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 Utopies  conservatrices 

Les sociétés         utopiques, 

      de  More 

         à  Girard

    

           [ 2  ]

Francesco Doni, I Mondi, gravure de la première édition de 1552, détail.

                               image entière :   ici                                                                

 

L'utopie conservatrice (1) : Rabelais

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Rabelais, Gargantua observant la vie des Thélémites, gravure de Gustave Doré (1832-1883), illustrant le chapitre LVII" Comment estoient reiglez les Thelemites à leur manière de vivre", éditions Garnier Frères, 1873.

Un peu moins de vingt ans après la parution de l'Utopie de Thomas More, François Rabelais (vers 1490 - vers 1553) écrit son Gargantua (1534/35), dont quelques chapitres sur l'abbaye de Thélème sont souvent qualifiés d'utopique. L'utopie est un "système de conceptions idéalistes des rapports entre l'homme et la société, qui s'oppose à la réalité présente et travaille à sa modification." (CNTRL) Si Rabelais présente bien l'abbaye imaginaire de Thélème comme le contre-modèle d'une abbaye  réelle ("il ne faudra pas construire de murailles alentour, car toutes les autres abbayes sont sauvagement murées", en français moderne), c'est toujours d'un établissement monastique dont on parle, un espace circonscrit à une communauté et non à la société dans son ensemble. Pire, cette micro-société de Thélème est composée entièrement de privilégiés dès son établissement.

 

En effet, l'abbaye est bâtie par les riches, pour les riches et leurs conditions d'entrée, ainsi que leur train de vie, le confirment sans aucun doute. Rabelais  lui-même avait séjourné plusieurs fois à l'abbaye de Ligugé, près de Poitiers, dont son ami Jean Bouchet, procureur, historien, lui avait recommandé l'"hermitage", propre à la "contemplation" et aux "« bons fruits et bons vins  que bien aymons entre nous Poictevins.". Notre romancier, bon vivant, ajoutera à la liste le potager "et ses salades meilleures qu’à Rome." Aux considérations sensuelles se mêlent des idées d'ermitage laïc, "dont l'idéal apparaît dans les lettres de Rabelais (Demonet, 2010)"  (Demonet, 2012)  

"Pour la construction et l'aménagement de l'abbayeGargantua fit verser comptant deux millions sept cent mille huit cent trente et un Moutons-à-la-grande-laine."

"on ordonna que ne seraient reçus en ce lieu que femmes belles, bien formées et de bonne nature, et hommes beaux, bien formés et de bonne nature."

"Ne pensez pas qu'hommes et femmes perdissent de leur temps à se vêtir si élégamment ni à se parer si richement, car les maîtres des garde-robes tenaient chaque matin les habits tout prêts. Les femmes de chambre étaient si expertes qu'en un instant les dames étaient prêtes, habillées de pied en cap."

"Aux portes des appartements des dames, se tenaient les parfumeurs et les coiffeurs."

Le lieu ne répond pas donc du tout à l'universalité de l'utopie comme "plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun" (CNTRL)  La ségrégation  entre les riches et les pauvres est même  déjà revendiquée par  'l'inscription mise sur la grande porte de Thélème" (ch. LIV) : "Ici, n'entrez pas...Porteurs de haires, cagots, cafards empantouflés. Gueux emmitouflés" 

 

Les différents corps de métiers au service des nobles habitants de Thélème ne sont évoqués qu'au travers de leur rôle servile et n'appartiennent pas à la communauté même : 

"Et, pour se procurer ces vêtements plus commodément, il y avait, près du bois de Thélème, un grand corps de bâtiment, long d'une demi-lieue, bien clair et bien aménagé, dans lequel demeuraient les orfèvres, les lapidaires, les brodeurs, les tailleurs, les fileurs d'or, les veloutiers, les tapissiers et les haute-liciers; chacun y œuvrait à son métier, uniquement pour le service de nos religieux et religieuses".

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Thélème n'est donc pas une utopie au sens d'un idéal social d'apparence irréalisable, mais plutôt une utopie conservatrice, car sur bien des points, elle est le reflet de la condition des princes d'ici ou d'ailleurs qui ne vivent qu'entourés de serviteurs, de luxe et de plaisirs, donc une vision sociale extrêmement peu originale, si ce n'est du côté des libertés individuelles désirées par tous ceux qui refusaient le despotisme politique et religieux et désiraient la liberté de mœurs et d'expression.  Les libéraux, plus tard en feront aussi leur combat et y ajouteront celle de l'économie. C'est un manifeste qui, bien avant Voltaire, réclame pour les riches de vivre comme ils l'entendent sans voir leur liberté d'action et de pensée brider par un pouvoir autoritaire. Et Rabelais d'y mêler la morale, le goût et les vertus aristocratiques si prisés par les élites depuis l'antiquité  :

 

"Parce que les gens libres, bien nés, bien éduqués, vivant en bonne société, ont naturellement un instinct, un aiguillon qu'ils appellent honneur et qui les pousse toujours à agir vertueusement et les éloigne du vice.

"Ils étaient si bien éduqués qu'il n'y avait aucun ou aucune d'entre eux qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d'instruments de musique, parler cinq ou six langues et s'en servir pour composer en vers aussi bien qu'en prose. Jamais on ne vit des chevaliers si preux, si nobles, si habiles à pied comme à cheval, si vigoureux, si vifs et maniant si bien toutes les armes, que ceux qui se trouvaient là. Jamais on ne vit des dames si élégantes, si mignonnes, moins ennuyeuses, plus habiles de leurs doigts à tirer l'aiguille et à s'adonner à toute activité convenant à une femme noble et libre, que celles qui étaient là."

 

"En outre, parce que d'habitude les religieux faisaient trois voeux, à savoir de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, on institua cette règle que, là, on pourrait en tout bien tout honneur être marié, que tout le monde pourrait être riche et vivre en liberté."

Dans  le Quart Livre (1548), Pantagruel et ses compagnons voguent d'île en île sur leur navire Thalamège, sorte de la république flottante inspirée du palais flottant du même nom (thalamigos grec, thalamegus latin) du pharaon lagide Ptolémée IV Philopator (244-204) "avec son authentique société nomade, si différente de la république sédentaire de Thomas More. Elle est réglée par la bonne volonté du roi, la bonne chère, l’échange de bon propos, la bonne humeur de frère Jean, la bouffonnerie de Panurge en quête d’une épouse fidèle, et par une inspiration évangélique sans cérémonie." (op. cité) Mais là encore, nous ne sommes pas dans l'utopie, mais avec l'appétit d"hommes avides de nouveautés, de curiosités des voyageurs du XVe et XVIe siècle. C'est ce qu'offre la première qu'ils visitent, Medamothi (à l'obscure étymologie grecque : "nulle part"), aussi éloignée  de l'utopie que Thélème. Il ne suffit pas qu'il y ait étrangeté,  bizarrerie, ou que les lieux suscitent la contemplation, pour que le récit se fasse utopique. De plus, c'est encore des riches dont il est question, se promenant de par le monde pour leur plaisir, acquérant au passage des trésors à rapporter pour décorer leurs demeures, ici un tableau pour décorer sa somptueuse demeure : 

"Chacun se laisse séduire par la concentration d’œuvres d’art. Frère Jean achète deux rares et précieux portraits, Panurge un grand tableau reproduisant la broderie de Philomèle, Epistemon deux tableaux philosophiques, Rhizotome une peinture mythologique. Pantagruel se distingue de ses comparses en optant pour une immense tenture à sujet épique, ne comptant pas moins de soixante-dix-huit pièces."  (Millon-Hazo, 2017)

"des objets inexistants sont peints, comme les idées de Platon (et la République est une Idée de république), les atomes d’Épicure, l’Écho, un valet qui cherche son maître, une licorne, un tarande (décrit comme un animal fantastique), certains payés en monnaie de singe (II-III). Quant au tableau du viol de Philomèle acquis par Panurge, il est décrit par le narrateur qui assure en même temps qu’il ne le décrit pas, par une sorte de paradoxe du menteur." (Demonet, 2013)  

Il y a bien une autre référence utopique dans le Cinquième Livre (1564),  mais elle est anecdotique et littéraire :

"Au pays de Satin du Cinquième Livre, on rencontre cependant Pierre Gilles, l’interlocuteur de Raphaël Hythloday, qui contemple les poissons d’une tapisserie de voyages, un urinal à la main, comme s’il manifestait un certain scepticisme à l’égard de ces signes de voyage en peinture. Un dernier clin d’œil à l’Utopia ?" (op. cité)

On le voit bien, ce n'est pas l'utopie politique qui intéresse Rabelais, comme d'autres utopistes chrétiens, nous allons le voir, mais ce qui fait de la "folie savante un enjeu privilégié d’une créativité utopico-allégorico-satirique défiant toute catégorisation générique claire."  Il n'y a pas que la scolastique, qui est visée par les humanistes, mais aussi la vanité, la folie (insaniaferitas, ineptia, dementia, mania, furor, stupiditas)  qu'ils prêtent aux savants pétris d'orgueil,  sans cette humilité demandée par Dieu au croyant. 

 

La théologie chrétienne ne cesse de mettre en garde contre l'orgueil du savoir, et se méfie de ces savants qui ont l'illusion de pouvoir, par la science et la philosophie, connaître les secrets du monde créé par Dieu et l'établissement d'un ordre du monde par la volonté politique de l'homme fait aussi partie de leurs folies dangereuses ou même de leurs péchés d'orgueil : "Et ces fous parfaits qui veulent passer pour des sages, pour des Thalès, n’aurons-nous pas raison de les appeler des Morosophes, des sages-fous ?" (Érasme, Éloge de la folie et autres écrits, éd. J.-Cl. Margolin, Paris, Gallimard, « Folio classique », § 5, p. 58).  Nous avons vu, d'ailleurs, que son ami Thomas More avait, dans Utopia, éloigné de la science les enfants et les adolescents pour que les jeunes esprits se conforment le mieux possible à la morale et à la religion. 

Néanmoins, Rabelais rend hommage à l'inventeur d'Utopia, en faisant de son héros le fils du roi d'Utopie, Gargantua (et avant lui, Utopus), et fait venir son épouse, Badebec, de la capitale d'Utopie, Amaurot. 

 

L'utopie conservatrice (2)

 

 

 

 

Dans un registre plus moral et plus social,

Gaspard Stiblin (Kaspar, Gasparus

Stiblinus, vers 1526-1562) ne produit pas

une véritable utopie sociale, contrairement à ce

qu'affirme  Georges Minois (L'âge d'or : Histoire 

de la poursuite du bonheur, Fayard. 2009). Dire

que "les plus hauts salaires sont ceux des

professeurs" ou que "les bas prix fixés par

l'Etat" permettent aux petits propriétaires

d'acquérir les biens indispensables", c'est dire

d'un pays qu'il a fait telle ou telle réforme sociale, 

et même si ce pays est fictif, il ne se situe dans un devenir social inconnu et improbable. D'autre part, à l'inverse de maître François, Stiblin n'invente pas une petite communauté  de loisirs, mais une société entière de contrition et de morale sévère, au travers de son Coropaedia sive de moribus et vita virginum sacrarum libellus. Ejusdem de Eudaemonensium republica commentariolus (1553, titre français : Brève description de l'État d'Eudémonie, cité du pays de Macaria). Et même dans le registre de la pénitence, le monde de Stiblin ressemble fort au monde historique, où beaucoup d'hommes ont subi toutes sortes de châtiments au nom des péchés dont on les a accusés. A Macarie on condamne sévèrement la luxure, la paresse, l'ivrognerie. Anti-utopies ou utopies conservatrices, Rabelais ou Stiblin se situent bien loin de l'utopie de More, d'une société débarrassée de la misère et des injustices sociales. Il en va de même pour l'ouvrage de Thomas Nicholas (A Pleasant dialogue betweene [sic] a lady called Listra, and a pilgrim, concerning the government and common weale of the great province of Crangalor, 1579) où on trouve des religieux charitables envers les prisonniers "pour dettes ou autres offenses", où le prince "ordonna de scier la jambe des juges" qui avaient accepté "une oie bourrée d'or pour un pot-de-vin".  L'année d'après parait Sivqila, To Good to be True (1580) de Thomas Lupton, dont la première partie est dédié à Sir Christopher Hatton et la deuxième à William Cecil (1581), qui doit aussi être un modèle de gouvernement pour l'Angleterre elle-même  : on reconnaîtra que l'héroïne, Sivqila (A l'envers : aliqvis, en latin : n'importe qui) est native d'Ailgna, anagramme d'Anglia. Comme Mauqsun, le pays idéal, est la Nusquam de More à l'envers.  Reproduisant le modèle de More, le récit est un dialogue entre Sivqila et son hôte, Omen, et révèle une cité idéale pas très éloignée de beaucoup d'autres, tenue à une impeccable moralité et piété chrétiennes et châtiant sévèrement  les enfants indisciplinés, les hommes querelleurs, les femmes désobéissantes, les ivrognes, etc. afin de les faire retrouver le droit chemin. Lupton avait fait paraître deux ans auparavant , en 1578, une comédie morale de type puritain, en particulier contre l'avarice, avant, All for money

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Royaume d'Antangil, d'I.D.M.G.T, légende carte, 1616

On trouve davantage de préoccupations sociales et morales que religieuse dans  "Histoire du grand et admirable royaume d'Antangil incogneu jusques a present à tous historiens et cosmographes : compose de six vingts provinces tres belles et tres fertiles, avec la description d'icelui et de sa police nompareille, tant civile que militaire", d'un auteur dont on ne connaît que les initiales : I. D. M. G. T (texte intégral : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101920x/f21.item). Dans ce Royaume d'Antangil (1616),, "qui signifie grâce céleste", les pouvoirs n'ont rien de bien différents d'autres royaumes bien réels avec une solide hiérarchie (roi, conseillers, présidents, sénateurs, magistrats, etc.), des salaires proportionnels aux rangs ( "mille écus" à tel ou tel président, "cinq cents" aux Conseillers, "deux cents" aux Greffiers, etc.). On est donc très loin de la communauté des biens des utopies sociales, et s'il y a anticipation, c'est plutôt sur la valeur bourgeoise et libérale du travail, qui est encore loin d'être communément partagée au moment où l'auteur écrit son texte.  L'auteur tend la main à John Locke, qui n'est pas encore né, et lui souffle à l'oreille son idéologie du travail, où le pauvre est durement sanctionné dès qu'il est inactif, puisque son oisiveté est confondue avec la paresse : "De cette  façon il ne se trouve aucun pauvre, car si quelqu'un ne veut travailler après avoir été admonesté par trois fois, on lui met la main sur le collet pour estre envoié en la capitale ville de la Province, & de la aux galeres, ou aux mines, ausquels lieux on leur apprend à coups de fouets à faire ce que la raison & les remonstrances n'ont peu faire" (op. cité. p. 191-192)

 

Il en va de même pour le socle de sa justice sociale, un système de taxation légère, que l'auteur ne réussit à faire fonctionner que par le truchement d'une ruse, qui rapproche d'un seul coup la pseudo-utopie du conte : 

"Il sont [sic] si abondans et fertiles, qu'il seroit impossible de les espuiser de bleds, vins & toutes sortes de fruicts, & qui plus est tres grande quantité de pierreries se tirent aux montagnes qui sont à l'entour de ce lac, les meilleures et plus fines que l'on puisse recouvrer en toutes les Indes, dont il se fait un grand & riche trafic, de façon que par telles richesses les affaires publiques peuvent estre soustenues sans charger le peuple" (op. cité, page 10).  

C'est avec les mêmes visées morales que le législateur réduit les jours de repos à la portion congrue, les plus grandes fêtes de l'année et se montre finalement très peu sensible au bien-être des travailleurs, ici encore à l'opposé des utopies sociales. Par ailleurs, l'auteur contourne les problèmes que posent, dans la réalité et par principe, la recherche d'une équité sociale, ce que ne font pas les utopies sociales proprement dites, en instaurant la communauté des biens. 

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burton-robert-portrait-gilbert jackson-1

C'est aussi une pseudo-utopie de type économique, mercantiliste, que rédige en 1621 Robert Burton (1577-1640),

intitulée "The anatomy of melancholy what it is. With all

the kindes, causes, symptomes, prognostickes, and

severall cures of it. In three maine partitions with their

severall sections, members, and subsections. 

Philosophically, Medicinally, Historically, opened and

cut up". La préface de l'ouvrage  prend racine  dans

l'analyse de sa mélancolie chronique, que, par le biais

des antiques Lettres du Pseudo-Hippocrate (il prend lui-

même le pseudonyme de Democritus Iunior), il relie au mal

de la société tout entière (Crignon-De Oliveira, 2003).  Et encore

une fois, c'est à un souverain précis, auquel pense l'auteur, à                                       

"la période d’instabilité économique qui caractérise le règne de Jacques Ier, instabilité qui commence à prendre une ampleur inquiétante au moment même où paraît la première édition de L’Anatomie de la Mélancolie". (op. cité).  

 

"Les royaumes, les provinces et les corps politiques sont de même exposés et sujets à cette maladie, ce qui a été définitivement prouvé par Botero dans son étude sur la politique : comme dans les corps humains, dit-il, on y trouve [dans les corps politiques] diverses altérations provenant des humeurs, de sorte que de nombreuses et diverses maladies, conséquences d’une grande diversité de troubles, attaquent la communauté, et il est aisé de s’en rendre compte à l’aide de leurs symptômes spécifiques." (Burton, in op. cité).  Et Burton de nommer les causes de cette déliquescence : 

"la distribution inégale des richesses et de la monnaie, et l’écart important entre le niveau de vie des plus riches et des plus pauvres. Burton met sur ce point en cause le mode de vie oisif de la noblesse et du clergé qui « mènent une vie délicate et splendide au sein de l’oisiveté », tandis que d’autres gagnent à peine de quoi subsister. Or non seulement l’oisiveté est selon Burton la cause première de la mélancolie, mais la pauvreté est aussi de son côté un facteur de mécontentement et une cause possible de rébellion."  (Crignon-De Oliveira, 2003).  

   Botero      :  Giovanni Botero (1544-1617), un des fondateurs du mercantilisme, cf.  "De politia illustrium"

Comme l'auteur du Royaume d'Antangil, Burton pense que le travail est une solution indispensable à beaucoup de problèmes :  "La cause la plus puissante de la mélancolie est l’oisiveté, le meilleur remède est le travail..." (in op. cité) et promeut "l'exploitation des matières premières" mais aussi "le développement du commerce et de l'industrie".  Très peu utopique, Burton se veut comme d'autres, réformiste. La seconde partie, pseudo-utopique décrit donc un état qui aura mis fin au mal de la mélancolie. On y voit des prêtres qui imitent le Christ, des magistrats charitables et incorruptibles, des hommes politiques vertueux, des nobles, des commerçants honnêtes, débarrassés du mensonge et de la fraude. Encore un projet de société, plus qu'une utopie, qui est une monarchie, où les hiérarchies sociales sont  conservées (mais où les prolétaires peuvent s'élever à la noblesse par le travail), et la propriété bien protégée. Ce qui rapproche cet idéal de véritables utopies sociales seraient plutôt l'ensemble de toutes les dispositions de surveillance, qui contrôlent "l’existence des citoyens (depuis la naissance jusqu’à la mort, en passant par le mariage)". (op. cité).  Citons au passage, à quatre années de là, une utopie plus morale que sociale : Le grand empire de l'un et l'autre monde, divisé en trois royaumes, aveugles, borgnes, clair-voyants, de Jean de La Pierre, paru en 1625. 

Bien plus nombreuses sont les utopies ou pseudo-utopies conservatrices qui sont des critiques déguisées du pouvoir, et souvent, d'un roi bien précis. Parmi, elles on remarque quelques dystopies, des utopies qui, au lieu de présenter la face rénovée de la société, s'attache au contraire à brosser un tableau hideux de son état de mal. Saint Augustin voyait en Caïn et Abel deux humanités opposées. Celle de Caïn, le meurtrier de son frère, appartenait à la terre, à la chair, à la damnation, celle d'Abel, au contraire, au Ciel, à l'âme et à la grâce (saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre XV, chapitre I). Les premières utopies chrétiennes, fruits en partie de la censure ou de l'auto-censure  qui accompagnèrent la réforme et la contre-réforme, s'appuyèrent plutôt sur le premier modèle, tandis que d'autres voulurent donner à voir la face sombre du monde, celui de  Babel ou de Babylone, dans des formes d'anti-utopies. 

 

Il serait trop long (et hors sujet) de s'arrêter sur toutes ces pseudos utopies politiques et morales qui sont surtout, en réalité, des sortes de modèles de gouvernement chrétien idéal. Contentons-nous ici d'en évoquer un  certain nombre : De Regnandi peritia (1523) d'Agostino Nifo (Augustinus Niphus, Augusti Niphi) plagiat du Prince de Machiavel, qui figure dans beaucoup de listes d'utopies  ; O elogio dos Garamantes (1543) de Mambrino Roseo da Fabriano, contre la monarchie de Charles Quint, qui nous introduit chez de mythiques Garamantes, qui interdisent d'innover pour ne pas contrevenir aux bonnes moeurs,  qui portent les mêmes vêtements (coutume commune à beaucoup d'utopies), qui égalisent les héritages, et pratiquent l'euthanasie dès cinquante ans pour les hommes, quarante pour les femmes, "pour que personne ne s'attache à la vie" (Giuseppe Ferrari, Histoire de la raison d'État, 2015, Ligaran) ; Il Principe di Gio (1561), de Giovanni Battista Pigna ; L'isola di Narsida (L'île de Narside, 1572),  de Matteo Buonamico,  qui présente l'origine de la servitude sous les trois formes principales des vices : l'orgueil, la luxure et l'avarice, qui ont poussé les hommes à diviser la terre commune, le salut pouvant alors venir de la servitude volontaire au Prince et à Dieu ;  

Augustini Niphi, De regnandi peritia...1523
paruta paolo-della perfettione della vit

;  Della perfettione della vita politica (1572-1579) de Paolo Paruta ; La conversation civile (La civil conversazione, 1574) d'Estienne Guazzo, traduit en français par Gabriel Chappuys en 1579 ; Avvedimenti civili (Sarmartelli, Florence, 1574) de Giovanfrancesco (Giovanni Francesco) Lottini ; The Picture of a perfit Common Wealth (1600), de Thomas Floyd Description de l'isle des hermaphrodites. Nouvellement decouverte, concernant les moeurs, les coutumes & les ordonnances des habitans de cette isle, Comme aussi le Discours de Jacophile à Limne, avec quelques autres pièces curieuses (1605) de Thomas Artus dit Sieur d'Ambry, est une satire des turpitudes de la cour d'Henri III, que l'on reconnaît sous les traits du roi roi Hermaphroditus, qui, comme son nom l'indique, est un souverain mi-homme mi-femme, qui gouverne des individus de la même trempe, efféminés, adonnés aux plaisirs et aux vices ;  Primera parte (1609), de Garcilaso de la Vega 

S.Guazzo, La civile conversation, traduction G. Chappuys,1579
lottini-giovanfrancesco-avvedimenti civi
artus-thomas-description de l'isle des h

Le Mundus (1605) de  Joseph Hall (1574 - 1656),  est une dystopie connue après la première édition sous le titre de  "Mundus alter et idem. Sive terra australis antehac semper incognita",  publié sous le pseudonyme de Mercurius Britannicus en 1605, où le personnage principal, Mercurius, tente de convaincre le Français Petro Beroaldo (Beroaldus) et le Belge (Belga, traduit souvent par Hollandais) Adriano Cornelii Drogio (Adrian Cornelius Drogius) de monter à bord du Phantasia pour participer à un voyage vers différentes régions de cet "autre monde" (an Old World and a New) s'inspirent d'une longue tradition de géographie mythique, et tout particulièrement celle de régions mystérieuses et inconnues des "terres australes". Mais cette fois, celles-ci reflètent l'idéologie chrétienne et sont les "allégories morales des vices régnant sur l’Europe : Crapulia et Yvrognia, dont les noms parlent d’eux-mêmes, Viragina (pays gouverné par les femmes), Moronia (pays des sages-fous), Lavernia (pays des voleurs)...À côté de Loçania (terre de la luxure), on croise une Aphrodisya, une Gynaecopolis et une Amazonia parmi les espaces visités à Viragina, ou encore une Languedocia (allusion à l’intempérance verbale féminine, autant qu’à la région française)" (Correard, 2018).  

      Viragina    :  « "La Nouvelle Gynée, que d’autres appellent de manière incorrecte Guinée, je l’appelle plus justement Viraginia, située où les géographes européens ont dépeint la terre des perroquets" [psittacorum regio, NDA]. L’auteur fait mine de corriger les « géographes européens » sur une erreur qui n’en est pas une, mais donne l’occasion d’un jeu de mots rabelaisien : la Nouvelle Guinée, dont les côtes sont reconnues par les navigateurs portugais et espagnols dans la première moitié du XVIe siècle, serait plutôt une nouvelle Gynée, un pays des femmes. »

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La Repubblica delle api  (Rovigo, D. Bissuccio, 1625), que Giovanni Bonifacio adressera au pape Urbain VIII (Gian Maria Fara, La Repubblica delle api, Datanews, 2013) est l'histoire de navigateurs portugais partis pour les Amériques sous les règne de Jean III et qui signalent à leur retour leur découverte d'une population vivant encore "à l'état de nature" mais, à l'inverse d'autres utopies, le roi, Philippe II, cette fois, ne prend pas leur société comme modèle mais au contraire les contraint au christianisme et demande aux explorateurs de choisir sur le bon gouvernement qu'on leur imposera, et ces derniers choisissent une sorte de gouvernement populaire calqué sur l'organisation sociale des abeilles, "la manière de bien former un nouveau gouvernement démocratique". Ajoutons au passage que l'auteur a écrit aussi un des tout premiers livres sur la question de la communication non verbale, celle du corps, de ses postures, de sa gestuelle, L’Arte de’ cenni (1616).

Réservons une place un peu à part à d'autres pseudos-utopies, de type poétique, cette fois, comme la Città del vero (La Cité de la Vérité) de Bartolomeno del Bene (Bhartolomei Delbene, Baccio  del Bene, 1514-1588) écrit en 1585 et publié en 1609 par son neveu Alfonso, évêque d'Albi, qui le dédia à Henri IV, sous le titre de Civitas veri sive morum. Aristotelis de moribus doctrinam, carmine et picturis complexa, et illustrata commentariis Theodori Marcilii. Là, encore plus qu'ailleurs, nous sommes au coeur de l'utopie des privilégiés, puisque la ville idéale est une construction poétique pour le bien-être sensuel et spirituel d'une seule personne, la duchesse Marguerite de Savoie, que l'auteur compose en partie dans son château de Rivoli. C'est encore une anti-utopie qui, au lieu de donner un sens à la société, au lieu d'élever tous les hommes à la dignité, accorde à un Grand de ce monde une valeur infiniment supérieure au commun des mortels. Pour elle, se dessine une promesse de gloire et de bonheur sans limite, d'une ampleur indécente : un voyage de trente journées en novembre dans une ville aux  trente palais, vingt fleuves, sans parler des temples, des places, des jardins, etc. etc. 

Tout à fait du même ordre est l'Arcadia (Arcadie, région du Péloponnèse) ou sa deuxième mouture, New Arcadia de Philip Sidney (1554-1586), rédigées dans les années 1580 et publiée de manière posthume en 1593. Nous avons encore là affaire à une sorte de roman poético-pastoral écrit aussi pour une seule femme, en l'occurrence, sa soeur, Mary Sidney, comtesse de Pembroke, et là encore, le lieu principal d'écriture est un lieu magique, la magnifique propriété de  Wilton House, surnommée "Wilton Circle", symbole à la fois d'une très grande richesse et de grand raffinement culturel, où séjournaient en villégiature beaucoup d'écrivains et de poètes. 

Tdel bene bartolomeo-civitas veri-plan-16

Ecrit à la toute fin de sa vie et publié après sa mort, la

New Atlantis ("New Atlantis, A worke unfinished", 1627,

"La Nouvelle Atlantide", "Nova Atlas") de l'Anglais

Francis Bacon (1561-1626) est, selon les

précisions données au lecteur par son secrétaire

personnel, William Rawley, "une fable" inséparable d'un

autre texte, Sylva Sylvarum (Sylva Sylvarum or a

natural history in ten centuries, 1627) : "un recueil

d’expériences destinées à fonder une histoire naturelle

qui serve de prolégomènes à une science future"

(Popelard, 2006), oeuvre demeurée inachevée et que

Rawley publiera conjointement en 1627. Cette fois,

l'utopie privilégiera davantage la réforme de science que

celle de la société, et la fiction répond au souci de "mettre à la portée des moindres esprits les vérités récemment découvertes mais trop éloignées des opinions vulgaires, et les pensées trop abstraites"  Bacon, De Sapientia Veterum ("De la Sagesse des Anciens", 1609) : c'est exactement ce que nous appelons vulgarisation scientifique. Proche en cela de la Cité du Soleil de Campanella, l'île idéale de Bensalem abrite une société épistémocratique, avec sa Maison de Salomon (du nom du roi fondateur mythique Solamona) , l'académie scientifique omnipotente du  pays. qui confère une grande supériorité scientifique aux Benasalémites sur les Européens. L'ensemble du livre est dédié à la curiosité, à l'observation scientifique :  "Hormis quelques notations ponctuelles concernant la religion, le mariage et la famille, c’est avant tout la science qui forme le sujet du livre. La Nouvelle Atlantide est bien une utopie scientifique" où les savants "sillonnent les mers et traversent les continents pour rassembler tous les faits possibles."  (Popelard, 2006). La vision scientifique Bensalémite s'oppose aussi à la vision mercantile européenne, à "l’obsession marchande de nombreux explorateurs". (op. cité) et l'absence du roi (hormis la trace de son sceau) reflète peut-être la déception du Chancelier de voir que son roi, Jacques Ier, "n’a toujours rien fait pour aider les sciences, en dépit du plaidoyer baconien." (op. cité)

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Le récit utopique que Johannes Kepler (1571-1630) écrit à la même époque entre 1609  et 1630 (Ducos, 1985), "Somnium, seu Opus posthumum de astronomia lunari, divulgatum a M. Ludovico Kepplero" ("Le Songe ou oeuvre posthume d'Astronomie lunaire, divulguée à M. Ludovic Kepler" sera comme celle de Bacon une oeuvre dévolue à la science, publiée après sa mort par son fils Ludwig, en 1634, à Franfort. Avec les deux hémisphères de la lune, Subvolva (ou Volva) et Privolva, Kepler peut déployer toutes sortes d'observations et d'expériences scientifiques rigoureuses et contredire avec humour les conceptions fixistes imposées par la religion. Kepler aurait voulu s'intéresser aussi à l'aspect politique et social de son île de Levania, mais il s'abstint, finalement, ayant eu des problèmes à répétition avec la censure (des copies du Songe commencent à circuler dès 1611) et l'inquisition, sa mère ayant été soupçonnée de sorcellerie en 1615  (Ducos, 1985) :

 

 "Campanella a écrit une Cité du Soleil. Ne pourrais-je pas écrire une « Cité de la Lune » ? Ne serait-il pas formidable de décrire les mœurs des cyclopes de notre temps, mais pour ce faire – il faut rester prudent – quitter la terre pour se rendre sur la lune ? Cependant, quel serait l’intérêt d’un tel voyage dans les airs ? More dans son Utopie comme Erasme dans son Éloge de la Folie ont dû aborder bien des questions difficiles pour se protéger de la censure. Laissons donc les vicissitudes de la politique et restons dans les fraîches et vertes prairies de la philosophie."  

Lettre de Kepler à Mathias Bernegger du 4 décembre 1623, in Christian Frisch, Keppleri Opera omnia, en 8 volumes (1858-1871), t. VIII, p. 24.

 

Le héros islandais de Kepler, Duracotus, a étudié l'astronomie avec Tycho Brahe, qui est le principal sujet, sérieux, du récit, dont le volet divertissant est en partie assurée par des démons pas démoniaques du tout, qui introduisent leurs connaissances de Levania : Kepler se réfère plutôt à l'étymologie grecque, qui fait (entre autres) des daimon des passeurs entre les  hommes et les dieux : ce seront des "savants", pour notre auteur (op. cité)

  1609  : "Le Songe de Kepler est un travail de longue haleine, qui l’occupe plusieurs années. En 1593, alors qu’il est étudiant, il élabore un ouvrage d’astronomie mathématique dans lequel il décrit l’apparence des cieux depuis la lune. Ce travail est cependant rejeté par le professeur de Tübingen qui préside aux disputes, et Kepler met son projet de côté pendant seize ans.(Poole, 2010).

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Comme son nom l'indique, The Man in the moon (publié en 1638), de Francis Godwin (évêque de Hereford, 1562-1633), est exactement dans la même veine que l'utopie scientifique de Kepler. Comme Duracotus, le héros de Godwin, un nain aristocrate Espagnol du nom de Domingo Gonsales,  a été initié lui aussi à l'astronomie, en l'occurrence, dans l'université de Salamanque. S'appuyant sur le travail de William Gilbert (De Magnete, 1600), il fait échapper son héros de l'attraction terrestre, ou plutôt "de cet aimant tyrannique la terre".  Godwin Cette fois, ce n'est pas la magie des démons qui "téléportent" les hommes sur la lune, mais une machine tirée par vingt-cinq gansas, une espèce de cygne sauvage. Contrairement aux utopies habituelles, il n'y a pas d'assimilation de l'un ou l'autre peuple ni d'examen approfondi de leur société. On sait par exemple que les Lunaires, sont très doux, très accueillants, ont une église qui ressemble beaucoup à une église catholique et, par on ne sait quel miracle, connaissent Jésus. En plus de l'astronomie, de la cosmographie, l'oeuvre permet à son auteur de s'intéresser à une langue inconnue, que Gonzales mettra six mois à acquérir. 

Avant et après sa villégiature lunaire, les aventures de notre gentilhomme, aux Indes, à Sainte-Hélène, Ténérife, en Chine, etc., sont  conformes à des récits d'aventure classique.

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                      BIBLIOGRAPHIE   

 

 

 

    

BRAGA Corin, 2008, De l’utopie à la contre-utopie aux XVIe - XIXe siècles, Thèse de doctorat de philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3

BRAGA Corin, 2014a,  "Les Utopies Chrétiennes, Journal of Romanian Literary Studies, 5 | 2014.

BRAGA Corin, 2014b, Chronotopes et paysages utopiques,  Caietele Echinox, vol. 27, 2014 : Paysages et utopie.

CORREARD Nicolas,  Les Morosophes :figures du sage-fou dans la fiction utopisante de la fin de la RenaissanceT(r)OPICS, n°2, 2015, revue en ligne de l’EA DIRE, « Varia » (G. Armand, dir.), p. 215-239 (24 p, Université de la Réunion.)

CRIGNON-DE OLIVEIRA Claire, 2003, "Mercantilisme et utopie dans la « Préface » de L'Anatomie de la Mélancolie de Robert Burton",  Revue de métaphysique et de morale, 2003/3 (n° 39), p. 345-363.

https://www.cairn-int.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2003-3-page-345.htm

DEMONET Marie-Luce, 2012, Utopies et dystopies chez Rabelais, de Pantagruel au Quart Livre, Centre d'études supérieures de la Renaissance  (CESR).  

DEMONET Marie-Luce, 2013, Rabelais et l’utopie de l’ermitage, VII Jornadas sobre el pensamiento utópico. Religión en Utopía, Madrid,novembre 2010, éd. Iveta Nakládalová, Berlin, Academia Verlag, 2013, p. 71-96.

DUCOS Michèle, 1985, "Un voyage dans la lune au XVIIe siècle : « Le songe » de Kepler". In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°1, mars 1985. pp. 63-72;

https://www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1985_num_1_1_1245

DUVAL-WIRTH Geneviève, 1988, « Un moraliste méconnu, Anton Francesco Doni, Accademico Peregrino et théoricien du bonheur (1513-1574) », dans Chroniques italiennes, n° 13/14, ½, 1988,

http://www.chroniquesitaliennes.univ-paris3.fr/PDF/13-14/Duval-Wirth.pdf

MERCADANTE Constance, 2008, « Le temps du rituel dans La Cité du Soleil de Tommaso Campanella », Cahiers d’études romanes, 18 | 2008, 

http://journals.openedition.org/etudesromanes/1707

MILLON-HAZO Louise, 2017, "« QUELLES BESTES SONT CE LA ? » L’humanisme rabelaisien à l’épreuve de ses bestiaires,  Thèse de doctorat, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 

POOLE, William, 2010, Le Songe de Kepler et L’Homme dans la lune de Godwin : naissances de la science-fiction 1593-1638 In : "La figure du philosophe dans les lettres anglaises et françaises", Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, Ouvrage collectif, direction Alexis Tadié. 

http://books.openedition.org/pupo/977

 

POPELARD Mickaël, 2006, "Voyages et utopie scientifique dans La Nouvelle Atlantide de Bacon", Études Épistémè,, | 10, 2006. Science et littérature II, 

https://journals.openedition.org/episteme/951