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          Domination sociale 

                     dans    

   les Antilles précolombiennes 

Pétroglyphes tainos, tirés de l'oeuvre de l'artiste  Koa Feliciano, "Taino Petroglyphs"

source  :   https://fineartamerica.com/featured/taino-petroglyphs-koa-feliciano.html

L'art rupestre antillais "aurait émergé durant la période troumassoïde vers 900 AD (Henry  Petitjean Roget 2001 note 4). Il se serait épanoui aux Petites Antilles pendant la période suazoïde (900- 1250 AD). Sa production aurait cessé vers la fin du 13° siècle, plus tardivement aux Grandes Antilles." (Petitjean Roget, 2009)

Henry  Petitjean Roget 2001  : « Contribution à l’étude du Troumassoïde et du Suazoïde. (600-1200 AD). Une hypothèse sur les causes de la régression du saladoïde aux Petites Antilles ». XIX° Congrès International d’Archéologie de la Caraïbe (CIAC). Aruba juillet 2001 : 227-238.

 

Introduction  

 

 

C'est à la fin de la période dite Archaïque (environ - 8000 à  - 300, très variable selon les régions du continent), que se dessine sur le continent américain une transition entre cueillette et agriculture primitive, agrémentée, les récoltes terminées, de petites chasses et de récoltes de racines ou d'herbes sauvages. Vers la fin de cette période, des hameaux agricoles s'installent près des côtes, profitant de ressources halieutiques, et la spécialisation du travail pousse à "désigner un chef dont la mission principale était de distribuer les terres de la communauté entre les divers groupes familiaux, d’organiser le travail, de rendre la justice et de célébrer les cérémonies religieuses liées au culte de la fécondité. Le chef recevait, en compensation pour ses tâches, des tributs en nature et en main-d’oeuvre(Chonchol, 1995).  Des lignages, des clans, des tribus se forment et, vers - 2000, à la période dite "formative", se détachent deux systèmes agricoles, intensifs et extensifs. Le premier exploite les régions montagneuses semi-arides, les oasis ou les vallées côtières, et il réclame à la fois beaucoup de travail et de soins, en particulier à  cause de l'irrigation nécessaire par manque de pluies, et, le cas échéant, de la construction de digues.  Le second, quant à lui, appelé  "roza" (essartage), est pratiqué dans les régions sylvestres (tropicale ou tempérée), a de très bon rendements tout en étant gourmand en terre pour chaque famille,  mais étant peu exigeant en travail, le paysan pouvait se consacrer à autre chose pendant huit mois de l'année. Cette disparité des systèmes a rendu "possible l’émergence de “seigneuries”. En leur sein, les lignages commencèrent à se différencier entre eux, et l’égalité des bandes et des tribus fut, de ce fait, brisée. Une famille monopolisait l’accès au poste de chef ou seigneur, tandis que les autres acquéraient différents degrés de prestige selon leurs spécialisations respectives ¹.(Chonchol, 1995).   

     1     note de l'auteur : "Pour tous ces paragraphes introductifs, nous avons suivi de très près Osvaldo Silva Galdames, Civilizaciones Prehispánicas de América, Editorial Universitaria, Santiago, Chile, 1985."

 

Les Mangeurs de farine

 

 

 

Les Petites puis les Grandes Antilles ont été progressivement habitées depuis 7000 avant notre ère environ, par différentes populations de chasseurs-cueilleurs nomades, dites "pré-céramiques", venues du bassin de l'Orénoque, au Vénézuéla (Grouard, 2007),  des groupes de langues arawakiennes répandues dans beaucoup de régions d'Amérique du Sud. Ces populations de la vallée de l'Orénoque sont rattachées à une culture continentale que l'on a appelé saladoïde, du site de Saladero, sur le Bas Orénoque, au Venezuela et plus particulièrement  Saladoïde ronquinan (du site de Ronquin, au Venezuela, -2140 à -620 env.). 

D'autres migrations, moins connues, aux langues différentes, ont précédé ces Arawaks et concernent les populations Guanahatebay, à l'ouest de Cuba au moment de la colonisation, Mazoriges (Macoris, Macorix) et Ciguayo (Ciguayes) sur Hispaniola (Saint-Domingue), les Ciboney à Haïti, Jamaïque et Cuba. Appelés aussi  Guacanabibe, ils seraient venus de Floride, issus de populations Tekesta/Tequesta (Gannier, 1996). Différentes recherches génétiques ont permis de montrer que la population antillaise a des origines au Brésil, en Colombie et en Amérique Centrale, en particulier Costa-Rica et Panama (Torres et al,  2015), ce qui montre la complexité et l'hétérogénéité du peuplement des Antilles.   

 

De - 1000  jusqu'au début de l'ère chrétienne, des  groupes Arawaks, les Ignéris, venus du bassin amazonien, le long de l'Orénoque, se déplacent jusqu'aux côtes de l'actuel Vénézuela et donnent naissance au Saladoïde cedrosane, du nom du site éponyme de Cedros à Trinidad. Ils connaissaient déjà l'agriculture (culture du manioc, brûlis, en particulier) et la poterie (appelée adorno, des ornements modelés), ils apprendront la pêche et la navigation en haute mer de peuples qu'on appellera Méso-Indiens (Clerc, 1964). Entre - 500 et 350, ils se répandent des Grandes Antilles, à Haïti à Porto Rico (Borinquen, Babeque) surtout. Leur population s'étend jusqu'en 1100 environ, se divise en divers peuplements, culture Taïno  dans les Iles Vierges, Puerto Rico, République Dominicaine et Sub-Taïno en Haïti, Jamaïque, Cuba et Bahamas (en particulier les îles Lucayes des Lucayos), chassant des Méso-Indiens d'une première migration (op. cité). Autour de 700, ces migrants qui avaient emporté avec eux leur céramique décorée, toutes sortes de plantes : manioc (mot d'origine tupi du Brésil), maïs, ananas, piments, etc., aussi  le xoloitzcuintle, mais qui mangent désormais beaucoup plus d'huîtres de palétuviers, de burgaux, de lambis ou de crabes, sont connus en particulier pour l'importance de leurs tissages, leur hiérarchie aristocratique de grands chefs, chefs de village, à la tête d'une classe laborieuse, de guérisseurs chamans (shamans), de marchands, probablement, qui commerçaient d'îles en îles, et enfin d'esclaves  (Rodriguez-Loubet, 1994).  Se développe environ de l'an mil jusqu'à l'arrivée des Conquistadores la culture dite Suazoïde (du site de la Savane Suazey à Grenade), une évolution de la précédente, avec des poteries plus simples, ou plus fines, à décor peint ou incisé. 

          xoloitzcuintle      :  (dit "xolo"), un canidé sans poil qui ne savait pas aboyer, élevé pour sa chair. Ce nom nahuatl  signifie "chien de Xolotl", dieu aztèque souvent à tête de chien,  dieu double qui patronnait les naissances gémellaires et monstrueuses. 

        Arawaks      :  Mot déformé des mots Allouagues ou Arrouagues transcrits par les chroniqueurs coloniaux du XVIe siècle. Il signifierait "mangeur de farine" (Jean, Fouchard. Langue et Littérature des aborigènes d'Ayiti, 1972)

 

Vers 800, une troisième migration de population, de culture archéologique Koriabo des Guyanes (Petitjean Roget, 1996), que les Espagnols appellent Caribes et les Français Caraïbes, conduit ces populations à occuper les Petites-Antilles "après avoir exterminé les éléments mâles de la population ignéri qui les occupait" (Clerc, 1964). Ce sont les traditions orales recueillies par les colonisateurs ou leurs  témoignages directs qui permettent d'éclairer l'histoire, la culture patriarcale et la domination sociale exercées avant le premier contact avec les Européens. Nous exclurons bien sûr de cet examen tout ce qui paraît refléter les influences de la colonisation, et ne seront présentés ici que des traits de civilisation corroborés par différents chroniqueurs dans un contexte le plus objectivé possible. Ainsi, à propos de l'extermination des mâles Ignéris, les anciens racontaient que leurs oppresseurs "venoient de Galibis de terre ferme, voisins des Allouagues leurs ennemis ; parce que le langage, les mœurs et la religion ont beaucoup de conformité avec les leurs, et qu'ils avaient entièrement détruit une nation en ces isles, à la réserve des femmes qu'ils prirent pour eux, et c'est pourquoi le langage des hommes n'est pas semblable à celui des femmes, en plusieurs choses

 

sieur De La Borde, "Relation de l’origine, mœurs, coutumes, religion, guerres et voyages des Caraïbes, sauvages des îles Antilles de l’Amérique faite par le Sieur De La Borde, employé à la conversion des Caraïbes, étant avec le R. P. Simon jésuite et tirée du cabinet de Monsieur Blondel", 4, 1674,   

     Caraïbes     :   du mot tupi, karai, caraiva, qui signifie "grand chamane" (Chaumeil, 2013), mais eux-mêmes s'appellent  souvent Kalinas, Kalinagos, du nom de leur grand ancêtre : 

"...leur premier père Kalinago étant sortit de la terre ferme accompagné de sa famille se logea à la Dominique. Il y eut une longue postérité et y vit les neveux de ses neveux, qui par une extrême cruauté le firent mourir par poison. Mais il fut changé en poisson de monstrueuse grandeur..." (Raymond Breton, dit père Breton (1609-1679), Relations de l'île de Guadeloupe, écrits de 1635 à 1654, publié en 1654. Le père dominicain Breton résidera en Dominique entre 1642 et 1654 et voyagera dans les îles pour les évangéliser). Le père Labat, quant à lui, signale qu'à la  Dominique, les Caraïbes se font appeler Banaré, qui veut dire "homme de mer", ou "homme qui est venu par mer". (Père Jean-Baptiste Labat, "Nouveau Voyage aux isles de l'Amérique contenant l'histoire naturelle de ces pays, l'Origine, les Moeurs, la Religion & le Gouvernement des Habitans anciens et modernes, les Guerres et les Evenemens singuliers qui y sont arrivez pendant le séjour que l'auteur y a fait : Le Commerce et les Manufactures qui y sont établies,  les moyens de les augmenter. Avec une description exacte et curieuse de toutes ces isles". Paris, Guillaume Cavelier, 1722,).

     ignéri      :    déformation du mot caraïbe eyeri, "homme" (Dictionnaire Caraïbe-Français, 1665 du père  Breton, p 218,  désigné après par CF.  En 1666, il publie le Dictionnaire Français-Caraïbe, désigné après par FC.

amerique-carte-1704-hennepin-de la borde

Carte d'une partie des Amériques, figurant dans le "Voyage curieux du R.P. Louis Hennepin, missionaire recollect, & notaire apostolique : qui contient une nouvelle decouverte d'un trés-grand pays, situé dans l'Amerique, entre le Nouveau Mexique, & la Mer Glaciale : avec toutes les particularités de ce pays, & les avantages qu'on en peut tirer par l'établissement des colonies : enrichi de cartes & augmenté de quelques figures en taille douce necessaires. Outre cela on a aussi ajoûté ici un Voyage qui contient une relation exacte de l'origine, moeurs, coûtumes, religion, guerres & voyages des Caraïbes, sauvages des Isles Antilles de l'Amerique / faite par le Sieur de la Borde, employé à la conversion des Caraïbes ; et tirée du cabinet de Monsr. Blondel" 

Leide, chez Pierre Vandel, 1704

Pittsburgh University, Etats-Unis

Ce qui montre, une fois de plus, que les hommes ont pratiqué des violences de guerre, de masse, de génocide, sur tous les continents, et qu'elles ne sont pas le triste apanage de races ou de peuples particuliers. Fait intéressant, ces violences de ces populations caraïbes (mais aussi, nous le verrons en détail plus loin, de la grande inégalité entre les sexes), sont le fait de sociétés pourtant plus égalitaires, alors que les pacifiques Tainos ont des sociétés très hiérarchisées. Ce qui montre bien, comme dans d'autres régions du monde, que l'égalité économique ne résout pas à elle seule les différents problèmes d'oppression (violence, coercition envers d'autres peuples ou envers les femmes, par exemple). Par ailleurs, les études archéologiques sur les céramiques tendent à montrer que ces populations antillaises ont procédé à des "des échanges de femmes et des biens"  qui "ont permis un brassage des styles céramiques à différentes époques" (Grouard, 2007). Et enfin, « leurs pratiques anthropophagiques  étaient loin d'être exceptionnelles, bien que la déformation de leur nom en "cannibales " soit restée dans le vocabulaire occidental, en signe d'ignominie extrême. » (Rodriguez-Loubet, 1994). Leur "type de société patriarcale obéit à des règles d'ascension sociale complexes et à des rituels élaborés qui maintiennent une étonnante cohésion entre leurs groupes insulaires."  (op. cité). Notons que seuls les captifs mâles pouvaient être sacrifiés. 

     cannibales      :   Provient en effet de caniba,  variante de caribe (voir plus haut)

a 1509 German edition of Amerigo Vespucci's Letter to Soderini, published in Strasburg. . 1509. Johann Grüniger 

vespucci-lettre soderini-strasbourg-1509

Amerigo Vespucci (1454-1512), "Lettera di Amerigo Vespucci delle isole nuovamente trovate in quattro suoi viaggi", 1505. Lettre adressée à Pier Soderini, gonfalonier de Florence.

 

scène de cannibalisme probablement dans un île des Caraïbes  (la première rapportée par les colonisateurs des Amériques). 

1509, Strasbourg, Johann Grüniger 

vespucci-mundus novus-cannibalisme-1505.

Tout ceci montre, une fois de plus, que les hommes ont pratiqué des violences de guerre, de masse, de génocide, indépendamment de leur intensité et de leur étendue, sur tous les continents, et qu'elles ne sont pas le triste apanage de races ou de peuples particuliers. Fait intéressant, ces violences de ces populations caraïbes (mais aussi, nous le verrons en détail plus loin, de la grande inégalité entre les sexes), sont le fait de sociétés pourtant relativement égalitaires, alors que les pacifiques Tainos ont des sociétés très hiérarchisées. Ce qui montre bien, comme dans beaucoup de régions du monde, que l'égalité économique ne résout pas à elle seule tous les problèmes de coercition. Il est donc évident que l'essentiel des outils de domination sociale font bien partie des sociétés antillaises bien avant l'arrivée des colonisateurs européens. Les témoignages que différents voyageurs recueilleront confirmeront et détailleront cette organisation sociale, dont la domination, et parfois la violence, s'exerce aussi à l'intérieur même de la communauté, surtout contre les femmes. C'est ce que nous allons examiner  maintenant.

 
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Antilles, Culture taino, personnage cultuel "zemi" 

 Les zemis  (cemis) permettaient avant tout le lien des Tainos ("hommes de bien") avec leurs ancêtres (Samonà, 2013). Ils ont un rapport étroit avec les cérémonies où se pratique l’inhalation du cohoba, un tabac à priser hallucinogène, rituel dirigé par le bohique (Bohico, Bahiti, Behique), à la fois médecin, sorcier et prêtre. 

date : environ 920-974 

Museum of Modern Art (MMA)

New-York

Etats-Unis

 

Du cacique au naboria

 

 

Christophe Colomb (Cristoforo Colombo, son nom de naissance génois, Cristóbal Colón en espagnol, 1451-1506) découvrira petit à petit un pays où  "l'organisation territoriale était assez poussée et ...la hiérarchie politique était co-extensive d'un emboîtement de pouvoirs locaux" (Dreyfus, 1980)La division politique de l'île d'Haïti montre, en effet, que les caciques tainos sont dans une relation de "vassalité" avec de plus grands seigneurs, puisque le cacique Behechio, qui régnait sur le Xaragua, a pu un jour convoquer trois cents caciques, sans doute des chefs de village, pour une réception en l'honneur de Bartolomeo (Barthélémy) Colomb (Bertomê Corombo, son nom génois), le frère de Christophe Colomb (Dreyfus, 1980).  D'autre part, il avait autorité sur d'autres caciques importants, comme Guacanagari (Guacanagaric), qui dominait le Marien et accueillit le premier  l'Amiral, ou Caonabo, qui règne sur la vallée de Maguana et qui a épousé la fameuse Anacoana, soeur de Bohechio. Guarionex était aussi un grand seigneur, qui, dans la vallée de Magua, dominait le Cayabo, dont les montagnes de Cibao, et le cacique de Higuey fut même une femme à un moment, du nom d'Higuonama (op. cité).   

 

En Aiti (Ayiti, Haïti, Hispaniola), les Espagnols appellent roi des personnages "portés en litière, toujours entourés d'une foule nombreuse et respectueuse, qui se portaient au-devant d'eux ou qu'ils trouvaient dans leur village, assis sur des sièges de cérémonie (duho), au milieu de leurs épouses.(op. cité).  Tout en haut de la hiérarchie sociale se trouvent ces rois, donc, les caciques (kasikes, "chef supérieur"), terme dont Colomb parle pour la première fois le 17 décembre 1492 à propos du "gouverneur" de l'île de la Tortue. Le 23 décembre, il parlera aussi de "roi". Le cacique a une maison un peu plus grande et de forme plutôt rectangulaire  appelée caney, où il officie lors de diverses cérémonies, en particulier celle des zemis ; il a aussi un siège spécial appelé duho, siège en bois zoomorphe ou anthropomorphe. Par ailleurs, il possède plus d'épouses que le simple mortel,  trois ou quatre, parfois beaucoup plus. Selon Oviedo, le cacique Behechio en possédait une trentaine, et pas seulement pour ses devoirs d'époux, mais "aussi pour  d'autres péchés détestables(Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés, 1478-1557, La Historia general de las Indias, islas y tierra firme del mar oceano, "L'Histoire générale des Indes, Iles et Terre Ferme de la Grand Mer Océane". Livre 5, Chapitre 3. Première édition partielle publiée en 1535, et édition complète de J. Amador de los Rios, Madrid, 1851-55, 4 vol. in-4).  Des épouses étaient choisies pour être étaient enterrées avec leur époux, parfois de force : c'est ce qui s'est produit aux funérailles de Behechio  (op. cité).  On immolait aussi des paysans, des artisans, ce qui montre bien le caractère d'infériorité sociale des sacrifiés. On les enivrait ou les empoisonnait avant de les faire descendre dans les sépultures accompagnées de chants et de danses collectives areito, qui peuvent durer des semaines, avant de les recouvrir de branchages et de terre  (op. cité). Ce sont des pratiques que l'on retrouve dans beaucoup de cultures anciennes. A noter qu'au Venezuela, les corps de ces seigneurs sont momifiés au feu, les os pilés et ingérés (on parle alors, d'endocannibalisme) par le groupe "vassalique" lié au chef décédé :  "vassaux, voisins amis et alliés", dira Oviedo. 

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Oviedo, Historia... (op. cité)

page manuscrite avec planche montrant le premier dessin d'un ananas par un Européen, vers 1530.

Real Academia de Historia, Madrid, Espagne.

 

 « Le seul des cinq sens qui n’est pas agréablement récompensé par ce fruit magnifique est le sens du toucher » 

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 Le cacique a une maison appelée caney, plus grande et de forme plutôt rectangulaire, qui peut avoir 32 pieds de long avec une toiture de roseaux de diverses couleurs, où il préside lors de diverses cérémonies, en particulier celle des zemis, où officie  le médecin-devin behique (behutio, buhitihu) le cacique a aussi un siège cérémoniel appelé duho  avec un bandeau clanique sur le dossier, d'où il assiste aux jeux comme le jeu de balle du batey (peut-être dérivé du tlaxtili de Mésoamérique), ou aux spectacles de danses et de chants areyto, (areito) par exemple. 

Historia general y natural de las Indias, islas y tierrafirme del mar océano, de Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés,  (1478-1557) 

édition de la Real Academia de la Historia,1851-55, Madrid, Espagne

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   duho   :  Mentionné par Oviedo (op. cité) mais aussi Bartolomé de las Casas, dans son Apologética Historia Sumaria (écrit entre 1555 et 1559), dont le seul manuscrit, conservé à la  Real Academia de la Historia (collection Muñoz), a été écrit en plusieurs étapes, de 1551 à 1554 publié seulement intégralement en 1909, par Manuel Serrano y Sanz dans Madrid, Biblioteca de Autores Españoles (Esquivel, 2009).

En Haïti, le père Le Pers affirme que "leur police et leur Gouvernement sous des rois qui gouvernaient avec beaucoup d’autorité, ce qu’on n’a trouvé qu’au Mexique et au Pérou..." ou encore "les rois ont une autorité despotique sur leurs sujets. Ils étaient maîtres de leurs vies et biens"  (père Jean-Baptiste Le Pers, 1675-1735, Histoire civile, morale et naturelle de l'isle de Saint-Domingue, Archivo General de la Nacion, République Dominicaine). Le père Pierre-François-Xavier de Charlevoix, de la Compagnie de Jésus, écrivant ensuite sur la base des écrits de Le Pers racontera ceci sur le sujet : "La chasse et la pêche fournissaient une grande ressource mais ce qui s’y prenait de meilleur était réservé pour la bouche du cacique et c’eût été un crime à un particulier de témoigner même la moindre envie d’en goûter." (Histoire de l'isle espagnole ou de S.Domingue écrite particulièrement sur les mémoires manuscrits du P. Jean-Baptiste Le Pers, jésuite, Missionnaire à Saint-Domingue & sur les Pieces Originales, qui se conservent au Dépôt de la Marine,  2 volumes, Paris, 1730–1731)

On appelle les nobles les nitaynonitaine, nitaino (Sauer. 1966)  "Ils utilisent également un autre mot pour seigneur, 'nitayno'. Il ne savait pas s'ils l'utilisaient pour 'noble', 'gouverneur' ou 'juge'" (C. Colomb, journal de bord, 23 décembre 1492). Certains étaient des guerriers, puisque c'était parmi eux qu'on choisissait des hommes pour protéger les frontières (Dreyfus, 1980). Ce groupe social comportait au moins trois statuts hiérarchiques :  Matanheri (matunheri) pour un chef de rang élevé ("votre altesse") qu'on trouve chez Las Casas (Saint-Louis, 2004), Bahari  (ou "baheri" : "seigneur'), Rajari et Guaoxeri '"votre Grâce"  (de Goeje, 1984) 

    journal de bord     :   Le texte original a été perdu et ce que l'on peut lire aujourd'hui provient "notes abondantes, prises sur une copie, également disparue, mais conservée au XVIe siècle à Saint-Domingue dans les archives de la famille Colomb, que Bartolomé de Las Casas, missionnaire dominicain en terre américaine et ami des Indiens, exploita pour la préparation de son Historia general de las Indias, commencée en 1527. On ne s'étonnera pas, dès lors, que le texte reproduise le récit au style indirect, sauf exceptions, qu'il l'abrège souvent, lassé par le délayage et les répétitions difficiles à éviter dans un journal, qu'il y ajoute ses commentaires parfois,qu'il commente des erreurs d'interprétation.(Kerhervé, 1993).

Tout en bas de l'échelle sociale se trouvent les naborias, que Las Casas (vers 1474-1512) traduit par serviteur, domestique  (sirvientecriado), dans son Apologética, que Pané  appelle servidores y favoritos (Ramón [Raymond] Pané, Historia del Almirante..., XXV). L'original  de l'oeuvre du moine catalan, de l'ordre hyéronomite, qui a participé probablement au deuxième voyage de Colomb en 1493, a été perdu. Plusieurs témoignages nous en restituent des fragments, tout au long du XVIe s., et nous possédons aussi une traduction italienne d'Alfonso de Ulloa, publiée à Venise en 1571, mais qui pose un certain nombre de problèmes aux chercheurs : cf  Samonà, 2013

 

Les Espagnols appelleront d'ailleurs, d'emblée naborias les indigènes qu'ils prenaient à leur service. S'il faut en croire Las Casas, ce groupe représente ce qu'il reste de populations asservies dans le passé et que les Tainos appellent exbuneyes (Las Casas, op. cité, CLIV) terme qui désigne les Ciboney (Ciboneyes, Siboneyes). Le peu que nous en savons tend à montrer qu'ils étaient plus serfs qu'esclaves, à qui les caciques imposaient les travaux domestiques et agricoles : "Ils sont très obéissants envers leurs caciques et donc, ils ne sèment pas sans leur volonté, ni ne chassent ni ne pêchent, ce qui est leur principal activité et dont ils tirent leur nourriture ordinaire. C'est ainsi qu'ils vivent sur les rives de lagons dans lesquels se jettent beaucoup de rivières, ce qui explique pourquoi ils sont devenus d'excellents nageurs" (Francisco Lopez de Gomara, vers 1511-1566, "Hispania Victrix, Primera y secunda parte de la Historia General de las Indias con todos los descubrimientos y cosas notables que han acaescido en ellas desde que se ganaron hasta el aňo 1553,  Con la conquista de Mexico y de la nueva Espaňa", Modina del Campo, Guillermo de Millia, chap. XXVIII)

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Cet assujettissement est corroboré par Pietro Martire [Pierre Martyr] d'Anghiera (ou de Angleria, 1457-1526) : "Chaque cacique a ses sujets  occupés de diverses manières, les uns à la chasse, les autres à la pêche, qui tous les jours de l'année plongent dans les cours d'eau, les autres enfin, à l'agriculture.(D'Anghiera, De Orbe Novo,  écrit entre 1492 et 1526, publié entre 1511 (première Décade 1493-1510) et 1530, Alcala de Henares, M. de Eguia, première édition complète)

Autre élément important d'inégalité entre les puissants et les faibles, très commun à toutes les cultures, la nourriture, qui était royale chez les caciques et très fruste pour les villageois  les moins favorisés : 

"S'il est probable que les caciques agissaient sur la production au niveau de l'organisation du travail, il est certain qu'ils l'infléchissaient en quantité et en qualité par leur consommation. L'abondance des mets de leurs festins contrastait avec la relative frugalité des repas quotidiens des villageois. Du moins les Espagnols ont-ils été frappés par l'une et l'autre. On nous détaille la quantité « infinie » de galettes, de viandes rôties et bouillies, de poissons de mer et de rivière, amoncelés lors du « banquet » offert par Behechio au frère de l'Amiral et l'on dit, par ailleurs, que les indigènes mangeaient si peu que « cualquier de nosotros corne mas en una comida que dos dellos en cuatro »" (Dreyfus, 1980, citation de Las Casas, op. cité, vol 4, CVI)

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Famille Caraïbe,

gravure  d'après  une peinture de John Gabriel Stedman (1744-1797)

1818

Archives des Pays-Bas, Utrecht

 

                  

Les enfants de Kalinago

A l'inverse des Tainos, nous l'avons évoqué, les populations Caraïbes (Kalinago) ont développé des sociétés plus égalitaires politiquement et économiquement : "S’il existe des hommes plus importants que d’autres dans un village (chef de guerre, chef religieux, etc.), ce pouvoir n’est pas héréditaire. De plus, il est limité à un domaine d’activités et peut aussi être limité dans le temps" (Bérard, 2004). Nous verrons cependant que cette égalité est très relative : Il y a bien une hiérarchie établie entre les hommes mâles, selon leur nombre d'épouses, d'enfants, de biens, etc. Par ailleurs, les cultures caribéennes connaissaient de profondes divisions entre hommes et femmes. Déjà au "temps du mythe, à l'origine de l'humanité quand les humains et les animaux étaient confondus, les hommes étaient des chauve-souris, et les femmes des grenouilles (Petitjean Roget, 1985). Et enfin, une partie de la population était asservie, nous le verrons, provenant d'esclaves capturés pendant leurs razzias guerrières. 

 

Commençons pas le fait le plus curieux et le plus singulier, celui de la langue, qui présente un phénomène de diglossie, où les hommes parlent une langue différente de celle des femmes. Celle des hommes est un genre de pidgin (sorte de jargon lié aux échanges et à la guerre), dont la grammaire et la syntaxe contiennent des bases arawak,  alors que celle des femmes est entièrement arawak. Cet état de choses est bien sûr à rapprocher de ce qu'ont appris les autochtones aux Européens et que nous avons évoqué plus haut, à savoir l'extermination des mâles Ignéris lors de la conquête caribéenne des Petites Antilles. 

 

L'éducation des hommes diffère profondément de celles des femmes, dans leurs épreuves, les rites de puberté, les cérémonies de mariage, d'accouchement, etc. Comme dans beaucoup de cultures, le passage de la petite fille à l'état de puberté, avec les premières menstruations, est un moment de rituels, de cérémonies importantes, car le sang Ita évoque aussi la mort (qui pourrait alors survenir et contaminer le groupe), mais plusieurs autres phénomènes d'ordre de la salissure, du négatif : Itica, l'excrément, Iticali, la peur, Itibouri, les cheveux, comme sécrétions du corps, etc.  Cette impureté, les hommes mâles la craignent, ce sont donc eux qui vont l'ôter de la femme, en tondant la chevelure de la jeune fille, qui symbolise aussi l'appropriation des femmes par les hommes. La jeune fille est alors estimée encore trop chaude, trop proche de l'homme, alors on l'assoit sur une pierre, liée symboliquement au froid et à l'humidité de la terre. On l'attache, ensuite, dans un hamac (du caraïbe hamacu) suspendu :  "Ils ne permettent pas aux captives de porter les cheveux longs." (AC).  Toutes sortes d'interdits suivront : On  contraint la jeune femme pendant quelques jours à ne manger que le coeur des cassaves, on l'oblige à retenir ses selles, qui symbolisent un passage de la nature à la culture, car "les Indiens sud-américains prêtent une valeur sociale et morale au contrôle des fonctions d'élimination...Céder à la nature, c'est se montrer un mauvais membre de la société. (Lévi-Strauss 1985 : 127).  Pendant quatre jours, la communauté va festoyer, et la jeune fille jeûnera, seule, dans son hamac. Enfin, on lui donnera du vin de patate chaud, à la fois médiation de la communauté et  promesse de la semence fécondante de l'homme.  Au bout d'un mois, on termine le rituel de passage en égratignant profondément le corps féminin en forme de losanges "depuis la plante des pieds jusqu'aux épaules." (AC : 162). Elle peut désormais se marier, boire et s'enivrer dans les caouynages (courana, ouiycou(AC :  162). Les losanges symbolisent sans doute les écailles de poisson, car dans les temps mythiques où les hommes ne naissaient pas des femmes, "ils ne mangeaient que du poisson qui ne   veillit pas." (De la Borde  :  10).  

case-barques caraïbes-ms drake-morganlib

Case caraïbe, scène de pêche avec barques

peinture anonyme, vers 1586
Histoire naturelle des Indes…, dit "manuscrit Drake", fol 113 

The Morgan Library and Museum, New York, MA 3900.

Hommes et femmes ne mangent jamais ensemble, mères et filles dans une case, pères et fils dans une autres (De la Borde : 34). Pourtant, leur apprentissage de l'amour est bien plus libre que ce que connaîtront les cultures en Occident (ou ailleurs) pendant encore de nombreux siècles, puisqu'hommes et femmes se fréquentent, ont des relations sexuelles pré-conjugales.  Les hommes ne font jamais la cuisine (mais "passent leur temps à se faire apporter à manger selon leur faim et ne connaissent aucun repas fixé.") et jamais ils n'oseraient toucher leurs ustensiles, ou encore faire de la poterie  (Petitjean Roget, 1996).  A l'inverse, les femmes ne doivent pas se servir de hache, du domaine du masculin, comme les armes en général et se cantonnent à la préparation mentale des guerriers, lors des préparatifs de guerre, en leur rappelant les malheurs infligés par leurs ennemis et en les appelant de manière persuasive à la vengeance. A noter qu'au contraire des Européens, ils ne font pas la guerre pour s'approprier des terres, mais à capturer des prisonniers des deux sexes pour en faire des esclaves (támon, acóuno, FC : 152) et, pour certains, les manger (AC :  186).  De même, la construction des pirogues de guerre est un domaine non seulement exclusivement masculin mais aussi très élitiste. Elle ne peut être que l'oeuvre d'un homme important, un capitaine doté de plusieurs femmes, propriétaire de jardins de vivres, père et beau-père d'une grande famille, capable d'assumer pendant un an l'entretien de ses assistants, leur fournissant alcool de manioc, nourriture, outils nécessaires. Cette construction est attachée à de nombreux interdits pour les femmes :

Si une femme y avait touché seulement du bout des doigts, ils croient qu'elle les ferait fendre. » (de La Borde:26). Le contact d'une femme avec le navire en cours de fabrication ferait fendre le bois tout comme la femme est fendue. L'ouverture féminine connote l'idée de sortie de l'utérus, de projection dans un monde méchant, dans un univers de mort, dont il faut protéger la pirogue. Le contact avec la mort, qui est sous-entendu par la femme, guiderait immanquablement la pirogue et ses passagers vers une mort certaine." (Petitjean Roget, 1996).  

      támon    :  "Dans les Iles de Saint Vincent & de la Dominique, il y a des Caraïbes qui ont plusieurs Nègres pour Esclaves, à la façon des Espagnols & de quelques autres Nations. Ils les ont en partie, pour les avoir enlevez de quelques terres des Anglois : ou de quelques navires Espagnols, qui se sont autrefois echouez à leurs costes. Et ils les nomment Tamons, c'est à dire Esclaves." Charles de Rochefort (1605-1683), "Histoire naturelle et morale des Iles Antilles de l'Amerique : enrichie de plusieurs belles figures des Raretez les plus considerables qui y sont d'écrites. Avec un Vocabulaire Caraïbe." Rotterdam, Arnould Leers, 1658)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57917w/f3.item.zoom

      pirogues     :  Le mot vient du caraïbe piragua, comme le kayak : cayacos. Selon la dimension de l'embarcation (jusqu'à une centaine de personnes pour les plus grandes), la pirogue est appelée coulialaoucouni  ou canoa/canáoa  (FC : 294 ; CF : 108), ou encore kanawa, d'où vient le français canoë ; la pirogue est monoxyle, "d'un tronc d'arbre tout d'une seule pièce", dira Christophe Colomb à peine débarqué (Journal de bord, samedi 13 octobre 1492) et fabriquée souvent à partir du gommier ou de  chibou (FC : 192),  dont le tronc est évidé par brûlage et fouillé ensuite (on parle de "bois fouillé") avec des sortes de haches, type herminette, de coquillage ou de pierre  (Petitjean Roget, 1996). 

Aux femmes aussi, le domaine de la mort. Elles lavent le corps du défunt, l'enduisent de rocou, , l'habillent. Une femme est enterrée avec sa vaisselle, un homme avec ses armes, ses caracolis (karakoli), un mot arawak qui désigne des plaques en forme de croissant, en alliage d'argent ou/et cuivre et d'or ou des perles de quartz, qu'ils allaient chercher en dehors de chez eux puisqu'ils ne connaissaient pas le travail du métal, soit par des échanges avec d'autres ethnies, soit au cours d'opérations guerrières, au cours desquels ils pratiquaient le rapt des femmes de manière systématique. 

de rochefort -histoire naturelle et mora

Les hommes ont la vie bien plus douce que celle des femmes, et après s'être baignés à la rivière, souvent en famille, ils peuvent rejoindre la grande case réservée aux hommes appelée carbet (langue tupi),  innobone (tinobone), ou taboui (raboui), cf  FC : 61 ; CF: 444où ceux-ci  "passent la journée à jouer de la flûte et à tresser des fibres d'aroman pour en faire des paniers ou des nasses. Ils s'installent dans le hamac qu'une de leurs épouses est venue leur tendre et ils attendent le repas (Petitjean Roget, 1996).  L'homme a tout de même un certain nombre d'obligations comme, dès quatorze ou quinze ans, de défricher un endroit dans la forêt et créer un jardin vivrier (mais ce sont les femmes qui plantent !) et a plus de chances de se marier s'il sait chasser, pêcher ou encore tresser des paniers ou confectionner des nasses, tailler des arcs et des flèches. Le couple vit une année à l'essai, non de manière moderne, mais encore une fois au détriment de la femme, qui peut être répudiée dans à la fin de cette période si elle n'a pas réussi à faire naître un enfant (op. cité)Comme dans bien d'autres cultures, la femmes reçoit à son mariage des cadeaux bien domestiques :  "terrine à faire cuire le poisson, lits de coton, coton filé, catouilly [étoffe de coton], coffres de roseaux » (AC : 164).  Et les hommes des outils : hache, hameçons  d'écaille de tortue caret, des lignes de coton filé pour la pêche. Pendant le mariage elle coiffe et nourrit devant tout le monde son mari (elle n'a pas droit à les multiplier, contrairement aux hommes) mieux, après avoir beaucoup bu on la fait vomir pour recommencer et insister sur le fait "que la mariée ne doit surtout pas oublier son devoir essentiel : Avant de manger, elle doit d'abord nourrir son mari. (Petitjean Roget, 1996).  A la naissance d'un enfant, il y a de nouveau un rituel où le père rejoint son hamac, imite les douleurs de l'accouchement : c'est une manière pour les hommes de compenser cette faculté qu'ils n'ont pas de donner la vie et de se réapproprier l'enfant, dont il est censé (encore comme un peu partout dans le monde) être le seul géniteur, la femme ne faisant alors que le porter. Et une nouvelle contrainte sur les corps aura lieu, cette fois sur le bébé, auquel une "sage-femme" imposera par pression de ses membres une forme aplatie de son crâne.

 

Une autre manière qu'a le père, qui envie la fonction féminine, de penser qu'il est lui aussi en contact direct avec son enfant, c'est de s'abstenir de consommer pendant un mois certains animaux qui transmettraient aussitôt à son enfant telle ou telle tare  :  "Il ne mange pas de tortue, de crainte que son enfant ne soit sourd, de perroquet, parce qu'il aurait le nez crochu, d'oiseau crabier, car ses jambes seraient trop longues et maigres. Tout se passe comme s'il existait un cordon ombilical entre l'enfant et le père. L'homme envie en fait la faculté féminine d'engendrer."   (Petitjean Roget, 1996)D'autres superstitions ont trait aux maladies, où là encore les femmes, en l'occurrence les vieilles femmes, sont souvent tenues responsables de les avoir envoyées : 

"ils n'ont aucune maladie qu'ils ne croient être ensorcelés (...) s'ils peuvent attraper celle qu'ils soupçonnent ils la tuent ou la font tuer (...). Les parents et amis la vont prendre, lui font fouiller la terre en plusieurs endroits, la maltraitent jusqu'à ce quelle ait trouvé ce qu'ils croient qu'elle a caché. (...) Lors donc que les femmes prises pour sorcières ramassent les fragments de burgaux et de lambis ou de crabes, ils disent que c'est le reste qu'ils ont mangé que cette prétendue sorcière avait mis dans la terre (...)  Ils lui fond des entailles sur le corps, avec leurs dents d'agoutty, la mettent tout en sang, puis la pendent par les pieds, luy fourrent du piment dans la nature, lui en frottant les yeux et la laissent plusieurs jours sans manger ; enfin, un de ces bourreaux vient à demy ivre qui lui casse la teste d'un coup de boutou ou massue et la jette à la mer (...) Je le sais, pour en avoir sauvé deux de leurs mains."  (De La Borde, 10-12).   

Mais cette domination masculine possède une sorte de négatif, qui commence par une grande dépendance à la mère, qui emmène partout son rejeton, qui satisfait ses moindres besoins puis, vers un mois, a lieu un rituel traumatique, où on lui perce les lèvres, la cloison nasale et les oreilles, avec une grosse épingle en bois (De La Borde : 16)  et qui transforme les "mères pourvoyeuses de bien-être" (op. cité) en mauvaises mères. Si les femmes, donc, sont soumises aux hommes, leur personnalité  "est entièrement modelée par les femmes(op. cité).  Leur éducation semble avoir un effet profond et durable sur leur personnalité, car tous les chroniqueurs sont unanimes sur leur tempérament triste, rêveur et mélancolique, sujets à de fréquents cauchemars la nuit, sans parler de leur grande préférence pour la boisson plus que pour la nourriture, qui fait dire à l'anthropologue et préhistorien des Antilles : "Ils aspirent donc la nourriture en mangeant et les fantasmes de nourriture reflétés dans leur langage sont des fantasmes de succion dont l'origine remonte à leur première enfance(op. cité).   On ne sera pas étonné que ce type d'éducation provoque chez les hommes, dans leurs relations aux femmes, une jalousie maladive, qui les font suivre leurs femmes quand elles vont chercher du bois en forêt  (De la Borde : 21), qui "rentrent dans des fureurs effroyables si on leur refuse quelque chose" et "éprouvent le besoin physique de se saouler à la bière de manioc".  (Petitjean Roget, 1996).   Alors, encore comme dans de nombreuses cultures, on stigmatise et on punit la femme volage et adultère. Elle est  Imanchàcou (litt. "trou à poisson"), "putain", "garce" (CF : 297).  La femme est conduite par les autres femmes et battue par elles jusqu'au sang : c'est à la fois une stratégie de domination très répandue partout dans le monde, que de confier une partie de la domination par les dominés eux-mêmes, qui trouvent là une forme d'exutoire, un moyen de vengeance. L'épouse subit une autre humiliation, comme à sa puberté elle est tondue et assimilée à une étrangère, une captive. Le châtiment de l'homme fautif est différent et n'a pas la même portée humiliante  : on le fait jeûner, on  pose son hamac à l'écart, on le lave à cause de sa souillure, et on lui lacère le corps entièrement avec une dent d'agouti, devant tout le village : (F.C : 212).  

Beaucoup de chroniqueurs ont insisté sur la condition pénible des femmes caraïbes, qui ont de très longues journées de travail (ce qui contraste avec la journée des Tainos). Le matin, elle font  la cuisine, en particulier la cassave, une galette de farine de manioc, la base de leur alimentation, mais s'occupent aussi des enfants, "après, elles donnent à souper à leurs maris, soupent elles-mêmes, grattent, gragent le manioc et le pressent. Voilà l'emploi ordinaire des femmes de capitaines comme des autres. »(CF : 201).

 

L'après-midi elles jardinent, arrachent le manioc, quand elles ne sont pas obligées d'aller en "montagne où il y a bien souvent près de deux lieues pour quérir des racines de manioc, les unes filent le coton, les autres font la peinture rouge avec laquelle ils se teignent...car après qu'elles sont revenues de la montagne, elles ne cessent de travailler tant que le jour dure et puis encore auprès du feu, plus d'une heure de nuit, seule avec leurs filles garçons et maris, dorment. »

 

L'Anonyme de Carpentras : 156-157,  désigné ensuite par AC.  L'archéologue Jean Pierre Moreau a découvert ce manuscrit à L'Inguimbertine, la bibliothèque municipale de Carpentras (du nom d'un évêque et bibliothécaire du diocèse, Monseigneur Joseph-Dominique D'Inguimbert, 1683-1757), et ses recherches l'ont conduit à penser que l'auteur pourrait s'agir de Jean Rougeac Boucher Beauval, apothicaire à La Rochelle, qui a écrit le Traité de la colique bilieuse ou fièvre du Poitou. La Rochelle, 1673.

"Le narrateur décrit dans le détail le séjour forcé d'un flibustier le Capitaine Fleury et de son équipage effectué chez les Caraïbes de la Martinique entre la fin du mois d'avril 1618 et février 1620 pour réparer un navire" (Petitjean Roget, 1996).  

"Les hommes sont si sots et si ridicules qu'ils ne voudraient pas avoir touché à la besogne, ni mettre la main au travail des femmes. Ils mourraient plutôt de faim que de faire de la cassave, faire la marmite, le canari et comme les femmes ont coutume d'aller chercher et fendre le bois pour le feu, vous voyez ces pauvres sots les accompagner par jalousie, de crainte que d'autres ne les débauchent...Les femmes sont moins oisives que les hommes, elles sont comme leurs es­claves, font l'ouicou [mot tupi, alcool de manioc], les canaris [grande marmite], les platines [grands disques en céramique destinés à cuire la cassave] et les marmites.(de La Borde : 21-23, op. cité)

 

Aux femmes, aussi, le domaine de la cueillette des plantes, vivrières ou médicinales, en particulier celles qui provoquent, en cas de besoin, un avortement.  

Il n'est pas très simple de qualifier le type de pouvoir aux Antilles pour la période précoloniale. Il y a d'évidence des volontés de former des Etats structurés et bien délimités. Tout d'abord, c'est encore relaté par Oviedo, les "querelles de frontières figurent parmi les trois causes de guerres indigènes(Dreyfus, 1980), en plus de droits de pêche et de défense du territoire contre les attaque des Caraïbes. D'Anghiera (1457-1526), quant à lui, déclare : "Tous les insulaires attachent une grande importance à connaître les frontières et les limites des divers états. En général ce sont les nitaines, c'est-à-dire les nobles (tel est en effet le nom qu'ils donnent aux nobles) qui veillent à ce travail : aussi sont-ils d'habiles arpenteurs de leurs propriétés et de leurs états" (D'Anghiera, op. cité). On voit là, bel et bien se dessiner des différences de classe.  Les habitants d'Haïti n'ont sans doute pas institué une propriété privée individuelle étendue à tous les biens, mais on voit bien que des biens fonciers appartenaient en propre à des groupes familiaux, voire à d'importants caciques eux-mêmes. D'autre part, ils n'utilisaient pas de monnaie, pour les échanges, mais parfois le troc,  avec certains objets rares parfois, comme les précieuses parures d'or que les Taïnos nommaient guanines et les Caraïbes, caracolis (Petitjean Roget, 1996).  Un autre élément de propriété est le fait qu'à la mort du cacique, on répartissait ses biens mobiliers entre plusieurs chefs  (Oviedo, op. cité : Livre V, ch. 3).  Par ailleurs, l'extrême sévérité des châtiments concernant le vol indique aussi qu'une forme de propriété  existait  (Saint-Louis. 2004) 

"Car si quelqu'un était surpris en train de voler, aussi petit que fût le larcin, ils l'empalaient tout vif, comme l'on dit qu'il se fait en Turquie, et le laissaient ainsi embroché à un arbre ou un bâton, jusqu'à ce qu'il rendisse l'esprit (...)  Que s'il advenait qu'un tel délit eût été commis,, il n'était pardonné ni dissimulé pour raison de parenté ou d'amitié quelconque, et qui plus est, ils tenaient pour une grande erreur de vouloir intercéder ou obtenir le pardon pour une elle peine,  ou encore qu'elle fût réduite à une sentence plus douce et plus modérée. (Oviedo, op. cité).  

Pourtant, d'autres aspects, empêchent de catégoriser de manière claire cette organisation sociale dans son ensemble, comme le travail,  car "nous sommes frappés, à la lecture des textes, de voir qu'à la différence de ce qui s'est passé au Mexique et dans les Andes aux lendemains de la conquête, les Espagnols n'ont jamais réussi à mettre au travail (au sens européen du terme) les indigènes d'Aiti dont l'habitude quotidienne était de vaquer seulement le matin aux diverses activités de production puis, après un repas vers midi, de passer le reste du jour à « danser, chanter ou jouer à la balle » [Las Casas, op. cité]. Comment, donc, accumulait-on les offrandes et les tributs destinés aux caciques et les surplus qu'ils drainaient ?(Dreyfus, 1980)

La réponse est sans doute en partie dans la grande réserve de main d'oeuvre que devaient offrir les naborias, puisque tous les chroniqueurs témoignent de la grande étendue des cultures (de tubercules, surtout), parfois à perte de vue, des alignements remarquables de buttes artificielles, au sommet aplati, que les Espagnols appellent montones, et Christophe Colomb de s'émerveiller au-dessus de la vallée de Magua, à la vue des terres partout cultivées  (op. cité). Et pourtant, les habitants, qui ne connaissaient même pas la houe, disposaient essentiellement d'un bâton à fouir pointu (coa) pour cultiver leurs champs, pour la cueillette ou l'essartage, d'épées en bois (macana) pour tasser les buttes de terre, ou encore de haches de pierre ou d'autres instruments, de bois, de coquillages et de roseau.  Rappelons au passage que des historiens de Berkeley, Sherburne Friend Cook et Woodrow Borah, avaient frappés les esprits, en 1971, dans une étude (Essays in Population History. Mexico and the Carebbean. Vol. I. Univ. of California Press, 1971) où ils affirmaient qu'Haïti comptait avant la conquête environ huit millions d'habitants (plus de 100 habitants au m² !). Ce chiffre est très probablement exagéré, mais il permet, en plus d'autres connaissances, de montrer en particulier que société d'abondance ne rime pas forcément avec technologique avancée (d'autant plus que l'abondance, le bien être sont des notions très variables selon les individus et les cultures).   

 

Nous ne lancerons donc pas dans des catégorisations pour définir le type d'organisation de pouvoir qui est décrit ici, sur la nature d'une société tribale ou de chefferie, car on voit bien là le défaut des classifications :  Clastres  affirmait péremptoirement qu'il n'y a que deux sortes de sociétés, à Etat ou sans Etat, ces dernières étant des "sociétés de refus du travail" (Clastres, 1974). On voit bien que chez les Taïnos, cela s'accompagne de pouvoirs structurés, parfois coercitifs, de certaines formes d'inégalités sociales : il y a des gens dont la liberté est restreinte, des chefs qui ont toutes sortes de privilèges, qui peuvent obliger des gens à les servir, parfois à sacrifier leur vie, etc. Dans le même temps, combien de gens, aujourd'hui, seraient très enchantés de travailler seulement le matin pour se divertir, paresser ou s'enrichir culturellement le reste de la journée ? Par ailleurs, comment ne pas avoir une réflexion approfondie sur la gestion du temps dans les sociétés capitalistes, qui, nous le verrons est souvent un outil d'asservissement, alors que dans nombre de sociétés d'économie traditionnelle, il était facteur de créativité et d'émancipation, comme pour ce capitaine et entrepreneur antillais qui pouvait prendre des semaines à aller et venir de la forêt pour choisir son bois, réfléchir à son projet, et l'élaborer avec ses partenaires de travail, qui étaient loin d'être pour lui de serviles employés ou salariés. 

                   

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