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CARNOT

« Il s’opposa en outre au plan du directeur du génie Fourcroy sur la réduction des places fortes en juin 1788. Il déplaça son argumentaire en faveur de la guerre de défense et du maintien des places fortes : la force militaire de la France devait être pensée et organisée en fonction de sa politique extérieure. La France devait demeurer « dans les limites que la nature semble lui avoir assignées » ; elle ne pouvait que s’affaiblir en s’agrandissant. Elle devait absolument abjurer l’esprit de conquête et se borner à la défense de ses possessions : « Toute guerre juste, toute guerre qui mérite ce nom, est donc essentiellement défensive. » La nation française était, selon lui, impropre à la guerre de mouvement, les forteresses étaient donc indispensables. La guerre de siège avait un caractère humanitaire, non destructeur, comme le système de Guibert. Il reprit et développa ces idées dans un mémoire adressé à l’Assemblée nationale en novembre 1789 »

https://books.openedition.org/pur/169256?lang=fr

La guerre est par excellence l'art de conserver. L'art de détruire en est l'abus. Toute guerre juste, toute guerre qui mérite ce nom est essentiellement défensive. Dans quelle affreuse désolation notre pays ne fut-il pas plongé toutes les fois qu'il voulut se livrer à l'ambition et sacrifier à la manie des conquêtes ? Que nous rapportèrent du fond de l'Allemagne ces brillantes armées envoyées pour les querelles d'autrui ? Qu'en résulta-t-il, sinon que nos trésors ont enrichi des pays misérables par eux-mêmes et que les champs de Bohême et de Hanovre restent engraissés du sang de nos soldats ? Quel trouble dans toute l'Europe et quels maux dans toute la France ne causa point la hauteur de Louis XIV ? Les provinces qu'il a conquises coûtèrent quatre fois plus que s'il en avait acheté la souveraineté à prix d'argent. »

«  Mémoire présenté au Conseil de la Guerre au sujet des places-fortes qui doivent être démolies ou abandonnées ; ou examen de cette question : est-il avantageux au roi de France qu’il y ait des places-fortes sur les frontières de ses États », 1789, 

https://www.persee.fr/doc/rnord_0035-2624_1950_num_32_125_1986

TOCQUEVILLE
 

Tocqueville concluait par ailleurs son discours par ces mots, dont on goûtera la saveur idéologique : "Il n’y a rien là qui donne aux travailleurs un droit sur l’État ; il n’y a rien là qui force l’État à se mettre à la place de la prévoyance individuelle. à la place de l’économie, de l’honnêteté individuelle ; il n’y a rien là qui autorise l’État à s’entremettre au milieu des industries, à leur imposer des règlements, à tyranniser l’individu pour le mieux gouverner, ou, comme on le prétend insolemment, pour le sauver de lui-même ; il n’y a là que du christianisme appliqué à la politique. Oui, la révolution de Février doit être chrétienne et démocratique ; mais elle ne doit pas être socialiste. Ces mots résument toute ma pensée, et je termine en les prononçant..(Gazette nationale ou le Moniteur universel | 1848-09-13 | Gallica).  Tocqueville rejette donc le socialisme mais honore une idéologie mortifère et criminelle depuis deux mille ans. Quant à l'amaigrissement de l'Etat, nous savons qu'il est un point de doxa important du libéralisme, ce n'est pas le moment d'en discuter. 

 

Un long discours du député Sieyès est resté célèbre,  en particulier, par le sentiment que le député exprime d'être passé d'un monde à un autre, celui du capitalisme, de l'importance primordiale donné à la richesse marchande, de la consommation, et de la soumission des peuples à cette vaste entreprise, tant moralement que physiquement :

“ Les peuples européens modernes ressemblent bien peu aux peuples anciens. Il ne s'agit parmi nous que de commerce, d'agriculture, de fabriques, etc. Le désir des richesses semble ne faire de tous les Etats de l'Europe que de vastes ateliers : on y songe bien plus à la consommation et à la production qu'au bonheur. Aussi les systèmes politiques aujourd'hui sont exclusivement fondés sur le travail ; les facultés productives de l'homme sont tout ; à peine sait-on mettre à profit les facultés morales, qui pourraient cependant devenir la source la plus féconde des plus véritables jouissances. Nous sommes donc forcés de ne voir, dans la plus grande partie des hommes, que des machines de travail. Cependant vous ne pouvez pas refuser la qualité de citoyen, et les droits du civisme, à cette multitude sans instruction qu'un travail forcé absorbe en entier. Puisqu'ils doivent obéir à la loi tout comme vous, ils doivent aussi, tout comme vous, concourir à la faire. Ce concours doit être égal.

Il peut s'exercer de deux manières. Les citoyens peuvent donner leur confiance à quelques-uns d'entre eux. Sans aliéner leurs droits, ils en commentent l'exercice. C'est pour l'utilité commune qu'ils se nomment des représentations bien plus capables qu'eux-mêmes de connaitre l'intérêt général, et d'interpréter à cet égard leur propre volonté. L'autre manière d'exercer son droit à la formation de la loi est de concourir soi-même immédiatement à la faire. Ce concours immédiat est ce qui caractérise la véritable démocratie. Le concours médiat désigne le gouvernement représentatif. La différence entre ces deux systèmes politiques est énorme.

Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi n'est pas douteux parmi nous. D'abord, la très-grande pluralité de nos concitoyens n'a ni assez d'instruction, ni assez de loisir pour vouloir s'occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; leur avis est donc de se nommer des représentants ; et puisque c'est l'avis du grand nombre, les hommes éclairés doivent s'y soumettre comme les autres. Quand une société est formée, on sait que l'avis de la pluralité fait loi pour tous.

Ce raisonnement, qui est bon pour les plus petites municipalités, devient irrésistible quand on songe qu'il s'agit ici des lois qui doivent gouverner 26 millions d'hommes ; car je soutiens toujours que la France n'est point, ne peut pas être une démocratie ; elle ne doit pas devenir un Etat fédéral, composé d'une multitude de républiques, unies par un lien politique quelconque. La France est et doit être un seul tout, soumis dans toutes ses parties à une législation et à une administration communes. Puisqu'il est évident que 5 à 6 millions de citoyens actifs, répartis sur vingt-cinq mille lieues carrées, ne peuvent point s'assembler, il est certain qu'ils ne peuvent aspirer qu'à une législature par représentation. Donc les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes immédiatement la loi : donc ils n'ont pas de volonté particulière à imposer. Toute influence, tout pouvoir leur appartiennent sur la personne de leurs mandataires ; mais c'est tout. S'ils dictaient des volontés, ce ne serait plus cet état représentatif ; ce serait un état démocratique.

On a souvent observé dans cette Assemblée que les bailliages n'avaient pas le droit de donner des mandats impératifs ; c'est moins encore. Relativement à la loi, les Assemblées commettantes n'ont que le droit de commettre. Hors de là, il ne peut y avoir entre les députés et les députants directs que des mémoires, des conseils, des instructions. Un député, avons-nous dit, est nommé par un bailliage, au nom de la totalité des bailliages ; un député l'est de la nation entière ; tous les citoyens sont ses commettants ; or, puisque que dans une Assemblée bailliagère, vous ne voudriez pas que celui qui vient d'être élu se chargeât du vœu du petit nombre contre le vœu de la majorité, vous ne devez pas vouloir, à plus forte raison, qu'un député de tous les citoyens du royaume écoute le vœu des seuls habitants d'un bailliage ou d'une municipalité, contre la volonté de la nation entière. Ainsi, il n'y a pas, il ne peut y avoir pour un député de mandat impératif, ou même de vœu positif, que le vœu national ; il ne se doit aux conseils de ses commettants directs qu'autant que ses conseils seront conformes au vœu national. Ce vœu, où peut-il être, où peut-on le reconnaître, si ce n'est dans l'Assemblée nationale elle-même ? Ce n'est pas en compulsant les cahiers particuliers, s'il y en a, qu'il découvrira le vœu de ses commettants. Il ne s'agit pas ici de recenser un scrutin démocratique, mais de proposer, d'écouter, de se concerter, de modifier son avis, enfin de former en commun une volonté commune (...) Quand on se réunit, c'est pour délibérer, c'est pour connaître les avis les uns des autres, pour profiter des lumières réciproques, pour confronter les volontés particulières, pour les modifier, pour les concilier, enfin pour obtenir un résultat commun à la pluralité (...) Il est donc incontestable que les députés sont à l'Assemblée nationale, non pas pour y annoncer le vœu déjà formé de leurs commettants directs, mais pour y délibérer et y voter librement d'après leur avis actuel, éclairé de toutes les lumières que l'Assemblée peut fournir à  chacun.

Il est donc inutile qu'il y ait une décision dans les bailliages ou dans les municipalités, ou dans chaque maison de ville ou village ; car les idées que je combats ne mènent à rien moins qu'à cette espèce de Chartreuse politique. Ces sortes de prétentions seraient plus que démocratiques. La décision n'appartient et ne peut appartenir qu'à la nation  assemblée. ”

Sieyès, extrait du discours du 7 septembre 1789 devant l'Assemblée Nationale, Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome VIII (5 mai 1789 au 15 septembre 1789), Paris, Librairie administrative de Paul Dupont, 1875, pp. 592-597.

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Au-delà de la police générale, l'idée d'une "haute police" de sûreté, prévenant des dangers contre l'Etat, se développe à la période révolutionnaire mais le terme est encore peu usité et flou  jusqu'à la fin du Directoire (le mot n'entrera dans le dictionnaire de l'Académie française qu'en 1835), même si la police se centralise encore plus, avec la création d'un ministère de la Police générale, le 12 nivôse an IV / 2 janvier 1796  (Le  Quang, 2018).  La naissance de la haute-police, accompagnée d'un durcissement de la politique pénale est facilement datable, car elle est précipitée par un évènement menaçant à la fois la personne du Premier Consul et, plus largement, la sûreté de l'Etat, qui sont exactement les deux principaux objets de la haute police, à savoir le terrible attentat de la rue Saint-Nicaise, dit de la "machine infernale", du 3 nivôse an IX (24 décembre 1800).  ​ Moins de deux semaines plus tard, un sénatus-consulte, le 5 janvier 1801 (15 nivôse an IX),  mentionnait pour la première fois "des mesures de haute-police". Au fur et à mesure, vont se développer une multitude de mesures répressives "(exil intérieur, déportation, emprisonnement, internement, etc.)", accompagnées de "production de statistiques émanant des ministères de la police générale et de la justice :  états des individus faisant l’objet d’une mesure de surveillance (haute police, mise à la disposition du gouvernement, surveillance spéciale du gouvernement), états des réfractaires, des déserteurs, des amnistiés, des condamnés, etc.(Berger, 2011).   L'étude de tout ce système de contrôle et de répression conduira Howard Gordon Brown  à  qualifier l'Etat napoléonien d'État sécuritaire ("security state"), que l'historien a cependant tendance à justifier, en regard de la situation d'insécurité récurrente, par le brigandage généralisé, en particulier (Brown, 2006).  

"rançon de la dictature" : Cette expression nous vient de l'historien Jacques Godechot*, à propos de ce qu'on appelait alors la "haute police", dont le terme apparaît à la fin du XVIIIe siècle, dans le sens d'une police  touchant à la sûreté de l'Etat. 

"Les mesures de haute police représentent sans doute l’une des dispositions les plus emblématiques du régime napoléonien et plus particulièrement de son caractère policier. L’historiographie n’a pas manqué depuis 200 ans de souligner leur nature liberticide. Des milliers de citoyens furent placés en détention pour des durées indéterminées, sans jugement.(Berger, 2011). 

* "Institutions de la France sous la Révolution et l’Empire", PUF, 1985, p. 638

 

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Cependant, il faut attendre l'an X pour voir la création d'une police politique secrète dont le patron définira lui-même les  contours : 

" Cette division est spécialement chargée de la police d’État, c’est-à dire de la recherche de tous les complots et projets contre la constitution, le gouvernement et la personne des premiers magistrats, ainsi que de la poursuite des provocateurs, auteurs ou complices de ces manœuvres. Elle surveille les libraires, la fausse monnaie et faux quelconques intéressant le gouvernement, les réunions clandestines et les hommes marquants de tous partis et opinions, les étrangers. Elle a [...] la direction des agents secrets et agents d’exécution attachés au Ministère ; propose au Ministre les arrestations des individus prévenus de conspiration."  

P-M Desmarest, "Quinze ans de haute police sous le Consulat et l’Empire",  citation dans l'édition annotée par Léonce Grasilier et précédée d'une étude sur Desmarest et la Haute police, par Albert Savine,  Paris, Garnier Frères, 1900.

Tel était le mot d'ordre* de l'empereur à la police, selon le chef de la police secrète, Pierre-Marie Desmarets, rappelons-le (cf. partie 8), à ce poste pendant toute la période où Napoléon Bonaparte a été au pouvoir, de 1799 à 1814. 

*  P-M Desmarets, "Témoignages historiques, ou Quinze ans de haute police sous Napoléon",  Paris 1833,   p. XXX

 

 

 

 NOTES

LE QUANG  :

-  etat policier selon historiens divers  p. 33-34

-  destruction documents par Fouché, p . 49

- Commission sénatoriale de la liberté individuelle p . 51

-  citation Fouché sur la bonne morale policière p. 60

-  détention arbitraire dans la constitution an VIII  p. 65

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CODE  PENAL  1810

-  Prisons, peines de prison et ordre public - Persée

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