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    ISRAËL,LE SIONISME
La colonisation juive  de la Palestine
                                   (XI)
        Les révoltes arabes  (2)
                 al-Buraq, 1929

        LES  TROUBLES  EN  PALESTINE

« Des arabes fanatiques massacrent des Juifs

    dans les divers quartiers de Jérusalem »

 

     Le Petit Journal Illustré, 8 septembre 1929

Illustration de couverture idéologisée des massacres d'al-buraq, dans ce quotidien créé par Moïse Polydore Millaud, banquier, magnat de presse, issu d'une famille juive  de l'ancien Comtat Venaissin (principalement Drôme et Vaucluse actuels).  

"Ces luttes se compliquèrent de ce fait que les Arabes sont héréditairement hostiles aux Juifs." 

 

"le premier soin de l'Angleterre fut de fonder dans ces régions des foyers juifs où sont venus se concentrer d'innombrables israélites venus de Pologne, de Russie, de Roumanie, voire d'Amérique."

 

"il n'y eut aucune fusion entre les diverses colonies juives. Il y eut même concurrence et rivalité, rivalité religieuse selon le rite, rivalité nationale et même rivalité politique. De là des luttes incessantes entre juifs habitant le même sol."

"Les Arabes, cependant, se montraient plus hostiles aux Juifs nouveaux venus qu'aux anciens, car les nouveaux ne cessent d'acheter des terres, et les Arabes redoutent de voir un jour tout le sol palestinien entre les mains des émigrants." 

 

(op. cité, p. 422)

Cinq années passent, entre 1922 et 1927 sans grave incident, et en 1928, est ravivé un conflit autour du Mur occidental (Kotel, Kosel Hamaaravi, HaKotel HaMa'aravi), plus couramment appelé le Mur des Lamentations (EL-Mabka, "le lieu des pleurs"), à Jérusalem, dernier témoin du second Temple, sacré pour les Juifs, qui forme, du côté occidental, la limite d'une aire non moins sacrée pour les musulmans, Haram-al-Sharif  (Haram-al-Chérif,  "le noble sanctuaire", que nous appelons "esplanade des mosquées", car elle abrite deux mosquées : la mosquée al-Aqsa et la mosquée d'Omar, plus couramment appelée "Le Dôme du Rocher". Le mur des Lamentations fait partie d'un ensemble de type waqf, dont le baron Edmond de Rothschild avait tenté vainement d'acheter une partie, tout comme le rabbi Haïm Hirschesohn en 1895 (Yossef Lang, "The Hirschensohn Family of Publishers in Jerusalem, 1882–1908", article de Kesher [journal académique d'histoire des médias juifs], n° 29, mai 2001) ou encore la demande du Vaad Leumi, le Conseil National Juif, d'exproprier le mur pour le donner aux Juifs (Wasserstein, 1978)En 1840 et 1911, les Juifs avaient souhaité installer un écran pour séparer les fidèles des deux sexes, mais aussi faire des travaux de réfection, chaque fois refusé par les autorités ottomanes, qui rappelaient que les Juifs avaient l'usage des lieux mais pas la propriété.  En 1922, la polémique avait refait surface et le Conseil Suprême Musulman (Suprem Muslim Council, SMC), avait communiqué tous azimuts sur le sujet, pour prévenir du danger d'une prétendue mainmise sur les lieux saints musulmans. Pendant la célébration du Yom Kippour ("le Jour des propitiations" dit "Jour du grand pardon") le 24 septembre 1928, les Juifs installèrent la fameuse cloison, des bancs pour les vieillards, interdits eux aussi, et la police britannique est intervenue pour enlever le matériel illégal, non sans violence envers des femmes en particulier, qui tentaient d'empêcher ce démantèlement, ce qui provoqua la colère des Juifs qui attaquèrent un poste de police  (Hillel Danziger, "The Kosel Affair, Guardian of Jerusalem", New York : Artscroll, pp. 452–470).  Certains Juifs appelèrent à la reconstruction du Temple, et au printemps 1929, Jabotinsky appela au cours d'une longue campagne à "l'insubordination et à la violence" (Mattar, 2006).  Il n'en fallait pas plus pour que le mufti Amin al-Husseini ravive avec force la polémique en convoquant une conférence islamique mondiale à Jérusalem tout début novembre, en faisant des appels à la prière très bruyants du côté du Mur des Lamentations. Pendant l'été 1929, il ordonne même que soit pratiqué une ouverture non loin du mur pour faire passer des mules le long du mur des Lamentations, qui ne manquaient pas de déféquer le long du parcours. Et ne parlons pas des tracts envoyés dans tout le monde arabe, affirmant que les Juifs prévoyaient de s'emparer de la mosquée al-Aqsa (Segev, 1999).    

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                  Welcome Jabotinsky

            Founder of Jewish Legion

   Contribute to KEREN HAYESOD

            Mitchell Loeb   (1889-1968) 

Juif d'origine polonaise, artiste, dessinateur           

                   Affiche de 1926

 

Cependant, du côté du riche clan Husseini, la cause arabe n'était pas la seule préoccupation. Le mufti saisissait probablement là une opportunité politique pour son clan qui commençait à connaître des revers dans les urnes (élections municipales de  1927), et qui, s'il n'écoutait pas l'exaspération sociale, risquait de se mettre  à dos l'opinion arabe.  Enfin, c'est un moment où les Britanniques, pour des raisons de paix civile, ont invoqué la législation ottomane sur la propriété et confirmer différents firman (du persan : "décret") royaux pour débouter à chaque fois les Juifs de leurs réclamations au sujet du mur.  Les Juifs ont répondu aux provocations du mufti par une provocation, en particulier, dont la nature sioniste  ne pouvait qu'attiser la colère des autochtones.  Ainsi, le 14 août 1929, pendant le jeûne de Tisha Beav (תשעה באב : "neuvième jour du mois d'av") des centaines de jeunes ont hissé le drapeau sioniste et chanté devant "leur" mur  l'hymne d'Hatikva (Hatikvah, Hatikqwa, הַתִּקְוָה : "L'espoir"), écrit par le Galicien Naftali Herz Imbe Samuel Cohen en 1888 :

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Kol ode balevav P'nimah
Aussi longtemps qu'en nos cœurs,
Nefesh Yehudi homiyah
Vibrera l'âme juive,
Ulfa'atey mizrach kadimah
Et tournée vers l'Orient
Ayin l'tzion tzofiyah
Aspirera à Sion,
Ode lo avdah tikvatenu
Notre espoir n'est pas vain,
Hatikvah bat shnot alpayim
Espérance vieille de deux mille ans
L'hiyot am chofshi b'artzenu
D'être un peuple libre sur notre terre,
Eretz Tzion v'Yerushalayim
Le Pays de Sion et Jérusalem.                               

 

 source  :  cf :  "hymne d'Hatikva",  ci-dessus

 

L'inflexibilité, l'attitude franchement hostile et provocante des autorités musulmanes seraient difficiles à comprendre dans un contexte paisible entre communautés religieuses. Pourquoi ne pas concéder aux Juifs la propriété de ce petit espace sacré si important pour eux ?  Tout d'abord, les musulmans considèrent que le mur des Lamentations fait partie de la mosquée d'Al-Aqsa, où, selon la tradition islamique, Mahomet avait attaché son destrier Buraq, avant de s'envoler au ciel durant la nuit (d'où le nom donné de "révoltes d'Al-Buraq" aux émeutes qui suivront).  D'autre part, ils craignaient que cette première étape ne soit suivie par d'autres pour transformer le site en synagogue  (Segev, 1999) Les actions et les propos déterminés des sionistes nous l'avons vu,  n'avaient cessé d'inquiéter les Palestiniens. En 1925, l'année, rappelons-le,  où il crée son mouvement révisionniste, Ussishkin ne prononçait-il pas un discours  en forme de déclaration de guerre aux Arabes, réclamant "un État juif sans compromis et sans concessions, de Dan à Beer Sheva, de la grande mer au désert, y compris la Transjordanie " ? En guise de conclusion, il avait proclamé  : "Jurons que le peuple juif ne se reposera pas et ne restera pas silencieux jusqu’à ce que son foyer national soit construit sur notre mont Moriah », une référence au Mont du Temple" (Segev, 1999)Cette ambition dominatrice, de conquête totale du territoire devenait un refrain de plus en plus courant chez les sionistes et ne pouvaient que provoquer la colère des habitants de Palestine. 

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 Al-bourak, cheval ailé à tête de femme et queue de paon, monté par Mahomet, pour aller de La Mecque à Al-Aksa, guidé par l’Archange Gabriel.   

           

                Art populaire, Tunisie, XIXe siècle

Reprenons maintenant le déroulé des évènements d'août 1929. Le 15 du mois, une foule de quelques milliers d'Arabes manifeste autour du mur des Lamentations, où un des cheiks de la mosquée d'al-Aqsa, Hassan Abu Al-Saud (Abou al-Saoud), prononce un discours incendiaire, et où la foule bouscule le bedeau (shammas), déchire ses vêtements, brûle des livres de prières, des supplications introduites dans les interstices du mur et aussi, du mobilier liturgique.  Le journal Doar Hayom (Do'ar ha-yom), journal révisionniste dont Jabotinsky est rédacteur en chef, publie un tract lui aussi enflammé, fondé en particulier sur des assertions du leader révisionniste, le Dr Wolfang von Weisl et "qui sur des points importants étaient incorrects" ("Rapport Shaw", mars 1930 : cf partie XII). Cette situation inspirera au journal Haaretz, le 18 août, le fameux dicton : "celui qui sème le vent récolte la tempête". Le 17, un incident banal survient qui montre, comme à beaucoup d'autres moments de l'histoire, combien des évènements mineurs, dans des moments de grande tension sociale, peuvent entraîner des réactions en apparence disproportionnées. Un jeune juif envoie par erreur une balle de football dans un plant de tomates appartenant à un Arabe, qui réagit en lui cherchant querelle et finit par le blesser gravement avec un couteau. Une rixe finit par éclater entre Juifs et Arabes, où de part et d'autres on compte une dizaine de blessés. La police finit par débarquer, arrête le premier coupable, mais est pris à partie par une foule juive qui s'en prend à la fois aux policiers et à leur prisonnier. Ensuite, la foule s'attaquera à des maisons arabes environnantes, blessant quelques occupants.  Suivent plusieurs jours d'agressions mutuelles entre Arabes et Juifs, à Jérusalem, principalement, mais aussi à l'extérieur de la ville. Le jeune joueur blessé finit par mourir de ses blessures le 20 août, et pendant ses funérailles, des Juifs en colère tentèrent en vain de rejoindre des quartiers arabes près de la porte de Jaffa, et se virent réprimander par voie de communiqué par l'Agence juive. Ensuite, l'escalade des violences a continué. Le 23 août, une foule arabe tue un étudiant et blesse le sacristain de la yeshiva (yechiva : école juive pour l'étude de la Torah et du Talmud) d'Hébron.  Le 24 août, c'est un véritable massacre qui se produit dans la même ville, où la communauté juive de l'ancien Yishouv a décliné le soutien de la Haganah, pensant que les Arabes ne s'attaqueraient jamais à eux. Et c'est en partie vrai, car les émeutiers s'en sont pris très majoritairement (4/5ᵉ) à des Juifs achkénazes, issus donc de la récente colonisation (Campos, 2007), s'attaquant à plus de la moitié des colonies juives, détruites ou évacuées par les autorités britanniques (Anderson, 2018). Par ailleurs, les colons abandonneront leurs projets d'implantation dans divers lieux, comme Acre, Naplouse, Beersheba, Ramle, Tulkarem, Beisan (Beit Shean) ou Gaza (op. cité). A Hébron, les Palestiniens causèrent le pire massacre de cette longue série d'assassinats qui allait encore se poursuivre, faisant près de soixante-dix victimes juives, dont une quarantaine d'étudiants et de maîtres de l'école juive. Une infirmerie, une synagogue ont été vandalisées, mais surtout d'horribles crimes (éventrations, mutilations, tortures, viols) ont été commis sur les Juifs, y compris par un membre arabe, au moins, des forces de police, Issa Sherif (Morris, 1999) Le même jour, d'autres communautés déplorent des tueries similaires mais de moindre ampleur dans des villages à l'ouest de Jérusalem, à Kfar Uria ou à Motza, où plusieurs femmes de la famille Mkleff (Maklev) ont été violées et assassinées, mais aussi à Tel Aviv.  Le lendemain, une autre famille, les Awn (A'oun), à Jaffa, musulmane, cette fois, dont le père était imam (Cheikh Abed Al-Ghani A’oun), a été massacrée par un policier juif, Shimchas Hinkis, condamné mais libéré par amnistie six ans après. D'autres crimes, une dizaine, ont été commis par des Juifs, en réaction à la violence subie.  Le lendemain, c'est un groupe de Juifs qui détruit en partie la mosquée Nebi Akasha, profanant des tombeaux de prophètes.  Le 29 août, de nouveau à Safed, et dans une moindre mesure à Ein Zeitim, c'est sur des membres du vieux Yichouv, parfaitement intégrés donc, au tissu social et notoirement antisionistes, car très conservateurs en matière de religion, que la violence extrême des assaillants a porté, faisant presque une vingtaine de victimes juives.  Il est donc clair que la montée des violences a déclenché chez les Arabes une fureur en partie aveugle, de celles causées par une exaspération extrême que l'on trouve régulièrement dans l'histoire de tous les peuples en révolte ou en révolution, qui explosent le plus souvent après une longue accumulation de mépris, d'indifférence, d'injustices et de souffrances, de doléances restées lettres mortes, de protestations demeurées sans réponse. C'est aussi l'avis du  Rapport Shaw,  qui souligne "que les frustrations palestiniennes ont engendré une « animosité raciale », mais précise qu’il s’agit d’un phénomène de second ordre produit par des frustrations politiques et socio-économiques."   (Anderson, 2018).  

 

Il est impossible, ici, d'établir un déroulé exhaustif des incidents qui ont eu lieu, en particulier dans les villes qui déplorent différents blessés et peu ou pas de crimes : Naplouse/ Nablus, Beisan, en particulier). En contrepoint,  il faut souligner le fait que des centaines de Juifs ont été sauvés par des familles arabes qui les ont protégés dans leurs foyers  (Segev, 1999).  Au total, on déplorera la mort de 133 Juifs (et 339 blessés) et de 116 Palestiniens, qui compteront 232 blessés dans leurs rangs  (Anderson, 2018). 

 

Différents leaders, intellectuels, journalistes et même poètes arabes, d'hier à aujourd'hui, élèveront en martyrs les meurtriers des émeutes du Mur des Lamentations, appelées par les Arabes "révoltes d'Al-Buraq"  : ثورة البراق, Thawrat al-Burāq  (cf. texte collectif intitulé  Learning each other's historical narrative : Palestinians and Israelis, Prime, 2003). Quand le 17 juin 1930 sont exécutés Fuad (Fouad) Hassan Hijazi, ‘Ata Al-Zeer (Ataa Al-Zir, A. Zeir) et Muhammad Khalil Jamjoum, pour des crimes particulièrement horribles (et tandis que beaucoup d'autres ont vu commuer leurs peines), les gros titres du quotidien Filastin annonçaient : "Exécution de Fouad Hijazi, Ata Al-Zeer et Mohammed Jamjoum Un résultat de la politique de la Déclaration Balfour. Que le sang de ces martyrs, les justes les enfants de Palestine arrosent les racines de l’arbre de l'Indépendance arabe. Commémorez cette journée chaque année.(op. cité, p. 15).  

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              Emeutes d'al-buraq, Jérusalem, 1929            

                 

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  Pendaison d'Atta Al-Zeer, Fouad Hijazi et Muhammad Jamjoum (عطا الزير وفؤاد حجازي ومحمد جمجوم), 17 juin 1930. 

                 

 

 Les soulèvements d'al-Buraq ont dynamisé la résistance palestinienne contre le colonialisme britannique et juif, dans laquelle les femmes, encore une fois, ont pris une part active.  Le 26 octobre 1929, était lancé à Jérusalem le premier Congrès des femmes arabes palestiniennes (Palestine Arab Women's Congress, PAWC), issues le plus souvent des milieux élitistes. Pendant ce congrès, ont été discutés deux points de préoccupation principaux : « la déclaration Balfour et le refus de l'immigration sioniste en Palestine. Les femmes protestèrent également contre les brutalités policières et les punitions collectives employées comme politique par les Britanniques contre les Palestiniens. Après cette réunion, le Congrès des femmes arabes rédigea un mémorandum décrivant ses revendications et se rendit au siège du gouvernement du haut-commissaire à Jérusalem pour lui présenter ses doléances. Sur la photo [cf. ci-dessous], la délégation de femmes palestiniennes à l’entrée de la résidence du haut-commissaire britannique en 1929. De gauche à droite : Matiel Mogannam (deuxième), les sœurs Nasir, notamment Nabiha Nasir, fondatrice de l’université de Beir Zeit (quatrième et cinquième), et Basma Faris, directrice de l’école Mamuniyya (septième). (Bibliothèque du Congrès américain) ». 

 (Salam Awad, « EN IMAGES : Les Palestiniennes et la résistance anticoloniale dans les années 1930 », article du média Middle East Eye [MEE],15 mai 2024, édition française. 

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           Délégation de femmes palestiniennes

    Résidence du Haut-Commissaire à Jérusalem

                                       1929

                 (cf. texte de Salam Awad)

                 

 

Alors que la dépression économique, le chômage, les révoltes d'août 1929, avaient poussé beaucoup de Juifs à émigrer  à nouveau, l'arrivée au pouvoir d'Hitler allait bientôt inverser la tendance. Les sionistes avaient cependant retiré quelques avantages des tragiques évènements, notamment en recrutant des Juifs à la place de ces  Arabes qui avaient déserté à cette occasion les plantations d'agrumes juives et même des Juifs yéménites, qui ne sont pas affiliés à l'Histadrout. C'est une des mesures qui font partie du nouveau plan d'action des chefs sionistes, au premier rang desquels on trouve encore le fougueux Ben Gourion, qui cherche, dès septembre 1929, de nouveaux moyens de défense pour mettre à l'abri sa communauté tout en continuant d'augmenter sa puissance.  Il reprend ainsi à sa manière l'idée de la  "Muraille de fer" de Jabotinsky, mais aussi le vieux concept de maillage du territoire d'Edmond de Rothschild, déjà évoqué, en recommandant fermement d'implanter les nouvelles colonies en fonction de celles déjà installées, pour permettre une continuité territoriale érigée en mur de défense, mais aussi en insistant sur le recrutement d'une main d'œuvre exclusivement juive, là encore une disposition qui n'est pas neuve chez les sionistes, nous l'avons vu aussi  (cf. Teveth, 1985).  Comme souvent ces incitations viennent des dirigeants, et non des simples colons. Dans les grèves, comme celle des chauffeurs en 1931, arabes et juifs défendent d'abord ensemble leurs emplois, avant que la Histadrout ne pousse les travailleurs à créer un syndicat exclusivement juif. Depuis 1923 déjà, alors que les militants du Poalei Tzion Smol  ("Ouvriers de Sion de Gauche") avaient pris le contrôle du syndicat RWA (Railway Workers Association) et l'avaient renommé Union of Railway, Postal and Telegraph Workers  (URPTW) : “Syndicat des ouvriers des chemins de fer, postes et télégraphes”,  ils avaient déclaré le syndicat international, ouvert aussi bien aux Arabes qu'aux Juifs, provoquant une réaction de l'Histadrout, dont la direction décida en avril 1924  l'exclusion des communistes de ses organisations. L'orientation sioniste de l'URPTW, qui exclut définitivement 13 militants communistes, poussa beaucoup d'Arabes à quitter le syndicat et à l'été 1925, fut créée la “Société des travailleurs arabes de Palestine” (“al‑Jamiyyah al‑Umal al‑Arabiyya al‑Filastiniyya” , جميعة العمّال العربية الفلسطينية, ou “Palestinian Arab Workers Society”, la PAWS ("Le mouvement communiste en Palestine 1919‑1949")

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    Jaffa, transport d'oranges par dromadaires

              de producteurs palestiniens

                                      1927

                     Collection Frank Scholten

                   

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                   Jaffa oranges are best

                   Uriel Kahana (1903-1965)

Peintre et architecte d'origine ukrainienne  (Kiev), d'éducation hébraïque : son père était un érudit du hassidisme et sa mère était fille de rabbin. Kahana émigrera en Palestine dans les années 1920 ("Encyclopédie des Fondateurs et des Bâtisseurs d'Israël", vol. 18, p. 5411, Université privée juive de Touro, New York)

 

            Affiche sioniste     53 x 35 cm

                                   vers 1930

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 « Mangez de la matsa des grands moulins de la Terre d’Israël ! »

    Signé Zeev Raban "Bezalel"*

       né Wolf Rawicki (Ravitzki)

                (1890-1970)

      peintre, décorateur, designer industriel d'origine polonaise (Lodz)

    Affiche de propagande sioniste.

                    vers 1925

 

Peinture originale à l'aquarelle tirée d'une Haggadah  (Haggada de Pessah : récit de la Pâque) illustrée de l'auteur, jamais publiée.

La matzah ( מַצָּה, matsa, ) est un pain non levé ("azyme"), consommé au cours du Séder, repas rituel pendant la fête juive de Pessah (Pâques) commémorant la libération des Israélites de l’esclavage en Égypte. Le dîner comprend des lectures tirées de la Haggadah : cf. Livre de l'Exode, 12 : 15, "Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain..."

                   28.5  x  53 cm

       Les Grands Moulins de Palestine, 

filiale de l’Association juive de colonisation de Palestine.

* Raban émigre en Palestine en 1912 et enseignera à la Bezalel School of Art de Jérusalem entre 1912 et 1929.

      

 

"L’orange va devenir un symbole de l’idéologie sioniste. « L’Israël des oranges, c’est un Israël sans Arabes », résume un historien. Dès 1948, les Israéliens déposeront la marque Jaffa. Près de 5 millions de caisses par an seront produites jusqu’en 1970. Les investissements en budgets publicitaires sont considérables : « Jaffa est aux fruits ce que Coca-Cola est à la boisson. » En devenant une marque, la « Jaffa » a effacé la ville de Jaffa, absorbée aujourd’hui par Tel-Aviv.

Marina Da Silva, "Jaffa, histoire d'un symbole", article de blog du journal Le Monde Diplomatique, 15 mars 2010.

cf aussi :  "Jaffa, la mécanique de l’orange", un film documentaire de l'enseignant, producteur et réalisateur israélien Eyal Sivan, (2009, 88 mn). 

"L’expansion des plantations d’agrumes de Jaffa fut le résultat d’influences locales et mondiales. Localement, les agriculteurs arabes ont pu créer une nouvelle mutation d’orange, appelée shamouti, au goût sucré et à une écorce épaisse, ce qui la rendait particulièrement adaptée à l’exportation sur de longues distances. Cette innovation, ainsi que l’ouverture de nouveaux marchés mondiaux d’exportation, ont contribué à l’essor de la citriculture de Jaffa. Entre 1850 et 1880, la superficie des vergers d’orangers de Jaffa quadrupla. À la fin du siècle, les vergers d’orangers devinrent les investissements les plus lucratifs de la ville, et les agrumes devinrent la principale exportation de la Palestine."

 

"L’orange va devenir un symbole de l’idéologie sioniste. « L’Israël des oranges, c’est un Israël sans Arabes », résume un historien. Dès 1948, les Israéliens déposeront la marque Jaffa. Près de 5 millions de caisses par an seront produites jusqu’en 1970. Les investissements en budgets publicitaires sont considérables : « Jaffa est aux fruits ce que Coca-Cola est à la boisson. » En devenant une marque, la « Jaffa » a effacé la ville de Jaffa, absorbée aujourd’hui par Tel-Aviv.

Marina Da Silva, "Jaffa, histoire d'un symbole", article de blog du journal Le Monde Diplomatique, 15 mars 2010.

cf aussi :  "Jaffa, la mécanique de l’orange", un film documentaire de l'enseignant, producteur et réalisateur israélien Eyal Sivan, (2009, 88 mn). 

"L’expansion des plantations d’agrumes de Jaffa fut le résultat d’influences locales et mondiales. Localement, les agriculteurs arabes ont pu créer une nouvelle mutation d’orange, appelée shamouti, au goût sucré et à une écorce épaisse, ce qui la rendait particulièrement adaptée à l’exportation sur de longues distances. Cette innovation, ainsi que l’ouverture de nouveaux marchés mondiaux d’exportation, ont contribué à l’essor de la citriculture de Jaffa. Entre 1850 et 1880, la superficie des vergers d’orangers de Jaffa quadrupla. À la fin du siècle, les vergers d’orangers devinrent les investissements les plus lucratifs de la ville, et les agrumes devinrent la principale exportation de la Palestine." 

​Nadi Abusaada, "Jaffa : The Rise and Fall of an Agrarian City", article du 20 septembre 2020, Institute for Palestine Studies. 

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Jaffa, récolte d'oranges

par des travailleurs arabes,

dont deux enfants.

               

   Khalil Raad (K. Khaed)

             1854-1957

           

             vers 1935

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Affiche publicitaire en hébreu vantant les oranges de la marque Lord, qui reçoivent plusieurs prix en 1927 : meilleure caisse d’oranges emballée en Amérique et locale, et meilleure caisse d’oranges lors du Jaffa Orange Show

                      Ze'ev Raban

                        1927

Acteurs engagés d'une manière ou d'une autre dans la politique de ségrégation raciale en Palestine mandataire, aussi bien le syndicat Histadrout, l'Agence Juive que l'administration britannique "séparent rigoureusement dans leurs tableaux « Juifs » et « Arabes ». Une séparation statistique qui alimente la tendance à comparer les deux camps pour ainsi rendre compte de la compétition qui les oppose dans le partage du pays [Khalidi R., 2007 : 60]. A ce titre, la posture « dualiste » traduit d’abord la volonté sioniste d’y établir une communauté juive autonome et séparée de son environnement arabe, condition essentielle pour pouvoir bâtir son propre Etat. La production de données détaillées sur le secteur juif en expansion constitue également un aspect déterminant du plaidoyer pour requérir un plus grand soutien de l’Administration britannique et de la diaspora juive dans la colonisation , de même qu’elle permet la mise en œuvre de politiques économiques mieux adaptées aux besoins de la communauté juive. A posteriori, l’historiographie israélienne a ainsi considéré le développement de la communauté du Yichouv de manière autonome, en vertu des valeurs et des compétences importées d’Europe par la génération des pionniers, et indépendamment de ses rapports avec la société autochtone palestinienne. Les Arabes, eux, y apparaissent comme essentiellement primitifs et n’ayant que peu d’importance pour l’histoire du mouvement en lui-même [Asad T., 1975 ; Shafir G., 1989]."  (Al-Labadi, 2015). 

«chaque membre de la Histadrout devait payer deux cotisations obligatoires : la première “pour le travail juif” – fonds pour l’organisation de rassemblements… contre l’emploi des travailleurs arabes, et la seconde pour “produire juif” – l’organisation du boycott de la production arabe»   (Weinstock, 1979). 

« J’ai dû combattre mes amis sur la question du socialisme juif, pour défendre le fait que je n’accepterai pas les Arabes dans mon syndicat, la Histadrout, pour défendre la demande pressante aux ménagères de ne pas acheter dans les magasins arabes, pour défendre le fait que nous montions la garde dans les vergers pour empêcher les travailleurs arabes d’y trouver un emploi… pour verser du kérosène sur les tomates arabes ; pour attaquer les ménagères juives sur le marché et détruire les œufs arabes qu’elles avaient achetés… pour acheter des dizaines de dounams [de terres] à un Arabe mais pour interdire, à Dieu ne plaise, de vendre un dounam juif à un Arabe, pour considérer Rothschild, l’incarnation du capitalisme, comme un socialiste et le qualifier de “bienfaiteur” – faire tout ceci n’a pas été facile. »

David Hacohen, ancien directeur général de la société de construction Solel Boneh, qui appartenait à la Histadrout, cité par David Hirst, "The Gun and the Olive Branch", Nation Books, 2003, 2e edi., p. 185, citant Haaretz, 15 nov. 69 ; cf. "La Histadrout : instrument de domination coloniale et de propagande", article du site "Charleroi pour la Palestine", 1er mai 2009.

Le dirigeant travailliste Vitaly Viktor Haïm (Chaïm)  Arlozoroff  (Arlosoroff, Arlozorov, 1899-1933) ira même jusqu'à suggérer, en 1927, que le sionisme devrait prendre exemple sur la méthode sud-africaine d'exclure les travailleurs noirs des emplois qualifiés et syndiqués (Lockman, 1996)Il caressait, par ailleurs, l'idée d'une grande révolte juive déclenchée dans le but de s'approprier des terres arabes par la force, pour constituer un Etat juif  (Laqueur, 1972).  Le 30 juin 1932, il adressait une lettre confidentielle à Chaim Weizmann, dans laquelle il affirmait ses vues sur la politique sioniste, qui ne devrait être jugée qu'à l'aune du "rapport de forces entre les deux peuples en conflit dans le pays", état de choses qu'il détaillait ensuite. Au moment où il parlait, il estimait que "les Arabes ne sont plus assez forts détruire notre position mais se considèrent toujours assez forts pour établir un État arabe." La prochaine étape, selon lui,  sera atteinte lorsque "le rapport des forces réelles sera tel qu'il exclura toute possibilité d'établissement d'un État arabe en Palestine", après quoi, toujours selon Arlozoroff,  suivra une nouvelle, pendant lequel "les Arabes seront incapables de contrecarrer la croissance de la communauté juive",  jusqu'à atteindre un autre stade, "l'équilibre entre les deux peuples sera basé sur de réelles forces et une solution convenue au problème".  Et Arlozoroff d'ajouter que "dans les circonstances actuelles, le Sionisme ne peut se réaliser sans une période de transition durant laquelle la minorité juive exercerait un régime révolutionnaire organisé... au cours de laquelle l'appareil d'État, l'administration et l'establishment militaire serait entre les mains de la minorité". Enfin, il conclut que ces manières de faire "pourraient même ressembler dangereusement à certains états d'esprit politiques que nous avons toujours rejeté" 

(Chaim Weizmann, "The letters and papers of Chaim Weizmann : Volume II, Series B, Letters, december 1931— april 1952", Edition Barnet Litvinoff,  Jérusalem, Transaction Books, Rutgers University, Israel Universities Press, 1984)

affiche sioniste-acheter produits des colonies juives-années 1930-pasteque.jpg

 

« Achetez des pastèques bébraïques

      Suivez seulement ce signe »

          Otto / Otte  Wallish (1906-1977)

Graphiste juif d'origine austro-hongroise (Moravie, en Tchéquie actuelle), émigré en 1934 en Palestine. 

  Affiche de propagande sioniste

                    années 1930

banane juive-affiche sioniste otto wallish-vers 1935.jpg

 

« Seule la banane hébraïque porte la marque Fait en Israël »

          Otto / Otte  Wallish 

  Affiche de propagande sioniste

 Branche agricole de l’Union pour les    biens produits localement

                 vers 1935

 

 

                              BIBLIOGRAPHIE 

 

 

 

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