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 نكبة 

   Le drame palestinien 

           LE  LIVRE  NOIR 

                          DU 

             SIONISME   (V)

 al-Nakba, 2

           juin  - août 1948

 

 

 

                    Exil Palestine  (détail)  

                Jacques Cadet,      8 x 1.40 

                  2009

 Collection du Musée d’art moderne et contemporain de la Palestine.

...soyons clairs : ce musée n'existe pas, du moins physiquement. Pour l'instant, c'est un projet, un rêve, une prière, un défi au temps, aux nations, à l'histoire... au silence. Bien plus, à mon sens, que les deux autres collections consacrées au Chili et à Sarajevo, cet ensemble de peintures et d'œuvres illustre parfaitement le concept de "musée en exil", rappelant l'axiome d'André Malraux : "Un musée est d'abord une idée."

Le premier lot de pièces soutenant cette collection a été rassemblé à Beyrouth en 1978 par des membres de l'OLP, mais a rapidement disparu sous les bombes, en 1982. En 2005, Gérard Voisin, artiste de l'UNESCO pour la paix, et Mounir Anastas, membre de la délégation palestinienne, ont eu l'idée d'un fonds d'œuvres pour la Palestine, mais cette collection resterait accessible aux seuls membres de l'UNESCO lors de conventions internes. L'artiste Ernest Pignon-Ernest, qui avait déjà mené la campagne "art contre l'apartheid" dans les années 1980, a lancé l'idée d'une collection solidaire pour la Palestine en 2015, avec Elias Sanbar, historien et écrivain, alors ambassadeur palestinien à l'UNESCO. Un an plus tard, un accord de partenariat a été signé avec l'Institut du Monde Arabe à Paris pour conserver, classer, répertorier et valoriser les œuvres proposées.

Nora Ounnas Leroy, "Où se trouve le musée national palestinien d'art moderne et contemporain ?", article de The Markaz Review, 12 décembre 2022.

                                                               

intro

 

 

Etat d'Israël, carte détaillée en cinq parties, de A à E, des localités palestiniennes touchées et presque toutes détruites par la Nakba de 1947-1948 et des colonies juives fondées par les sionistes depuis le début de la colonisation.  

cartes  basées sur  Nakba Map, de Zochrot 

      

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CARTE  A

CARTE  B

 

CARTE  C

CARTE  D

CARTE  E

      7 juin  

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- Le bataillon Barak de la brigade Golani opère un grand raid sur des villages au nord-ouest de Beisan (carte B), complètement vidés de leurs habitants après les différents assauts de l'année :  Danna, Al-Bira, Kafra, Yubla, Jabbul ou encore Al-Murassas, ce qui n'empêche pas les troupes de brûler habitations et récoltes (Morris, 2004 : 261-262).

 

- A Indur, à une quinzaine de km au sud-ouest du lac de Tibériade, la Brigade Golani, toujours,  brûle deux maisons (Abu-Sitta, 2010 : 95).

     8-9 juin

 

Opération Yoram, cf. partie 4.               trêve

      10/11 juin  

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- A Faqqua (Faqqu'a), à l'est de Jenin (carte B), aujourd'hui en Cisjordanie, la Brigade Golani fait exploser 30 maisons  (Abu-Sitta, 2010 : 95).

- A Indur, à une quinzaine de km au sud-ouest du lac de Tibériade (carte A), la Brigade Golani, toujours,  brûle deux maisons.

- Le 11,  le village de Julis,, au NO d'Ashkelon (carte C), subit une attaque israélienne juste après le début de la première trêve. Des femmes et des enfants sont abattus, des maisons sont brulées  (op. cité).

"La deuxième trêve a été violée dès son entrée en vigueur. Dans ses dix premiers jours, les forces israéliennes ont occupé des villages clés au nord d'Haïfa, autre poche laissée par elles de côté pendant un moment, comme elles l'avaient fait dans les villages du littoral, au sud de la ville. Damun, Imwas, Tamra, Qabul et Mi’ar furent ainsi capturés. Ceci acheva l'occupation de la Galilée occidentale.

Les combats se sont également poursuivis dans le sud pendant la deuxième trêve, alors que les Israéliens avaient du mal à vaincre les forces égyptiennes qui avaient été prises dans ce qu'on appelle la « poche de Faluja »."  (Pappé, 2006)

  trêve  :   Le 14 mai 1948, l'assemblée générale de l'ONU vote pour une trêve en Palestine et, la semaine suivante, habilite un médiateur, le Suédois Folke Bernadotte (1895-1948), comte de Wisborg, qui arrive le 28 mai avec son état-major politique au Caire. Une première trêve entre les belligérants s'étendra du 11 juin au 08 juillet de la même année, suivie de ce qu'on appelle la Campagne des 10 jours (8 juillet au 18 juillet), qui précède une seconde trêve, du 18 juillet au 15 octobre, décisions qui n'ont rien à voir avec la réalité du terrain : 

"La démolition était au cœur des activités israéliennes à partir du moment où la trêve est entrée en vigueur (officiellement déclarée le 8 juin, mais en pratique à partir du 11 juin 1948 et pour une durée de quatre semaines). Pendant la trêve, l'armée s'est lancée dans la destruction massive d'un certain nombre de villages dont les habitants avaient été expulsés : Mazar au sud, Fayja près de Petah Tikva, Biyar ’Adas, Misea, Hawsha, Sumiriyya et Manshiyya près d'Acre. D'immenses villages comme Daliyat al-Rawha, Butaymat et Sabbarin ont été détruits en un jour ; beaucoup d'autres ont été effacés de la surface de la terre au moment où la trêve a pris fin le 8 juillet 1948"

   16 juin  

 

-  Le JNF (Fonds National Juif) de Yosef Weitz, fait détruire complètement le village de Fajja, à l'est de Tel Aviv, frappé à plusieurs reprises depuis le début de la guerre, par le Palmah et l'Irgoun, ce qui avait causé l'exode de la plupart de ses habitants, sans parler des pressions exercées par les services de renseignements israéliens par une "opération de chuchotement" : "whispering operation" (cf. partie 4).  Le jour même, Ben Gourion note dans son journal que le village  a été détruit.  Complètement rasé, le site verra la construction d'un camp de transit pour immigrants en 1950, avant d'occuper les quartiers est de la colonie de Petah Tikva :   Yoseftal, Kiryat Elazar, Amishav et Hadar Ganim  (Zochrot,  Fajja) : cf. carte C. 

opération de chuchotement   :   "J’ai rassemblé tous les mukhtars juifs, qui ont des contacts avec des Arabes dans différents villages, et je leur ai demandé de chuchoter à l’oreille de certains Arabes, qu’un grand renfort juif est arrivé en Galilée et qu’il va brûler tous les villages du Huleh. Ils devaient suggérer à ces Arabes, comme à leurs amis, de s’échapper pendant qu’il était encore temps. Et la rumeur s’est répandue dans toutes les régions du Huleh qu’il était temps de fuir.

C'est ce qu'ils firent par myriades.  La tactique a complètement atteint son but. Le bâtiment du poste de police de Halsa est tombé entre nos mains sans un coup de feu. Les vastes zones ont été nettoyées, le danger a été écarté des voies de transport et nous avons pu nous organiser contre les envahisseurs le long des frontières, sans nous soucier de l’arrière."

Yigal Allon, dans "Le Livre du Palmah" (cf. partie IV), cité par David Hirst "The Gun and the Olive Branch", New York, Harcourt Brace Jovanovich, 1977, p. 130. 

      16 juin  

 

 

-   A Sabbarin, où les forces juives étaient déjà venu terroriser et attaquer la population un mois auparavant  (cf. partie IV),  20 villageois trouvent la mort au milieu des tirs et 100 personnes :  vieillards, femmes et enfants, sont parquées derrière des barbelés  (Abu-Sitta, 2010 : 95).

-   A Umm al Shauf, comme un mois auparavant  (cf. partie IV),  sept jeunes hommes sont de nouveau assassinés pour avoir refusé de divulguer une cache d'armes (op. cité).

      26 juin

 

Opérations LarLar (Lar Lar : Lydda - al-Ramla - Latroun - Ramallah) et Ludar (acronyme des villes de Lydda et Ramla), en préparation de celle de Dani, visant à  assurer le contrôle du corridor de Jérusalem, avec Latroun comme écueil récurrent pour les forces juives. 

 

Premier plan du médiateur de l'ONU, Folke Bernadotte, qui mettrait l'Etat arabe défini dans le Plan de partage de 1947 sous la coupe de la Transjordanie, émirat créé par les Britanniques en 1926 et devenu le royaume hachémite de Jordanie en avril 1946.  Selon ce plan, le territoire accordé aux Juifs serait  "réduit à 20 % de la superficie de la Palestine mandataire, au lieu des 55 % prévus et adoptés par l'ONU le 29 novembre 1947, et une confédération avec la Transjordanie. Ce plan est rejeté par tous les sionistes et les Arabes." (Wikipedia : Folke Bernadotte).  

      29 juin

 

A Qalqiya, à quelques km à l'est d'Hertzliya (carte B), l'IDF exécute quatre hommes qui ne répondent pas aux questions devant les villageois et une unité de l'armée Jordanienne (Abu-Sitta, 2010 : 95).  

      juillet

 

- A Kafr Manda,  à 16 km au NO de Nazareth, l'IDF exécute deux adolescents (carte A)

-    A  Qula, à moins de 20 km à l'est de Jaffa  (carte C), de "nombreux villageois de sexe masculin ont été tués, beaucoup ont été abattus ou brûlés vifs dans leurs maisons ; 50 combattants de Qula sont morts au combat pour prendre le camp britannique de Tel Levitsky." Par ailleurs, on rapporte un cas de viol d'une femme et le meurtre de  deux femmes âgées  (Abu-Sitta, 2010 : 95).

 8-18  juillet 

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L'opération Dekel ("Palmier"), dans le but d'attaquer les unités de l'Armée de Libération Arabe (ALA)  menées par Qawuqji dans la région ouest de la Galilée et autour de Nazareth, et de les détruire, et d'éliminer aussi les villages palestiniens, de la région entre Acre et Nahariya, en particulier. La 7e brigade ("Hativa Sheva") est à la manœuvre, c'est une brigade blindée surnommée "Saar me-Golan" ("tempête du Golan"), commandée par Haïm Laskov (1919-1982), et soutenue par les brigades Carmeli et Golani pour certaines actions.  Prévue pour le 7 juillet, cette dernière a été reportée d'une journée pour permettre le départ du mukhtar et d'un certain nombre de notables, avance Morris, qui  ajoute que L'ALA poussait les habitants (femmes et enfants en premier lieu) à quitter les zones de combat et à se réfugier à Nazareth   (Morris, 2004 : 416).   Comme pour d'autres zones de combat, W. Khalidi  contredit ces allégations. Sa propre enquête auprès d'anciens villageois, en 1973, indique que des représentants de l'ALA leur ont demandé pendant la trêve de ne pas évacuer les femmes et les enfants pour encourager les combattants à se battre avec acharnement, et que certains collaborateurs arabes des sionistes sont venus au village demander au mukhtar de se rendre, ce qu'il a refusé  (Khalidi, 1992 : 22).  

                                    OPERATION    DEKEL,  8 / 18 juillete 1948

        

      date

d'occupation

            localité

                    commentaires

9 juillet

Kuwaykat (Kuweikat)

Nord-est d'Acre, carte A. Le kibbutz Ha-Bonim s'est établi sur les terres du village en 1949 et sera rebaptisé Beyt Ha-'Emeq (B. HaEmek)

10  juillet

 Kafr Yasif

(Kafar Yassif)

Comme d'autres villages autour d'elle, la ville de Kafr Yasif, grâce aux bonnes relations entretenues avec les autorités juives a été préservée (voir carte A).

     Khirbat Jiddin

Le kibboutz Yehiam (Yechi'am) a été établi en 1946 par des membres de Kyriat Haïm (Qiryat Chayyim), dans la banlieue d'Haïfa Celui de Ga'aton sera fondé en 1948.sur une partie des terres également.

  8/14  juillet

        Julis

Grand village druze préservé

      Al-Makr            

Village demeuré sous loi martiale jusqu'en 1966 où la famille du grand poète Mahmoud Darwich se réfugia après la destruction d'Al-Biwa. C'est là que le poète a grandi. Le village sera intégré plus tard à un Conseil local arabe (type de gouvernement administratif israélien regroupant des localités à l'échelon local) formé des villes d'al-Makr et de Judeida en 1990.

I'Billin

ville mixte de musulmans et chrétiens surtout, préservée, env. une vingtaine de km au sud-est d'Acre.

Shefa-Amr (Shfar'am)

juste au sud de la précédente et mixe comme elle, dont une communauté druze

  15  juillet

       Kabul

au nord d'Ibillin, ville préservée

15/16   juillet

      Amqa            

Quelques km au nord-est d'Acre. N. Nazzal cite des témoins occulaires rapportant le bombardement continu du village jusqu'à la 2e trêve. "Le 20 août 1948, le Fonds national juif (FNJ) soumit un plan selon lequel 'Amqa (avec trente et un autres villages) serait le site [Amka] de nouvelles colonies juives. Le FNJ a établi la colonie d’Amka en 1949 sur les terres du village, directement au nord du site du village." (Zochrot : Amqa)

Al-Damun

Quelques kilomètres au sud-est d'Acre. Le kibboutz de Yas'ur (Yasur) a été en partie fondé en 1949 sur des terres de sa voisine al-Birwa mais utilise celles d'al-Damun pour son agriculture (Zochrot : al-Damun)

15/18   juillet

    Tamra 

A l'ouest des quartiers nord d'Haïfa, ville préservée aux nombreux réfugiés, mais dépecée de beaucoup de terres agricoles par l'Etat israélien, occupées par des colonies comme la petite ville de Mitzpe Aviv (Mitspe A.), une ville communautaire (Yishouv Kehilati : cf. partie IV)

       Mi'ar

Au nord-est de la précédente. Plusieurs colonies seront fondées sur ses terres : Le village communautaire de Segev, devenue Atzmon (A. Segev, Atsmon S.), en 1953, le moshav de Ya'ad, en 1974, le village communautaire de Manof, en 1980

  Yafi'a (Yafia, Yafa,           Yafi, Yafa

       an-Naseriyye) 

   

A la périphérie de Nazareth, ville arabe occupée mais préservée, et comme d'autres, placée sous loi martiale jusqu'en 1966

Uzeir (Uzayr)

idem, à quelques kilomètres au nord de Nazareth

    Kfar Cana

(K. Kanna, Kafr C.)

idem, un peu plus bas, petite ville mixte de musulmans et chrétiens, catholiques et orthodoxes.

       Rumana

idem

           Bu'eina

   (Bu'eine Nujeidat)

Idem, un peu plus au nord que la précédente

  15  juillet

Al-Mujaydal (Al-Mujaydil)

Ville dépeuplée et rasée, au sud-ouest de Nazareth. En 1950, desJuifs immigrés iraniens fondent la ville de Migdal HaEmek et en 1954, est fondé le kibboutz de Yifat (Yif at).

     Ma'Alul

Fondation du moshav de Nahalal en 1921 sur ses terres

  16  juillet

   Saffuriya

Quelques km au nord-ouest de Nazareth. L'histoire officielle israélienne, là encore, n'est pas identique à celle enseignée par l'enquête des historiens palestiniens, ici Nafez Nazzal, rapporte le témoignage des habitants racontant le bombardement de leur village par trois avions la nuit du 15 juillet, larguant «"des barils remplis d’explosifs, de fragments de métal, de clous et de verre". Les bombes ont tué et blessé un certain nombre de villageois, et beaucoup se sont enfuis dans les vergers pour se mettre à l’abri.» (Zochrot : Safuriyya). Plusieurs colonies juives se sont accaparées les terres du village : Le moshav de Tzipori (Tzippori, anc. Sepphoris, 1949), le kibboutz d'Hasolelim (1949), le village communautaire religieux d'Hoshaya (Hosha'aya, 1980), la colonie communautaire d'Alon HaGalil (1980) et le kibboutz d'Hanaton, en 1984 (Khalidi, 1992 : 352).

           Nazareth

La ville est rapidement conquise, et Ben Gourion, qui craint des réactions du monde chrétien, au lieu d'approuver comme ailleurs l'expulsion des habitants palestiniens  a demandé à Tsahal de "laisser en place la population majoritairement chrétienne" (Morris : 2004 : 597)

Reineh (al-Reina)

A la périphérie de Nazareth, ville arabe occupée mais préservée,

  17  juillet

     Nimrin

A quelqies km à l'ouest de Tibériade. La colonie Ahuzat Naftali (Achuzzat Naftali) créée en 1949 sur ses terres a progressivement décliné et a disparu.

   Lubya

Juste au sud de la précédente. Comme un peu partout ailleurs, des raids israéliens ont déjà eu lieu précédemment dans l'année : Le 20 janvier, on y déplore un habitant tué, le 24 février, une embuscade de l'ALA et de miliciens locaux fait plusieurs victimes dans un convoi juif. Partiellement détruit en 1948 comme de nombreux autres, le village sera démoli complètement en 1965 et les villageois rejoigneront comme d'autres les camps de réfugiés au Liban, en Syrie et en Jordanie. "Le nombre de réfugiés lubyens et de leurs descendants vivant dans le monde est actuellement estimé à environ 40 000" (Zochrot : Lubya)

           Hittin

Un peu au nord de la précedente. Le moshav d'Arbel est fondé sur ses terres en 1949 et celui de Kfar Zeitim, l'année suivante.

  18  juillet

Al-Ruways

Une dizaine de km au sud-est d'Acre. Rayée de la carte, elle profite à Yas'ur pour ses terres agricoles.

  Turan (Tur'an)

Quelques km au nord de Nazareth. Des habitations abandonnées par des Palestiniens ont été utilisées pour héberger des réfugiés arabes des villages voisins. Le village est resté lui aussi sous la loi martiale jusqu'en 1966

          Nahf 

​(Nahaf, Nahef)

Ville arabe à env. 20 km à l'est d'Acre. Occupée mais préservée, sous loi martiale jusqu'en 1966

           Al-Birwa

Tout près d'Acre, à l'est. Ses terres ont profité à Yas'ur (cf. al-Damun) et au moshav d'Ahihud (1950)

               Shaab

   (Sha'ab, Sha'b) 

au sud-est de la précédente, Le village était la ville natale et le QG d'Abu IS'af, chef d'une très bonne milice et considéré comme un héros pas de nombreyx Arabes de la région.

 

  

Mivtza An-Far : "Opération Anti-Farouk", qui ouvre ce qu'on a appelé la campagne des "Dix jours" (08 - 18 juillet) et qui fait suite à une première trêve entre les belligérants (11 juin - 08 juillet) .

 

L'opération a pour but d'éliminer les villages arabes de la région entre  Majdal (la future Ashkelon)  Ajjul (Tell el-Ajjul, Ajjul-Tell) et Tell-al-Safi (Tel as Safi, Tall-al-Safi, Tell es-Safi), deux villages à une vingtaine de kilomètres à l'est d'Ashdod. Cette opération vise l'armée égyptienne du roi Farouk et appelle à "la liquidation des villages de la région" (Giv‘ati Brigade HQ, ‘An-Far Operations’, 7 July 1948, IDFA 7011\49\\1), cité par Morris, 2004). Les Egyptiens rompent la première trêve, et  Shimon Avidan, à la tête de la brigade Givati, donne un ordre au 51 e bataillon, maintes fois transmis d'une manière ou d'une autre, nous l'avons vu, aux soldats du Yichouv :   לחסל, להרוג, לגרש ” :  lehashmid, leharog, u´legaresh,  "détruire, tuer et expulser"; en l'occurrence, les réfugiés campant dans la région. Déjà, en préparant l'opération, le 29 juin, Avidan  n'avait pas caché son intention "de précipiter la fuite des populations arabes de la région bornée par Qazaza, Jilya, Idnibba et Mughallis à l'est, Masmiya al Kabira et Qastina à l'ouest, et Hatta et Beit 'Affa au sud. Un ordre préparatoire à la conquête de Masmiya al Kabira, Masmiya al Saghira, al Tina, Qastina et Tall al Turmus a été produit par le 51e bataillon de Giv'ati pendant la première trêve, le 29 juin. Il parlait de la « liquidation » (hisul) des deux villages Masmiya et conquérir et « nettoyer » (bi'ur) le reste."  (Morris 2004 : 436). 

Les combattants Juifs conquièrent Tell el-Safi (carte C) la matinée du 9 juillet : "Après avoir pris le Tell lui-même, les FDI ont tiré sur les maisons du quartier, en bas de la pente, faisant accroître en masse les fuites, accompagnées de cris de panique . .'. Selon l'historien officiel de l'IDF, la chute de ce village clé a provoqué la fuite massive de plus de 10 000 Arabes de la région qui se voyaient coupés. . .' des forces égyptiennes et arabes irrégulières aux l'est et le sud" (Morris 2004 : 437).  Le 10 juillet, un témoignage israélien rapporte des meurtres indiscriminés de la part du  51e bataillon du La Brigade Givati, qui  "abat de sang-froid" dix paysans palestiniens, dont un très vieil homme. 

 

On trouvera ci-dessous l'ensemble des autres localités dépeuplées et rasées de la carte lors de l'opération An-Far, à quoi il faut ajouter un bon nombre de hameaux et de camps de Bédouins.    

    8-18 juillet

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                                    OPERATION    AN-FAR,  8/ 18  juillet 1948

                                            

                                      

         date

 d'occupation

            localité

                                          commentaires

 8/9 juillet

  (Carte C)

   

          Bayt Affa

        (Beit Affa)

A quelques kilomètres à l'est de Majda (la future Ashkelon)."Une fois le village occupé, des dizaines d’hommes ont été menottés, les yeux bandés et maintenus face contre terre. Lorsqu'une unité égyptienne a contre-attaqué, les Israéliens ont mitraillé des dizaines d'hommes aux yeux bandés" (Abu Sitta, 2010 : 95)

             Ibdis

   Tall al Turmus

Fondation en 1948 sur ses terres du moshav de Timorim

      Al-Jaladiyya

      Iraq Suwaydan

Fondation sur ses terres du moshav de Yad Natan, en 1953.

             Karatiya

Etablissement de divers colonies sur ses terres : Le moshav de Revaha, en 1953 ; celui ultra-orthodoxe de Komemiyut, en 1950, de Shahar, (en 1955, carte D) et du village communautaire de Nehora en 1955

   Zayta (Zeita)

Le kibboutz de Gal'on (Gal On, 1946) s'installera sur une partie de ses terres

Al-Masmiyya al Saghira

à l'est d'Ashdod, comme la suivante Le moshav de Kfar HaRif sera établi sur des terres du village en 1956.

      Al-Tina

juste au sud de la précédente.

         Al-Khayma

            (Kheima)

    11 juillet

Al-Masmiyya al-Kabira

 12/15 juillet

                  Ajjur

à une vingtaine de kilomètres à l'est de Majdal

      Deir al-Dubban             (Dayr al-D.)

         Al-Khayma

            (Kheima)

               Summeil

 (al-Mas'udiyya Summayl,

         Summil Gaza)

Le kibboutz de Kedma (1946) était déjà installé sur une partie de ses terres, puis en profiteront les moshavim de Nahala, de Sgula (Sgulla, Segula) et Menuha, fondés en 1953, et plus tard,le village communautaire de Vardon (1964)

        Bi'lin

Complètement incendiée, une partie de ses terres profiteront au kibboutz de Kedma (1946)

     Barqusya      

Complètement incendiée.

    16 juillet

             Qazaza

              Sajad

 Al-Khayma (Kheima)

               Jilya

          Idnibba

          Mughallis

A une dizaine de kilomètres à l'est d'Ashdod. Le QG de la Brigade Givati informe le Haut-Commandement des opérations que leurs forces ont "expulsé les habitants, fait exploser et brûler de nombreuses maisons" (Morris, 2004 : 437)

   8/18  juillet 

 

 

Opération Berosh, menée depuis Al-Dirdara (20 km au NO de Safed, carte A) contre une tête de pont sur la frontière syrienne. La zone ne pourra être démilitarisée qu'à compter de juillet 1949, lors de l'armistice entre Israël et la Syrie.  La colonie d'Eyal, fondée en 1947 sur les terres du village après l'expulsion des habitants, a disparu pendant la guerre, tout comme les deux autres tentatives d'implantation  : Ha-Goverim en 1948 et Ashmura en 1953  (Zochrot : Al-Dirdara)

 

"La perte des villages en 1948 a marqué la fin de la domination palestinienne en Palestine occidentale à plusieurs niveaux : physique, juridique et culturel. Sur les terres vides des villages, le nouvel État d’Israël a construit 350 nouvelles colonies juives en cinq ans, tout en augmentant considérablement la quantité de terres appartenant à l’État à 93 % de la superficie totale des terres, la plupart expropriées aux propriétaires palestiniens [les sionistes possédaient autour de 7% des terres de Palestine avant la Nakba, rappelons-le, NDA]. La façon de s’approprier les terres des réfugiés était la loi de 1950 sur la propriété des absents et la loi de 1953 sur l’acquisition des terres. Selon le premier, tout Arabe qui n’était pas à son lieu de résidence à une certaine date, quelle qu’en soit la raison, était considéré comme un absent. Par la suite, la loi sur l’acquisition des terres a confirmé de manière absolue et rétroactive le transfert des terres des réfugiés internes à l’État. Leurs terres ont été confisquées même s’ils n’étaient pas classés comme absents et s’abritaient dans leur propre village. Les agriculteurs palestiniens qui louaient les terres du village au nouveau gouvernement israélien devaient s’engager à ne pas employer de réfugiés originaires de ces villages, afin de protéger les premiers contre ce que le gouvernement appelait des « désagréments ». Même les gens qui avaient quitté leur maison pour se cacher dans le village voisin, ou même sur la colline suivante, comme dans le cas de 'Ayn Hud, n’ont pas pu récupérer leur propriété et ont dû la regarder du sommet de la colline voisine (jusqu’à ce jour).

Selon ces lois, la terre de Lubya était enregistrée comme terre d’État et divisée entre les colonies juives voisines. Les réfugiés originaires de Lubya sont restés à Deir Hana, Nazareth et dans d’autres villes. La destruction physique et les absences formelles, légales et humaines, ainsi que la mémoire réduite au silence et niée, ont transformé Lubya en un « lieu du vide »".

 

(Groag, 2006, cité par Zochrot - Lubya )

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"Les relations multiformes entre les autorités israéliennes et les Arabes israéliens de 1948 à 1967 sont décrites et examinées en détail, principalement sur la base de documents top secrets récemment déclassifiés de la police israélienne et du bureau du Premier ministre (les dossiers du Service général de sécurité ainsi que de Tsahal restent classifiés). Un sujet majeur est la montée de la classe des collaborateurs, examinant comment eux-mêmes, et parfois leur communauté, ont bénéficié de leurs actions, et comment les autorités ont imposé leur volonté aux individus par des moyens économiques et administratifs. Un autre sujet est le rôle du Parti communiste, qui était le principal canal d’expression nationale parmi les Arabes israéliens. En examinant l’infiltration frontalière, le point de vue des Arabes est exploré, à savoir le souhait des réfugiés de retourner dans leurs villages et de rejoindre leurs familles. Cohen démontre également que le service militaire obligatoire des Druzes n’a pas été facilement accepté par tous les dirigeants et membres de la communauté druze, contrairement aux déclarations publiques officielles israéliennes courantes."   (Rachel Simon, compte-rendu de l'ouvrage de Hillel Cohen traduit pour University California Press en 2010 : "Good Arabs: The Israeli Secu­ri­ty Agen­cies and the Israeli Arabs, 1948 – 1967" cf Cohen, 2006) 

L’opération Dani porte le nom d'un officier du Palmach, Daniel "Dani" Mass, tombé le 16 janvier 1948, alors qu'il commandait une action de secours connue sous le nom de "Convoi des 35", composé de combattants de la Haganah afin d'approvisionner Goush Etzion (Gush E.), un groupe de colonies alors composé de quatre kibboutzim (cf. partie IV). L'opération, sous le commandement de Yigal Allon, se déroule du 9 au 18 juillet et se fixe pour but d'étendre le corridor de Jérusalem en deux étapes.  Une première étape, du 9 au 12 juillet, prend pour cible Ramla et Lydda ainsi que leur arrière-pays Une deuxième étape (13-18 juillet), vise  l’autoroute Ramallah-al-Latrun, et le contrôle des villages autour d'elle. 


L'évènement le plus marquant de cette opération est sans doute la terreur déployée par les forces israéliennes dans les villes de Ramla et Lydda, bombardées dans la nuit du 9 au 10 juillet,  provoquant une grande panique.

[Ma] jeep a fait le virage et ici à... l'entrée de la maison d'en face se tient une fille arabe, elle se lève et crie avec des yeux remplis de peur et de crainte. Elle est toute déchirée et dégoulinante de sang – elle est certainement blessée. Autour d'elle, au sol, reposent les cadavres de sa famille. Toujours frémissants, la mort ne les a pas encore délivrés de leur douleur. A côté d'elle se trouve un paquet de haillons – sa mère, la main tendue, essayant de l'attirer dans la maison. Et la fille ne comprend rien. . . Est-ce que je lui ai tiré dessus ? . . . Mais pourquoi ces pensées, car nous sommes au milieu d'une bataille, au milieu de la conquête d'une ville. L'ennemi est à chaque coin de rue. Tout le monde est un ennemi. Tuer ! Détruire! Meurtre ! Sinon, vous serez assassiné et vous ne pourrez pas conquérir la ville. Quel [sentiment] cette fille seule a-t-elle suscité en vous ? Continuer à tirer ! Aller de l'avant! . . . D'où vient cette envie de meurtre ? Quoi, parce que ton ami . . . a été tué ou blessé, tu as perdu ton humanité et tu tues et tu détruis ? Oui! . . . Je tue tous ceux qui appartiennent au camp ennemi : homme, femme, personne âgée, enfant. Et je n'en suis pas dissuadé.

Témoignage de Gidéon, soldat aux ordres de Moshe Dayan (Morris, 2004 : 426) 

 

 

A Lydda et Ramla, l'aviation israélienne largue des tracts au-dessus des villes, le 11 juillet   :

Vous n’avez aucune chance de recevoir de l’aide. Nous avons l’intention de conquérir les villes. Nous n’avons pas l’intention de nuire aux personnes ou aux biens. [Mais] quiconque tente de s’opposer à nous mourra. Celui qui préfère vivre doit se rendre(Morris, 1986)

      12 juillet  

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Après le massacre, le même jour, perpétré dans la ville de Lydda, Ben Gourion ordonne à Allon et Rabin d'expulser les habitants  ("garesh otam"). Le lendemain, une attaque de l'ALA échoue, faisant 250 victimes palestiniennes. Rabin ordonne à la brigade Yiftah que "les habitants de Lydda doivent être expulsés rapidement sans tenir compte de l’âge." (Morris, 1987).  Dans ses Mémoires, d'abord censurées, le futur ministre écrira :  "La population de Lod n’est pas partie volontairement. Il n’y avait aucun moyen d’éviter l’usage de la force et des tirs de sommation afin de faire marcher les habitants sur les 10 à 15 miles jusqu’au point où ils ont rejoint la légion."  (Kurzman, 1998).  

"Le lendemain, un accord fut conclu entre Shmarya Guttman, le nouveau gouverneur militaire de Lydda, et les notables arabes locaux, selon lequel la population civile quitterait Lydda et se déplacerait vers l’est. À la tombée de la nuit, environ 35 000 Arabes palestiniens s’étaient dirigés vers l’est, vidant la ville (Shavit, 2013). Ils ont dû marcher pendant des kilomètres pendant une vague de chaleur estivale tout en portant leurs enfants et quelques biens dans des charrettes tirées par des animaux ou sur leur dos. Selon Shmarya Guttman, des coups de semonce ont été tirés de temps en temps et certains des réfugiés ont été dépouillés de leurs objets de valeur en cours de route par les soldats israéliens aux points de contrôle (Morris, 2004). Au cours de la marche, plusieurs réfugiés sont morts de déshydratation, de faim (d’autant plus que beaucoup jeûnaient à cause du Ramadan), de chaleur et d’épuisement. Les rapports concernant le nombre de Palestiniens morts varient. Nimr al Khatib a donné un chiffre de 335 (Morris, 2004), tandis que Benny Morris...a écrit qu’il s’agissait d’une « poignée et peut-être de dizaines »."  ("The Lydda Death March" Historically Accurate,  7 juillet 2021). 

Entre 80 et 100 hommes seront abattus à l'intérieur de la mosquée Dahmash et des pillages massifs sont attestés : 1800 camions ont été chargés de biens pillés (Segev, 1984 ; Abu Sitta, 2010 : 95)

Des enfants mouraient, tout comme des malades et des personnes âgées. Les morts étaient couverts de pierres, de branches et d'une prière rapide. Des enfants, abandonnés, erraient en pleurant.(Palumbo, 1987)

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              Ruines  du village palestinien de Suba, détruit par les forces israéliennes pendant l'Opération Dani, les 12/13 juillet 1948. A l'arrière-plan, la colonie juive de Tzova établie la même année sur les terres accaparées du village. 

       

      Photos par drone  de Hagai Agmon-Snir, 22 mars (Suba) et 6 novembre 2022 (Sataf) 

Wikipedia, articles "Suba, Jerusalem" ; "Sataf". 

 Ruines  du village palestinien de Safat, détruit par les forces israéliennes pendant l'Opération Dani, les 12/13 juillet 1948.

                                             

                                                               

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    10 juillet

 

A al-Abbasiya (Abbasiyeh), 13 km à l'est de Jaffa, un massacre de prisonniers a été perpétré par l'IDF (Aref Al-Aref, "al-Nakba : nakbat filastin wa'l-firdus al-mafqud  : "La Catastrophe palestinienne et le paradis perdu", 1956-1958, 3 volumes, Beirut and Sidon, Asriyya Press, Vol. 3, p. 582 ; H. Hamoudeh, “Al-‘Abbasiyeh 1921-1948 : La lutte d’un village palestinien”,  Abbasiyeh Villagers Association,  pp. 47-50  (en arabe) ;  Abdel Jawad, 2007,  p 115). 

   14-17  juillet 

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Opération Kedem (Qedem : "Est", "Orient") dont le but, comme son nom le suggère, est de prendre Jérusalem-Est, la vieille ville comprise. Elle est menée d'abord conjointement avec l'Opération Dani, à Maliha (cf. plus haut), qui a déj subi une attaque de la Haganah le 6 mars, s'était vidé d'une partie de ses habitants après le drame de Deir Yassin, en avril, avant des attaques féroces le 13 et 14 juillet, de l'Irgoun et de deux bataillons  du Gadna, acronyme de Gedudei Noar-youth (Régiments de la Jeunesse), fondé en 1941 comme "Strike Force" au sein du Palmach), sauvé deux fois par des irréguliers égyptiens et palestiniens, mais finalement repris par les Israéliens. Le 22 juillet, David Shaltiel déclare qu'al-Maliha er Ayn Karim (carte C) étaient aux mains des Israéliens , ce qui mettait fin à une "menace d'invasion égyptienne de Jérusalem" (Zochrot : al-Maliha).

     mi  juillet

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- Mivtza Ya'ar (Opération Forêt), destinée à conquérir Nazareth, prise le 15 juillet, et des villages alentour (tel Illut, juste à l'ouest), menée par les Brigades Golani et 7e Brigade blindée, commandée par le second de Laskov (cf. plus haut), le colonel canadien Ben Dunkelman, gouverneur militaire de Nazareth, qui sera remplacé le 18 juillet par Elisha Soltz, auparavant ministre des minorités, nommé par le gouvernement Ben Gourion pour diriger la ville et sa région, en coopération avec le maire de la ville, Youssef al-Fahoum : nous reviendrons plus tard sur cette question.  

 

Une fois encore, pour ne pas fâcher le monde chrétien, Ben Gourion fait attention à donner des ordres de tempérance à l'armée dans son action, et d'interdiction de pratiquer le pillage, et encore moins de profaner les établissements religieux (il mentionne les monastères et les églises mais pas les mosquées) dans ce "berceau du christianisme, saint pour plusieurs millions de personnes"    (Morris, 2004 : 418).  Le 16 juillet, les soldats de l'ALA prennent la   fuite,   à  la   grande  joie  des  habitants arabes,  qui  avaient  souffert de  « "tyrannie et d'humiliation.... les coups, les injures, les coups de feu et les détentions" qu’ils avaient subies aux mains des irréguliers palestiniens, dirigé par Tawfiq Ibrahim (« Abu Ibrahim ») et, par la suite (et à un moindre degré), aux mains des soldats irakiens de l’ALA. »   (op. cité : 419).   De l'autre côté, ils avaient des craintes concernant le comportement des vainqueurs, sur les viols commis dans les villages conquis, en particulier, dont ils ont eu des échos. Mais leurs craintes furent vite dissipées. Le lendemain, l'ordre est donné par Moshe Carmel d'expulser ("d'extirper", "de déraciner") de Nazareth tous ses habitants" (op. cité)mais Dunkelman est "choqué et horrifié" et refuse d'exécuter cet ordre. Dans les jours suivant la conquête de la ville, on estime à 15.000 le nombre d'habitants de Nazareth (30.000 auraient fui, surtout vers le sud Liban) qui s'ajoutent à 20.000 réfugiés (lajiin, en arabe).  Le nouveau ministre de la police Bechor-Shalom Sheetrit (Shitrit, 1895-1967) qui le restera jusqu'à l'année de sa mort, et qui est séfarade, soulignons-le), visite la ville et réitère en substance les propos du premier ministre quant à la précaution du pouvoir israélien de faire de Nazareth  une vitrine respectable de la guerre coloniale sioniste : "l'armée doit recevoir des instructions strictes afin de se comporter correctement et équitablement envers les habitants de la ville, en raison de la grande importance politique de la ville aux yeux du monde."   (Morris, 2004 : 420).  

 

L'occupation de Nazareth a bénéficié d'un traitement moins violent que dans la plupart des villes et villages conquis, à cause de l'importance, cela a été souligné, de la dimension chrétienne de l'affaire, mais elle a été aussi une autre vitrine de modération : celle d'une colonisation sympathique, où colonisateurs et colonisés pouvaient coopérer. Soltz n'a pas seulement recherché l'appui du maire (cf. plus haut), mais aussi des leaders locaux (communistes inclus) comme Sayf al-Din al-Zu‘bi, d'une famille opposée à celle du mufti.  Et là, on retombe sur les petits arrangements habituels entre élites dominantes et  dominées, pour qui le pouvoir et  la richesse comptent davantage que la fraternité ou le patriotisme.  Car notre homme est un courtier immobilier en cheville avec le Fonds National Juif, raison pour laquelle il fut l'objet d'une tentative d'assassinat en 1947   (Manna, 2022 : 53).  

   16  juillet 

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A Al-Tira (Haïfa), au sud de la ville, 28 villageois trouvent refuge dans le village d'Ayn Ghazal (Ein G.),  à une trentaine de km plus au sud, au NO de Tantura : ils sont brûlés vifs par des soldats de l'IDF.  Attaqué  par l'Irgoun en décembre 1947 (cf. partie IV),  le village avait subi d'autres assauts le 5 février et surtout le 22 avril, où, selon le New York Times, il a été la cible  "de tirs sévères de mortiers", au prétexte qu'il cachait une "principale base arabe", selon la Haganah   (Khalidi, 1992, 198)

 

  3e semaine 

      de juillet 

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L'Opération Shikmona,  du nom d'un port antique dont le site archéologique se trouve dans la ville actuelle d'Haïfa, débute la 3e semaine de juillet et a pour but de reconfigurer les voies de circulation de la ville, par un plan qui assure "un itinéraire pratique et sûr. . . entre Hadar Hacarmel et la partie industrielle [de la ville] et le krayot [c'est-à-dire la banlieue nord], pour sécuriser la route vers le port et réduire la main d'œuvre nécessaire à la garde dans la ville."  (Morris, op. cité).  

Cette opération va de pair avec la reconfiguration générale des banlieues d'Haïfa. Pendant la prise d'Haïfa, fin avril  (cf. partie IV),  les services techniques de la municipalité de la ville, en coopération avec le commandant  IDF de la ville, Yaakov  Lublini (Ya'akov L.) proposa un plan "d'implantation immédiate", pour la rénovation de grandes zones de la banlieue de la ville   (Morris 2004, 210)Pour activer ce  projet rapidement,  Ben Gourion rencontre le 16 juin Uriel Friedland (plus tard,  Shilon), directeur d'usine, officier supérieur de la Haganah pour Haïfa, pour établir un plan qui est rapidement ajouté à l'agenda de l'IDF.

 

Comme ailleurs, la dépopulation arabe forcée permet aux nouveaux maîtres de la Palestine de lancer de grands projets urbains et autres pour reconfigurer le pays au profit des Juifs. Un "Mémorandum sur les Travaux Urgents d'Amélioration d'Haïfa"  est lancé : 

"L'exode de la population arabe de Haïfa et la quasi-totalité évacuation de la Ville Basse et des quartiers arabes entre elle et Hadar Hacarmel, offrent une opportunité exceptionnelle pour les travaux d'amélioration liés à la destruction."  (Morris, op. cité).   Les immeubles voués à la destruction avaient d'ailleurs déjà été marqués, par d'autres plans antérieurs, et l'urgence de la situation revêtait des aspects vénaux qui ajoutent encore une fois l'exploitation économique à la domination politique, l'occasion de tels travaux pouvant "ne pas se reproduire à notre époque", mais surtout parce qu’étant meilleur marché que prévu, en termes d'indemnisations attendues, les démolitions pouvaient être mises en œuvre rapidement : "On peut aussi supposer que faute de preuves, peu de poursuites en indemnisation seront lancées " se réjouissent d'avancent les auteurs du mémorandum. On appréciera la somme de dégâts matériels et humains que représentent pour les Arabes la liste des immeubles marqués pour la destruction qui comptent "46 « petites maisons » dans le quartier de Vardiya, qui mettait en danger la circulation et la santé des Juifs (manque d'égouts) ; 15 immeubles entre les rues Ibn Gavirol et Herzl ; 17 bâtiments dans la rue Ibn Rushd ; 214 bâtiments sur la rue du roi George V  et destruction des bidonvilles de Wadi Rushmiya et Hawassa"  ( Mémorandum cité, non signé, non daté mais pourvu d'une lettre d'accompagnement d'Uriel Friedland à Ben Gourion, le 11 juin 1948, IDFA 782\65\\1186. La lettre est rédigée de la main de Ben Gourion : « Les institutions de Haïfa doivent veiller à ne pas rater cette opportunité. »,  dans Morris, 2004 : 211).

   24/26  juillet 

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 La Mivtza Shoter  ("Operation Policeman") est une opération conjointe des Brigades Golani, Carmeli et Alexandroni, visant le Petit Triangle (cf. partie IV), au sud d'Haïfa, dans le but de contrôler la route côtière Tel Aviv-Zikhron Yaakov-Haïfa, alors bloquée par les combattants arabes. La prise d'Al-Tira, vue au-dessus, a été pour cela une sorte de prélude. Ayn Ghazal, déjà attaquée plus tôt dans l'année, elle aussi  (cf. partie IV),  est la cible (tout comme Jaba /Jab'a, cf. carte A) de raids aériens, causant entre une quarantaine et une centaine de victimes selon les sources, dont 25 à 30 corps brûlés vifs.  L'IDF rapporte avoir trouvé le corps de 200 Arabes (Abu Sitta, 2010, 96)De même, à Ijzim ou Khirbet Qumabaza (Khirbat Q.), l'IDF trouve après les bombardements les corps de centaines de femmes, d'enfants et de personnes âgées  (Morris, 2004, 439)L'IDF fait une centaine de prisonniers militaires mais aussi une centaine de victimes arabes. Au matin du 28 juillet, ce sont "1400 femmes, enfants et personnes âgées arabes" qui sont transportées par l'IDF d'Ijzim à Lajoun, puis renvoyées à pied vers Jenin. Le lendemain, 24 personnes sont transférées dans le territoire qu'on nommera plus tard Cisjordanie (West Bank), puis 480 autres, alors parqués dans le camp de Daliyat al Karmil, le 31 juillet, et enfin  90 autres (7  hommes âgés, 44 femmes âgées et 39 enfants) sont transférés d'Istifiya à la Cisjordanie, le 23 août (op. cité)

Les jours suivant cette opération, l'IDF s'applique à réduire en cendres au maximum les villages d'Ein Ghazal et de Jaba. Le Premier Ministre jordanien, Tawfiq Abul Al-Huda, adresse un câble aux Nations Unies évoquant les villageois "« soumis au traitement sauvage le plus cruel connu de l'humanité. Les masses étaient. . . contraints d'évacuer leurs maisons. . ." (op. cité)  Le comte Bernadotte lui-même poussera des cris d'orfraie, accusant Israël de pratiquer des destructions systématiques à Ein Ghazal et Jaba, et réclamait réparation des destructions et retour des habitants dans leurs villages, alors que les Israéliens pratiquaient partout et depuis des mois une politique de terre brûlée, et qu'il s'apprêtait à proposer dans un second  plan (cf. plus bas) qu'on fasse cadeau aux sionistes de la Galilée et de la Transjordanie.  On  peut ajouter à ces foutaises politiques l'argument de Moshe Shertok, devenu ministre des Affaires Etrangères du nouvel Etat Israélien,  arguant du fait que la destruction des maisons d'Ein Ghazal et de Jaba a été limitée "aux immeubles dominant l'autoroute..." (op. cité)  

"Le 1er août 1948, Israël Eldad, un des trois dirigeants du Lehi, déclare, lors d'une réunion publique à Jérusalem : « Les combattants pour la liberté d'Israël adressent une mise en garde aux observateurs des Nations unies [et] aux généraux de Bernadotte […]. Nous emploierons contre les représentants d'un pouvoir étranger les mêmes méthodes que nous avons employées contre les Britanniques »

D'après Israël Eldad, la décision de tuer Folke Bernadotte est prise en août par les trois dirigeants du Lehi qui étaient alors le « Centre », plus haute instance du Lehi : Yitzhak Shamir, Nathan Yalin-Mor et Israël Eldad."   (Wikipedia : Folke Bernadotte).  

   date  de

 conquête

   en 1948

    

            localité

    

    

                                                commentaires

  

     

      Août 

    

               Isdud

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- Dix fellahin sont tués à Isdud, au sud d'Ashdod   (Abu Sitta, 2010 : 96). Différentes colonies ont accaparé des terres du village (carte C) : Les moshavot de Sde Uziyahu, Emunim, Shtulim et Beit Ezra,  en 1950, mais aussi le moshav  de Gan HaDarom, en 1953, le village communautaire d'Ezer, en 1966, et les quartiers sud d'Ashdod (Zochrot, Isdud). 

     

    1er août 

    

     Umm al Zinat

    

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- A 20 km au sud d'Haïfa (carte A). Plusieurs fois ciblée au cours des derniers mois (cf. partie IV),  Ben Gourion lui-même, dans son journal de guerre, rapporte des massacres aveugles, principalement sur des femmes et des enfants, puis quatre autres personnes, pour forcer les villageois réfractaires à une expulsion définitive des villageois. Deux des quatre sont tués dans la rue. Une autre victime est tuée à l'extérieur de la maison. Un jeune homme sera égorgé dans une maison deux jours après l'expulsion (Ben Gourion, "Yoman Hamilhamah" [Journal de guerre] 1947- 1949", éditions Gershon Rivlin et Elhanan Orren, Tel Aviv, Ministère de la Défense israélienne, 1983 ; Abdel Jawad 2007 : 117)
En 1949, le moshav d'Eliakim (Elyaqim) accaparera des terres du village pour son établissement. 

     

     6 août

        Zikrin

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- A une vingtaine de km à l'est d'Ashkelon (carte C). Trois ou quatre maisons explosées à la grenade et incendiées, environ dix hommes adultes, deux enfants et une femme sont tués, ces trois derniers prétendument "de manière "non intentionnelle"   (Morris, 2004 : 447)

Ruines d'Isdud,  vestiges de la tombe d'un saint au premier plan et  d'une école, à l'arrière-plan. Photo Khalid Khateb, avril 1991,

 

source :  Interactive Encyclopedia of the Palestine Question,  Isdud — إسْدُود

   24/28 août

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Opération Nikayon ("Nettoyage") ordonnée à la Brigade Givati, avec pour mission de "purifier" ("letaher") la région dans une bande côtière faite essentiellement de dunes de sable,  au-dessus d'Ashdod, entre Arab Suqrir,  Al-Nabi Rubin, la côte méditerranéenne et le chemin de fer  entre Ashdod et Yibna.  Le 28 août, les hommes de Givati, dont les fameux Samson's Foxes ("Les Renards de Samson"), détruisent "la plupart des maisons en pierre, incendient les cabanes en bois, tuent 10 Arabes, en blessent trois et en capturent 3" , sans compter les animaux qu'ils abattent : 20 chameaux, des vaches et des mules.  L'un des soldats fait un récit détaillé des évènements et raconte l'espèce de  gaieté  ("alitzuf") avec laquelle la troupe se chargea de sa mission  (Morris, 2004 : 444). "Plus tard, ils capturèrent plusieurs Arabes « effrayés et choqués » dont « l’apparence misérable provoquait des sentiments mêlés de mépris et de pitié ». Les soldats se sont assis pour discuter de la question de savoir s'ils devaient ou non les tuer. En fin de compte, après avoir décidé, en plaisantant à moitié, qu'ils devraient ne pas les tuer mais les transformer en « puiseurs d’eau et coupeurs de bois » – comme Josué l'avait fait trois mille ans auparavant avec ses prisonniers gabaonites" –les troupes leur donnèrent à manger du pain et du fromage et de l'eau à boire." (Morris, op. cité).

 

   « comme des ennemis sous occupation »

De 1948 à 1966,  les autorités d'Israël vont instaurer un gouvernement  qui va étouffer la vie des Palestiniens vivant au sein du nouvel Etat, les confinant dans des zones délimitées qui sont autant de ghettos. Pendant dix-huit ans, c'est une administration militaire du pays "qui a restreint leurs déplacements, contrôlait presque tous les aspects de leur vie et servait d’instrument à l’expropriation de la majeure partie de leurs terres (Sa’di 2005 : 7-26 ; Jiryis 1976 ; Lustick 1982 ; Kamen 1987 : 484-9, 1988 : 68-109 ; Falah 1996 : 256-85 ; Benziman et Mansour 1992 ; Kretzmer 1987)" (Masalha, 2012 : 5).  Et l'historien palestinien d'expliquer que le gouvernement militaire israélien déclare les villages palestiniens "zones militaires fermées", comme le seront ceux qui font partie du Triangle et que la Jordanie cèdera à Israël en 1949. Malgré la promesse du gouvernement israélien de traiter les Arabes vivant sur le territoire israélien comme des citoyens  à part entière, "il les traitait comme des ennemis sous occupation, et le régime militaire était le principal outil qu’il utilisait pour les contrôler. Les tactiques comprenaient un contrôle strict des mouvements et de l’organisation des Palestiniens, la répression de toute tentative de résistance aux politiques répressives et la discrimination à leur encontre dans toutes les sphères de la vie"  ("Palestinians Under Military Rule in Israel, 1948-1966 — Governing the Lives of a Confined Population", article d'Interactive Encyclopedia of The Palestine Question). Le régime d'urgence, basés sur des lois britanniques de 1945, utilisait ainsi les articles 110, 111 et 124 pour restreindre ou empêcher la liberté de circulation, ou encore les articles 109 et 125  pour annoncer les zones fermées interdites aux citoyens arabes (op. cité). Les autorités délivraient des laissez-passer selon leur bon vouloir, favorisaient ceux qui coopéraient avec le gouvernement ou le parti Mapaï au pouvoir (ils y étaient, par ailleurs, encouragés), et toute activité au-delà des zones occupées devaient faire l'objet d'une permission spéciale, qu'elle soit nécessaire (travail, santé, etc.) ou récréative (achat de vêtement, par exemple)

Selon la résolution de l'ONU  sur la partition à deux Etats, un arabe, l'autre juif,  leur création devait aboutir au plus tard le 1er octobre 1948. Par conséquent, le mois de septembre a été marqué par des tractations de plusieurs États arabes, menés par l’Égypte, la Syrie et l’Arabie Saoudite. L'Arabie était favorable à l'établissement d'un gouvernement palestinien sous la direction du mufti, Hajj Amin al-Husayni, qui devait administrer les territoires sous le contrôle des armées arabes. L'Égypte, contrairement à la Jordanie, y était opposée  et a poussé à organiser une conférence nationale palestinienne à Gaza, qui s'est déroulée à la fin de septembre, et au cours de laquelle a été mis en place un « gouvernement panpalestinien » pour lequel le Conseil de la Ligue arabe choisit de nommer le financier Ahmad Hilmi Pasha Abd al-Baqi (1882-1961) en tant que premier ministre. Membre du Haut Comité arabe en 1936, nationaliste, il avait créé, en plus de la banque arabe, "la Banque agricole pour fournir des crédits aux paysans, la Banque nationale arabe et le Fonds national pour sauver les terres arabes menacées de saisie par les sionistes. Il a mis en place le projet Dunam dont le but était de permettre à chaque Palestinien de posséder un dunam de terre dans les régions où les terres étaient menacées de saisie sioniste."  (Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, article "Hilmi Pacha Abd al-Baqi").  

 

Nur Masalha affirme qu'Israël et la Jordanie ont été "les deux bénéficiaires directs du démembrement de la Palestine, de son effacement du lexique politique, de la « redistribution » des Palestiniens (la Jordanie a formellement annexé la Cisjordanie en avril 1950) et l'élimination de leur leadership"  (Masalha, 2012, p.6).  Là où beaucoup arguent du fait que la Jordanie a accueilli beaucoup de réfugiés palestiniens, Masalha rappelle que les deux pays ont refusé de reconnaître aussi bien l'existence que l'identité propre du peuple palestinien, mais aussi  que "tous deux ont accordé la citoyenneté aux Palestiniens sous leur juridiction, tout en cherchant à éliminer l'identité palestinienne à travers l'Israélisation/Hébraïsation ou la Jordanisation/ l'annexionnisme ; tous deux ont pris des mesures pour empêcher les Palestiniens de commémorer des massacres israéliens et sionistes (Sayigh 1979 : 111 ; Cohen 2010 : 144) ;  les deux pays ont occupé les deux moitiés de Jérusalem ; les deux régimes ont produit une culture politique hégémonique et s'appuyait sur une combinaison de coercition et de persuasion conçue pour subordonner les Palestiniens ; tous deux imposaient un système de contrôle strict et la surveillance de leurs communautés palestiniennes – et un système de patronage par lequel les notables (nikhbadim en hébreu), les mukhtars de village, les chefs de hamula (clan) et les cheikhs tribaux étaient cooptés et intégrés dans leur système de contrôle ; les deux pays ont utilisé les murs de la peur et leurs services de sécurité intérieure (le Shin Bet en Israël et le Mukhabarat en Jordanie) pour réprimer l'identité palestinienne et le mécontentement populaire (Cohen 2010 ; Sayigh 1979 : 110). Dans chaque pays les Palestiniens ont à la fois collaboré et résisté à leur dé-Palestinisation ; dans chacun d’eux, la « politique des notables » et des dignitaires demeure un obstacle majeur à la narration de l’histoire palestinienne et à la récente réaffirmation de l’identité populaire palestinienne. À la fois en Israël et en Jordanie, les élites politiques dominantes, au sein du gouvernement et de la société, continuent de remettre en question l’allégeance des Palestiniens (Massad 2001 ; Cohen 2010).

Masalha, op. cité, pp. 6-7

"Les camps sont toujours plus encadrés à certaines dates, par exemple le 15 mai (création d'Israël).  Quand nous étions enfants à l'école, avant 1967, les chars encerclaient les camps afin qu'aucune manifestation puisse avoir lieu contre le Déracinement [Nakba]. Ces jours-là, ils faisaient marcher les écoliers en file indienne, sur trois ou quatre mètres séparés et il nous était interdit de parler ensemble. Quand nous avions atteint notre rue, chacun de nous devait rentrer directement chez lui et y rester. Nous n’étions pas autorisés à écouter la Voix des Arabes [radio] du Caire ou de Damas (l'Arabie saoudite, Amman et Israël étaient autorisés). Les soldats remplissaient le camp tout le temps et écoutaient par les fenêtres pour savoir quelle station [radio] nous écoutions. Les gens mettaient des couvertures sur leurs fenêtres pour empêcher le bruit de s'échapper." (Sayigh 1979 : 111, cité par Masalha, 2012, p. 8).

masalha 2012, 6

 

                                                                   

 

 

 

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