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       Domination sociale

               

                  dans la

 

 Mésoamérique précolombienne   

   

        Contrôler les masses   

        Tête colossale de San Lorenzo, Mexique, basalte,

                         - 1200 - 900 

                                  1.67 x 1.41 m

        Musée National d'Anthropologie de Mexico

Introduction 

 


En 1943, l'ethnologue Paul  Kirchhoff  invente le terme de "Mésoamérique", pour désigner une aire géographique et culturelle d'une grande diversité ethnique et linguistique mais dont les populations partagent de nombreux traits communs. Il en répertorie 90, dont une quarantaine qui sont spécifiques à cet ensemble, citons pour principaux : "construction des pyramides à degrés et de jeux de balle, écriture glyphique, système calendaire, certaines formes de sacrifices humains, astronomie, culture du cacao et de l'agave,  la fabrication de lames prismatiques en obsidienne, de miroirs de pyrite, etc." (Darras, 2000). Discutable sur un certains nombre de points, "la Mésoamérique correspond à une réalité culturelle bien réelle(op.cité), qui s'achèvera entre 1519 et 1521 avec la colonisation espagnole 

      jeux de balle  ,  Le plus ancien jeu de balle, que certains appellent "jeu de pelote", serait celui découvert à Paso de la Amada (Chiapas), datant d'environ  -1400

Cette relative unité est due à la culture, que découvre l'archéologue allemand Hermann Beyer, en 1862, au travers de ses fameuses sculptures de têtes colossales. Il la nomme olmeca (en nanuatl, "gens du pays du caoutchouc [olman]" ), un terme utilisé par les Aztèques pour désigner des Olmèques Xicallanca habitant la côte Sud du Golfe du Mexique (Pool, 2007 :  12). Cette culture n'occupait sans doute pas seulement, comme on l'a longtemps cru  (Coe, 1968 ; Soustelle, 1979),  les régions actuelles du sud de l'Etat de Veracruz et l'Etat de Tabasco, une aire de "culture-mère" (Pool, 2007 :  15) que l'archéologue mexicain Ignacio Bernal a appelé "área metropolitana olmeca" (1968 : 16, Zone Métropolitaine Olmèque ou ZMO), mais s'est diffusée un peu partout, depuis la ceinture volcanique de la Sierra Nevada mexicaine jusqu'au Costa-Rica (meseta  centrale du Mexique, côte Pacifique, basses terres du Yucatán, Belize, Guatemala, Salvador, Honduras et Nicaragua), avec des cités déjà bien développées, affirme l'archéologue Christine Niederberger, qui fait appel à des "cultures soeurs" ou encore, d'une "œcoumène olmèque" (Niederberger, 1987).  Cette dernière a pu être formée par une migration  de groupes aux langues de famille uto-aztèque, dont le nahuatl, qui se serait ensuite imposé. Ces migrants sont connus sous le nom de Chichimèques, avant de se sédentariser et  de devenir, par métissage culturel et ethnique, les Nahuas  (Duverger, 1999).  Mieux encore, l'archéologue et historien a montré une parenté entre la culture olmèque et chavin, au Pérou, au travers du "thème symbolique récurrent de la dualité aigle/félin qui renvoie à une religion du sacrifice humain et à une structuration sociale où interagissent les pouvoirs des prêtres et ceux des guerriers" (Duverger, 2002), thème développé à partir de  - 1200 dans les deux cultures.  "Loin d’être une mosaïque de civilisations juxtaposées dans le temps et l’espace, le monde méso-américain est à la fois un continuum historique d’environ vingt-cinq siècles et une aire culturelle intégrée. On repère donc, par-delà les variations stylistiques, des phénomènes de permanence structurelle dans la façon de concevoir l’écriture et de tracer les glyphes. Les contenus exprimés obéissent également à une notoire pérennité entre l’an -1200 et la conquête espagnole (1521)" (Duverger, 2003).

Avant le développement de la culture olmèque, il existe un certain nombre de petits hameaux comme ceux que Vaillant a étudiés à Zacatenco  (Vaillant, 1931) ou El Arborillo qui, à l'image des pueblos du sud-ouest de l'Amérique du Nord, sont "auto-suffisants sur le plan économique, indépendants les uns des autres sur le plan politique, et égalitaires sur le plan social. Les membres se distinguent entre eux selon l'âge, le sexe, les aptitudes et le mérite, sans doute, mais non selon la naissance ou la richesse des biens matériels." (Tolstoy, 1984). Dans des régions comme Oaxaca "au Sud de la zone métropolitaine olmèque, de petites constructions sont édifiées par des villages égalitaires pendant la phase Tierras Largas (1650-1400 a.C.n).  Mais dans la phase suivante, Ayotla (1450-1000), à Tlapacoya ou Tlatilco, appartenant au bassin de Mexico, le contenu des sépultures  nous indiquent que "d'importantes différences de statut et de bien-être matériel existaient entre les membres d'une même communauté, même à la fin du IIe millénaire avant J.-C." (Tolstoy, 1984). Si 20% des sépultures sont dépourvues d'offrande, quelques tombes sont, au contraire, pourvues de dizaines d'objets. D'autre part, ces inégalités sociales ont lieu dès le commencement de la vie, car les sépultures les mieux dotées concernent des enfants ou des adolescents, mais aussi, elles "s'attachaient à des groupes résidentiels dont tous les membres, dans une certaine mesure, partageaient les marques de considération qui manquent parfois dans les sépultures de leurs voisins."  (Tolstoy, op. cité). A une soixantaine de kilomètres de là, dans le village de Coapexco, il n'y a pas vraiment de différences de taille entre les maisons, mais on constate des qualités différentes de matériels, céramiques ou meules de type metates   (Tolstoy, 1989 : 97).  D'autres villages (ils ne dépassent tous guère le millier d'habitants à cette époque, parfois un peu plus d'une centaine)  comme San José Mogote (150 habitants), dans la vallée de Tehuacán, connaissent le même type de développement. Les sépultures de San José "confirment l'existence d'une élite qui accède à des ressources exotiques, à du jade ou à des coquillages marins. Des échanges à longue distance sont confirmées par la présence d'obsidienne, de motifs olmèques sur des récipients et d'un atelier de magnétite, destinée à l'exportation. Ce dynamisme réfute l'idée d'une influence olmèque, au bénéfice d'un développement local qui permet à l'élite de San José Mogote de négocier d'égal à égal avec San Lorenzo ou La Venta."  (Taladoire et Lecoq, 2019).

"Il est difficile de ne pas voir dans ces tendances les indices d'un déclin des formes simples et égalitaires de la société et de l'émergence des différenciations internes qui sont les marques d'une société plus évoluée"... (Tolstoy, 1984).   

Les Olmèques ont utilisé différents matériaux rares et exogènes, ce qui "suppose également l’existence d’une classe d’artisans spécialisés et de marchands". On sait qu'après -1200, ils eurent des contacts avec des chefferies du Costa-Rica, leurs marchands rapportèrent des mines de jadéite de quoi faire des coquillages gravés dans du jade (symbole, avec la serpentine du maïs et de la fertilité des cultures). Ces objets étaient seulement fabriqués par les Olmèques, tout comme les colliers, à partir de - 1000, utilisés dans la statuaire de personnages de marque  (Bernand, 2019). D'autres minéraux ou objets de luxe étaient prisés par les élites, comme la turquoise, l'hématite, le cacao (du mot olmèque kakaw), les plumes d'oiseaux, etc.  Sur le site de La Venta, très actif entre -800 et - 500, on a retrouvé  dans des tombes un mobilier très riche : haches de serpentine, miroirs d’hématite, jade, obsidienne etc.  C'est à l'apogée de ce centre urbain, vers - 800, que l'on construisit une des toutes premières pyramides mésoaméricaines, plus

de 100.000 m³ de terre qui, là encore,

a dû nécessiter beaucoup de main d'oeuvre

corvéable et organisée.  On a longtemps cru que le monument reproduisait la forme conique des volcans à proximité, mais l'archéologue Rebecca Gonzalez-Lauck  a démontré sa forme pyramidale de section rectangulaire,  dotée de degrés en escaliers (Gonzalez-Lauck 1990).

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source  : carte basée sur Darras, 2000   

La puissance du jaguar

 

 

 

 

L'archéologie a permis de montrer de différentes façons que les populations de culture olmèque étaient déjà très hiérarchisée. Les grands centres cérémoniels, par exemple, qui ont à la fois un rôle politique, économique et religieux, ont nécessité une tel apport de main d'oeuvre, qu'ils ne pouvaient pas être construits sans un pouvoir centralisé "susceptible d'organiser et de contrôler des masses(Darras, 2000), dont on pense qu'il s'est en partie organisé autour "de systèmes de rétention d’eau dans les cités. Ces systèmes concentraient l’eau dans des quantités indisponibles dans n’importe quelle autre zone naturelle des environs. Le même schéma ayant rendu les élites olmèques suffisamment puissantes par le contrôle de l’eau s’est ainsi produit également chez ces communautés (Scarborough, 1998 : 136)(Bodard, 2012). L'archéologie, appuyée sur la photographie aérienne, a révélé, en effet, des systèmes de drainage, des canaux d'irrigation (tels les canaux de pierre "teocatles"), des aménagements en terrasses,  etc. A San Lorenzo, a été découvert un vaste réseau de canaux en basalte, de réservoirs ou encore de bassins, qui permettait un  contrôle efficace de l'eau. Mais c'est dans la vallée de Tehuacán (Puebla) que se trouvait le plus grand barrage préhispanique connu, le barrage de Purrón (env. -750 à - 300).  Il a été élevé non par les Olmèques mais par des populations Popocolas, habitant une partie des Etats actuels de Puebla et Oaxaca, et qui seront vaincus plus tard par les Aztèques.  Cette oeuvre gigantesque de 400 m de long, 100 m de large, 25 m de haut, qui a nécessité de transporter à la main plus de 2.5 millions de m³ de terres, par plus de 4000 ouvriers dans la dernière période de la construction. Une prouesse architecturale, si on pense qu'elle a pu se réaliser sans l'utilisation de la roue, des techniques du métal ou avec l'aide d'animaux de trait. Mieux encore, ce barrage était inséré dans un vaste réseau de canaux, d'aqueducs, de tecoatles, de 1200 km de long,  irriguant  330 km² de terres cultivables (Caran et Neely, 2006

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    Reconstitution du barrage

                 d'El Purrón

Tehuacán, Etat de Puebla, Mexique

             - 750   - 300  

 Dessin de Blas Castellón. Couleurs de Carlos Alfonso León / Raíces.

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Dans le centre de San Lorenzo (Etat de Veracruz), une des toutes premières cités olmèques, on estime à environ dix millions de tonnes la quantité de terre qu'il a fallu apporter à la construction de son esplanade. Comme à la Venta, les souverains et les élites habitaient dans des palais au centre et le peuple au-delà de la place centrale. A Tres  Zapotes, Christopher Pool constate que pendant une grande partie de la période préclassique, Tres Zapotes délaisse les productions de type élitiste comme avait été les têtes colossales : toutes les couches sociales ont bientôt à peu près accès aux mêmes choses, n'important pas de produits exotiques, produisant localement leurs céramiques et leurs outils d'obsidienne, ne profitant pas non plus des réseaux commerciaux. Il en conclut que les inégalités sociales devaient être moins tranchées qu'ailleurs, peut-être sous l'effet d'une autorité partagée par différents groupes, de type oligarchique. 

San Lorenzo est aussi le site où on a découvert le plus de têtes colossales en basalte (mélangées parfois à de l'andésite, du grès et du schiste), alors que la source la plus proche en était les roches volcaniques de Tuxtla, à au moins 60 km à vol d'oiseau et qu'il n'existait pas d'animaux de trait : là encore, il était nécessaire aux élites de disposer d'une réserve importante de travailleurs de force.  Dans la cité de Tlatilco, appartenant au bassin de Mexico, le contenu des sépultures  nous indiquent que "d'importantes différences de statut et de bien-être matériel existaient entre les membres d'une même communauté, même à la fin du IIe millénaire avant J.-C." (Tolstoy, 1984). Si 20% des sépultures sont dépourvues d'offrande, quelques tombes sont, au contraire, pourvues de dizaines d'objets. D'autre part, ces inégalités sociales ont lieu dès le commencement de la vie, car les sépultures les mieux dotées concernent des enfants ou des adolescents, mais aussi, elles "s'attachaient à des groupes résidentiels dont tous les membres, dans une certaine mesure, partageaient les marques de considération qui manquent parfois dans les sépultures de leurs voisins."  (Tolstoy, op. cité). A une soixantaine de kilomètres de là, des qualités différentes de matériels, céramiques ou meules (metates) seront notables dans le village de Coapexco  (Tolstoy, 1989 : 97).  

Au vu des traits réalistes et différents d'un personnage à l'autre, les spécialistes sont dans l'ensemble d'accord pour affirmer que les têtes colossales représentent individuellement des dignitaires vivants (Coe et Diehl, 1980, p. 293 ; La Fuente, 1995 ; Grove, 1995). Claude-François Baudez soutient quant à lui une thèse intéressante, relative aux pratiques sacrificielles : voir  Mésoamérique, Sacrifices humains

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L'espèce de casque hémisphérique, de bandeaux que semblent porter les têtes colossales les ont rapprochées des dispositifs de de protection utilisés par les joueurs de balle en latex (connu sous le nom de "jeu de pelote"), dans des cérémonies divinatoires pratiquées sur de grands terrains de jeux, ou dans des batailles rituelles entre communautés voisines, où les guerriers blessés étaient, une fois encore, sacrifiés. 

Parmi les plus anciennes peintures rupestres retrouvées chez les Olmèques, on trouve d'autres témoignages à la fois de la culture patriarcale et de la culture ploutocratique. 

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Peinture rupestre, grotte d'Oxtotitlan, Sierra Madre del Sur, Acatlán, Chilapa de Alvarez, Etat de Guerrero, Mexique

        période préclassique moyenne, - 800 - 500 

Ce dignitaire de haut rang (s'il faut en croire sa riche parure), était probablement dépositaire de pouvoirs politiques et religieux, a été peint au-dessus de l'entrée d'un sanctuaire. Tlacatecolotl ('"homme-hibou"), assis sur la tête stylisée d'un jaguar, pouvait bien tenir à la fois du sorcier, du nécromancien et de l'oracle (cf. Delhall ; Luykx, 1984

source illustration : 

https://www.latinamericanstudies.org/olmec/oxtotitlan.jpg

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On notera ici la dimension phallique du pouvoir de ce dignitaire, liée à celle du puissant jaguar.

source    :   

http://www.famsi.org/spanish/research/grove/

Chez les Olmèques, ce sont surtout de grands personnages revêtus du sacré qui sont représentés, semble-t-il, pour effectuer des rites, le souverain lui-même ou de hauts dignitaires. A La Venta (Etat de Tabasco), sur une sorte d'autel très massif (dit "autel 4", découvert en 1925 par Blom et La Farge), qui aurait plutôt l'attribut d'un trône, on voit ainsi un souverain tenir dans chaque main une corde qui mène de chaque côté du monument  à              un personnage qui

 pourrait être un esclave (vu la corde, dont il a déjà été question, mais aussi leur position de soumission) ou encore des membres de haut-rang dans la parentèle du roi, susceptibles de lui succéder (Grove, 1981).      

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Une tête de jaguar stylisé orne le monument au-dessus du personnage royal, avec la croix olmèque (signe connu en Europe sous le nom de croix de Saint-André) caractéristique et les crocs du félin, le roi lui-même, avec sa coiffe plumée (en bas-relief), se trouvant dans la gueule du jaguar, en forme de niche :  "L'identification de la niche (avec ou sans connotation zoomorphe) en tant qu'accès d'une caverne est unanimement acceptée par les spécialistes. Parmi les chercheurs qui ont, les premiers, suggéré cette interprétation, citons Coe (1965), Gay (1966), Bernai (1986: 70) et Grove (1973)"  (Magni, 1998). Le jaguar est un animal omniprésent dans la culture olmèque et de ceux qui en hériteront, emblème de pouvoir royal (Baudez, 2005). L'ethnologue Jacques Soustelle (1912-1990) rappelait que rien ne permet de croire qu'un tel monument était entouré de rituels particuliers  (Soustelle, 1984 : 40). Pour David Grove, cependant, les personnages sur le côté du "trône" ne sont pas des esclaves mais des personnage de haut-rang susceptibles de le succéder. Par ailleurs, Mary Ellen Miller pense que l'ensemble devait être peint "de brillantes couleurs" (Miller, 1986), en se référant à la peinture du trône d'Oxtotichlán (cf. plus haut). Et ceci pourrait être valable pour un certain nombre de monuments. Une particularité intéressante pour notre sujet consiste dans "les dégradations volontaires de ces monuments de légitimation du pouvoir (...) Afin d’asseoir leur domination et de légitimer leur pouvoir, les élites se faisaient représenter sur les monuments appelés autels-trônes (...) . Il ne fait donc aucun doute que le bébé-jaguar était un modèle réellement approprié par les élites pour asseoir leur domination. On peut l’affirmer en remarquant que les œuvres à caractère purement mythologique n’aient quasiment jamais été dégradées, contrairement à celles en lien celles en lien avec le pouvoir (Grove, 1984 : 120)  (...) Ce sont ces mêmes monuments qui ont le plus souffert des dégradations volontaires, peut-être afin de signifier la volonté d’un changement de dirigeant ou d’un refus simple de ce genre d’autorité." (Bodard, 2012). 

 

Sur les monuments détériorés, à San Lorenzo, La Venta, San Isidro, El Marquesino, ou encore sur le monument 13 de Chalcatzingo,  figurent toujours le thème du "bébé-jaguar" (en réalité, nous ne savons pas du tout comment les olmèques le désignaient), dérivé de l'homme-jaguar (ou were-jaguar), mi-homme mi jaguar, lié symboliquement à l'inframonde, au maïs, à la fertilité, à la naissance des eaux, la pluie (Cyphers, 1982 : 385, Grove, 1984 : 117). Le dirigeant, comme celui de l'autel 4 de La Venta dans sa niche (voir image plus haut) semble revenir de ce monde intermédiaire entre dieux et hommes, une manière pour le souverain de légitimer son pouvoir. On ne saisit pas encore toute la dimension symbolique de l'homme ou bébé jaguar dans l'art olmèque, relié semble-t-il au pouvoir, au divin, car on retrouve souvent l'attitude de l'enfant qui pleure, les larmes pouvant être, encore une fois, associées à la pluie, à la fécondité.  

Notons en particulier la fente, au milieu du crâne, symbole que les spécialistes rattachent souvent  à une "fente tellurique, associé à la fertilité du sol et au maïs(Bodard, 2012). D'autre part, certaines sculptures accusent une déformation du crâne, tabulaire et verticale, qui n'est pas sans rappeler les pratiques que nous avons évoqué chez les anciens Antillais : voir Antilles précolombiennes.  On ne saisit pas encore toute la dimension symbolique du bébé-jaguar dans la figurine olmèque dite baby-face, relié semble-t-il au pouvoir, au divin, car on retrouve souvent l'attitude de l'enfant qui pleure, ses larmes pouvant être, encore une fois, associées à la pluie, à la                                     fécondité, ainsi qu'un instrument qui pourrait être attaché à un rituel                                  sacrificiel, la hachette rituelle.      

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     Bébé-jaguar olmèque                          avec  hachette.

          La Merced,

 

-          1200 - 900

          serpentine, H  40 cm

          Musée National d'Anthropologie de  Mexico 

   Hachette rituelle gravée avec               tête de dignitaire

  Simojovel, Etat de Chiapas

-            1000 - 400

        ardoise, 30,5  x  9.5 cm

         Musée National d'Anthropologie de  Mexico 

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Homme-jaguar olmèque

San Lorenzo, période préclassique, - 1200 - 600

basalte, H  92 cm

Musée National d'Anthropologie de  Mexico 

Tête d'homme-jaguar olmèque

période préclassique, - 1000 - 400

H env. 60 cm

Musée Régional d'Anthropologie Carlos Pellicer Cámara, 

Villahermosa, Tabasco, Mexique

Notons en particulier la fente, au milieu du crâne, symbole que les spécialistes rattachent souvent  à une "fente tellurique, associé à la fertilité du sol et au maïs(Bodard, 2012). D'autre part, certaines sculptures accusent une déformation du crâne, tabulaire et verticale, qui n'est pas sans rappeler les pratiques que nous avons évoqué chez les anciens Antillais : voir Antilles précolombiennes.  

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                                                Las Bocas                                                                                             Tlapacoya

                                         - 1200  - 1800,   Bébés de style "baby-face", argile, céramique 

                                                         

                        gauche H  36 cm         /      droite H 35 cm                                          H     41.5 cm 

                               Collections  Particulières                            Musée National Anthropologique de Mexico

« L'une des grandes énigmes de l'iconographie olmèque est la nature et l'importance des gros et creux bébés  en céramique » (Coe, 1989 : 77).  Leur étude est compliquée,  le site de Las Bocas (Etat de Puebla), ayant été beaucoup pillé, les objets ne peuvent souvent pas être rattachés à un site archéologique précis. L'archéologue et anthropologue franco-italienne Caterina Magni y voit un symbole d'aisance et d'abondance  (Magni, 2003 : 179). Comme pour d'autres représentations olmèques, les traits particuliers comme les yeux bridés, l'épaisseur des lèvres ou leurs commissures tombantes ont été supposés être des particularités du mongolisme ou trisomie 21 (Magni, 2003 : 178), mais d'autres chercheurs y voient des différences raciales (Bodard, 2012). 

 

Un parallèle peut-être fait avec un autre type de sculpture ventrue appelé barrigón, en espagnol, ou potbelly, en anglais (cf. Guernsey, 2012), pour la plupart vers  la fin de la période olmèque, à la période pré-classique tardive, qui pourrait exprimer l'aisance et la domination des élites, des souverains eux-mêmes ou de leurs ancêtres  (McInnis Thompson & Valdez, 2008) au travers de différents traits, selon les exemples  : position des bras autour du corps très fréquente, mais aussi colliers, vêtements, jambes croisées,  autels ou piédestaux pour la base comme une sorte de trône, ou encore les lieux cérémoniels d'où certains proviennent : 

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Vers - 300,  jusqu'à la fin de la culture olmèque, vers 250, à Tres Zapotes, les signes de royauté et de domination réapparaissent,  dans une période intermédiaire que les archéologues appellent épi-olmèque. Sur la stèle D du site de Tres Zapotes, on peut ainsi voir un personnage agenouillé devant deux autres, en signe de soumission, dont un guerrier, lance à la main, précédé par un personnage plus important, à la coiffe plus imposante. La scène se passe, encore une fois, à l'intérieur de la gueule du puissant jaguar (cf. Kubler, 1962). De même, à La Venta, où la stèle 3, surnommée "Oncle Sam", présente un roi recevant un dignitaire étranger barbu, (cf.  Covarrubias 1957 : 67 ; Pool, 2007 : 167), une scène de genre historique étrangère à la culture olmèque classique, très mythologique et symbolique, qui dénote une influence étrangère, probablement maya, qui va devenir prépondérante dans la région, tout particulièrement avec sa culture historique du comput et du calendrier : 

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           Stèle D, épi-olmèque

Tres Zapotes, Etat de Veracruz

             - 300 - 200 env.

 Musée du site archéologique 

                 de

            Tres Zapotes

         Stèle 3, surnommée "Oncle Sam"

                      épi-olmèque

        La Venta, Etat de Tabasco

             - 300 - 200 env.

             Parc archéologique 

                        de

                    La Venta

                   

                        BIBLIOGRAPHIE   

 

 

    

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Regional Perspectives on the Olmec - Jonathan Haas - Google Livres

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