de monnaies de cuivre, d'argent et surtout  d'or, frappées sous le règne du roi Endubis, dès 270 à Aksoum,   "le seul Etat africain des temps anciens, en dehors des dépendances romaines, qui a eu le pouvoir de frapper sa propre monnaie nationale"  (Munro-Hay, 1991), ce que poursuivront ses successeurs,  Aphilas, Wazeba, Ella-Amida (nom de titulature royale Ousanas, gravé sur les monnaies), Ezana, ainsi jusqu'au célèbre Caleb (Kaleb, Khaleb) et ses fils, à la suite duquel commencera le déclin du royaume d'Axoum. 

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     Royaume d'Aksoum,

           amphore à huile,

                 IVe-VIIe s.,

     Musée archéologique    

            d'Addis-Abeba

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            Palais de Dungur

            Aksoum, Ethiopie,

         vestiges du VIe siècle

                         et

            reconstitution au 

  musée archéologique d'Axoum

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Aksoum, palais d'Enda Mikael,                         env. VIe siècle,   reconstitution de Daniel Krencker

 

                   (Krencker, 1913 ;

                p. 107, figure n° 245)

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Yémen, temple d'Al-Huqqa,

             (NO de Sanaa)

                Ve siècle   

           reconstitution

         (Voronina, 1970)

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Site de May-Hedja à Aksoum, à destination probable de la noblesse, comprenant sept stèles (appelées parfois obélisques), dont la célèbre stèle du roi Ezana, ici au centre.  Si ces stèles sont certainement à caractère funéraire, aucun tombeau extérieur ni  hypogée n'a pu être trouvé au cours des fouilles archéologiques.  Monumentales, elles sont composées d'une roche volcanique rare, la néphélinite à tingaïte (tinguaïte) et de basalte, et comptent parmi les plus importants monolithes du monde. Elles sont ornées en particulier de portes et de fenêtres sculptées en trompe-l'oeil et de décors en feuille de vigne. 

La plus grande stèle a été brisée, ayant probablement manqué de fondation nécessaire à supporter sa taille colossale : 33 mètres de haut, 3.80  x 2.35  m à la base, pour un poids d'environ... 600 tonnes ! 

 

 On trouve ce type d'obélisque à différents endroits, comme  Gudit (près de Dongour) ou à Beta Seneti, dans la région de Yeha. 

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Henry Salt (1780-1827),  aquatinte ,"The obelisk at Axum", in  "Twenty-four Views in St. Helena, the Cape, India, Ceylon, the Red Sea, Abyssinia, and Egypt",  London;  William Miller, 1809

 

"Une définition de « l'architecture du pouvoir » peut sembler simple : l'architecture est la preuve matérielle de l'inégalité sociale et du pouvoir des élites au sein d'un groupe humain, de la communauté locale à l'empire, jusqu'à l'État-nation moderne. La construction d'édifices monumentaux et de tombes souligne, en fait, une organisation politique de plus en plus centralisée avec des gouvernants et des chefs capables de gérer une main-d'œuvre importante et de redistribuer les ressources à travers la population conformément à une échelle hiérarchique bien établie (les pyramides de l'Égypte ancienne étant les exemple le plus typique. Cette définition est cependant réductrice même si elle est cohérente avec les archives archéologiques. L'« architecture du pouvoir » est un phénomène à multiples facettes, nécessitant différents niveaux d'analyse et d'interprétation (chacun générant une cascade de problèmes spécifiques) pour être correctement compris afin de décrire la contribution de l'architecture pour fixer la cognition de la hiérarchie. dans l'esprit des gens et transformer l'acceptation de l'inégalité en un modèle culturel de la population. En particulier, quatre aspects majeurs concernant la relation de l'architecture avec les inégalités sociales, le pouvoir, le paysage et l'espace social ont pu être distingués, fournissant à l'enquête des bases plus solides.

 

(...) L'architecture est directement liée à ce processus dans la mesure où palais, temples, tombeaux et mégalithes peuvent être considérés comme la matérialisation de différences de rôle, de statut, de richesse et de dépense énergétique entre les membres d'un groupe humain et/ou entre groupes humains. En particulier, les preuves archéologiques et ethnologiques suggèrent que les grands monolithes et les maisons rituelles caractérisaient les sociétés basées sur la réussite ; les temples étaient typiques des sociétés principalement; et les palais étaient la marque des royaumes et des empires.."  

(...) L'architecture est liée à la pratique du pouvoir car les bâtiments et les tombes sont des dispositifs matériels externes stimulant des changements psychologiques dans l'humeur et les sentiments du peuple et peuvent être considérés comme « symboles constitutifs » de l'autorité institutionnelle. En particulier, les constructions monumentales telles tandis que les palais, les temples et les tombeaux imposent une perception de l'existence d'un leadership puissant sur le peuple, générant un sentiment de sujétion à l'observateur. Forteresses et autres installations militaires montrer aux autres la présence d'une armée forte pouvoir pour les dissuader de se révolter. Les villes ordonnées sont un dispositif matériel pour inspirer à partir du sommet un sentiment de hiérarchie sociale et de contrôle du calendrier des activités de la cité."   (Fattovich, 2014).

L'archéologue Rodolfo Fattovich (1945-2018) pointe ici un des points les plus importants de la domination, à savoir comment  et pourquoi les élites, au travers de l'Etat centralisé, ont forgé les outils de leur pouvoir, en l'occurrence ici, l'architecture, si importante tout au long de l'histoire humaine, surtout pendant une très longue période où une grande majorité des gens ne  savaient ni lire ni écrire, quelle que soit la civilisation concernée. En conséquence, les monuments, les rites religieux, les fêtes, le décorum, les images, etc.,  mais aussi tout ce que cette organisation induisait (séparation des espaces élitistes clos et protégés des lieux publics ouverts, en particulier),  devaient imprimer  régulièrement et durablement dans les esprits un ordre social prégnant et incontournable. Un certain nombre d'objets retrouvés, comme des pointes de flèches ou des tombes d'archers semblent indiquer un rapprochement des pouvoirs d'Aksoum et de Nubie entre 350 et 550 environ, par l'idéologie royale, le symbolisme militaire en particulier (Fattovitch, 2014). Après la conversion chrétienne d'Ezana, l'idéologie élitiste et royale privilégie la construction de tombes monumentales et se rapproche progressivement de la culture byzantine, en témoignent les couronnes similaires, les églises surplombant la cour royale, les hypogées de style martyrium, ou encore l'apparition sur les monnaies du roi assis sur son trône.

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Fresque dite des six rois, dont quatre sont mentionnés : l'empereur Byzantin Justinien II, le roi wisigoth d'Espagne Roderic, l'empereur sassanide Chosroes et le négus d'Aksoum, appelé Asama ibn Abjar, On trouve l'appellation royale de "négus" sur les inscriptions sud arabiques depuis le IIIe siècle. 

 

                                     Château ommeyade de Qasr Amra (Qusair Amra),

                                                     règne d'Al-Walid II, vers 723-743,

                                                                    actuelle Jordanie.

                           BIBLIOGRAPHIE 

ANFRAY Francis, 1990, "Les anciens Éthiopiens",  Siècles d'histoire.  Editions Armand Colin

CAQUOT André, 1965. “L'inscription éthiopienne de Mārib”. Annales d'Ethiopie. Volume 6. Pp. 223-227.

FATTOVITCH Rodolfo, 2014,  “The Architecture of Power in Tigray (Northern Ethiopia) and Eritrea in the 1st millennium BCE – 1st millennium CE" ,  Numéro spécial de la revue allemande de l'Antique Soudan (Der Antike Soudan), produite par la Société Archélogique de l'antique Soudan    (Sudanarchäologische Gesellschaft),  édité par Angelika Lohwasser et Pawel Wolf, Berlin. 

FORTE Maurizio, KAY Stephen, PERLINGIERI Cinzia, PERLINGIERI Rosario, 2002, "Remote Sensing Technologies and Virtual Reconstruction of Archaeological Landscapes: New Developments of the Aksum Project",  Computer Applications and Quantitative Methods in Archaeology. (CAA), conférence d'Héraklion, Crète, avril 2002. 

GADJA Iwona, 2009, "Le royaume de Ḥimyar à l’époque monothéiste- L’histoire de l’Arabie du Sud ancienne de la fin du IVe siècle de l’ère chrétienne jusqu’à l’avènement de l’islam", Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (AIBL), Nouvelle Série 40.  

HARROWER Michael J, DUMITRU Ioana A., PERLINGIERI Cinzia, Nathan Smiti , Zerue Kifle, Lamont Jessica L., Bausi Alessandro Swerida  Jennifer , Bongers Jacob L., Woldekiros Helina S.,  Poolman Laurel A. , Pohl Christie M., Brandt Steven A. et Peterson Elizabeth A,  2019, "Beta Samati: discovery and excavation of an Aksumite town",  article de la revue Antiquity, Volume 93 , n° 372 , Décembre  2019 , pp. 1534 - 1552.

KRENCKER Daniel, 1913, " Ältere Denkmäler Nordabessiniens..." ("Monuments Anciens du Nord de l'Abyssinie... avec des contributions de Theodor von Lüpke et une annexe de Robert Zahn"), Tome 2 de la "Deutsche Aksum-Expedition" (1906-1913, "Expédition allemande à Aksum publiée par la Direction Générale des Musées royaux de Berlin"), publiés en 4 volumes dirigés par Enno Littmann et Theodor von Lüpke, Berlin, G. Reimer.

 

KROPP Manfred et STROOMER Henri, 2019, "Recueil des inscriptions de l'Éthiopie des périodes pré-axoumite, Tome III, Traductions et commentaires, B, Les inscriptions sémitiques / par Abraham Johannes Drewes* ; texte révisé et adapté par Manfred Kropp, édité par Manfred Kropp et Harry Stroomer", dans la collection Aethiopistische Forschungen, 85, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag.

* cf. A. J. Drewes,  1962, " Inscriptions de l'Ethiopie antique", éditions E. J. Brill, Leyde

 

LAMESA  Anaïs, 2019, "Les barbares Troglodytes: évolution de leur représentation à l'époque antique", in "L'Homme sauvage dans les lettres et les arts", dir. Noacco Cristina et Duhem Sophie, CNRS, Orient-Méditerranée, Rennes. 

https://shs.hal.science/halshs-03254105/file/02_Lamesa_avantmisenpage.pdf

MUNRO-HAY Stuart Christopher, 1991, "Aksum: An African Civilization of Late Antiquity", Edimbourg (Edinburgh).

MUSEUR Michel, 1969, Les anciennes civilisations nubiennes,  In: Journal de la Société des Africanistes, tome 39, fascicule 2. pp. 173-197.

https://www.persee.fr/doc/jafr_0037-9166_1969_num_39_2_1447

PATTERSON Orlando, 1982, "Slavery and Social Death: A Comparative Study",  A Comparative Study. Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press.

POLOSA Marilena, 2021, "Épigraphie sudarabique et axoumite : exemples des transferts culturels, sociaux et religieux",  124-Sorbonne, Carnet de l’Ecole Doctorale d’Histoire de l’art et Archéologie.

TIBEBU Teshale, 1995, "The Making of Modern Ethiopia: 1896-1974", Lawrenceville, The Red Sea Press Inc.

VORONINA Veronika Leonidovna, 1970, "Chapitre 5. L'architecture des pays d'Asie antérieure. L'architecture des royaumes arabes", article de l'Histoire universelle de l'architecture en 12 volumes,  dir. O. Kh. Khalpakhtchian (rédacteur en chef), E. D. Kvitnitskaïa, V. V. Pavlov et  A. M. Pribytkova - Volume 1 : "L'architecture du monde antique", seconde édition, corrigée et augmentée, p. 223-231.

WOLDEYOHANNES Hiluf Berhe, 2015, "Aksoum (Ethiopia) : an inquiry into the state of documentation and preservation of the archaeological and heritage sites and monuments. Archaeology and Prehistory",  Université Toulouse le Mirail - Toulouse II.

https://theses.hal.science/tel-01341824/preview/Woldeyohannes_Hiluf.
 

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