
AfriquE NOIRE PRÉCOLONIALE
DOMINATION et ESCLAVAGE [ XI ]
Traite négrière atlantique des esclaves :
La complicité des Royaumes africains
Une exploitation sociale en noir et blanc
« Là où les nÈGRES SONT MAÎTRES »
Atlas Catalan, détail
Portulan attribué à Abraham Cresques,
1375.
Manuscrit enluminé sur parchemin,
12 demi-feuilles de 64 x 25 cm chacune
Bibliothèque nationale de France,
département des Manuscrits,
Espagnol 30, folio 6.
"C'est ici que commence l'Afrique, qui se termine à Alexandrie et Babylone. Elle part d'ici et comprend toute la côte de Barbarie en allant vers Alexandrie, et vers le midi, vers l'Éthiopie et l'Égypte. On trouve dans ce pays beaucoup d'ivoire, à cause de la multitude des éléphants nés dans le pays, qui arrivent ici sur les plages. Tout ce pays est occupé par des gens qui sont enveloppés, de sorte qu'on ne leur voit que les yeux, et ils campent sous des tentes, et chevauchent sur des chameaux. Il y a des animaux qui portent le nom de Lemp [lamt, oryx, NDA], du cuir desquels on fait les bonnes targes [petit bouclier rond, de type médiéval écossais, NDA] ."
"Ce seigneur nègre est appelé Mussé Melly [Mansa Moussa, NDR], seigneur des nègres de Guinée. Ce roi est le plus riche et le plus illustre seigneur de tout le pays, à cause de la grande abondance d'or qu'on recueille sur ses terres."
Guinée : Au XIIe siècle, le géographe andalou Mohammed Ibn Abi Bakr al-Zuhri (vers 1130-1161), dans son Kitab al-Jaghrafiyya (Djughràfiyâ), "Livre de géographie", emploie le mot djinawa, qui se prononce guinawa, pour désigner la région occupée par l'Empire du Ghana. Ce vocable est à rapprocher du berbère guenawa (aguinaou, au Maroc) qui désigne les Noirs de l'Afrique occidentale (comme le mot Soudan, cf. Royaume de Wagadou). Dès le XIVe siècle, les cartographes européens, pour désigner certaines régions de l'aire géographique soudanaise (cf. lien précédent), utilisaient des termes arabo-berbères, empruntés à la langue des commerçants marocains en relation avec les Noirs. Les planisphères de Giovanni Di Carignano (vers1320) et d'Angelo Dulcret (Angelino Dulcert, vers 1339), parlent de ganuya, quand l'Atlas Catalan de Cresques (cf. image en exergue) utilise les termes de ginyia et Gineva (Tardits, 1988).
La traite des esclaves
dans les royaumes africains
XIIIe - XVIe siècle
Au XIIIe siècle, Les roitelets malinkés pratiquaient déjà l'esclavage avec les Maures (Musulmans) et les Marka de la boucle du Niger. Soumaoro Kanté (Soumaworo Kanta), le roi forgeron du Sosso proposa au roi du Manding (Mande, Manden) de s'unir contre les Markas (Soninkés) pour mettre fin à la pratique honteuse de l'esclavage, mais, "comme il était forgeron, donc de condition sociale inférieure, les Malinké méprisèrent son offre et furent insultants" (De Ganay, 1984). De son côté, nous l'avons vu, Soundiata Keïta réussit à constituer une fédération de royaumes appelé empire du Mali (Mandingue, Malinké) et aurait interdit l'esclavage, dit-on, par la "charte du Manden" ou "charte de Kouroukan Fouga", en 1236. Les faits montrent, dans tous les cas, le peu de poids qu'elle aurait eu après la mort de Soundiata. Il suffit d'évoquer la foule d'esclaves qui a suivi un siècle plus tard le roi du Mali Kangou Moussa (Mansa M, Kankou M., voir image en exergue). Les chroniqueurs arabes sont les premiers à documenter le sujet au XIVe siècle. Le géographe et encyclopédiste Al-Omari traite des guerres esclavagistes et le grand voyageur arabe Ibn Battûta (1304-1368) évoque dans son très long périple (1325-1353), au travers de sa Rihla (Récit, chronique de voyage), les occupations auxquelles étaient assignés les esclaves du Mali. Les chroniques du Tarikh-el-Fettach (de Mahmud Kati, 1468-1593) et du Tarikh-es-Soudan (d' Abderrahmane Es Saâdi, vers 1650) nous informent quant à elles du développement de l'esclavage dans le vaste empire agricole du Songhaï des XVe et XVIe siècles et nous renseignent en particulier sur les captures, les ventes, ou encore la traite transsaharienne à partir de Djenné ou Tombouctou (Meillassoux, 1975 ; Deveau, 2002).
Nous allons voir ainsi que le commerce et la traite intérieure ou intra-africaine des esclaves noirs n'a rien de marginal mais faisait partie de manière constitutive de nombreuses civilisations africaines, et ce, depuis de très longs siècles (cf. en particulier : La Nubie et l'Égypte des pharaons).
Carte du "Soudan" au XVIe siècle
Empires du Mali et du Songhaï
Issu du royaume de Gao, l'empire Songhai est progressivement constitué par Sonni Ali Ber (dit Chi Ali, 1464-1492), un grand stratège qui selon le Tarik el Fettach, aurait gagné toutes ses batailles, soumettant les Dogons, les Bambaras, les Mossis, les Touaregs, etc. (cf. carte ci-dessus), avec une cavalerie et une infanterie où on trouvait aussi bien des nobles que des esclaves et des captifs. qui asservissaient, parfois, à leur tour les pays vaincus. Sonni Ali Ber était honni des chroniqueurs musulmans par sa volonté d'imposer sa volonté aux lettrés de Tombouctou, les persécutant parfois jusqu'à la mort, eux qui n'acceptaient pas la forme d'islam syncrétique qu'il promouvait, où les religions ancestrales africaines avaient aussi leur place. Parenthèse vite refermée par la dynastie des Askia, le premier d'entre eux, Askia Mohammed (1493-1528) prenant le pouvoir avec l'appui des oulémas de Djenné, de Gao et de Tombouctou et achève s'islamiser l'empire, rapporte Léon L'Africain au XVIe siècle, dans sa Description de l'Afrique. Les princes du Songhaï possèdent de grandes propriétés rurales, où l'on cultive du mil, du sorgho et du riz dans les zones inondées par les alluvions du fleuve Niger. Léon l'Africain pourra ainsi noter : "L’abondance d’orge, de riz, de bétail, de poisson, de coton y est extrême" (Hassan al-Wazzan, Johannes Leo Africanus, dit Léon l'Africain, v. 1494-1527/1555, Description de l'Afrique). Ainsi, Askia Daoud (Dawud), de la dynastie islamisée des Askia, qui régna de 1549 à 1582, possédait "dans la province du Dendi, une propriété rurale appelée Abda, une plantation qui employait deux cents esclaves" (Tarikh-el-Fettach), sous la direction d'un chef d'esclaves, le fanfa/fanâfi (Paré, 2014) .
"Ces esclaves sont des captifs provenant des campagnes militaires menées par les empereurs. C’est ainsi que trois tribus, qui faisaient partie des serfs domestiques [dits "esclaves de case", NDR] des Malli-koï (gouverneurs du Mali), passeront sous l’autorité des Chi et des Askia : du temps des Malli-koï, ces tribus devaient labourer, par couple, 40 coudées de terre, la coudée équivalant à 50 centimètres. Par « serfs domestiques » il faut comprendre des esclaves depuis longtemps attachés à une famille et dont les descendants font partie des biens de cette famille. Les Malli-koi avaient pris leurs précautions pour se garantir une descendance servile. En effet, lorsque l’homme esclave se mariait, ces gouverneurs donnaient 1 000 cauris à la belle-famille pour maintenir en esclavage femme et enfants. Lorsque ces esclaves passeront sous l’autorité des Chi, ils seront répartis en groupes de 100 personnes, chaque groupe ayant la charge de 200 coudées. On peut donc parler d’une exploitation intense de la terre. Ainsi, l’Askia Daoud, qui a un domaine de 400 coudées (3 à 5 hectares), emploie environ 200 esclaves" (Paré, 2014).
Comme dans tous les royaumes du monde, le souverain n'est pas le seul à posséder de grands privilèges et c'est toute une aristocratie politique et religieuse qui se voit également octroyer des terres, mais aussi des tribus entières. "Les ulémas et les lettrés de Tombouctou seront particulièrement privilégiés par l’Askia Mohammed 1er." (op. cité). Recouvrant l'ancien royaume du Ghana et l'Empire du Mali, le riche empire du Songhaï fascine le souverain saadien El-Mansour en 1591, qui se lance à sa conquête et inféode progressivement les derniers askias songhaïs.
Dans sa Description de l'Afrique, toujours, Léon l'Africain raconte que le roi du Bornou, royaume issu de celui du Kanem, à l'ouest du lac Tchad (cf. Royaumes de Kanem-Bornou), montait une expédition chaque année pour capturer des esclaves. C'est même le commerce de l'esclavage terrien et militaire, une traite entre Africains exclusivement, donc, qui joua sans doute un rôle décisif dans la formation des grands royaumes ou empires médiévaux du Ghana, du Mali, du Fulani (Peul), du Songhay, du Kanem, etc., pour laquelle la traite orientale musulmane va jouer un grand rôle d'entraînement, et selon un des meilleurs historiens sur le sujet, Ralph Austen, ce serait 17 millions de personnes qui seraient tombés aux mains des négriers musulmans entre 650 et 1920, contre 11 millions environ pour la traite atlantique (cf. Ralph Austen, African Economic History , Londres, James Currey, 1987, p. 275.).
Filippo Pigafetta (1533-1604), légat du pape, Relatione del raeme di congo - et delle - circonvivine contrade ("Description du Royaume du Congo et des contrées environnantes"),
Rome, chez Bartolomeo Grassi, 1591 (2e et 3e édition Frankfurt, 1598 et 1624)
Texte recueilli en portugais du marchand Duarte Lopez, qui passa dix ans dans les royaumes d' Angola et de Congo, et traduit en italien par l'auteur.
Gravures de Duarte Lopes, 1591 [ 1 ] et des frères Johann (Jean, Ian) Théodore et Ian Israël de Bry, 1598
[ 2, 3 ],
1. Noble et serviteur
2. "Cannibales" et Amazones : les chroniqueurs occidentaux mêlent parfois une Afrique réelle à une Afrique fantasmée
3. Guerriers avec arc, flèches, et instruments de musique
En Afrique de l'Ouest, toujours, la plupart des Etats se forment vers le XVe siècle en pays Haoussa, Mossi, à Segou, au royaume du Gonja (cf. carte ci-dessous), dans le nord du Gnana actuel, ou encore chez les Akan, par l'action de petits groupes d'aventuriers qui étouffent dans le carcan des sociétés lignagères, et qui "entreprennent de construire de nouvelles formes de domination et d'exploitation." (Terray, 1988), qui pillent, rançonnent les populations vaincues. Les nouveaux monarques rendent justice, maintiennent l'ordre, organisent le sacré, comme dans beaucoup d'autres sociétés antiques, et prélèvent donc des impôts et des tributs. Dans certains endroits, comme en pays Akan, ce sont les esclaves qui sont écrasés de charge (cultivateurs du roi et de ses chefs, mineurs pour extraire l'or, porteurs dans les caravanes, etc.), les paysans ne versant alors qu'un modique tribut mais pouvant être mobilisés en cas de guerre. A Segu (Ségou) , au contraire, les esclaves servent de guerriers au roi pour imposer ses volontés aux villageois par la menace ou par la force. Par ailleurs, certains gouvernants choisissent une politique impérialiste de prédation, et d'autres une voie plus mercantile (Wilks, 1975), où la composition d'une nouvelle "bourgeoisie" presque toujours musulmane, potentiellement dangereuse pour les dirigeants, les oblige donc à beaucoup de réflexions sur leur statut, leurs avantages, etc. que le souverain doit leur accorder.
Voisin de l'empire du Songhaï, l'empire mandingue du Mali, contrairement peut-être à l'époque de son fondateur, Soundiata Keita, pratique tout autant le commerce des esclaves que son puissant voisin. En Gambie, où tous les centres commerciaux gèrent le trafic d'esclaves, les Mandingues se ravitaillent en esclaves chez les "Arriantas", terme probablement approximatif cité par le Portugais André Álvares d'Almada, en 1594 dans son Tratado Breve dos Rios de Guiné do Cabo Verde dês do Rio de Sanagá até os baixos de Santa Ana de todas as nações de negros que há na dita costa e de seus costumes, armas, trajos, juramentos, guerras, Biblioteca Pública Municipal do Porto, Ms. 603 / "Bref traité des fleuves de Guinée au Cap-Vert du fleuve Sanagá |Sénégal, NDR] aux bassins de Santa Ana, de toutes les nations africaines qui existent sur ladite côte et leurs coutumes, armes, costumes, serments, guerres"). Ces esclaves servent aux commerçants wangara (appartenant au groupe Soninké) de monnaie d'échange contre de l'or (Ly-Tall, 1981), tandis qu'en Casamance, ils permettaient au roi d'obtenir des chevaux.
Aire du Royaume de Gonja à son apogée au XIXe siècle
Localités du Ghana à l'apogée du Royaume
Cités de migration des fondateurs du royaume
sources : African History Extra
La traite atlantique : Les Portugais
XVe - XVIe siècle
Le 22 août 1415, les Portugais s'emparaient de Ceuta, pillaient cette place forte en face de Gibraltar et exterminaient les Maures qui s'y trouvaient, quand ils n'avaient pas fui. Le 25, Dom João I , le roi Jean Ier (1385-1433) armait ses fils chevaliers dans la mosquée transformée en église chrétienne, comme le seront les autres églises de la ville. Ceuta est alors le port le plus prospère du Maroc des Mérinides et "véritable carrefour des routes de caravanes de l’or et des esclaves en provenance de l’Afrique noire et des routes des épices et de la soie en provenance d’Orient et port d’exportation vers le Portugal et l’Europe du blé, du sel et du cuivre. Religion, conquête militaire et commerce étaient donc étroitement liés" (Martinière, 1994). Doté de nouvelles techniques : nouveau type de navire avec la première Caravelle, attestée en 1441 ; connaissance des vents et des courants nécessaires à la navigation hauturière, au-delà du Cap Bojador/Cap Juby, les Portugais explorent les côtes africaines, découvrent et occupent différentes îles : Madère (1418-1449), Les Açores (1427-1452), celles du Cap vert (1456), São Tomé-et-Principe etc., pour lesquelles Henri le Navigateur (1394-1460, Henrique o Navegador, Infante Dom H.), troisième fils vivant de Jean Ier, obtient le monopole de la navigation, de la guerre et du commerce, confirmé par différentes bulles papales (op. cité). On le voit d'emblée de multiples façons : Dès les premières installations de comptoirs commerciaux par les Portugais, l'Eglise catholique collabore pleinement avec le pouvoir civil aux actes de guerre et de colonisation en Afrique.
Chronique des faits de Guinée
Crónica dos feitos da Guiné
1453
de Gomes Eanes de Zurara (1410-1474)
folio 5v : Portrait de Henri Le Navigateur, dans l'encadrement de feuilles de chêne et de glands et devise de l'infant :
"Talant de bien faire"
folio 6r : Prologue orné du même encadrement et des armes de l'infant Dom Henrique, posées la croix de l'ordre militaire Saint-Benoît d’Aviz, et surmontées de la croix de l'ordre
du Christ, qu'on retrouve sans la croix dans la première
lettre ornée du texte.
manuscrit enluminé, 3e tiers du XVe siècle
commanditaire : Le roi Alphonse (Afonso) V
32 x 23 cm
Bibliothèque Nationale de France (BNF), Paris
Département des Manuscrits/ Portugais 41
Dans un certain nombre d'îles atlantiques (Cap-Vert, Canaries, São Tomé), puis à la fin du siècle dans l'arc caribéen (Hispaniola [Saint-Domingue : auj. Haïti et République Dominicaine], Cuba, Porto-Rico), et pour finir, aux Antilles et au Brésil, se développe l'économie de plantation, celle de la canne à sucre, en particulier, dans lesquelles seront employés des esclaves venus d'Afrique, et particulièrement du golfe de Guinée (Bénin), vendus par les souverains africains ou parfois, capturés directement. Leur long acheminement vers les côtes posait des problèmes de ravitaillement en eau en particulier, et "on estime qu’environ un tiers des esclaves atteignait la côte dans un tel état d’épuisement qu’ils ne pouvaient être vendus aux Européens" (Emmer, 2005).
Le 2 août 1444, débarque au port de Lagos, en Algarve (Portugal), le premier lot important d'esclaves. Ainsi, pendant 150 ans, le Portugal sera "la seule nation européenne engagée dans la traite négrière africaine" (De Almeida Mendes, 2008). Les Portugais désignaient par trato l'acte d'échanger des marchandises, de toute nature, mais aussi de dialoguer, d'entrer en contact (De Almeida Mendes, 2012). En 1471, le roi du Portugal Dom Afonso V se nomme rei do Algarve dalém mar em África, c'est dire s'il exprime sa volonté de domination sur l'Afrique conquise, pour lors les présides (postes fortifiés) marocains de Ceuta, Tanger, Ksar-el-Kébir, ou encore Arzila (Assilah), au nord, Azemmour, Mazagan, Safi, au sud :
"Jusqu’au milieu du XVe siècle, les campagnes militaires et les razzias terrestres menées sous la conduite du gouverneur de Ceuta, Duarte de Meneses, et de ses successeurs alimentent les marchés du travail de Valence, de Cadix et des villes de l’Algarve en captifs maures et africains. Juifs, musulmans et Africains apportent leur contribution à l’aventure en tant qu’individus plus qu’en tant que juifs ou musulmans, sans renier leur appartenance culturelle, ce qui déclenche à terme une hostilité à leur égard et une politique de différenciation" (De Almeida Mendes, 2012).
Au-delà, toujours au nom du roi Afonso V du Portugal, les explorateurs et navigateurs João de Santarem et Pero Escobar, découvrent de nombreuses contrées, en particulier sur les Côtes de Guinée. Les ravages de la peste noire causent un tel déficit démographique qu'on trouve dans le commerce des esclaves un moyen de le réduire, ce qui va amplifier de toute une économie de rapts, de razzias et de rapines, où femmes et enfants constituent, entre 1510 et 1530, "près des deux tiers des entrées humaines dans le port de Lisbonne" (op. cité). Ce n'est pas seulement le Portugal qui est concerné mais les villes du sud de l'Europe, qui reçoivent des afflux d'esclaves destinés à être employés aux travaux les plus pénibles et ingrats, ou les moins qualifiés : Malgré tout, en occupant des emplois, malgré leur statut dégradant, la présence grandissante de ces esclaves est perçue comme une menace pour les travailleurs manuels, les domestiques, et suscite parfois des violences, comme chez les vendeuses ambulantes de Lisbonne (op. cité).
Dès les premiers contacts avec les navigateurs portugais, les rapts opérés par ces derniers provoquent des réactions de peur et de défense, et on voit parfois s'organiser de vraies armées de protection, contre des diables blancs suspectés de "manger", sous-entendu de tuer par des pratiques magiques les Noirs qu'ils capturent ou qu'ils achètent, comme en témoigne le navigateur vénitien Alvise/Luigi da Mosto (Ca' da Mosto, Cadamosto, 1432-1488), lors de son voyage en 1455 en Sénégambie, pour le compte d'Henri le Navigateur, prince du Portugal. On apprend aussi qu'un fort portugais a été installé sur l'île d'Arguin (Mauritanie) et que les Portugais commercent avec les Arabes, présents bien avant eux dans la région, recevant d'eux des esclaves, de l'or et des plumes d'autruche, contre des draps, des toiles, de l'argent, des tapis et du froment "dont ces arabes sont toujours affamez" (L. da Mosto, récit de voyage écrit dans les années 1460, publié dans une compilation par Fracanzio da Montalboddo dans une compilation intitulée : Paesi novamente retrovati et Novo Mondo de Alberico Vesputio Florentino intitulato, éditions Vicence, Enrico di Sant’Orso, Milan 1507 / traduction française de Jean Temporal de 1556 éditée par Charles Schefer en 1895).
Parfois, ce sont des délinquants, ou prétendus tels, dont les rois se débarrassent de manière avantageuse, comme les 12.000 esclaves achetés par an au roi d'Angola par le premier gouverneur portugais d'Angola, Paulo Dias de Novais (dernier quart du XVIe siècle : Novais fonde Luanda à son arrivée, en 1575), petit-fils de l'explorateur Bartolomeu Dias. Pourtant, les missionnaires jésuites s'impatientent que la conquête africaine ne progresse pas assez vite et trouvent notre homme "trop mou et trop lent" (António Brásio, Monumenta Missionária Afričana [M.M.A], Lisbonne, 1952-1965, Vol. III, p. 145, document de 1576). Parfois, il ne s'agit que de conquête unilatérale, par la violence de la guerre, comme en 1588, où les mêmes Portugais conquièrent par la force une grande partie de l'Angola, où les conquistadores s'emparent non seulement des hommes mais de toutes les richesses possibles du pays : mines de sel (qui fait alors, office de monnaie d'échange), cheptel de bœufs et de moutons, huile de palme, porcs, nattes de raphia utilisés comme couchage, pots, etc., en violation de la charte accordée par la Couronne portugaise au colonisateur (Randles, 1969). Il faut dire que Novais avait renoncé à la paix et avait décidé tout ceci en représailles à l'assassinat de 80 de ses compatriotes et du vol de l'ensemble de leurs marchandises.
La traite atlantique :
Royaumes du Congo et d'Angola
XVIe - XVIIIe siècle
Carte du royaume du Congo
XVIe - XVIIe s
basée sur Randles, 2002
Les forts installés par les Portugais en Angola* (cf. carte : Muxima, 1599 [1] ; Massangano, 1583 [2] ; Cambambe (puis Dondo), 1604 [3] et Ambaca, 1611 [4]) sont environnés de petits états dépendant du Luanda, à qui les vassaux paient des tributs "en esclaves, en nattes de raphia et en vivre" (Randles, 1969). Au fur et à mesure, de plus en plus de métissages ont lieu, car il y a très peu de femmes blanches venues en Afrique (une pour dix hommes et à la fin seulement de la traite seulement). Les Blancs pénètrent peu dans le sertão (litt. "arrière-pays") angolais (climat, absence de cartes, sécurité,). Ils négocient directement dans les foires et marchés aux esclaves (feiras, pumbos) ou marchés des vallées de Kwanza (Kawanza, Cuanza, Kuanza, Quanza, Coanza) et de Lucala : Dondo (Cambambe), Beja, Lucala, Aco, Pugo Andongo : cf. carte ci-dessus), avec des commerçants ambulants (funantes, feirante), ils sont Nsonso (Soso), Hungu, Dembo (Ndembu), Ambuela, (Ambuila, Mbwila, Mbuila), où les Portugais, en 1665, ont vaincu dans une grande bataille les troupes du Royaume du Kongo (Congo), et décapitèrent le dernier manikongo (roi du Congo) indépendant, Nvita Nkanga, dit Antonio Ier du Kongo. Précisons que le Congo, peuplé majoritairement de populations bantoues, était composé de royaumes satellites (cf. carte ci-dessus), vassaux du pouvoir central (São Salvador), qui était d'autant plus lâche que les marches du royaumes en étaient éloignées.
*"Angola" était d'abord le titre du roi du Ndongo ou Dongo), avant qu'il ne désigne, au XVIe siècle, un petit territoire entre le Lucala et le Cuanza.
Dès la première moitié du XVIe siècle, le commerce européen permet aux vassaux du Congo de desserrer l'étreinte de la suzeraineté de l'Etat central et provoque des conflits sociaux et des guerres, comme celle entre le roi du Congo, le comte du Soyo et le duc de Mbamba, qui font beaucoup de captifs, au bénéfice des Portugais qui les achètent comme esclaves, rapporte un certain Pieter Zegers Ouman, en 1643 (Chanoine Louis Jadin, "Rivalités luso-néerlandaises au Sohio, Congo, 1600-1675", ouvrage du Bulletin de l’Institut historique belge de Rome, fascicule XXXVII, 1966, p. 240). Parfois, ce sont des délinquants, ou prétendus tels, dont les rois africains se débarrassent de manière avantageuse, parfois, ils sont prisonniers de guerre ou bien esclaves, mais aussi toutes sortes de gens, roturiers et nobles, surtout, ce dont se plaint le deuxième roi chrétien du Congo, D. Afonso Ier (Funsu Nzinga Mvemba, en kikongo, 1457-1543) auprès du roi du Portugal, D. João III (1502-1557), après avoir déploré que les marchandises portugaises se "répandent à travers nos royaumes et provinces en si grande abondance que beaucoup de nos vassaux, que nous tenions jusqu’ici dans notre obédience, s’en dégagent. C’est qu’ils peuvent désormais se procurer, en plus grande quantité que nous, ces choses mêmes avec lesquelles autrefois nous les maintenions soumis et contents dans notre vasselage et juridiction. Il en résulte un grand dommage tant pour le service de Dieu que pour la sûreté et le calme de nos royaumes et de nous-même.
Nous ne mesurons même pas toute l’importance de ce dommage, car les marchands enlèvent chaque jour nos sujets, enfants de ce pays, fils de nos nobles et vassaux, même des gens de notre parenté. Les voleurs et hommes sans conscience les enlèvent dans le but de faire trafic de cette marchandise du pays, qui est un objet de convoitise. Ils les enlèvent et ils les vendent. Cette corruption et cette dépravation sont si répandues que notre terre en est entièrement dépeuplée. V. Altesse ne doit pas juger que cela soit bon ni en soi, ni pour son service. Pour éviter cet abus, nous n’avons besoin en ce royaume que de prêtres, et de quelques personnes pour enseigner dans les écoles et non de marchandises, si ce n’est du vin et de la farine pour le saint sacrifice. C’est pourquoi nous demandons à V. Altesse de bien vouloir nous aider et nous favoriser en ordonnant à vos chefs de factorerie de ne plus envoyer ici ni marchands, ni marchandises. C’est en effet notre volonté que ce royaume ne soit un lieu ni de traite ni de transit d’esclaves, pour les motifs énoncés ci-dessus."
Lettre d'Afonso I au roi du Portugal D. João III, de Banza Congo, le 6 juillet 1526, dans "Correspondance de Dom Afonso, roi du Congo | 1506-1543, par Louis Jadin et Mireille Dicorato, Koninklijke Academie voor Overzeese Wetenschappe / Académie royale des sciences d'outre-mer, Brussel, 1974, p. 156).
C'est ainsi que, comme d'autres rois, ceux du Ndongo, appelés "ngolas" (d'où le terme Angola) se sont affranchis de la tutelle congolaise. Premier gouverneur portugais d'Angola, Paulo Dias de Novais, petit-fils de l'explorateur Bartolomeu Dias débarque le 20 février 1575 à Luanda et achètera 12.000 esclaves par an au roi d'Angola (António Brásio, Monumenta Missionária Afričana [M.M.A], Vol. III, p. 146, document de 1576), au pouvoir à Luanda et s'appuyant sur des territoires vassaux ("sobados"), dirigés par des chefs, "sobas" jouant sur de nombreux tableaux, "responsables à la fois de l’approvisionnement en esclaves destinés au lucratif marché atlantique, et de l’ouverture des routes vers l’intérieur des royaumes d’Afrique centrale-occidentale", mais aussi farouches défenseurs de leur indépendance et luttant pied à pied avec le colonisateur portugais, en particulier les sobas de Quissama (Kissama, Kisama), au sud du pays, et d'autres chefferies Mbundu (au nord et Ovimbundu au sud), l'ethnie alors prédominante de la région (cf. Flávia Maria de Carvalho, "Sobas e homens do rei : relações de poder e escravidão em Angola – séculos XVII e XIII" / "Sobas et hommes du roi : relations de pouvoir et esclavage en Angola – XVIIe et XIIIe siècles" , thèse de doctorat d'histoire, Editora da Universidade Federal de Alagoas [EDUFAL], Brésil, 2015). au p
Pourtant, les missionnaires jésuites s'impatientent que la conquête africaine ne progresse pas assez vite et trouvent notre homme "trop mou et trop lent" (op. cité, p. 145). En 1580, le roi d'Angola fait tuer à sa cour 30 Portugais et saisit leurs marchandises, valant 20 000 cruzados (op. cité, p. 190). Dès lors, Novais, à la tête de nouveaux conquistadores, renonce à la paix et se lance dans une conquête violente du pays, qu'il occupe pour moitié en 1583. Ses hommes s'emparent non seulement des hommes mais de toutes les richesses possibles du pays : mines de sel (qui fait alors, office de monnaie d'échange), cheptel de bœufs et de moutons, huile de palme, porcs, nattes de raphia utilisés comme couchage, pots, etc., en violation de la charte accordée par la Couronne portugaise au colonisateur (Randles, 1969).
Les nombreuses conversions au christianisme sont alors dues en partie à la supériorité des armes à feu des Européens, mais les valeurs de la religion chrétienne (comme on a pu le voir plus haut) a pu avoir comme conséquence, selon certains, "d’atténuer chez eux le despotisme tyrannique typique des États africains, et d’éliminer le cannibalisme" (Randles, 2002), D'un côté, l'auteur de História do Reino do Congo (vers, 1655) affirme : "Jamais chez eux [les Congolais] on ne mangeait de la chair humaine, pas même de ceux qu’ils tuaient en guerre, comme c’est la coutume générale en Angola, Matamba, Soyo, Loango [Luango, NDR], Anzicana [Nom ancien du pays bantou des Anzikos / Teke ou Bateke, NDR] et dans bien d’autres [royaumes] » (cité par Alfredo de Albuquerque Felner, "ANGOLA | Apontamentos sôbre a ocupação e início do estabelecimento dos portugueses no Congo, Angola e Benguela; extraídos de documentos históricos", Coimbra, Portugal, 1933). De l'autre, Raffaello Maffei da Volterra, dans son Commentariorum Urbanorum (Rome, 1506, f° 138), décrit comment, "à l’arrivée des premiers Européens, le roi Nzinga Nkuwu avait invité les Portugais écœurés à manger les têtes rôties de sept hommes, qui s’étaient suicidés en leur honneur" (Randles, 2002). De son côté, Duarte Lopez, par la voix de Pigafetta, affirme que les "Anzichi" sont "si fidèles et sincères, si loyaux et simples, qu'ils s'offrent pour la gloire du monde et que, pour plaire à leurs Seigneurs, ils leur donnent à manger leur propre chair." (Pigafetta, op. cité, p. 16).
Rois de Loango (Luango)
et de Congo
Planches de « l'Encyclopédie des Voyages, Contenant l'abrégé historique des mœurs, usages, habitudes domestiques, religions, fêtes, supplices, funérailles, sciences, arts, et commerce de tous les peuples..."
Jacques Grasset de Saint-Sauveur, ci-devant Vice-Consul de la nation Française en Hongrie
1796
dessins : J. G St Sauveur ; gravures de J. Labrousse
gravures coloriées à l'aquarelle
folios 85r et 95 r
Albert Eckhout (1610-1666), jeune peintre inconnu, originaire de Groningue, province du nord de la République néerlandaise, voyage pour la première fois hors des frontières de son pays et débarque dans la ville portuaire de Recife, au Brésil, le 23 janvier 1637, où il se met à peindre, au service du nouveau gouverneur général allemand de la colonie, le Comte Johan Maurits van Nassau-Siegen (Rebecca Parker Brienen, "Visions d’un paradis sauvage : "Albert Eckhout, peintre de cour dans le Brésil colonial néerlandais", Amsterdam University Press, 2006).
Portrait du roi Garcia II
huile sur toile 193 x 136 cm
1640-1641
Collection particulière
Portrait d'un ambassadeur
du Congo à Recife
huile sur papier 30 x 50 cm
v. 1637-1644
Biblioteka Jagiellońska,
Libri picturati 34, folio 5
Cracovie, Pologne
Portrait d'un ambassadeur
du Congo à Recife
huile sur papier 30 x 50 cm
v. 1637-1644
Biblioteka Jagiellońska,
Libri picturati 34, folio 3
Cracovie, Pologne
"En 1641, la WIC, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, s’empara des établissements portugais d’Angola et du Kongo. Les Néerlandais fréquentaient la région depuis le début du siècle pour y acheter des hommes et des femmes qui étaient déportés comme esclaves en Amérique. L’année suivante, une guerre éclata entre le roi Garcia II du Kongo et Dom Daniel, gouverneur de Sonho, une province côtière du royaume. Les Néerlandais, qui s’efforçaient d’entretenir de bonnes relations avec les deux ennemis, faisaient figure de médiateurs tout désignés. Le Kongo et le Sonho envoyèrent des ambassades à Jean-Maurice de Nassau qui se trouvait à Recife en sa qualité de gouverneur de la Nouvelle-Hollande, le territoire du nord-est brésilien occupé par les Néerlandais depuis 1630. Pour appuyer sa requête, Garcia II fit remettre à Nassau 200 esclaves ainsi qu’un plat en argent. Il avait été fabriqué dans le Haut Pérou, actuelle Bolivie, avec de l’argent de la mine de Potosi. Il était passé en contrebande jusqu’au Brésil pour être offert par les Portugais au roi du Kongo. Comme la rencontre de Recife n’aboutit à aucun accord, Nassau autorisa un des envoyés de Sonho à se rendre à Amsterdam plaider la cause de son maître auprès des directeurs de la WIC."
Eric Schnakenbourg,"Le monde atlantique | Un espace en mouvement XVe-XVIIIe siècle", Collection Mnémosya, Editions Armand Colin, 2021
"De Genti, Viveri, Costumi, Animali, e Frutti de Regni dell’Affrica penetrati a predicar l’Evango per orde della Sac[ra] Congreg[azione] de Prodaganda da Cappuccini dall’Anno 1644. Congo, Angolla, Dongo ò Singa, & Enbâca."
"Des peuples, des vivres, des coutumes, des animaux et des fruits des royaumes d'Afrique, pénétrés pour prêcher l'Évangile sur ordre de la Congrégation Sacrée pour la Propagande Fidèle des Capucins en l'an 1644. Congo, Angola, Ndongo ou Njinga et Ambaca.
fibre de papier, encre 73 x 40 cm
1652 - 1663
Museo Francescano, Istituto storico dei Cappuccini,
MF 1370
Rome, Italie
Blasons du Congo
Blason d'Angolla
Le roi Garcia II, entouré de ses fidalghi* salariés qui lui servent à l'éventer avec des queues de cheval même s'il n'y a là-bas ni chevaux ni ânes."
* pluriel de fidalgo, parent portugais de l'espagnol hidalgo : noble, gentilhomme
Maison du roi avec plusieurs enclos
"Royaume de Njinga. Là, ils mangent de la chair humaine, des serpents et des crocodiles. La Reine est une grande guerrière, l’armée n’est pas payée parce qu’elle tue, mange, etc. Et il est en grande partie composé de femmes"
"Le gouverneur sort de chez lui devancé par un page, tintant une clochette, pour souligner sa grandeur."
"Juge — tient audience sous un arbre. Ils n'utilisent pas de scribes […] comme le Roi, ainsi que les Ducs et les Seigneurs" qui, avec "le reste des gens vont complètement pieds nus"
Source : Cécile Fromont, "Nature, Culture, and Faith in Seventeenth-Century Kongo and Angola", Center for the Study of Material and Visual Cultures of Religion at Yale University (MAVCOR)
Jaspar Beckx (Jasper B., v. 1595-1647), peintre hollandais,
Dom Miguel de Castro, de son vrai nom Nganga a Mvemba, s’embarqua pour les Provinces-Unies où il arrive en juin 1643. Cet émissaire du roi du Congo Garcia II reste deux mois en Hollande avant de repartir pour l’Afrique sur un bâtiment de la WIC. Durant son séjour, il pose pour le peintre Jasper Beckx, vêtu à l’européenne et arborant une épée et un élégant chapeau de feutre de castor orné d’une longue plume orange, cadeaux de Johan Maurits. Pour leurs portraits respectifs, ses deux assistants, Pedro Sunda et Diego Bemba, "portent quant à eux l’un une défense en ivoire, l’autre une boîte en vannerie finement tressée, représentant les objets offerts par la mission africaine à leurs hôtes européens." (Fromont, 2024)
Don Miguel de Castro
huile sur bois 75 x 62 cm
1641-1645
Statens Museum for Kunst.
Copenhague, Danemark
Pedro Sunda :
servant de Don Miguel de Castro
huile sur bois 75 x 62 cm
1641-1645
Statens Museum for Kunst.
Copenhague, Danemark
Diego Bemba :
servant de Don Miguel de Castro
huile sur bois 75 x 62 cm
1641-1645
Statens Museum for Kunst.
Copenhague, Danemark
Au début du XVIIe siècle, entre 1603 et 1628, aucune provocation, cette fois, n'est à l'origine des exactions commises par les gouverneurs de l'Angola, qui ne seraient pas parvenus à leur fin sans une aide d'une pseudo-tribu africaine appelée Jagas (Jagos, Giachas, Giagas, Giaghi chez Cavazzi, etc., qu'on dit cannibale et nomade, qui envahit le Congo au XVIe siècle. En réalité, il semblerait que les Jagas étaient des communautés vivant de brigandage, venant de diverses origines ethniques : Imbangala, Yaka, en particulier (cf. Miller, 1973 ; Thornton, 1978). La nature de ce groupe est assez épineuse, mais on apprend que les colonisateurs portugais les embauchent comme "chiens de chasse" pour les aider à capturer des esclaves (M.M.A., op. cité, Vol. VI, p. 368, document de 1619). Le Cassange et le Matamba, royaumes principalement chasseurs d'esclaves après 1650, vont devenir des Etats courtiers, intermédiaires très actifs au XVIIIe siècle entre les Portugais et l'Empire Lunda, qui contrôlent mais aussi rançonnent le trafic d'esclaves. Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, "les Lundas exportent des esclaves en quantité ; Manuel Correia Leitâo en témoigne lors de sa visite à Cassange en 1755" (Randless, 1969). Pendant un temps très indépendant, le roi jaga de Cassange ne laissait même pas les Blancs approcher le fleuve Cuango (Kwango, Kongo, Congo), voie majeure du transport des esclaves :
"Ce Jaga [de Cassange] est puissant et ne permet à aucun Blanc d'approcher les rives du Cuango, ni d'entrer en contact avec les habitants de l'autre partie du fleuve. Il ne leur permet pas non plus de pénétrer sur son territoire, mais il fait du commerce avec eux et leur achète les Noirs au tiers du prix pour lequel il nous les vend"
Gastão Sousa Dias, Os Portugueses em Angola, Lisbonne, 1959
Entre 1740 et 1760 se forme le royaume Yaka dans la vallée du Kwango, où la chasse aux esclaves est soutenue, faisant des captifs qui étaient vendus aux Soso, Vili, Zombo, Imbangala, etc. (cf. carte plus haut), eux-mêmes mercenaires fondateurs du royaume du Cassange (Kassange) très liés aux Jagas. Cet intense prédation esclavagiste provoquera, au fur et à mesure, des déplacements importants de population fuyant les Yaka vers le Kwilu voisin, aujourd'hui en République Démocratique du Congo, RDC (Histoire Générale de l'Afrique, op. cité, Tome V, L'Afrique du XVIe au XVIIIe siècle).
Tambo [Tombo, dans le texte] ou Sacrifice d'hommes pour la mort d'un Grand.
Père Jean-Baptiste Labat (1663-1738)
Prêtre missionnaire dominicain
"de l'ordre des Freres Prêcheurs"
"Relation historique de l'Ethiopie occidentale : contenant la Description des Royaumes de Congo, Angolle, & Matamba, traduite de l'Italien du P. Cavazzi"
Chez Charles-Jean-Baptiste Delespine 1732
5 volumes in-12
planche entre page 402 et 403
« Le Chilombo profanné fut abattu & brûlé, on en bâtit un autre.. On prépara pour cela une vaste place auprès du vieux Chilombo, au milieu de laquelle on éleva une espece de theâtre avec des terres rapportées? On l'environna de palissades ornées de belles nattes, de palmes, d'armes, d'instrumens de guerre & d'étendarts avec quantité de vases pleins de vin d'Europe, qui devoient couronner cette journée funeste.
Le jour destiné à cette boucherie, on amena dès le matin à la place cent quatre-vingt-quatre victimes, hommes, femmes & enfans. C'étoient la plus grande partie des prisonniers de guerre. »
Labat, Relation historique..., op. cité, pp. 401-402.
Chilombo : En 1954, Mário Martins de Freitas soulignait la proximité du terme "quilombo", utilisé au Brésil, surtout dans le Nordeste, pour désigner des communautés autonomes d'esclaves fugitifs au Brésil (les "marrons"), avec celui de "chilombo", utilisé par Cavazzi dans son Istorica Descrizione… (op. cité). pour évoquer un peuple qu’il appelait «Giaghi», les fameux Jagas (cf. plus haut). Quilombo (Kilombo), qui appartient à la langue kimbundu et désignerait un camp de guerriers ou de circoncision pour les sociétés d'initiation masculine (Schwartz, 1992)
La Reine Nzinga
"Ann Zingha, reine de Matamba"
gravure
Achille-Jacques Jean-Marie Devéria (1800-1857)
d'après une lithographie
de Jean-François Villain
(actif entre 1818 et 1852)
vers 1830
New York Public library
La célèbre reine Jinga (Njinga Mbande, Nzinga Mbandi, Ginga, D'zinga, Zingha, Ana de Souza, 1583-1663), dominant le Ndongo et le Matamba en Angola (de "ngola", chef de bataillon, roi), adopte les coutumes des Jagas (cf. carte au chapitre, suivant), et devient célèbre par son ardeur à lutter contre l'envahisseur européen, mais aussi sa cruauté, où cannibalisme et infanticide auraient été institutionnalisés (Randless, 1969), rapporte Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo (1621-1678), prêtre capucin et confesseur de la reine (convertie au catholicisme en 1658), dans un manuscrit publié de manière posthume, révisée et censurée par un confrère capucin de Bologne, Fortunato Alamandini (Semeraro, 2023) : Istorica Descrizione de' tre Regni Congo, Matamba et Angola sitvati nell' Etiopia inferiore occidentale e delle Missioni apostoliche Esercitateui da Religiosi Capuccini..." Bologna, Giacomo Monti, 1687 (1e édition, gravures en noir et blanc), puis Milano/ Milan, chez Stampe dell’Agnelli 1690, sans illustration hormis une carte.
En 1964, Giuseppe Pistoni, spécialiste des archives de la région de Romagne, trouve trois manuscrits autographes de Cavazzi sur ses missions capucines dans les royaumes du Congo et de Matamba, parmi des documents de la famille Araldi de Modène (manuscrits Ms. 30 appelés depuis Pistoni A, B et C, Bibliothèque Estense, Modena/ Modène).
Ces manuscrits sont illustrés des tout premiers dessins d'Européens sur l'Afrique, qui plus est en couleur, des aquarelles exécutées par Cavazzi lui-même (John Kelly Thorton, "Cavazzi, Missione Evangelica", article de la Boston University (BU), African American & Black Diaspora Studies).
Les gravures et les dessins ont été publiés par Ezio Bassani dans "Un Capuccino nell’Africa Nera del Seicento..." Milano, Quaderni Poro, 1987, n° 4. Le texte original des manuscrits de Cavazzi n'a encore jamais été publié : cf. Thornton, op. cité.
planche 25
La reine Nzinga, au Royaume de Matamba, région de Kwanza, Angola. Elle porte une couronne chrétienne, avec sa suite de soldats et de musiciens : un batteur avec un tambour de guerre, des trompettistes et un porte-étendard.
Cavazzi, "Istorica...,",
illustrations de l'édition Bassani
(sauf mention "manuscrit original")
op. cité
planche 34 et 35
folio g. : Le corps de la Reine N'zinga est conduit à son sépulcre
folio d. : Procession religieuse chrétienne
planche 10,
Nzinga, fumant la pipe au milieu de serviteurs et de servantes et écoutant un joueur de tambour.
planche 17,
Noble et sa suite, achetant à une marchande du tissu de raphia ou de palme.
planche 20,
Le roi Mansa Moussa se forgeant des outils et des armes avec un forgeron utilisant un soufflet. En retrait, ses conseillers, avec une couronne chrétienne.
planche 23,
Procession avec des porteurs de flèches, coffre d'objets sacrés, de mortier/pilon et un musicien de marimba/balafon,
folio 30r
manuscrit original
Baptême de la Reine Nzinga
planche 33,
"prêtre parlant au lion" (1), "jetant un sort" (2), "portant ceinturon avec des reliques et des objets sacrés" (3), des "gants de fer" (4) et "deux cornes à onguent en guise d'amulettes " (5).
planche 19,
Musiciens avec instrument à vent, balafon et sorte de luth dont la caisse provient d'une calebasse.
planche 27,
Nzinga, fumant la pipe et une suite de soldats et de musiciens
folio ?
manuscrit original
Sacrifice humain chez les Jagas
17 x 21 cm
folio ?
manuscrit original
La reine condamne une jeune femme à une ablation des seins
Nzinga finira par abandonner nombre de ses terribles pratiques et son souvenir se maintiendra durablement dans les mouvements de résistance d'esclaves fugitifs brésiliens, qui formaient des communautés appelées quilombo, terme repris des kilombos, formations militaires de la reine pour combattre les Portugais. Elle figure sans doute de manière allégorique dans les candomblés, ces religions afro-américaines d'Amérique du Sud, ou encore dans les mouvements de base de la capoeira, art martial afro-brésilien. Elle est aussi devenue une icône gay, en particulier à cause de ses habitudes de travestissement, choisissant des hommes Noirs aux corps les plus beaux possibles pour les habiller en femme pendant qu'elle adoptait des vêtements masculins (Pierre Salmon, "Mémoire de la relation de voyage de M. de Massiac à Angola et à Buenos Aires", In Bulletin des Séances de l'Académie Royale des Sciences ďOutremer, tome VI, fasc. 4, 1960, p. 594).
La traite atlantique,
Guinée, la côte de l'or
En 1624, les Hollandais avaient édifié le premier fort d'Annamaboe (Anomabu), un village de pêcheurs Fante sur la Côte de l'Or ( Gold Coast), devenu une plaque tournante de la traite (Sparks, 2014). Les Anglais y évincent les Hollandais en 1679 et en 1750, la Royal African Company devient la Company of Merchants Trading to Africa (CMTA) et construit un nouveau fort à quelques kilomètres de là, appelé comme Annamaboe à devenir un grand port de traite, Cape Coast Castle. Les Britanniques doivent cependant compter avec les commerçants néerlandais et français (sans parler des Danois ou des Brandebourgeois), et leurs rivalités profitent aux chefs des ethnies Fante de la région, qui font monter les enchères. D'autre part, les guerres que se livraient Ashanti et Fante avaient, depuis le dernier quart du XVIIe siècle, augmenté le volume des captifs, et rendu la traite deux fois plus rentable que le commerce de l'or (Sparks, 2014). Randy Sparks a bien montré l'indépendance des chefs Fante vis-à-vis des Blancs, qui acceptent ou renvoient des agents européens, refusent aux Anglais le monopole du commerce à Annamaboe. Ce ne sont pas les puissances étrangères, mais bien les potentats africains du moment qui décident qui peut être asservi ou non. On voit donc les Blancs, forcés de se soumettre aux bonnes volontés des pouvoirs africains, leur demander audience, et cette soumission est bien sûr mal acceptée des Blancs, qui se pensent supérieurs, comme Thomas Melville, gouverneur de Cape Coast Castle en 1753, qui peine à accepter de devoir vivre "là où les Nègres sont maîtres" (Sparks, 2014).
Le célèbre chef Fante John Bannishee Corrantee (Eno Baisie Kurentsi ou Kurantsi) est le cabocere d'Annamaboe de 1730/40 jusqu'à sa mort en 1760. Son fils Bassy est envoyé à Paris vers 1740, où il fréquente le Collège Louis Le Grand, et l'élite française, et un autre fils, William Ansah, à Londres, où il est accueilli comme un prince à la Chambre des Lords, pour écouter discourir le roi George II, à la Garden Party du duc de Richmond en 1749, pour célébrer la paix d'Aix la Chapelle, ou encore à la représentation de la pièce Oroonoko écrite par la dramaturge Aphra Behn, la première écrivaine anglaise indépendante, selon Virginia Woolf (A Room of One's Own, "Une chambre à soi", 1929). Oroonoko raconte l'histoire d'un prince africain réduit en esclavage au Surinam, ce qui est arrivé justement à William, aux Antilles, à la Barbade, avant que la CMTA ne fasse tout pour le retrouver et le libérer de ses chaînes, afin d'éviter un conflit important entre les pouvoirs Fante et européens.
Une des filles de Corrantee épousera l'Anglo-irlandais Richard Brew, un temps gouverneur du fort d'Annamaboe, et leur fils Harry, recevra son éducation en Angleterre, avant de revenir ensuite en Afrique en 1768 pour seconder son père dans ses affaires commerciales, qui le faisait échanger de très gros volumes de marchandises : tissus, armes, outils, mobilier, etc., contre des esclaves (Sparks, 2014). La famille créole deviendra une des plus puissantes au Ghana.
Audience d'un dignitaire portugais auprès d'un roi du Congo
Pigafetta, Relatione... (op.cité)
Les esclaves ne représentent cependant pas l'entièreté du commerce que les royaumes européens développent et entretiennent alors avec les royaumes africains, et qui entraîne une augmentation de la production agricole et un accroissement démographique important des villages côtiers du Golfe de Guinée :
« Comme tous les Etats de la Côte de l’Or, Fetu a de plus bénéficié, grâce aux Portugais, de l’importation de semences de plantes américaines. Avant l’arrivée des Portugais, la base de l’alimentation des populations de la Côte de l’Or était constituée d’igname, de mil et de sorgho. Les Portugais introduisirent notamment le maïs, mais aussi le manioc, la patate douce, le piment, le tabac, des arbres fruitiers.... Le maïs fut rapidement adopté et diffusé sur la Côte de l’Or. Selon D. Juhé-Beaulaton, "Le récit de Pieter de Marees [cf. image suivante]... est le premier ouvrage à attester avec certitude la présence du maïs sur la côte ouest africaine [...] Towerson signalait en 1555 que "la ville de Don John [Cape Coast] est assez petite, d’environ vingt maisons, et la plupart de la ville est entourée d’un mur de la taille d’un homme....". Un siècle plus tard, Villault de Bellefond écrit : "Le village [de Cape Coast] contient plus de deux cents maisons, & dans la place qui est au milieu, il s’y tient tous les jours un marché fort célèbre" » (Deffontaine, 1993 / citations :
- Juhé-Beaulaton, 1990 : 178
- William Towerson, First voyage to Guinea, 1555-56 (édité avec Second voyage to Guinea, 1556-57 / Third voyage to Guinea, 1558, dans Richard Hakluyt (1552/1553-1616) "The Principall Navigations, Voiages, and Discoveries of the English Nation de Hakluyt", 1589
- Nicolas Villault de Bellefond, Relation des costes d'Afrique, appellées Guinée ; avec la description du Pays, mœurs & façons de vivre des Habitans, des productions de la terre, & des marchandises qu'on en apporte, avec les Remarques Historiques sur ces Costes", voyage de 1666 et 1667, Paris, Chez Denys Thierry, 1669.
Pieter de Marees,
Beschrijvinghe ende historische verhael van het Gout Koninckrijck van Gunea anders de Gout-custe de Mina genaemt, liggende in het deel van Africa, chez Cornelis Claesz, Amsterdam1602
"Description et recit historial du riche royaume d’or de Gunea, aultrement nommé, la coste de l’or de MINA, gisante en certain endroict d’Africque: avecq leurs foy, persuasions commerces ou trocs costumes langaiges, & situations du pais, Villes, Villages, Cabannes, & personnes, ses ports, havres, & fleuves selon qu'iceulx ont esté recognuz iusques a ceste heure...PDM", traduction française chez Cornille Claesson, Amsterdamme, 1605.
marché de Cabo Corso (Cape Coast), figure n°4
gravure de De Bry,
Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas
A. La maison du Capitaine de cette place.
B. La "grainge" où est stocké le millet du capitaine.
C. le marché aux bananes ("Bannanas") et fruits et l’endroit où la viande est vendue ("ou quon vend la chair")
D. Loge des villageois, avec leurs "pots a vin de Palma"
E. Le "marche a poullailles"
F. Le "marche a poisson".
G. Le "marche du Bois"
H. Le marché du riz du millet
I. L’endroit où l’on vend de l'eau fraîche.
K. Le marché pour la canne à sucre.
L. L’endroit où la "toille de Hollande" (lin) amenée à terre est mesurée.
M. L’endroit où les femmes du fort d’Elmina vendent leur "kankies" (pain de millet).
N. autel pour les sacrifices "au dieu Fetissos" (du portugais feitiço : "sortilège, amulette", qui a donné le français "fétiche")
O. Des Hollandais font leur marché
P. La garde du capitaine, avec ses armes.
Q. Lae chemin vers le rivage.
R. Le chemin menant au château d’Elmina.
S. Le chemin vers Foetu (Fetu) et d’autres villes du pays.
"Les phénomènes nouveaux sont l’introduction sur le marché européen de l’argent américain, le développement de l’agriculture de plantation qui nécessite un usage intensif de la main-d’œuvre, et entraîne la croissance exponentielle de la demande d’esclaves. Le système de marché africain en fut profondément modifié. Pendant la seconde moitié du XVIIe siècle, dans la région akan les esclaves sont devenus une marchandise d’exportation plus recherchée que l’or. Or l’arrivée de ces changements coïncide avec la réalisation du grand processus de transformation socio-économique, et la création du système d’agriculture forestière. Les sociétés Akan sont donc en mesure de s’adapter rapidement et de s’intégrer avec succès au nouveau système de l’économie atlantique (Wilks, 1985 : 493)... plus généralement, la dynamique de conquête militaire sur une vaste échelle, mise en place par les acteurs « impériaux » de l’intérieur, détermine une augmentation proportionnelle du nombre des prisonniers de guerre qui, comme l’atteste Van Dantzig, sont immédiatement employés à satisfaire la demande de plus en plus forte des Européens de la côte en esclaves (Van Dantzig, 1980 : chap. 3). Dans ce cadre, surgissent et s’affirment une série de formations étatiques comme Akwamu, Denkyira mais surtout l’Asante (Kea, 1982 : 321-326). Selon Kea, ce sont là les prototypes du nouveau modèle de formation impérialo-agraire" (Valsecchi, 2005).
Dans le Golfe de Guinée, sur le territoire actuel du Ghana, différents peuples (Guan, Ga-Andagbe, Akan venus de Côte d'Ivoire) multiplient donc les échanges commerciaux avec les Européens et leur vendent, en particulier, des esclaves contre des armes à feu (Memel-Fotê, 1993). Au XVIIe siècle, s'épanouit le royaume mandingue de Gaabu (Ngaabu, Ngabou, Gabou, Kabou, Gaabunke, Kaabunke), "grand pourvoyeur de captifs tant auprès des Européens que des peuples de l'intérieur" (N'Gaide, 1999), comme les Peuls, dont la riche aristocratie lui achète "des esclaves pour les travaux agricoles et domestiques" (op. cité). Le commerce avec les Européens va entraîner un certain nombre de changements : développement de l'industrie et de l'artisanat (vannerie, vin, huile, orfèvrerie, pirogues, etc.) mais aussi des services (restauration, transport, crédit, prostitution, interprétariat, démarchage, etc.), avec une croissance des villes et l'émergence d'une classe sociale qui tente de concurrencer l'aristocratie traditionnelle, possédant déjà "des terres, de l'or, des esclaves ou du bétail, qui détenait un pouvoir politique" (Memel-Fotê, 1993).
Les réseaux commerciaux sont bientôt monopolisés par ceux qu'on appellera "akanistes" (accanit, accanish) : Quand le mot apparaît dans la littérature européenne dès 1529, il désigne d'abord les habitants des royaumes d'Akani (Akany, Acanes Grandes, Acanes Pequenos, Akim), avant de désigner "les marchands les plus importants qui font le commerce de l’or avec nous" (légende de la Pascaerte van de Goudcust van Guinea... / "Carte du pays de la Côte de l’Or en Guinée...", anonyme dressée le 25 décembre 1629, publiée chez Johannes van Keulen à Amsterdam et attribuée à Hans Propheet), que Pieter de Mares appelle Akan batafo et Michael Hemmersam Moors Akomist (M. Hemmersam, Reise nach Guinea und Brasilien, 1639-1645 "Voyage en Guinée et au Brésil...", dans la traduction anglaise d'Adam Jones, "German sources for west african history, 1599-1669", Weisbaden, Franz Steiner Verlag, Studien zur Kulturkunde 66, 1983 pp. 97-133. Précisons, au vu des différentes sources néerlandaises citées, que les Hollandais créent en 1621 la West Indische Compagnie (WIC), qui deviendra la compagnie commerciale la plus puissante de la Côte de l'Or jusqu'au XIXe siècle, d'où elle expulsera les Portugais dans les années 1630-1640 (Deffontaine, 1993).
Pieter de Marees, Beschrijvinghe..., op. cité, frontispice
Pas-Caert van de / Goudcust / in / Guinea / van C. tres Puntas tot acara, daer mede in ver- / thoont werd, alle binnens lands Proventien, wat / aldaer voor Coopmanschappen verhandelt wort. / als mede de zeden en manieren der inwoonders. / Alles by de Swarten van t land naeukeurigh ondersogt
"Carte de la Côte-de-l'Or en Guinée, du Cap Tres Puntas (des Trois Pointes) à Acara, où étaient exposés tous les produits provençaux de l'intérieur, utilisés pour le commerce local, ainsi que les coutumes et mœurs des habitants. Le tout a été minutieusement étudié par les Noirs du pays."
Copie de la carte anonyme de 1629 attribuée à Hans Propheet, publiée par Johannes van Keulen, gravée par Jan Luyken entre 1675 et 1715, Nationaal ArchiefRijksmuseum Amsterdam.
L'appellation akaniste va finir par désigner les commerçants originaires des Etats Akan de l'intérieur, qui font 150 à 200 km pour vendre de l'or contre des marchandises européennes, surtout des tissus. Mais ce sont des intermédiaires qui négocient pour eux auprès des marchands blancs. Ils sont particulièrement en nombre dans le royaume de Fetu, plusieurs centaines, certainement, en particulier dans les capitaineries de Cape Coast, Frederiksberg et Efutu, mais aussi à Elmina ou Moure (cf. carte). Selon A. J. Ulsheimer, "ces Noirs qui vivent prés de la côte sont très intelligents et agissent comme interprètes ou courtiers de ces marchands qui apportent l’or [...] le courtier ne lui donne [au marchand] pas plus que la moitié de la portion [de marchandises négociées], et vole l’autre portion à son profit" (Andreas Josua Ulshmeier, "Warhaffte Beschreibung ettlicher Raysen [Reisen, NDA] in Europa, Africa, Ostindien, und America : "Description exacte de plusieurs voyages en Europe, en Afrique, en Inde orientale et en Amérique", manuscrit de 1616, traduction anglaise d'Adam Jones, op. cité, pp. 44-96). A cela, il faut ajouter le dash, pratique d'une sorte de bakchich que les courtiers imposeront aux Européens (Deffontaine, 1993). "Puis, quand ils ont échangé leur or, ils portent les marchandises à terre, où leurs esclaves, qui sont deux ou trois cents, les attendent", détaille Hemmersam (op. cité, p. 115). Ulsheimer précise, quant à lui, "que la mort du roi de Fetu était suivie de ses esclaves et de ses proches conseillers" (Deffontaine, 1993), et Wilhelm Johann Müller (1633-1673), quant à lui, "confirme que la mort de tout personnage de haut rang s’accompagnait du sacrifice d’esclaves. Plus de 80 esclaves auraient ainsi été sacrifiés à la mort d’un haut dignitaire (Johann Claessen), et 30 lors du décès du plus proche conseiller du roi. Les journaux d’Elmina signalent en outre que, lors de la mort du roi de Fetu en 1646, des esclaves furent sacrifiés. Enfin J. Barbot signale qu’à l’ouest de Cape Coast se trouvait un village nommé Aquaffou, village dans lequel se tenait un marché "où les Noirs achètent des esclaves pour les tuer et les enterrer aux funérailles de leurs rois" (op. cité).
W. J. Müller
Die Africanische / Auf Der Guineischen Gold-Cust gelegene Landschafft Fetu : Wahrhafftig und fleissig Auß Eigener Acht-jähriger Erfahrung / genauer Besichtigung / und unablässiger Erforschung beschrieben / Auch mit dienlichen Kupffern / Und einem Fetuischen Wörter-Buche geziehret
"Le paysage africain de Fetu, situé sur la Côte de l'Or guinéenne : décrit avec fidélité et minutie à partir de huit années d'expérience personnelle, d'observation attentive et de recherches incessantes. Également orné de gravures utiles et d'un dictionnaire fetuan"
Hamburg (Hambourg), 1673, chez Michael Pfeiffer
Claessen : Jan Claessen Cuttà était un des frères Acrosan, qui, après la mort de son frère aîné Ahenakwa (Hennequa), en 1656, devint "le personnage le plus puissant de Fetu jusqu'en 1662" (Deffontaine, 1993).
Barbot : Jean Barbot (1655-1712) : Huguenot français, commis sur le navire Soleil d’Afrique, effectue un voyage de traite en 1678-1679 à partir de La Rochelle, qu'il raconte dans "Journal d'un voyage de traite en Guinée, a Cayenne et aux Antilles fait par Jean Barbot en 1678-1679", présenté, annoté et publié par Gabriel Debien, Maurice Delafosse et Guy Thilmans, Bulletin de l’IFAN (Institut Français d'Afrique Noire), 1978, tome 40, n°2, pp. 235-395 (Huetz de Lemps, 1980).
Agent commercial français sur des navires négriers de la Compagnie du Sénégal, Barbot effectuera un deuxième voyage "guinéen" en 1681-1682, puis travaillera à un ouvrage compilant son Journal (op. cité) mais aussi d'autres sources, tout particulièrement Olfert Dapper. Celui-ci sera publié de manière posthume par les frères Awnsham et John Churchill, libraires-papetiers, dans "Collection of Voyages and Travels", volume V, A description of the coasts, of North and South-Guinea ; and of Ethiopia inferior, vulgarly Angola : Being A New Accurate Account of the Western Maritime Countries of AFRICA, Londres, 1732.
“ Le Soleil d'Afrique quitta La Rochelle le 22 octobre 1678 avec 64 hommes à bord et une cargaison variée mais témoignant d'une certaine méconnaissance de l'état du marché sur les côtes africaines : on avait chargé beaucoup trop d'eau de vie, mais pas assez de cauris, de barres de fer, de fusils, de toiles peintes qui étaient alors les marchandises les plus demandées. Au bout de 26 jours d'une navigation sans histoire (soit une moyenne de 4 nœuds environ), le navire doubla le Cap Vert, et le 1er janvier 1679, 9 semaines après son départ, il atteignit le premier fort de la Côte de l'Or, Axim, tenu par les Hollandais. Pendant les sept semaines suivantes, le Soleil d'Afrique fit la traite de fort en fort, entre Axim et Accra, sur la côte actuelle du Ghana, parvenant à réunir autour de 380 esclaves (plus un peu d'or et d'ivoire). Sur les 332 esclaves pour lesquels nous connaissons les conditions d'achat, 160 ont été traités directement avec des marchands et des chefs noirs, et 172 acquis par l'intermédiaire des Danois, des Anglais et des Hollandais installés dans les forts de la côte. Le bâtiment fit escale ensuite à Principe où il resta 8 jours pour acheter vivres et rafraîchissements et gagna ensuite Cayenne, où il parvint 2 mois et 3 jours après son départ d'Accra (2,5 nœuds). Là on vendit une partie des esclaves puis l'on gagna la Guadeloupe et la Martinique où l'on négocia le reste de la cargaison et où l'on prit en échange du sucre (plus du roucou chargé à Cayenne). Enfin, le Soleil d'Afrique regagna La Rochelle (16 septembre 1679) après une traversée rapide (1 mois et demi, 3,5 à 4 nœuds).” (Huetz de Lemps, 1980).
Toutes les mutations socio-économiques dont il vient d'être question ont rapidement accru le fossé déjà important entre pauvres et riches, dont les récits européens ne manquent pas de témoignages. Beaucoup de dignitaires des royaumes s'enrichissent, parfois considérablement, et la hiérarchisation sociale, déjà très marquée chez tous les peuples de la Côte de l'Or, s'accentue, se durcit très nettement.
"Sur la Côte de l’Or, les nobles canalisent et s’approprient la richesse, qu’elle soit issue des surplus agricoles ou des bénéfices commerciaux. Le pouvoir et le prestige sont liés à la détention des richesses qui les légitiment aux yeux de la population. W. Bosman précise ainsi... : "Je decrirai au long la différence des conditions qui se trouve parmi les Nêgres, & la raison pourquoi on respecte & on craint les uns plus que les autres, qui revient à ceci, c’est que ceux qui sont les plus riches sont ceux à qui l’on fait le plus d’honneur." (Deffontaine, 1993 ; citation de Willem Bosman, géographe et marchand néerlandais, né en 1672, auteur de Naauwkeurige Beschryving van de Guinese- Goud-Tand- en Slavekus... (Utrecht, Anthony Schouten, 1704) / Description Précise des Côtes guinéennes : Côte de la dent, Côte de l'or et Côte des esclaves"
W. Bosman, traduction française de la Naauwkeurige... (op. cité) : "Voyage de Guinée, contenant une description nouvelle & très exacte de cette côte où l'on trouve & où l'on trafique l'or, les dents d'éléphants, & les esclaves"
Gravure reproduite de l'édition originale
Utrecht, Anthony Schouten, 1705
In-12, 15,6 x 9,6 cm
Nobles et nouveaux riches
Les nobles, qui appartiennent à un lignage ou un clan royal, occupent presque toujours les positions sociales les plus importantes, celles qui offrent de grandes capacités d'enrichissement et de pouvoir. Responsables d'un territoire particulier, ils sont :
- okyeame (obcjammi) sorte de premier ministre, conseiller du roi ou vice-roi
- dey (Abadzikyir), trésorier d'Etat et protecteur des chrétiens, selon Müller (op. cité), qui à ce titre contrôlait semble-t-il "en grande partie le commerce atlantique et en tirer des profits considérables, au détriment des rois de Fetu. Ils apparaissent comme les personnages les plus riches et les plus puissants de la côte, et les rois de Fetu ne semblent avoir aucune prise sur leurs activités commerciales." (Deffontaine, 1993)
- piaffu ("viador" chez P. de Marees), sorte de chambellan du roi, à la tête du palais et des fermes royales.
- braffo (brafo), chef militaire commandant les armées du royaume
- - marini (marinie, morini, morinnen), collecteur de taxes, d'amendes, de péages, etc.
"les péagiers sont des personnes considérables" (Bosman, op. cité), les collecteurs de taxes sont "parmi les premiers hommes [du pays]" (Barbot, op. cité)
- fetere, capitaine de la garde du roi.
- ahene, chef d'une petite ville), capitani (chef de village)
"Tous ces dignitaires étaient "de haute naissance" et leur fortune personnelle entrait en ligne de compte lors des élections qui portaient un noble à une de ces fonctions" (op. cité). Non seulement ils s'enrichissent auprès des Européens par le commerce des marchandises ou des esclaves, mais ces derniers doivent payer des droits de douane (que le roi de Fetu multiplie par cent en 1510), mais aussi pour chaque bateau mouillant au large du pays, sans compter un droit de coutume, versé mensuellement par chacun des navires, ou encore pour les terres occupées par leurs établissements respectifs (Deffontaine, 1993).
Le boom économique dans les Etats côtiers de la traite a aussi permis à un certain nombre de personnages ambitieux d'accéder à une promotion sociale, qui, à l'image de la bourgeoisie européenne, a bousculé les coutumes aristocratiques ancestrales. Pour pouvoir intégrer d'une certaine manière les nouveaux riches à la noblesse "naturelle", les élites ont, d'après l'ethno-sociologue franco-danoise Mette Dige-Hess*, eu recours à des fêtes, des cérémonies de passage, et c'est ainsi que de riches marchands roturiers étaient anoblis (ainsi que leur famille et leur descendance) au cours d'une cérémonie d'anoblissement de trois jours (cf. gravure ci-dessous) , par laquelle le requérant "acquiert de grands privilèges : il peut acheter des esclaves et faire trafic de choses qu’il ne pouvait faire auparavant" (Pieter de Marees, Beschryvinge..., op. cité, Description and historical account of the Gold Kingdom of Guinea, traduction anglaise d'Adam Jones et Albert Van Dantzig, Oxford University Press, 1987, p. 170). Cependant, ces nouveaux riches ne devenaient pas des nobles à part entière et tenaient, en particulier, une fête à laquelle les nobles de naissance ne participaient pas : "ces annoblis tiennent entre eux une confraternité et fêtent des anniversaires entre eux par bonne chère [...] ces confrères tiennent entre eux une fête générale le six Juillet" (op. cité).
* M. Dige-Hess, "Le golfe de Guinée, 1700-1750 | Récit de L.F. Römer, marchand d'esclaves sur la côte ouest-africaine", traduction du danois, introduction et notes de l'autrice, préface d'Emmanuel Terray (1935-2024, philosophe, anthropologue et militant des droits des immigrés et des sans-papiers), Editions L'Harmattan, 1989, p. 19.
Capitani : ("capitaine"), terme pour désigner différents chefs importants, utilisé par Ulsheimer, Hemmersam ou encore Müller (Deffontaine, 1993). Les auteurs français lui préfèrent souvent d'autres appellations : "capessaires" ou "cabessaires", mais aussi : cabecherre, capchere, capchir, capechere, capshere, capshère, capschier, capuete, capruere, etc. (Loenertz, 1954).
Le mot est dérivé du portugais caboceiro (cabeceira, cabocere, caboceeros, etc.) "capitaine", et il a désigné d'abord un chef Fante tout à la fois juge, chef politique et militaire, à la tête de milices, les bendefoes.
Pieter de Marees, Description et recit historial..., op. cité, p. 70
Figure n° 15 : Le triumphe de la noblissement des Gentilhommes
A. La vache offerte en présent au peuple par le noble.
B. "le buffle du Negro dont on faict ung noble toreau", sur une sellette, avec des esclaves à ses pieds.
C. L’épouse du Gentilhomme qui porte un anneau d'or en guise de bracelet
D. Le « Capitaine ou Supérieur », qui regarde le jeu avec son Conseil.
E. Les femmes qui mènent la procession.
F. Femmes qui tambourinent et jouent d’autres instruments.
G. "Gendarmes qui convient l'ennobli", s’affrontent entre eux et sautent
H. Ces femmes jettent de la terre blanche et du sel sur la femme du gentilhomme.
I. "les regardans qui viennent veoir la farce"
Gentilhomme du Royaume d'Aardra
Femme de qualité
et
Femme du Commun
du Royaume du Bénin
Planches de « l'Encyclopédie des Voyages, Contenant l'abrégé historique des mœurs, usages, habitudes domestiques, religions, fêtes, supplices, funérailles, sciences, arts, et commerce de tous les peuples..."
Jacques Grasset de Saint-Sauveur, ci-devant Vice-Consul de la nation Française en Hongrie
1796
dessins : J. G St Sauveur ; gravures de J. Labrousse
gravures coloriées à l'aquarelle
folios 68r et 79 r
Toujours dans le but d'intégrer les riches roturiers à la classe aristocratique, les élites ont institué "la fête de l'homme riche", dont le négociant français Nicolas Villault de Bellefond (né en 1625, cf. plus haut), ou l'humaniste hollandais Olfert Dapper rapportent les premières manifestations au XVIIe siècle, avant le père dominicain Godefroy Loyer (1660-1715) au siècle suivant ("Relation du voyage du royaume d'Issygny, Côte d'Or, Païs de Guinée, en Afrique.", 1714). Villault de Bellefond observe ainsi l'awura-yeda qui célèbre le 26 avril 1667 l'anniversaire de la consécration de Jantie Snees, à Cape Coast (Ghana).
"Dans le système des économies dirigées qui prédominait dans les sociétés traditionnelles, l'aristocratie ne pouvait tolérer, sans contrôle ni risque, l'accumulation indéfinie. Une stratégie visant briser le cycle de l'accumulation, était nécessaire pour empêcher l'ambition de la fraction de la population d'origine roturière d'accéder à la classe des compradore. L'institution de la fête de l'homme riche faisait partie de cette stratégie Elle n'est pas seulement ou principalement une fête pour soi, une fête socio-économique que s'offrirait celui qui connaît le succès ou la prospérité Elle est aussi et surtout une fête pour l'autre, pour les autres, une fête célébrée dans le but d'obtenir leur reconnaissance officielle selon l'institution. Il s'agit donc véritablement d'une fête socio-politique" (Memel-Fotê, 1993).
Olfert Dapper : (1636-1689), Naukeurige beschrijvinge der Afrikaensche Eylanden, 1668, traduit en français en 1686 : Description de l'Afrique contenant les noms, la situation & les confins de toutes ses parties, leurs rivières, leurs villes & leurs habitations, leurs plantes & leurs animaux : les mœurs, les coutumes, la langue, les richesses, la religion & le gouvernement de ses peuples : avec des cartes des États, des provinces & des villes, & des figures en taille-douce, qui représentent les habits & les principales cérémonies des habitants, les plantes & les animaux les moins connus.
Cet ouvrage transdisciplinaire, d'une démarche scientifique moderne, a été réalisé sur la base d'une nombreuse documentation, sans que l'auteur, semble-t-il, n'ait jamais mis les pieds en Afrique (Provençalle, 2025)
Olfert Dapper, Description de l'Afrique, 1668, gravure de Jacob van Meurs, édition de 1676, Bibliothèque Nationale de France
Vue sur la rivière Lelunda, qui arrose la capitale du Royaume du Congo, Mbanza-Kongo, que les Portugais ont appelé San Salvador.
Classes politiques et marchandes se connectent, par ailleurs, en des sortes de "confréries nobiliaires" indépendantes des origines linguistiques et culturelles, réunissant l'ensemble des élites des côtes esclavagistes afro-européennes : toujours cette collaboration fructueuse que nous voyons sur tous les continents et à toutes les époques. Cette superclasse brembi ou obirempon (abirempon, dans la langue ashanti : litt. "grands hommes") se distingue par des habitations en dur et à étage, des vêtements luxueux, de la vaisselle d'argent, possède des bijoux de perle, d'ivoire, d'or ou d'argent, possède de nombreux serviteurs, une milice, une alimentation riche et variée, des instruments de musique (op. cité). Ainsi Jantie Snees (1650-1672), marié dans la famille royale d'Afutu, qui gère un commerce pesant près de 60.000 damba-or entre 1668 et 1672, marié à 40 épouses, possédant cent esclaves, ou le chef traditionnel ohene /ohin (termes akan) John Kabes (1680-1722), correspondant à la Royal African Company (RAC), dont le salaire s'élevait à 4650 damba-or et qui traitait autant avec les Anglais que les Hollandais. Comme dans d'autres sociétés, la richesse permet d'accéder aux fonctions politiques élevées, ce qui amena par exemple à Ahen Afutu, un brafo devenu okyeame.
En plus des privilèges, l'homme riche possède aussi différents insignes de pouvoir, et avant tout l'abondance de femmes, de concubines et d'esclaves qu'il possède, dont Villault de Bellefond et Bosman indiquent qu'en accroître le nombre est une source de prestige. Bosman donne le chiffre, par ailleurs, de "quarante femmes, dont il a douze filles, quatorze garçons, & cent Esclaves" pour servir le gendre du Roy de Fetu (Villault de B., op. cité p. 231-233 ; Bosman, op. cité, 158, 208). Ajoutons, en terme de signes distinctifs de richesse et de pouvoir : les déplacements en hamac ou palanquin, des sabres précieux, des boucliers, des cortèges de musiciens (tambours, olifants, cors en ivoire de défense d'éléphant, etc.), tissus précieux et bijoux, comme ces personnages de haut rang qui accompagnent le roi Kwamena Ansa (dit Caramanse), qui "portaient des bracelets et des bijoux en or sur leurs têtes et dans leurs barbes" (Da Asia de João de Barros : dos feitos que os portuguezes fizeram no descubrimiento e conquista dos mares e terras do Oriente / "De l'Asie par João de Barros [1496-1570, NDA] : sur les exploits accomplis par les Portugais lors de la découverte et de la conquête des mers et des terres de l'Orient", Lisboa/Lisbonne, 1552.
Royal African Company,
blason, 1660,
Museum of London
Pauvres et esclaves
"ce que j’ai trouvé de plus louable parmi les Négres, c’est qu’l n’y a point de pauvres qui aillent mendier pour vivre... ils ne sont jamais réduits à la mendicité" (Bosman, op. cité). Pas de mendiants, certes, mais de grandes inégalités sociales, entre les gens pauvres et de petite naissance qui s'habillent avec des vêtements de coton juste enroulés autour de la taille (venus de la côte des Quaqua), quand "d’autres n’ont qu’une bande pour cacher ce que la pudeur ne permet pas de laisser voir, excepté que les pêcheurs ont un bonnet de peau de cerf ou de joncs sur la tête." (Bosman, op. cité). A l'inverse, les riches ahene « s’habillent de tissus somptueux et précieux (mandingues ou provenant du Bénin) ; ils portent des bracelets et des bijoux en or, en écaille, en ivoire ou en corail de très grande valeur, et des chapeaux en peaux d’animaux rares [...] Certains tissus coûtaient plus de 2 000 dambas, soit plus de 5 onces d’or et de nombreuses descriptions insistent sur le luxe et le raffinement des vêtements des plus riches et sur l’abondance et la richesse des ornements. Le prestige et la position sociale se mesurent donc à la richesse et à la qualité de l’habillement" (Deffontaine, 1993)
"La plus-part ont des chapeaux, les autres s'en font de paille, d'écorce d'arbre ou de peau de chèvre, & l'on distingue les Esclaves d'avec les autres, en ce qu'ils vont nuë teste"
(Nicolas Villault de Bellefond, Relation des costes d'Afrique..., op. cité, p. 220-221 )
damba : Dans son "Voyage de Guinée" (op. cité), Bosman parle de deux espèces de fèves qui sont des graines d'abrus precatorius. La plus petite, rouge et blanche, dont 24 font un esterlin d'or et chacune deux sols, qu'on nomme "damba" (damma) est à comparer avec la plus pesante, blanche et noire, qu'on appelle tacoe (taku, takou), qui valent quatre sols. Les orfèvres de la Côte de l'Or avaient choisi cette graine comme étalon de poids, appelé "damba-or", sans doute parce que, comme les bijoutiers malgaches, ils utilisaient le suc de cette graine pour souder l'or (Hébert, 1978).
Le damba vaut 0,074 gr ; le taku vaut 0,17 gr et le benda 57,4 gr ou 2 onces (Memel-Fotê, 1993).
“Esclaves.
Ceux vendus par les Noirs sont pour la plupart des prisonniers de guerre, capturés soit au combat, soit à la poursuite, soit lors des incursions qu’ils font dans les territoires ennemis ; d’autres furent volées par leurs propres compatriotes ; et certains vendront leurs propres enfants, parentés ou voisins. Cela a souvent été vu, et pour le comprendre, ils désirent que la personne qu’ils comptent vendre, les aide à transporter quelque chose jusqu’à l’usine par le biais du commerce, et lorsqu’ils sont là, la personne ainsi trompée, ne comprenant pas la langue, est vieille et livrée comme esclave, malgré toute sa résistance, et s’exclame contre la trahison....
Les rois sont si absolus que, dès qu’ils ont eu le moindre prétexte d’offenses commises par leurs sujets, ils ordonnent qu’ils soient vendus comme esclaves, sans égard au rang ou à la possession....
L’abondance de petits Noirs des deux sexes est également volée par leurs voisins, lorsqu’on les trouve sur les routes ou dans les bois ; ou bien dans les Cougans, ou champs de maïs, à la période de l’année où leurs parents les gardent là toute la journée, pour effrayer les petits oiseaux dévoreurs, qui viennent se nourrir du millet en essaims, comme cela a été dit plus haut.
En temps de pénurie et de famine, l’abondance de ces personnes se vend pour un entretien et pour éviter la faim. Lorsque je suis arrivé pour la première fois à Goerree, en décembre 1681, j’aurais pu en acheter un grand nombre, à des prix très faciles, si j’avais trouvé des provisions pour les subvenir à ses besoins ; si grande était alors la pénurie, dans cette partie de la Nigritie.
Pour conclure, certains esclaves sont aussi amenés à ces Noirs, venus de pays très reculés de l’intérieur, par le biais du commerce, et vendus pour des biens de valeur très insignifiante ; mais ces esclaves sont généralement pauvres et faibles, en raison de l’usage barbare qu’ils ont eu pour voyager jusqu’à présent, étant continuellement battus et presque affamés ; si inhumains sont les Noirs les uns envers les autres....
Le commerce des esclaves est, d’une manière plus particulière, celui des rois, des riches et des marchands de premier ordre, à l’exclusion des Noirs de rang inférieur.
Ces esclaves sont traités sévèrement et barbarement par leurs maîtres, qui les nourrissent mal, et les battent de manière inhumaine, comme on peut le voir sur les croûtes et les blessures sur le corps de beaucoup d’entre eux lorsqu’ils nous sont vendus. Ils ne leur permettent guère le moindre chiffon pour cacher leur nudité, qu’ils leur enlèvent aussi lorsqu’ils sont vendus aux Européens ; Et ils partent toujours tête nue. Les épouses et enfants des esclaves sont également esclaves du maître sous lequel elles sont mariées ; et une fois morts, ils ne les enterrent jamais, mais jettent les corps dans un endroit libre, pour être dévorés par des oiseaux ou des bêtes de proie.
Cette utilisation barbare de ces malheureux vauriens fait croire que le sort de ceux qui sont achetés et transportés de la côte vers l’Amérique, ou d’autres parties du monde, par les Européens, est moins déplorable que celui de ceux qui terminent leur vie dans leur pays natal ; car à bord des navires on prend toutes les précautions possibles pour les préserver et les faire subsister dans l’intérêt des propriétaires, et lorsqu’ils sont vendus en Amérique, le même motif devrait être prévalu auprès de leurs capitaines de bien les utiliser, afin qu’ils vivent plus longtemps et leur rendent plus de service. Sans parler de l’avantage inestimable qu’ils peuvent récolter, en devenant chrétiens et en sauvant leur âme, s’ils font un véritable usage de leur condition...
Beaucoup de ces esclaves que nous transportons de Guinée vers l’Amérique sont préoccupés par l’opinion qu’ils sont transportés comme des moutons à l’abattoir, et que les Européens apprécient leur chair ; cette idée prévaut tellement chez certains, qu’ils tombent dans une profonde mélancolie et désespoir, et refusent toute nourriture, bien qu’ils ne soient jamais contraints ou même battus pour les obliger à se nourrir : malgré tout, ils mourront de faim ; dont j’ai eu plusieurs cas chez mes propres esclaves, tant à bord qu’à Guadalupe. Et bien que je doive dire que je suis naturellement compatissant, j’ai parfois été obligé de faire casser les dents de ces misérables, parce qu’ils ne voulaient pas ouvrir la bouche, ni se laisser convaincre par des supplications pour se nourrir ; et ainsi leur ont forcé un peu de nourriture à la gorge....
Lorsque les esclaves descendent à Fida depuis l’intérieur des terres, ils sont placés dans une cabine, ou prison, construite à cet effet, près de la plage, tous ensemble ; et quand les Européens doivent les recevoir, chaque partie de chacun d’eux, jusqu’au plus petit membre, hommes et femmes étant tous complètement nus. Ceux qui sont autorisés à être bons et sains sont placés d’un côté, et les autres d’eux-mêmes ; ces esclaves ainsi rejetés sont là appelés Mackrons, ayant plus de trente-cinq ans, ou défectueux au niveau des membres, des yeux ou des dents ; ou qui sont devenus gris, ou qui ont la maladie vénérienne, ou toute autre imperfection. Mis de côté ces derniers, chacun des autres, qui ont été passés pour bons, est marqué sur la poitrine, avec un fer rouge-chauffant, gravant la marque des compagnies françaises, anglaises ou néerlandaises, afin que chaque nation puisse distinguer la sienne et éviter qu’ils ne soient changés en pire par les autochtones, comme ils en ont le droit. Dans ce cas particulier, il est veillé à ce que les femmes, les plus tendres, ne soient pas trop brûlées.
Les esclaves marqués, après cela, sont ramenés à leur ancien abri, où la raison est de les subvenir à sa propre charge, ce qui équivaut à environ deux pence par jour pour chacun, avec du pain et de l’eau, qui constituent toute leur allocation. Ils y restent parfois dix ou quinze jours, jusqu’à ce que la mer soit assez calme pour les envoyer à bord ; car très souvent, cela reste trop agité pendant si longtemps, sauf en janvier, février et mars, qui sont généralement la saison la plus calme : et lorsque c’est le cas, les esclaves sont emportés par colis, dans des canoës bar, puis placés à bord des navires sur la route. Avant d’entrer dans les pirogues ou de sortir de la cabine, leurs anciens maîtres noirs leur retirent tous leurs chiffons, sans distinction entre hommes et femmes ; pour les fournir, sur des navires ordonnés, chacun d’eux, en montant à bord, est autorisé à enrouler un morceau de toile à enrouler autour de sa taille, ce qui est tout à fait acceptable pour ces pauvres misérables....
S’il n’y a pas de stock d’esclaves à Fida, le facteur doit faire confiance aux Noirs pour ses biens, d’une valeur de cent cinquante ou deux cents esclaves ; ces marchandises qu’ils transportent vers l’intérieur des terres, pour acheter des esclaves, sur tous les marchés, sur plus de deux cents lieues en amont du pays, où ils sont élevés comme du bétail en Europe ; les esclaves vendus là-bas étant généralement prisonniers de guerre, pris à leurs ennemis, comme d’autres butins, et peut-être quelques vendus par leurs propres compatriotes, en situation de grande pauvreté ou en cas de famine ; ainsi que certains comme punition de crimes odieux : bien que beaucoup d’Européens croient que les parents vendent leurs propres enfants, les hommes leurs épouses et leurs parents, ce qui, si jamais cela arrive, est si rare qu’il ne peut être justement imputé à toute une nation, comme coutume et pratique courante....”
Journal de Jean Barbot, dans Churchill, extraits tirés de Collections...", op. cité, chapitre 4, p. 47 et ss.
Comme un peu partout dans les civilisations antiques (nous l'avons vu à Rome et au Japon, par exemple) des pauvres criblés de dettes ou incapables d'assurer la survie ou celle de leurs enfants tombaient en esclavage :
"les esclaves qui sont icy sont faicts de pouvres gens qui ne scavent gaigner la vie. Secondement aussi de personnes tombees en quelques amendes au Roy qui ne les scavent payer, qui puis apres sont revendues pour satisfaction en esclaves, tiercement les ieunes enfans qui sont vendus de leurs parens a cause quils nont le moyen de les soustenter & donner les despens tels esclaves sont contraincts de servir toutte leur vie aux ge(n)s ausquels ils sont subiects & faire le mesnage aux femmes, comme a faire pain & querre du bois & choses semblables autres ieunes garcons qui n'ont point de force encore mect on a aguiser corail & a aller en mer pescher. On les cauterise & marque aussi pour les retrouver quand ils s'enfuyent & les recognoitre a telles marques..."
(Pieter de Marees, Description et recit historial, op. cité, p. 73)
Comme pour d'autres méthodes utilisées par le commerce d'esclaves européen, on voit encore ici que le système de traite africain, par ses violences infligées aux esclaves, ne se distinguait guère du premier par son mode d'exploitation brutal de la main d'œuvre servile, qui est à rapprocher de l'extrême coercition qui peut être appliquée par la justice des monarques ou des chefs africains :
Nous le voyons bien, la ploutocratie africaine, comme partout ailleurs dans le monde, exerce son pouvoir en utilisant tous les moyens habituellement utilisés ailleurs par les élites dominantes, à savoir la force, la violence, la coercition, l'asservissement pour dettes, l'exploitation de la force de travail, la redistribution très inégale des richesses, la coopération entre puissants, qu'ils soient européens ou africains, mais aussi, l'assimilation des roturiers riches à la classe des élites (qui rappelle l'antagonisme bourgeoisie / noblesse européennes), une association entre ces deux classes, en forme de "promotion idéologique et sociale" (Memel-Fotê, 1993). On verra donc se former progressivement une bourgeoisie métissée, créolisée, dont les membres les plus en vue assimileront les cultures européennes en voyageant à l'étranger et en y envoyant leurs fils y faire leur éducation : Et c'est encore une fois de plus un exemple de connivence, d'association entre ploutocrates aux intérêts de formes diverses mais si profondément identiques, puisqu'ils se fondent tous dans la recherche du pouvoir, de la domination et de la richesse.
Pieter de Marees, Description et recit historial..., op. cité, p. 39
Les sentences et executions
A. Le Roi ou le Capitaine donne audience aux complaintes de ses sujets et prononce les sentences
B. "Negro" exécuté "a cause des Flamans" à la sagaie et à la serpe, pour décoller sa tête, ensuite pendue à un arbre.
C. Corps mis en pièces, jetées aux oiseaux dans les champs.
D. Serment d'une femme ingérant un breuvage et jurant ne pas avoir couché avec un autre homme
E. Alliance d'amitié s'accompagnant de frottements du visage et de la plante des pieds.
F. Hommes s'entretuant selon la sentence du roi, faute de pouvoir trouver un accord
G. Femmes assistant aux séances du tribunal qui "font tresgrandes complaintes au dessus des morts"
Louis XIV, l'ami des rois africains
Le royaume d'Allada (Alada, Aïda, Arda, Ardres), situé au sud du Bénin actuel, a été fondé par des migrants Adja (Aja), au début du XVe siècle, venus du royaume de Tado (Sado, Adja-Tado), au nord, dont certains lignages installent un royaume à Notsé, plus à l'ouest. Selon une tradition récente du XIXe siècle, probablement une invention (Houseman, 2012), deux frères princiers d'Allada, pour éviter un conflit fraternel sanglant, seraient ensuite allés créer, d'un côté, le royaume d'Abomey (Dahomey, Danxomè en langue fon) alors dépendant du royaume d'Allada et du puissant royaume Yoruba d'Oyo), de l'autre, le royaume d'Hogbonou ou cité-royaume de Xogbonú (Hogbonu, Alada, Arda, Ajace, Ajachè, puis Porto Nuevo, Porto Novo). En réalité, les historiens montrent qu'aux querelles de pouvoir intra-familiales, s'ajoutaient des conditions socio-économiques défavorables : famines, guerres ou plus favorables, comme de nouveaux pôles économiques attirant à eux des hommes ambitieux et entreprenants (cf. Sinou, 1995). Jusqu'au début du XVIIIe siècle, le royaume d'Allada domine la région, contrôle les petits royaumes de Ouidah (Hueda, Juda, Ouidah, Whidah, Whidaw, Whydah, Xwéda), du nom de l'ethnie Houédah et de Savi (Sahé, Saxé), qui tomberont ensuite sous la coupe du Dahomey. Notez les nombreuses déclinaisons onomastiques des toponymes ou des ethnonymes, qui témoignent du caractère très mixte, très cosmopolite de ces entités politiques.
Au milieu du XVIIe siècle, Jean-Baptiste Colbert, intendant puis contrôleur général des Finances du jeune roi de France Louis XIV, pousse le roi à accorder des privilèges dans le commerce triangulaire à plusieurs compagnies. Dans le royaume d'Allada, dont les monarques font avec les Portugais commerce d'esclaves (appelés alors Ardra / Aardra / Ardas/ Araras, etc.) depuis 1560 au moins (Pinto et Law, 2020), les Hollandais avaient précédé les Français, avec des comptoirs de la compagnie néerlandaise des Indes Occidentales, et dès 1640, s'approvisionnaient régulièrement en esclaves auprès des rois africains : plusieurs milliers d'esclaves transitaient alors chaque année par leurs comptoirs (Sinou, 1995), principalement à Offra (Petit Ardra, appelée d'abord Albofera, Albufera) et Jacquin (Jaquin, Jakin, Jakkin, Jackeyn, Adjakin, avec une présence anglaise), si proches l'une de l'autre qu'elles finiront par se confondre, supplantées à la fin du siècle par Porto-Novo et surtout Ouidah (Juda, Ajuda, Whydah, Grégoy, Gléhoué, etc.), la capitale royale, où s'installent, vers 1670, les comptoirs français de la Compagnie des Indes Orientales, avant d'être autorisés par le roi à bâtir un fortin (un fort anglais existait déjà), où les esclaves étaient enfermés parfois pendant des mois dans des geôles en attendant d'être vendus. Autour des forts se développe une population liée au commerce des esclaves : agents intermédiaires, courtiers de la traite, descendants mulâtres des négriers et leurs "épouses" africaines, ouvriers manœuvres et divers employés esclaves, vivant dans des hameaux où résident aussi des fournisseurs de denrées, des soldats employés par la compagnie, etc. (Sinou, 1995).
En janvier 1685, Louis XIV avait concédé à la nouvelle Compagnie française de Guinée "le privilège de faire seule le commerce des nègres, de la poudre d’or et de toutes autres marchandises dans l’étendue des côtes d’Afrique depuis la rivière de Sierra Leone jusqu’au Cap de Bonne Espérance" (Paul Roussier, "L'Établissement d'Issiny, 1687-1702 | Voyages de DUCASSE, TIBIERGE et D'AMON à la Côte de Guinée publiés pour la première fois et suivis de la Relation du Voyage du Royaume d’Issiny du P. GODEFROY LOYER", Paris Ve, Librairie Larose, 1935, p. X). La même année, le roi de Commendo (Comendo, Komenda, puis Eguafo, sous-groupe Akan) envoyait un ambassadeur qui se convertit à la religion catholique, mais qui mourut à Niort (op. cité, p. XI). En 1667, déjà, le roi Amossy avait conclu un traité avec Gérard Van Fest, de la Compagnie française des Indes Occidentales, autorisant la construction d'une forteresse, puis en 1672, deux ambassadeurs africains étaient envoyés en France. Enfin, en 1687, deux négriers français, Jean-Baptiste du Casse (J-B Ducasse, 1646-1715), directeur de la Compagnie du Sénégal, et le Chevalier Damont (d'Amon), capitaine de la Marine royale, mandaté par le roi de France Louis XIV et accompagné de missionnaires de l'ordre des Frères Prêcheurs (Dominicains), débarquèrent à Komenda, dont le roi céda à la France le droit d'installer un fort dans le village d'Aquitaguy/ Acquitaguy (op. cité, p. XXXVIII). Mais des ennemis du souverain de Commendo s'allièrent aux Hollandais, très hostiles à l'installation d'un comptoir français juste à côté du leur, à Elmina/ Saint-Georges-de-la-Mine/ São Jorge da Mina, village de Samma à l'origine). On a longtemps raconté que des navigateurs Dieppois avaient fondé La Mine en 1381-1382, pour le commerce des épices, et au-delà, une légende a été fabriquée sur l'antériorité des Normands sur les "côtes de Guinée", mais elle a été mise en brèche par les historiens, qui ont confirmé l'antériorité portugaise, cf. le détail du dossier dans Provençalle, 2025).
Ce sont donc les Portugais qui y bâtissent un fort en 1482, conquis par les Hollandais en 1653. Ces derniers pilleront des marchandises et massacreront des indigènes à Komenda ou Tacorary (Tacorari, Takoradi) et les deux émissaires Français chercheront à s'installer plus à l'ouest, vers l'Abissinie, où ils seront reçus la même années par le roi Zena, de son vrai nom "Kyeana" roi du peuple essouma (esuma), un des nombreux rameaux du peuple Akan. En gage de sa volonté de traiter avec les Français, le roi leur remit en otage son fils Aniaba (rebaptisé Louis Aniaba par Louis XIV) et son cousin Banga, qui rejoignirent la France, devinrent officiers dans le régiment du Roi, "et cela ne semble pas avoir étonné personne, le préjugé de couleur, qui d'ailleurs n'a jamais existé en France, n'était pas encore né dans les colonies" (op. cité, p. XX). Aniaba, successeur de Zena, Acassiny (Agassiny), l'administrateur de son Royaume, mais aussi ses capessaires, renouvelèrent leur amitié avec la France, malgré le peu d'empressement que mettait Louis XIV à y installer un établissement demandé par les pouvoirs africains pour leur protection.
Samma : "En janvier 1471, Joao de Santarem et Pero Escobar, chevaliers de la maison du roi du Portugal, découvrent sur la Côte de Guinée pour le compte de Fernao Gomes (à qui le roi du Portugal, Dom Atfonso V, a affermé le commerce de la Côte de Guinée), le village de Samma et l’endroit qui sera plus tard connu sous le nom d’Elmina" (Deffontaine, 1993)
Recueil de portraits et de costumes d'Henri Bonnart (1642-1711) et Antoine Trouvain (1652-1708), graveurs et marchands d'estampes, contenant 157 planches à pleine page, dont 126 en couleurs, édité entre 1694 et 1696.
Le Roi d'Eissinie, folio 185
eau-forte, burin
Musée du Louvre, Département des Arts graphiques
L 88 LR/184 Recto
Commendo, Côte de Guinée, Ghana, Forts anglais et hollandais
Gravure de Pierre Quentin Chedel (1705-1761)
1746, Collection particulière
Ghana, Côte de Guinée, "Casteel del Mina",
gravure hollandaise de 1706
Archives nationales néerlandaises
Comme leurs rivaux Nzema de Benyili (N'zima/N'zema/Nzem), eux-aussi Akan, les Essouma ont été poussés à l'émigration par la montée en puissance des Ashanti (Asante, Asiante) au Ghana et ont occupé vers 1670 l'Assinie (Asseny, Eissinie, Issiny, en territoire ivoirien actuel, dont le cœur est l'île d'Assôko (Soco chez Damon, Mafia, puis Asini-Mafia), en butte aux attaques des Nzema de Benyli (Benyi, auj. au Ghana) et en cohabitation et coopération étroite avec les Éotilé/Ehotilé/ Bétibé (Angoua, 2018), installés depuis longtemps sur la région lagunaire (lagunes Aby/Abi, Tendo et Ehy/Ehi) : cf. carte A. Au-dessus, s'installera bientôt un groupe akan rival des Nzema, les Agni (Anyi, Anyin), qui fondera le royaume du Sanwi (Sannvinn, Sanvi), bâti entre 1730 et 1823, par des guerres incessantes, autour de sa capitale Krindjabo (Krinjabo, puis Aboisso), bâtie en 1750 (Guyader, 1979), royaume qui existe toujours au sein de l'Etat moderne de Côte d'Ivoire.
Golfe de Guinée, Côte d'Ivoire et Côte d'Or
Traite des esclaves, XVIIe-XVIIIe s.
Nzema : Les colonisateurs portugais les surnommèrent Apolloniens (Appolos), et « baptisèrent Apollonie la terre sur laquelle ils débarquèrent le jour de la fête de Sainte-Apolline (7 février) » (Paulme, 1970)
Assinie : La capitale éponyme se trouve sur le Golfe de Guinée, "au commencement de la Coste d'Or", dira le Chevalier Damon (Damon,"Relation du voyage de Guynée fait en 1698", dans Roussier, op. cité, p. 74)
Agni : Connus d'abord sous les noms "Aowin" ou "Ebrosa" (Eborossa) dont le roi Ano Asoman (Asema, Asseman), grâce aux victoires Ashanti (Asante), avait lui aussi vaincu et massacré les Denkyira (Denkiyra) et se serait attribué le titre d' « agni », littéralement : "qui a grandi".
Notons, en passant, que la réalité politique africaine est alors encore bien plus complexe que ce qui est rapporté ici de manière simplifiée. En effet, les grands ensembles politiques ici exposés cachent une plus grande pluralité de divisions de pouvoirs, que nous ne pouvons nous permettre de détailler ici. Non seulement nous nous éloignerions de notre sujet d'étude, mais, surtout, nous manquons de données historiques qui nous permettraient d'établir clairement les pouvoirs en présence à cette époque) :
"La particularité de cette situation qui concerne un vaste ensemble d’entités politiques incluant les actuels Ahanta, Nzema, Egila (Edwira), Pepeesa, Wassa, Aowin, Sanwi, Bassam et les aires ewuture (mekyibo) et abure (de Bonoua), est restituée avec pertinence par J. P. T. Huydecoper, commandant hollandais du fort Saint-Antoine d’Axim. En 1762, il rend compte (dans la traduction de Furley) du caractère conjoncturel des conflits entre entités politiques et groupes par ailleurs alliés, et même étroitement apparentés et interconnectés :
"Parmi eux [les autochtones] ils sont tous divisés en différents Stammen [tribus] dont ni eux ni nous ne connaissons l’origine… mais qui a une très forte influence sur leur vie commune… Certaines de ces tribus sont étroitement liées à d’autres, certaines fortement opposées l’une à l’autre. La conséquence de cela est que… quelque grand que puisent être les désagréments entre elles, elles ont coutume de s’aider l’une l’autre contre un 3ème parti. L’amour de leur patrie est seul assez fort pour briser ce lien et dans la défense de celle-ci aucune attention n’est donnée aux associations (fondées sur une origine commune, sur une tribu)"
(Valsecchi, 2005 ; citation " FC (Furley Collection, Balme Library, University of Ghana) N49 (A-F) ; 1757-1762 (E) (ARA WIC 963), pp. 63-72, October 15th 1762 : letter from Axim (Huydercoper), 12/10. Le texte de la citation est constellé de traductions d’expressions que Furley avait laissées en hollandais."
Chapitre "Louis XIV" en construction :
à suivre...
La période complexe de la colonisation européenne de l'Afrique, qui ne met pas fin à l'esclavage traditionnel des sociétés africaines, sera examinée dans un autre article. Evoquons simplement quelques exemples :
Les esclaves des sociétés forestières de la Côte d'Ivoire. Ils peuvent être exclus de la reproduction et stérilisés, comme chez les Kwadia ou permettre la perpétuation, le métissage ou l'enrichissement des lignages, en fabriquant ou en commercialisant le sel, l'or, le cola, permettant ainsi aux possédants de s'enrichir mais aussi d'assurer leur gloire, en offrant des présents (Henriques et Sala-Molins, 2002).
Dans certaines sociétés, la condition d'esclave représente une telle déchéance que leurs morts sont considérés comme des déchets, des "excréments", pour les Guro, qui les abandonnent dans la nature.
Un autre asservissement que l'esclavage est connu comme "mise en gage" (pawning), où un maître met un individu sous sa dépendance au service de quelqu'un envers qui il est endetté (Testart et al., 2001). Mais la personne gagée conserve son lignage, son nom, ses ancêtres, et un certain nombre de libertés sociales, ce qui l'exclut totalement de l'esclavage mais qui le réduit de manière évidente à un asservissement plus ou moins pénible, selon les circonstances.
Evoquons maintenant Ghézo (Guezo, Gezo), roi d'Abomey (royaume du Dahomey : Bénin actuel) entre 1818 et 1858, dont le visage avait été marqué par la petite vérole et qui faisait partie de ceux qu'on appelait "rois-traîtres" au Bénin, à cause de l'exploitation intensive de l'esclavage des Noirs, ses semblables, en collaboration avec les Blancs dans le commerce esclavagiste. Aidé de son conseiller et grand ami le commerçant négrier brésilien Francisco Felix Da Souza, dit Chacha, d'origine portugaise, "véritable vice-roi sans le titre" (Nardin, 1967), il a œuvré activement à la déportation de centaines de milliers de Noirs africains, peut-être un million, essentiellement vers les colonies du Brésil, en échange d'armes, d'alcool ou de tissu (Pétré-Grenouilleau, 2004).
"Guezo, souverain du Dahomey, est un chasseur d’hommes; son armée est sa meute, dressée à la poursuite de ce gibier à l’ame immortelle. Chaque année, il sort de son palais aux murs ornés de têtes coupées; ses limiers sont lancés ; nul ne connaît le but de leur course ardente. Le chef seul sait quelle est la peuplade qu’il a vouée à la ruine, au massacre et à l’esclavage. La bande des noirs chasseurs court en silence. Il est nuit, et elle semble se diriger d’abord vers un point opposé au véritable but de son expédition, mais bientôt elle revient sur ses pas, et, au lever du jour, ces démons fondent sur une contrée paisible et surprise. Les habitans inoffensifs tombent, au sortir de leurs demeures, sous les coups de la phalange impitoyable. Les vieillards, on les tue ; les femmes, on les éventre ; les enfans à la mamelle, on les écrase sur la pierre. Les jeunes hommes et les jeunes filles sont saisis, garrottés et réservés, les uns pour la traite, les autres pour les sacrifices humains. L’incendie complète cette œuvre de destruction, et quand la nuée dévastatrice a passé, quand l’armée s’est retirée, emportant les produits de sa rapine, traînant à sa suite une population enchaînée et montrant avec une volupté féroce un hideux trophée de têtes tranchées par centaines, on dirait que la main de la colère céleste s’est appesantie sur la contrée : les champs sont déserts, les récoltes détruites, les maisons renversées. La vigoureuse végétation du pays envahit bientôt l’emplacement des villes, qui deviennent des repaires d’animaux sauvages, après avoir été des centres de l’industrie africaine, des foyers de sociétés et de civilisation naissantes, des asiles où vivaient souvent d’innocentes familles, cultivant ces sentimens d’affection mutuelle que Dieu n’a pas refusés à l’homme même plongé dans les ténèbres de la barbarie.
Tels sont les crimes de la traite. Ce commerce inhumain a trois phases : la razzia, l’achat des prisonniers, l’embarquement et la traversée des esclaves. La razzia, c’est le chef africain qui en est chargé ; l’achat des prisonniers se fait par les traitans, généralement européens, établis sur la côte ; l’embarquement et la traversée sont l’œuvre réservée aux capitaines négriers. Le roi du Dahomey est à la fois chasseur d’esclaves et associé des principaux traitans."
Paul Merruau, "Le Dahomey et le roi Guezo", article de la Revue des Deux Mondes, Nouvelle période, tome 12, 1851, pp. 1036-1062).
Il reste à ce jour un grand nombre de problèmes d'esclavage dans l'Afrique contemporaine, en témoigne par exemple le rapport de la fondation australienne Walk Free qui, en 2013, plaçait l'Afrique loin en tête des continents où l'esclavage était le plus répandu, puisque ce sont 38 pays africains qui étaient concernés sur les 50 pays recensés, avec la Mauritanie tout en haut de ce triste palmarès et ses 150.000 esclaves estimés, soit 4 % de la population (Esclavage : les dix pays africains les plus touchés, article de la revue jeuneafrique, 22 octobre 2013). "L’esclavage moderne peut prendre plusieurs formes : le trafic de personnes, le travail forcé, l’exploitation des enfants, le mariage forcé, ainsi que toutes les pratiques privatives de liberté. L’indice a été estimé à partir de trois facteurs principaux : la prévalence estimée de l’esclavage moderne dans la population, le mariage des enfants, et le trafic de personnes" (op. cité).
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