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  • PLOUTOCRATIEs | accueil

    Les Forts et les faibles 40.000 ans de domination sociale Bienvenue ! ​ Je fais partie de celles et ceux, de plus en plus nombreux, qui souhaiteraient construire une tout autre société que celle qui nous est proposée ou imposée. Pour y contribuer, j'ai voté, manifesté, contesté, pour me rendre compte un jour que quelque chose me faisait particulièrement défaut. C'était de comprendre ce qui s'était passé jusque-là pour arriver à une pareille situation. Après beaucoup d'autres, j'ai cherché à mon tour de comprendre de quelle manière avait été organisé, institué, tout ce que je réprouve depuis longtemps dans la société : l'existence de la pauvreté, du chômage, l'inégalité des richesses, le hiatus, pour ne pas dire l'abîme, entre une grande partie du peuple et l'État, entre gouvernés et gouvernants, entre les classes sociales elles-mêmes, mais aussi les inégalités entre hommes et femmes, et tous les malheurs que la culture patriarcale continue de charrier. Etc. etc. La liste est longue. ​ J'ai remonté le fil et j'ai fini par me retrouver aux côtés d'hommes préhistoriques, parce que les archéologues révèlent, année après année, que nos principaux problèmes sociaux se posaient déjà depuis les tréfonds de l'histoire humaine. A partir de là, patiemment, j'ai commencé de relever les faits établis par les historiens, de les croiser, de les agencer, et ils m'ont fait comprendre que la domination sociale d'une poignée d'êtres humains, riches, qui se pensent les meilleurs, sur beaucoup d'autres, pauvres, qu'ils considèrent comme inférieurs, forme le soubassement, la dynamique, les forces principales de l'histoire de l'humanité, tout un ensemble de choses que nous n'avons jamais appris dans les livres d'école, bien sûr, parce que l'école fait aussi partie intégrante, nous le verrons plus tard, de la domination sociale. Ceci explique le nom donné à ce site : Ploutos (plutos, Πλοῦτος ), la richesse, en grec, entendue péjorativement, le fric, et Kratos (Κράτος ), le pouvoir. ​ Ce travail que je vous propose est donc une démonstration permanente par les faits de cette domination sociale, du pouvoir de quelques uns sur beaucoup d'autres et recouvrant la plupart des activités humaines. C'est l'histoire des Forts et des Faibles, de la violence plusieurs fois millénaire, physique ou psychique, exercée par les dominants sur les dominés, et par effet pervers, parfois, entre les dominés entre eux. Ce sont, en plus de la force, les stratégies, les ruses, tous les moyens mis en œuvre pour façonner un monde qui puisse permettre aux puissants, alors qu'ils sont très peu nombreux, d'obtenir, de conserver, mais aussi, d'augmenter au mieux leurs pouvoirs et leurs richesses. C'est l'histoire de ces idéologies qui ont très tôt réussi à acquérir durablement dans toutes les couches de la société une dimension naturelle, éternelle, nécessaire. De la même manière qu'à Babylone, dans l'empire Inca ou celui du Mali, dans l'Egypte des Pharaons, l'Europe médiévale ou celle d'aujourd'hui, il n'existe aucune société dont les fondements sont le bien-être et l'égalité de tous les êtres humains. En effet, les plus égalitaires d'entre elles n'ont jamais, ce n'est que l'exemple le plus éclatant, établi l'égalité entre hommes et femmes. Ce travail n'est pas du tout théorique et s'adresse à tous. Il est ancré dans le réel, au plus près de ce qui construit les inégalités sociales entre les hommes : la violence, la guerre, l'oppression, l'esclavage, la religion, la politique, la servitude par la dette, l'exploitation par le travail, les inégalités de logement, de santé, d'éducation, etc.. Nous irons au cœur des savoirs nécessaires à la compréhension de cette fabrication de l'inégalité, et chaque contribution à ce travail sera systématiquement sourcée. Car, si un adage se révèle d'une grande pertinence ici, c'est que "le diable est dans les détails." Si la domination sociale a, pendant longtemps, été permise en grande partie par la force, elle n'aurait pas pu être effective, solide et durable, nous le verrons, sans une mise en œuvre puissante, répétons-le, de moyens, de ruses, de manipulations, de stratégies, que les sciences historiques et sociales ont en partie mises à jour. Ici, donc, l'idéologie, au sens péjoratif du terme, n'est pas de mise, à savoir une "théorie vague et nébuleuse, portant sur des idées creuses et abstraites, sans rapport avec les faits réels" *, bâties sur des préjugés, des croyances à partir desquelles elle tire un ensemble de principes, politiques, économiques, moraux, en particulier. ​ ​ Bonne lecture à toutes et à tous ! ​ Camille Lefèvre, 16 janvier 2020 ​ * CNTRL, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales https://www.cnrtl.fr/definition/ ​ ​ IIllustrations : A gauche, détail d'une miniature tirée des Riches Heures du Duc de Berry, mois de Janvier, 1410-1411, manuscrit conservé au château de Chantilly. A droite, corvée de paysans, détail d'une miniature d'un manuscrit de la London Library, 1310-1320 ​

  • PLOUTOCRATIEs | DOMINATION ET ESCLAVAGE EN AFRIQUE PRÉCOLONIALE

    « Là où les nÈGRES SONT MAÎTRES » Afrique noire précoloniale domination et esclavage Atlas catalan, Portulan attribué à Abraham Cresques, 1375. Manuscrit enluminé sur parchemin, 12 demi-feuilles de 64 x 25 cm chacune, Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Espagnol 30, folio 6. ​ "C'est ici que commence l'Afrique, qui se termine à Alexandrie et Babylone. Elle part d'ici et comprend toute la côte de Barbarie en allant vers Alexandrie, et vers le midi, vers l'Éthiopie et l'Égypte. On trouve dans ce pays beaucoup d'ivoire, à cause de la multitude des éléphants nés dans le pays, qui arrivent ici sur les plages. Tout ce pays est occupé par des gens qui sont enveloppés, de sorte qu'on ne leur voit que les yeux, et ils campent sous des tentes, et chevauchent sur des chameaux. Il y a des animaux qui portent le nom de Lemp [lamt , oryx, NDA] , du cuir desquels on fait les bonnes targes [petit bouclier rond, de type médiéval écossais, NDA] ." "Ce seigneur nègre est appelé Mussé Melly , seigneur des nègres de Guinée. Ce roi est le plus riche et le plus illustre seigneur de tout le pays, à cause de la grande abondance d'or qu'on recueille sur ses terres." ​ ​ ​ Néolithiq ue : L'avè nement des inégalités ( I ) ​ ​ ​ On évoquera le très ancien campement de Kaddanarii, qui témoigne du premier peuplement de Kerma, il y a un million d'années, au Soudan, ou les débuts de la poterie à Boucharia, dont les tessons de céramique, ou les fragments d'oeufs d'autruche nous ramènent à 8200 avant notre ère, seulement pour rappeler la très longue histoire des peuples africains, mais nous ne savons pas grand-chose de leur organisation sociale. Différents témoignages proto-historiques indiquent cependant que différentes communautés africaines étaient socialement hiérarchisées depuis des temps très anciens : A la fin du mésolithique, dans la période holocène (12.000 dernières années), plusieurs squelettes en position repliée, dont un seul est accompagné de mobilier, ont été trouvés à El-Barga, datés de 7200 à 6200 ava nt notre ère, ainsi qu'une seule structure d'habitation possédant un riche mobilier : céramique, matériel de mouture, objets en silex, perles en coquille d’autruche, pendentif en nacre, armatures en os, restes de faune, coquillages ( Honegger, 2004 , mission Kerma ). Dans le cimetière néolit hique (6000-5500), beaucoup de tombes possèdent du mobilier, trois to mbes sur 95 sont abondants en parure ( bracelets en ivoire d'hippopotame , colliers, pendentifs, la brets, etc.) et occupent le centre de la nécropole, dont la plus richement dotée est celle d'une femme : cette position enviable d'une femme n'est pas rare, elle se retrouve dans plusieurs autres cimetiè res de Nubie, comme Kadruka, à 20 km d'El-Barga (Gallay, 2016 ; Honegger , 2005 ) . Mieux encore, figuraient dans cette tombe féminine des haches ou des harpons, outils et armes généralement réservés aux hommes. Cette hiérarchisation concerne peut-être aussi une tombe qui contenait, comme à Kadruka (vers - 4000 -3000), la sépulture d'un homme placé à côté d'un corps d'enfant surmonté d'un bu crane (crâne de bœuf décharné et parfois, orné), objet qui se multipliera à la période suivante, nous allons le voir, pour manifester de manière éclatante la richesse et le prestige des individus au sein de leur communauté ; ​ Au nord-ouest de Gao, au Mali, les riches matériels lithiques, d'éclats, de perles en cornaline, sans parler de la céramique ou la nourriture, donnent à penser que les productions "dépassaient de loin la demande locale" (Dupuy, 2020 ) ​ Des signes plus ténus peuvent évoquer les débuts de luttes d'intérêts, des guerres entre groupes rivaux qui inaugurent peut-être de nouvelles inégalités entre communautés, comme à Abourma, près de Djibouti, qui possède une sorte d'immense tableau historique d'une longue période sur des gravures rupestres , o ù o n peut voir de rares scènes de combats entre archers (Poisblaud, 2009 ) . (Le Quellec, 2021) (Poisblaud, 2009) ​ * Entre le mésolithique et le néolithique, il s'est donc passé un temps où les distinctions sociales sont nettement apparues : ​ "Les différences entre les tombes attribuées au Mésolithique et le cimetière néolithique sont fondamentales. D’un côté, des inhumations en faible nombre, sans mobilier, toutes de statut identique; de l’autre, une véritable nécropole avec au moins cent sépultures souvent dotées de mobilier, indicatrices de l’émergence des distinctions sociales. En un millénaire, la société nubienne a complètement changé de type d’organisation. Cette transformation doit être mise sur le compte de l’introduction de la domestication animale, dont les plus anciens témoignages au niveau du continent africain ont été retrouvés dans la moyenne vallée du Nil, à Nabta Playa en Égypte et à Kerma." (Honegger, 2005 ) . ​ La nécropole de Kerma est probablement liée à une communauté présente dès la fin du IVe millénaire. Au nord, les tombes de l'époque de ce Kerma ancien, à la phase 0 sont de taille encore à peu près uniforme, le matériel funéraire se limite à quelques objets personnels (petites parures, éventails en plume d'autruche, paires de sandale, poignard, etc.), et pourtant, on note la présence (peu nombreuse cependant), ici ou là d'un ou deux morts d'accompagnement, formule qui s'applique aux individus le plus souvent forcés, mais aussi parfois, peut-être volontaire s , à qui on donne la mort pour qu'ils accompagne nt leur défunt maître dans l'au-delà : esclaves, serviteurs, principalement, mais aussi épouses, concubines, famille, amis, relations clientélistes sont les principaux concernés (Gallay, 2016 ) . Cette coutume archaïque est commune à de nombreuses cultures du monde : cf. LA PRÉHISTOIRE ). ​ ​ volontaires : supposition faite par l'absence de violences manifestes lors d'une telle contrainte, qui ne doit pas exclure la possibilité d'utilisation de drogues, pratique connue dans d'autres cultures, telle la culture inca, qui a utilisé des drogues psychotropes lors de sacrifices humains ( Wilson, 2016). Tombe s avec mort d'accompagnement ​ Nécropole de K erma Kerma ancien, vers 2300-2150 ​ ​ ​ "Tombes d’un archer et d’une femme munie d’un bâton, phase II du Kerma ancien (2300- 2150 av. n.-è.). La tombe d’archer contenait deux individus: un jeune homme en position centrale et une femme déposée à ses côtés. Un chien, un arc, un éventail en plumes d’autruche et un miroir en bronze accompa gnaient le jeune homme. La tombe avec un bâton contenait une femme de 20-29 ans. Ces deux tombes étaient partiellement pillées et une partie des squelettes a été graphiquement reconstituée en grisé" ​ (Hone gger, 2018 ) "Le changement observé dans les procédures rituelles à Kerma, c’est-à-dire, la mise à mort de dizaines, centaines, voire milliers de bovins et le dépôt en surface de leurs bucranes, est révélateur de la hiérarchisation croissante de la société vers la fin du 3e millénaire avant notre ère. Nous assistons à l’émergence d’individus ou de clans cherchant à se démarquer publiquement, en exposant ostensiblement et durablement leurs richesses, actes ou statuts sociaux (Meillassoux 1968). Le bétail est en effet considéré comme un signe de richesse et de prestige dans les sociétés agropastorales et pastorales est-africaines (Hazel 1979 ; 1981). De tels rites nécessitent probablement la participation de spécialistes chargés de réunir les bovins à abattre, de les découper et de disposer régulièrement leurs crânes autour des tumulus. La possession du bétail pourrait avoir joué un rôle essentiel dans la formation et le maintien du pouvoir politique et de l’autorité sacrée ou royale à Kerma " ( Dubosson, 2015) . ​ ​ ​ Néolithiq ue : L'avè nement des inégalités ( II) ​ Marquer les corps ​ ​ ​ ​ La domination sociale du groupe sur l'individu comporte aussi des pratiques plus ou moins attentatoires à l'intégrité du corps, connues depuis le paléolithique supérieur, mais surtout à partir du néolithique, et ce dans beaucoup de cultures du monde, et un certain nombre d'entre elles ont persisté jusqu'à ce jour. Certaines de ces coutumes sont relativement "égalitaires", comme les mutilations bucco-dentaires, les trépanations, les tatouages, les déformations crâniennes, etc., pratiquées sur l'un et l'autre sexe, quand d'autres ont pour but de contrôler le corps féminin : infibulation, clitoridectomie, subincison, excision, etc. ​ On a ainsi trouvé un crâne fossile présentant des mutilations dentaires, possiblement du néolithique à Olduvaï, au nord-est de la Tanzanie (Baudouin, 1924 ; Saul 2003 ; Pecheur, 2006, cf. Carpentier, 2011 ). Ce sont des coutumes aux motivations esthétiques (ex. Bantou, Pygmées du Congo), totémiques (affilage des dents pour imiter la dentition du crocodile, chez les Bantous, encore), ou encore mythiques ( Carpentier, 2011 ) : ​ ​ Jeune homme de 25 ans mutilé au Congo-Brazzaville en 2007 ​ (Molloumba er al., 2008) ​ La trépanation, était, elle aussi, répandue dans le monde, en Europe, en Sibérie, en Afrique et surtout en Amérique du Sud, en particulier le Pérou. Dans un village néolithique trouvé à Khor Shambat (district d'Omdourman), au Soudan, a été trouvé un crâne avec des signes de trépanation (vers - 5000) pour des raisons thérapeutiques ou magiques, dont l'opération a peut-être été un échec : ce serait le plus vieux cas de l'Afrique septentrionale (Jórdeczka, et al. 2020 ) ​ ​ D e même, la déformation du crâne, obtenu surtout par bandeaux serrés autour de ce dernier, a été pratiquée sur tous les continents depuis une date très reculée (celles du Pléistocène, vers - 45000 ont été cependant remises en cause). En Afrique, c'est en Ethiopie qu'on trouve les premiers témoignages de cette pratique entre les VIIIe et VIIe millénaires avant notre ère, qui était encore vivace chez les Mangbetu du Congo, ou les Arawe de Nouvelle Bretagne en Océanie au milieu du XXe siècle ​ ​ ​ La perforation du corps, pour y insérer un ornement a été attestée surtout dès le néolithique, mais de nouvelles études sur un squelette trouvé dans le cé lèbre site des gorges d'Olduvaï en Tanzanie, en 1913, a révélé le premier cas connu en Afrique de piercing facial, qui date de 20.000 ans, avec trois piercings, un pour les lèvres (labrets, sans doute de bois) et un pour chaque joue, éléments de 2 cm de large au minimum (Willman et al., 2020 ) . A la fin du néolithique, vers - 4500 - 3950, les archéologues ont trouvé des labrets polis en quartz hyalin dans la région Borkou-Ennedi-Tibesti, au nord du Tchad, et dans la vallée du Tilemsi, au Mali (Bouvry, 2011 ) . Ceux-ci devaient être, très probablement comme aujourd'hui, des marqueurs symboliques, d'identité sociale, où esthétiques, qu'on trouve encore chez les Kirdi du Cameroun ou les Mursi et les Surmas (Suri) d'Ethiopie, où il ne concerne que les femmes : ​ ​ On pratiquait déjà des incisions au niveau du sexe il y a 30.000 ans et on a trouvé des indices de circoncision et de scarifications datant de 10.000 ans (Oba dia, 2016 ) , mais l a première représentation connue de circoncision est plus tardive. Elle a été trouvée en Egypte, à Saqqara, sur un bas-relief de la porte de la tombe d'Ankhmahor, vizir et arc hitecte du pharaon Téti : ​ Opération de circoncision rituelle ​ Tombe d'Ankhmahor , Saqqarah , Egypte ​ VIe dynastie, règne de Téti ​ v ers - 2345 ​ "À droite, un garçon est debout, à l’aise, sa main gauche sur la tête d’un homme accroupi devant lui. L’homme applique quelque chose sur le pénis du garçon, probablement pour rendre l’opération moins douloureuse, ce que confirment les hiéroglyphes qui accompagnent la scène : « Je la rendrai agréable». Le patient répond : « Frotte-le bien pour que ce soit efficace. » À gauche, une troisième personne, debout derrière le garçon, le tient d’une main ferme, tandis qu’un prêtre hem-ka exécute l’opération" (Tomb , 2022 ) ​ Au-delà des raisons purement religieuses (appartenance, rituel de passage, etc.), la circoncision était pratiquée parfois dans des buts prophylactiques, censés éviter certaines maladies : il n'existe toujours pas de preuve scientifique de la valeur médicale de cette pratique et, s'agissant du sida, la circoncision est, au contraire, un facteur aggravant (Garenne, 2012 ) . Cette coutume flotte toujours en France dans un no man's land juridique, critiquée mais tolérée pour des motifs religieux, qu'invoquent juifs et musulmans, surtout. Les mutilati ons du sexe concernent aussi bien les hommes que les femmes dans l'histoire. Chez les hommes, si la circoncision, qui désigne l'excision du prépuce, est une mutilation mineure, l'émasculation ou la castration sont bien plus douloureuses et ont une conséquence gravissime : elles privent les individus de la fonction de procréer, sans parler des dégâts psycho-sociaux induits. Ce sont de très anciennes pratiques, là encore : Il est question d'eunuques déjà dans les anciens Vedas indiens, dans la littérature chinoise au début du IIe millénaire avant notre ère, et en Mésopotamie, le châtiment de castration en punition des crimes sexuels sont mentionnés, par exemple, dans le code d'Hammourabi, vers 1750 avant notre ère. Présente dans les mythes égyptiens ou grecs, la castration est infligée à Osiris par son frère Seth, à Uranus par son fils Chronos (Androutsos et Marketos, 1993 ) . ​ De même que dans beaucoup d'autres pays, de nombreuses cours de rois africains sont entourées d'eunuques. Au XVIe siècle, c'est le grand eunuque de l'empire Oyo, chez les Yorubas du Nigeria, qui dirige la justice, et les principaux chefs civils et religieux sont aussi des eunuques (Stride et Ifeka, 1971 ) , choisis par l'empereur, au titre d'Alafin (ou Alaafin) : "propriétaire du palais", en langue yoruba, sensé descendre en ligne directe du dieu Sango (Shango), divinité (orisha, orixá) du tonnerre. Du XIIe au XVIe siècle, les empereurs songhays de Gao, au Mali, siégeaient "sur une sorte d’estrade, entouré de 700 eunuques" (Sékéné-Mody C issoko, "Les Songhay du XIIe au XVIe siècle ", in Hist oire Générale de l'Afrique, volume IV, L'Afrique du XIIe au XVIe siècle, dir. D. T Niane, 1991, chapitre 8, p. 222, Editions Unesco, 8 volumes de 1980 à 1999) . A la cour du roi du Dahomey , et ce sera le dernier exemple, selon des voyageurs du XIXe siècle, le monarque était entouré de deux grands serviteurs de son palais, un eunuque, le Tononou, "ministre des résidences royales, chef redouté et absolu de la maison du roi " (Alpern, 1998 ) , et son second, le Kangbodé (Cambodé), principalement garde -magasin. Les mutilations effectuées sur le sexe des femmes sont, quant à elles, purement idéologiques, au service de l'asservissement des femmes, comme l'excision clitoridienne ou clitoridectomie, une ablation partielle ou totale du clitoris, l'organe du plaisir féminin . Pour l'homme, l'opération d'excision profite au désir, pour la femme, à l'inverse, elle l'amoindrit dans le meilleur des cas, où le supprime. Stéphanie Auffret fait remonter cette pratique à la fin du néolithique, vers 5000 ou 6000 ans avant notre ère (Auffret, 1983 ) , et d es momies égyptiennes sont "si bien conservées qu'on pouvait détecter sur leurs corps non seulement des traces d'excision, mais aussi d'infibulation" (Hosken, 1982 : 75 ). Il n'est donc pas étonnant qu'Hérodote rapporte l'existence de c ette "circoncision pharaonique " en Egypte, en Ethiopie, en Phénicie, en Syrie , en P alestine ou en Colchidie (Hérodote, Histoire [ ou Enquête ], II, 104 , vers 469/467 ) . Dans certaines contrées (Soudan, Ethiopie, en particulier), après l'excisio n on suture l e s p etites ou les grandes lèvres pour rétrécir l'orifice vaginal, opération appelée infibulation, au moyen d'une lame ou d'épines d'acacia, en particulier, qui font office d'agrafes, et qui ne laissent qu'une ouverture minimum pour l'urine ou les menstrua tions. Ces coutumes, bien que dénoncées par l'ensemble des défenseurs les droits humains, sont encore très présentes en Afrique, nous le verrons plus tard. ​ ​ ​ ​ L'Afrique, ​ “ intimement liée à l' histoire de l'esclavage ” Avant toutes choses, il est bon de rappeler que la notion d'esclavage ne répond pas à une définition simple et unique, valable dans toutes les cultures et à toutes les périodes. Ainsi, le mot latin servus (fém. serva ) de l'antiquité au moyen-âge, a souvent désigné bien le "serf", le "serviteur", que "l'esclave". Il en va de même dans différentes langues comparées du Sénégal et de la Gambie, par exemple, au XVIIe siècle, où tour à tour ou ensemble, les termes traduits par "captif", "valet", ou "serviteur" 'renvoient à une situation d'esclavage (de Lespinay, 2012). Po urtant, le serf dépendait du droit humain, tandis que l'esclave, considéré comme une marchandise, était u n bien meuble appartenant à un propriétaire. De là découlent différents critères permettant de discrimin er les formes générales d'asservissement liées au servage de celles liées à l'esclavage, étant entendu qu'à partir de là, de nombreux traits particuliers pouvaient caractériser la condition de l'esclave dans tel ou tel pays, à telle ou telle époque : "L’esclavagisme est un système social fondé sur l’exploitation d’une classe asservie dont la reproduction se fait par acquisition (capture, achat) d’êtres humains. (…) L’esclavage, dont l’avantage est de reposer sur l’appropriation d’individus nés et venus à maturité dans d’autres sociétés, nécessite un dispositif qui assure en continuité cet approvisi onnement : la guerre et le marché. (…) Désocialisé par rapport à sa société d’origine, l’esclave (…) est écarté des rapports de parenté. Telle est la substance irréductible de son état social, caractérisé par la négation de sa perso nne qui peut être sanctionnée par la vente ou la mise à mort " (Meillassoux, 1991) . ​ Comme de très nombreuses sociétés dans le monde entier depuis la fin de la préhistoire, de nombreuses sociétés africaines sont très hiérarchisées nous l'avons vu, et présentent différents signes d'asservissement et d'esclavage. Dès l'époque thinite, au moins, en Egypte (vers - 3100 - 2700), un des tout premiers pharaons, Djer, ponctionne des hommes et des femmes au sud du pays, dans les régions soudanaises de Nubie, comme l'illustre un relief retrouvé au Djebel Cheik Suleiman , près des sites de Kor et Buhen du Moyen empire, aujourd'hui au Musée de Khartoum : A B Scène nagadienne , relief ​ A . Montage photographique des clichés de von Friedrich Wilhelm Hinkel (1925-2007), présentés par Charles Bonnet (né en 1933), dans son article "Le groupe A e t le pré-Kerma", dans "Soudan, royaumes su r le Nil", ouvrage collectif, Paris, Institut du Monde Arabe, 1997, p. 37. ​ B . Nouveau relevé du relief, échelle 1/10e ​ Djebel Cheikh (Gebel Sheikh) Suleiman, 2e cataracte du Nil 275 x . 80 c m vers - 3250 ​ ​ ​ groupe A : vers- 3200 - 2800 ​ ​ Les archéologues, dans l'ensemble, attribuent ce relief au troisième pharaon de la première dynastie pharaonique égyptienne, le roi Djer († vers - 3040), mais certains chercheurs datent plutôt ces vestiges de la période prédynastique de la culture de Nagada (vers - 3800 - 3150), à cause du manque de titulature royale. (Somaglino et Tallet, 2014) , Celle-ci est habituellement inscrite dans le serekh (litt. "bâtiment"), sous la figure d'un ou deux Horus (le dieu faucon), symbole du palais royal, visible tout à gauche de la scène. Sur ce relief, on peut voir clairement des prisonniers les mains dans le dos, l'un à droite du serekh , le second attaché en plus par le cou à la proue, au moyen de cordages, les autres prisonniers étant blessés ou morts non loin du bateau. Nous verrons plus loin que l'Egypte ancienne n'a pas institué l'esclavage pour les Egyptiens eux-mêmes, mais a bien exploité des esclaves dans sa c olonie nubienne, par l'intermédiaire de sa classe di rigeante elle-même, collaborant de manière active à la ponction esclavagiste. D'autre part, il paraît évident que violenter des prisonniers de guerre, et les envoyer de force travailler en Egypte, quelles que soient les conditions, s'apparent ent bien à une forme d'esclavage, tel que nous l'entendons aujourd' hui. Sous le règne d'Ahmosis (Ahmose, Amosis), premier pharaon de la XVIIIe dynastie, un simple mousse homonyme du prince, Ahmose (Ahmès), devenu par sa bravoure "combattant du souverain", deviendra riche et comblé d'honneurs. Ainsi, il put se faire bâtir une tombe (N°5) à El-Kab (près d'Esna) où il fit inscrire son autobiographie, vers 1465 avant notre ère : "Puis ce fut la prise d’Avaris. J’y capturai un homme et trois femmes, soit au total quatre personnes. Sa Majesté me les donna comme esclaves. Alors on mit le siège devant (la ville de) Sharouhen pendant trois ans. Lorsque Sa Majesté la prit enfin, j’en rapportai du butin : deux femmes et une main. On m’accorda l’or de la bravoure et on me donna mes prisonnières comme esclaves. (...) Sa Majesté en fit un grand carnage. Pour ma part, j’en rapportai du butin, à savoir deux hommes vivants et trois mains. Je fus une nouvelle fois récompensé par l’or et on me donna deux femmes esclaves (...) On me donna cinq esclaves et des lopins de terre, en tout cinq aroures (4 ha ) dans ma ville. On agit semblablement pour l’ensemble des équipages. Ensuite vint cet ennemi nommé Tétian. Il avait rassemblé autour de lui des gens pleins de félonie. Sa Majesté le tua. Son entourage cessa d’exister. On me donna trois esclaves et cinq aroures (4 ha ) dans ma ville." (Ahmose, op. cité, in Rilly, 201 7a ). Esclaves pour les uns (Schultz 1995 : 336 ; Beylage 2002 : 95-96), servage pour les autres (Doranlo, 2009), cette question n'est pas tranchée, mais il s'agit bien là d'hommes et de femmes noirs que l'on capture en terre étrangère, qu'on ramène de force en Egypte, loin de leur famille, de leur pays, de leur culture, pour les soumettre à une vie de servitude. On sait, par ailleurs que la construction du grand temple pharaonique d'Abou Simbel, dans la Basse-Nubie, a été supervisée comme beaucoup d'autres chantiers royaux, supervisés par les vice-rois de Nubie, sous la XIXe dynastie (vers 1296-1186), pour le compte de Séthi Ier et Ramsès II. Les dignitaires nubiens utilisaient largement les esclaves pour ces constructions, ce qui nous ramène à la connivence récurrente entre élites de pays et de cultures différentes, fussent-elles dans une relation de pouvoir et de soumission, puisque les élites soumises restent les maîtres chez eux et ont une multitude de prérogatives accordées par les puissances conquérantes : "La relative proximité de la Basse-Nubie permettait d’acheminer plus facilement de la main-d’œuvre depuis l’Égypte, car le recrutement local ne suffisait pas. On sait en effet qu’en l’an 44 du règne le vice-roi Sétaou lança des expéditions contre les oasis du désert occidental et contre les pays d’Irem et d’Akita, deux régions situées sur les marches de Koush, pour se procurer des esclaves destinés à la construction du temple de Ouadi es-Seboua" (Rilly, 201 7 a ). Nous sommes clairement là dans la distinction que Meillassoux a établi entre le captif, qui est une marchandise, et l'esclave qui est un moyen de production ( Meillassoux, 1986 : 325). On peut donc s'étonner des propos sans nuances que certains chercheurs livrent aux médias de vulgarisation, affirmant "L'esclavage n'existe pas en Egypte ancienne" (Audran Labrousse, directeur de recherche honoraire au CNRS et membre de la Mission archéologique franco-suisse de Saqqarah, "Égypte antique : à l'Ancien Empire, l’âge d'or des pyramide s", article de Sciences et Avenir, Hors-série du n°197, avril-mai 2019). Quand bien même les Egyptiens eux-mêmes n'y auraient pas été soumis, leurs souverains, nous l'avons vu, ont bien profité de la force de travail d' esclaves noirs de leur colonie nubienne (au moins), razziés par des chefs noirs à leur botte, pour certaines de leurs réalisations architecturales. D'autre part, on sait que beaucoup de paysans et d'ouvriers avaient des conditions d'existence si misérables depuis une période très reculée de l'h istoire égyptienne (cf : Egypte pharaonique, IIIe / IIe millénaire ), qu'on peut établir un parallèle étroit, comme en Europe, entre condition de servage et condition d'esclavage. S'il n'y a pas de mots précis pour désigner l'esclave, dans l'Egypte antique, il est un mot qui désigne fréquemment une condition servile : bak . Mais, derrière cette appellation se cache différentes réalités : " Ainsi, un groupe de contrats, datés entre le VIIIe et le VIe siècle avant J.-C., atteste la vente de personnes nommées bak. Normalement, ce terme se traduit par « serviteur » mais ici, ces derniers peuvent être vendus. On dispose également d'un autre texte sur une jeune femme syrienne qui faisait l'objet d'un contentieux commercial entre deux Égyptiens, dans ce qui s'apparenterait à de l'esclavage domestique. Mais cela reste très épars." ( Damien Agut-Labordière, égyptologue, interview du magazine Le Point) . Le même égyptologue évoque des ouvriers très bien payés sur le chantier de la pyramide de Khéops, ce qui signifie que les conditions d'un chantier à l'autre, d'une période à une autre (la période dynastique égyptienne couvre plusieurs millénaires), pouvaient être très différentes d'un point de vue des conditions de travail. Des découvertes archéologiques sur le site de Tell El-Amarna, dans le Cimetière des Tombes du Nord, vont aussi dans ce sens. Elles ont mis à jour à partir de de frustes sépultures d'ouvriers datant du pharaon Akhenaton ( † - 1332), célèbre pour son culte unique d'une divinité solaire. Quasiment dépourvus de mobilier funéraire, les tombes ont livré des corps juste emballés d'un épais tissu. L'étude de ces 105 corps, appartenant à des enfants et des adolescents, garçons et des filles, morts très précocement, entre 7 et 25 ans pour 90% d'entre eux, a montré leur mauvaise alimentation, leur mauvaise santé, des blessures fréquentes et traumatiques, des fractures vertébrales et autres caractéristiques d'une activité pénible, avec de lourdes charges de travail, souligne l'archéologue Mary Shepperson (Les enfants ont-ils construit l’ancienne ville égyptienne d’Amarna? | | des sciences Le Gardien (theguardian.com ) . Plusieurs choses supplémentaires indiquent l'origine servile de ces enfants travailleurs : le fait qu'ils aient été séparés de leur famille, qu'ils aient été ici ou là entassés à plusieurs dans des tombes de taille individuelle, sans aucun égard, pourrait même désigner des esclaves. Rappelons que le travail des enfants a existé très tôt dans l'histoire des pauvres de tous les continents (et continue de l'être dans beaucoup d'endroits) : nous avons vu dans d'autres articles son importance en Europe jusqu'au XIXe siècle. La découverte d'Amarna n'est pas sans rappeler le récit biblique du livre de l'Exode, sur Moïse et le séjour des des Hébreux en Egypte. Contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là, le texte ne parle pas d'esclavage mais de corvées, de travaux pénibles que le pouvoir pharaonique leur impose. On sait que les Egyptiens de cette période du XIIe-XIe siècle ont opéré des razzias et des pillages au Levant, donc les Hébreux ont pu tout à fait faire partie de populations déplacées et asservies. Cependant, il n'existe aucun témoignage historique pour confirmer cette histoire (ni l'existence de Moïse, d'ailleurs), et la Bible, l'Ancien Testament en particulier, demeurant avant tout un ensemble de textes idéologiques. Ainsi, on ne peut que sourire à l'évocation d'un "peuple d'Israël" devenu "plus nombreux et plus puissant que l'Egypte", au point d'inquiéter son pharaon (Exode 1 : 8-9), alors qu'i l n'est mentionné qu'une seule et unique fois par des hiéroglyphes, sur une stèle de Merenptah (v. 1208), comme une des nombreuses populations contre qui elle a imposé sa puissance : "Tehenu est dévastée, Kheta est pacifiée, Canaan est saisi de tous les maux, Askelon est captive, Gezer ["Guezer"] est prise, Yenoam est réduite à néant, le peuple d 'Israël ["Jezrahel"] est dévasté, mais ses récoltes ne le sont pas, Khor ["Palestine"] est devenue une veuve p our l'Egypte" (William Matthew Flinders Petrie, "Six Temples at Thebes, 1896 ", Londres, Bernard Quaritch, 15, Piccadilly, W, 1897). ​ ​ Ainsi, avant d'être mêlé à celui du commerce d'esclaves que les Arabes vont développer, par la traite orientale (du latin tractatus , "traîner avec violence"), qui elle-même précède de plusieurs siècles la traite atlantique des Européens entre le XVe et le XIXe siècles, l'esclavage africain fait d'abord partie de l'histoire des peuples africains eux-mêmes (Diop, 1972 ; Meillassoux, 1986) , principalement de deux sortes : l'esclavage de guerre ou l'e s clavage pour dette ( Testard, 2001) , A l'i nstar d'autres systèmes esclavagistes, l'esclavage africain connaissait aussi un degré de sophistication et de violence propre à asservir les individus, dont l'ethnologie rendra compte, nous le verrons plus tard pour la période moderne, au travers de l'enquête, la tradition orale, en particulier, étant témoin d'une très longue histoire de l'asservissement en Afrique. Dans de nombreuses sociétés du continent, on mettait en esclavage des personnes qui avaient perpétré des crimes ou des délits, mais aussi des prisonniers, des captifs de guerres inter-ethniques ou de simples razzias, qui pouvaient être vendus comme de simples marchandises, de la même manière que les métaux ou autres denrées précieuses. On peut aller razzier des esclaves à plus de mille kilomètres de chez soi, les arracher à leur famille et plus la distance les éloigne de leur lieu d'existence, plus aisément s'opèrent les phases de déshumanisation, de dépersonnalisation de l'individu, à qui on ôte tout ce qui, dans les sociétés africaines ou ailleurs, constituent alors le socle social d'une personne, pour faire de l'individu une propriété impersonnelle, une marchandise comme une autr e, et en Afrique particulièrement, de manière assez générale, son appartenance à une lignée, son ratt achement à une généalogie d'ancêtres, à un nom propre (Meillassoux 1975 ; 1986) : ​ " Faute d’ancê tres, faute de propriété, faute de nom, l’esclave n’a pas de parole et donc de voix délibérative (...) Dépourvu de la parole vraie, celle des adultes libres, l’esclave n’émet que des propos domestiques, semblables à ceux des enfants et des femmes. " ( Memel-Fotê, in Henriques et Sala-Molins, 2002 ) ​ "Les diverses situations d’esclavage observées en Afrique noire à travers les données des époques modernes et contemporaines paraissent hétérogènes, allant du provisoire au permanent, de la dépendance totale à l’exercice d’un pouvoir important. Mais, à la différence peut-être d’autres espaces culturels, l’origine de l’esclave semble peu compter dans la définition de son régime juridique : qu’il soit prisonnier de guerre, victime de rapt ou de razzia, personne objet d’une peine pénale, ou objet « d’échange » (pour cause de dette, par exemple), descendant d’esclave, chacun peut devenir esclave « de case » (domestique), esclave de plantation ou de mine, esclave royal ou enfin marchandise d’exportation (esclave de traite). Seule exception, les e sclaves de « caste » des mondes mandé et peul dont le statut d’essence « collective » – lignagère ou clanique – interroge toujours aujourd’hui en Mauritanie et en Sénégambie" (de Lespinay, 2012) ​ Majhemout Diop, étudiant les sociétés précoloniales du Mali et du Sénégal, souligne par exemple que la structure des castes sociales se fonde en tout premier lieu sur une dichotomie radicale entre maîtres et esclaves (Diop, 1972 ) . Un autre chercheur africain, le Gabonais Laurent-Marie Biffot, affirme quant à lui : ​ "La vassalisation des Pygmées est un phénomène très ancien non seulement du nord-est du Gabon m ais du Gabon tout entier. D'aucuns peuvent y voir une conséquence de la traite des nègres ; nous pensons plutôt qu'elle correspond à une des tendances les plus profondes de l'être humain" (Biffot, 1977 ) . ​ Comme d'autres populations africaines, nous le verrons, les Pygmées, sont toujours considérés au XXIe siècle comme des esclaves par d'autres communautés africaine, en l'occurrence, bantoue. , car au sein de certaine communautés, l'esclavage n'a pas disparu mais s'est adapté aux évolutions de la société. ​ Il n'y a donc aucune raison pour que ne se soit pas établi, depuis un temps très ancien, comme nous allons l'examiner, des rapports de commerce entre esclavagistes africains et étrangers, et par extension entre élites dominantes africaines et étrangères, tous possédant des intérêts communs à le faire fructifier le commerce d'esclaves. Ce qui fera dire à l'anthropologue et économiste sénégalais Tidiane N’Diaye que "la complicité de certains monarques et leurs auxiliaires africa ins dans ce commerce criminel est une donnée objective" ( Interview de Phillipe Triay pour France infotv.fr, Portail des Outre-Mer, 7 mai 2015). Dans son ouvrage de référence sur le sujet, l'historien Paul Lovejoy affirmera quant à lui : "l’Afrique est intimement liée à l’histoire de l’esclavage" (P. Lovejoy, Une histoire de l’esclavage en Afrique – Mutations et transformations (XIVe-XXe siècles) , Editions Karthala, collection "esclavages", 2017) . ​ Le Royaume de Kerma ​ ( - 2500 > - 1500 ) Dès le Kerma moyen (2050-1750), la distinction de classe sociale s'opère nettement d'autant plus que se multiplient alors dans les tumulus de l'élite, les morts d'accompagnement, Au Kerma classique (- 1750 - 1480), c'est par plusieurs centaines (322 squelettes dans la tombe K x) que se comptent ces morts d'accompagnement, dans les grands tumuli explorés par l'archéologue américain George Andrew Reisner (1867-1942), qui a mené le premier de grandes fouilles dans la nécropole royale, entre 1913 et 1916 ( Honegger 2004 ; Rilly, 20 17a) , mission Kerma ) ​ Vase caliciforme El-Kadada, Soudan Art nubien du Royaume de Kerma, Kerma classique, v. -1800 - 1600 Musée national de Khartoum, Soudan ​ ​ ​ Bol en terre cuite in cisée Art de Nubi e, Naga el-Erian, Nécropole115, tombe n°98 Ø 8 cm -2400 - 1550 Museum of Fine Arts (MFA), Boston Etats-Unis ​ ​ ​ Modèle de maison Kerma, Soudan , cimetière est, tumulus KIII, K 315 terre cuite, Kerma classique, v. -1800 - 1600 Musée national de Khartoum, Soudan, SNM 119 ​ source : Histoire et civilisations du Soudan. .., op. cité ​ Des petits tumulus funéraires abritant les tombes, pour les humbles, aux superstructures possédant des appartements intérieurs et pouvant atteindre 100 m de diam ètr e pour l'aristocratie ou les souverains eux-mêmes , dont la course au prestige multiplie les bucranes en demi-cercle autour des tombeaux, pas moins de 4 3 51 devant la tombe n° 253 ! ( histoire et civilisations du Soudan, op. cité ) . Par ailleurs, l'étude anthropologique des squelettes de l'époque classique a montré des violences fréquentes dont les effets se sont gravés dans les os des disparus (Judd et Irish, 2009 ) . Plus près de nous, un néolithique un peu spécial, adapté à l'Afrique australe, dans des régions longte mps réputées pour avoir perduré longtemps au stade préhistorique de la pierre ("Late stone age ", tels les ancêtres des San, plus connus sous le nom anglophone de Bushmen), s'est mise en place ou s'est renforcée une organisation sociale plus inégalitaire que par le passé . Ainsi, à Kasteelberg et peut-être aussi à Jakkalsberg, en Afrique du Sud, au long du premier millénaire de notre ère, l'élevage se développe, peut-être celui, autochtone, des San/Bushmen, à moins qu'il n'ait été transmis par les immigrants Khoekhoe (Hottentots), ce qui aurait donné la culture mixte khoisan. Dans tous les cas, "il semble que les moutons et la céramique ont été considérés comme des biens prestigieux, peut-être utilisés comme un capital politique dépensé à l’occasion de grands festins" (Sadr, 2005 ) . On a souvent parlé du néolithique comme d'une période révolutionnaire, sans voir souvent comment elle a accéléré la construction des inégalité s sociales en domestiquant tour à tour le feu, les plantes, les animaux, et les hommes eux-mêmes, par la servitude, l'esclavage, la guerre, la division entre des riches et des pauvres, en particulier par le retranchement des puissants derrière des palais, des châteaux-forts, s'arrogea nt la m aîtrise du verbe et de l'écriture pour définir la culture dominante (Scott, 2017 ) . Gravure rupestre, chasse à la girafe ​ I welen, Massif de l'Aïr, Niger Art Pe ul, Équidiens, époque des chars Équidiens, époque des chars, Ier millénaire avant notre ère ​ " A considérer la mobilité restreinte nécessaire au succès de l’élevage équin en milieu sahélo-soudanien, on devrait retrouver parmi les peuples évoluant non loin des massifs de l’Adrar des Iforas et de l’Air, les descendants des éleveurs de bovins qui avaient introduit le cheval dans le sud du Sahara au cours du premier millénaire avant notre ère. Il se trouve précisément dans les bassins des fleuves Niger et Sénégal et plus à l’est autour du lac Tchad, des pasteurs peuls sédentaires, éleveurs de bovins, organisés en des sociétés hiérarchisées. " (Camps et Dupuy, 1996) Le chasseur (mais aussi sans doute pasteur de bovins), armé d'une lance à pointe de cuivre, a une coiffure trilobée et porte d es pendentifs à l'oreille. A sa droite, u n char à timon unique et deux roues rayonnées, tiré par deux chevaux attelés, caractéristiques de l'aristocratie locale. Les gravures correspondent en tout point avec le matériel (lances et cha rs) retrouvé sur le site. ​ ​ ​ ​ “ ... entr e l'Asiatique et le Noir de Nubie ” ​ ​ ​ De multiples épisodes de conquêtes, de colonisation en Afrique se sont produits très longtemps avant la période moderne. Mais, ce qu'on a longtemps vu comme une invasion de groupes sémites ou des steppes caspiennes, colonisant la Basse-Egypte, les fameux Hyksos (Ὑκσως), était en fait une construction tardive, faite à partir de la tradition rapportée en grec par le prêtre égyptien Manéthon dans son Histoire de l ' Egypte (IIIe s. av. notre ère). En réalité, ces Heka Khasout ("chefs de pays étranger") représentaient des grou pes de population émigrées de Syrie et de Palestine, peut-être des marchands du Levant, qui avaient progre ssiv ement investi leur future capitale d'Avaris (site actuel de Tell el-Dab'a), ville portuaire du delta du Nil, et avaient finalement acquis assez de puissance pour prendre le pouvoir et régner sur la Basse-Egypte entre 1638 et 1530 (Siesse, 2019 ; Stantis et al, 2020) . Pris en sandwich entre les Hyksos au nord, et les Nubiens au sud, le pharaon Kamosis (Kames, Kamose, XVIIe dynastie, règne autour de - 1550 ) a fait inscrire sur une stèle commémorative à Karnak : "Je siège entre l'Asiatique et le Noir de Nubie" (Gabolde, 2005) , texte reproduit sur la tablette Carnavon (en bois stuqué), du nom de Lord Carnav on qui l'a découverte en 1908. ​ Cette com paraison physique, où le pharaon se distingue d'un Nehesy (Noir de Nubie) et d'un Amou (Asiatique) n'a rien d'étonnant, nous allons le voir. C'est le même regard sur la différence que portent les textes relatifs à ce sujet, ou qui est exprimé par les représentations exécutées par les artistes égyptiens des différentes races humaines, à leurs yeux, formalisées en particulier à la fin de la XVIIIe dynastie par le Livre des Portes. Tout ceci, comme d'autres aspects de la société égyptienne n'est pas étranger au regain de puissance retrouvé par le pouvoir pharaonique, qui, après a voir cha ssé les Hyksos du pouvoir, au nord, recouvrent l'intégrité du pays et soumettent progressivement la Nubie, au sud : ​ "La conquête égyptienne du royaume de Kouch commence véritablement avec l’un des plus illustres pharaons d u début du Nouvel Empire, Thoutmosis Ier (1496-1483 av. J.-C.). Après avoir repris les forteresses de Basse Nubie et s’être emparé de Kerma, il fonde une nouvelle ville à un kilomètre au nord de celle-ci, au lieu-dit Doukki Gel . L’emprise égyptienne sur la région du sud de la Troisième cataracte ne devient cependant effective qu’avec Thoutmosis III (1479-1424 av. J.-C.)" ( Honegger, 2004, mission Kerma ) . ​ Par la suite, Thoutmosis II et III, puis la reine Hatchepsout, intègrent alors pour six cents ans le nord du Soudan actuel (Bilad-al-Soudan en arabe : "le pays des Noirs") à l'Empire des pharaons. Convoitée en particulier pour ses mines d'or de Ouaouat ou du pays de Kouch, la Nubie "exportait en outre vers l'Egypte un grand nombre de produits recherchés : des denrées agricoles, de l'ivoire, de l'ébène, de la gomme, des plumes et des œufs d'autruche, des peaux de léopards, des têtes de bétail et sans doute aussi des esclaves. Ils étaient considérés comme vassaux du pharaon qui devait régulièrement recevoir l'hommage de leur fidélité. Leurs fils étaient emmenés en Egypte (à l'origine comme otages) pour y recevoir une éducation égyptienne et un rang dans l'administration ou la noblesse de cour" (Museur, 1969). Après avoir conquis Kerma, la capitale d'un puissant royaume, le pharaon fait raser les deux enceintes et un palais du centre cérémoniel de Doukki Gel, pour y faire élever "un menenou soit une fondation royale puissamment fortifiée" (Bonnet, 2003). Avant d'exposer un "tableau des races", les artistes ont représenté des Nubiens dans le cadre de leur sujétion, tributaires ou prisonniers, iconographies réalisées pour le compte de hauts dirigeants aussi bien conquérants que colonisés, car la direction des différentes colonies colonies nubiennes était toujours confiée à de hauts personnages nubiens, qui manifestaient jusque dans leur tombe leur allégeance et la glorification de l'Egypte. Ces représentations soulignent des différences physiques, on va le voir, entre Egyptiens et Nubiens, que ce soit celle de la tombe (QH 35 d, Qubbet el-Hawa) du gouverneur noir d'Eléphantine Pépi-Nakht (Pepinakht, Heqa-ib), personnage important dirigeant une province frontière de la Nubie et de l'Egypte, qui se fait représenter dans sa tombe avec la peau noire et les cheveux crépus, ou celle de pèlerins nubiens gravés sur des bas-reliefs de la tombe du gouverneur de l'île de Philae, le prince Haka-Ip (Museur, 1969) , deux exemples de la VIe dynastie, contemporains du pharaon Pépi II (né vers -2284), ou, plus tardives et plus connues, la représentation des Nubiens faits prisonniers et asservis par Horemheb, bien plus tard, à la fin de la XVIIIe dynastie ou celle de tributs nubiens apportés à Toutankhamon dans la tombe du vice-roi Nubien Amenothep/Houy ​ ​ Arrivée du tribut nubien à Thèbes ​ Tombe d'Amenhotep/Houy , "fils royal de Koush", ​ XVIIIe dynasti e, règne de Toutankhamon, v. 1336 -1 327 ​ ​ Les Nu biens sont reconnaissables à leur teint plus ou moins sombre, aux bo ucles d'oreilles et à la plume d'autruche plantée dans la plupart des coiffures. ​ Houy, à la tête de la colonie nubienne d'Egypte, comme vice-roi, est tenu d'apporter le tribut dû annuellement par les peuples soumis au pharaon. Il commença sa carrière comme scribe du vice-roi Amérymosé, sous Amenhotep III (Rilly, 2017 a ) . Prisonniers nubiens ​ Tombe d'Horemheb ( KV 57), Saqqarah , Egypte, ​ X VIIIe dynastie , règne de Toutankhamon v. 133 6 -1327 Musée archéologique , Bologne, Italie ​ ​ Horembeb était alors commandant militaire de Toutankhamon, avant de devenir le dernier pharaon de la XVIIIe dynastie (1319-1292). A chaque avance ment de carrière, il se faisait construire une tombe dans les villes emblématiques de ses succès. La scène montre un dénombrement et un enregistrement de captifs nubiens, en position assise, récemment capturés par les troupes d'Horemheb, surveillés par des gardiens armés de bâtons, Un scribe rédige un compte-rendu et une inscription précise qu'il réserve deux prisonniers pour la cour de Toutankhamon (Museo Civico archeologico di Bologna ) Les Egyptiens ont ensuite formalisé des types "raciaux" dans les décors de leurs tombeaux les plus prestigieux, commandités par les élites du pays. L'exemple le plus emblématique est sans doute celui qui a été initié par le texte que l'égyptologue Gaston Maspero a appelé le Livre des Portes (Nouvel Empire, vers - 1320), et qui relate le passage de l'esprit en autant d'étapes que d'heures de la nuit, et parmi elles, une procession des "quatre races" humaines entrant dans le monde des morts à la cinquième heure. Ce "tableau des Nations" ou "tableau des quatre races", sera représenté dans différentes tombes des pharaons à compter de la XIXe dynastie, peint en particulier dans la tombe de Séthi Ier (1294-1279, KV 17, ima g es 1-3 ) et dans celle de son petit-fils, le pharaon Merenptah (Menephtah, Mineptah, Merneptah, v. 1269-1203 , KV 8, ima g es 4-6 ), dans la Vallée des Rois (Biban-el-Molouk, Bab el Meluk, Bîbân el-Mulûk : "Les portes des rois"), découvertes parmi d'autres par l'aventurier Giovanni Battista Belzoni (1778-1823) et illustrées dans ses Plates illustrative of the researches and operations of G. Belzoni in Egypt and Nubia , avec des lithographies de Charles Joseph Hullmandel (1789-1850), chez John Murray, Londres, 1821-1822 (planches 19, 21, 23, cf. images 4-6 ). ​ 1 2 3 4 5 6 ​ Champollion (1790-1832), quelques années plus tard, commentera "la série des peupl es" vue lors de sa visite d e la tombe de Merneptah : ​ "J’ai f ait également dessiner la série de peuples figurée dans un des bas-reliefs de la première salle à piliers. J’avais cru d’abord, d’a près les copies de ces bas-reliefs publiées en Angleterre, que ces quatre peuples, de race bien différente, conduits par le dieu Hôrus tenant le bâton pastoral, étaient les nations soumises au sceptre du Pharaon Ousireï [ Merenptah, NDA] ; l’étude des légendes m’a fait connaître que ce tableau a une signification plus générale. Il appartient à la 3e heure du jour, celle où le soleil commence à faire sentir toute l’ardeur de ses rayons et réchauffe toutes les contrées de notre hémisphère. On a voulu y représenter, d’après la légende même, les habitants de l’Égypte et ceux des contrées étrangères . Nous avons donc ici sous les yeux l’image des diverses races d’hommes connues des Égyptiens, et nous apprenons en même temps les grandes divisions géographiques ou ethnographiques établies à cette époque reculée. Les hommes guidés par le Pasteur des peuples, Hôrus, sont figur és au nombre de douze, mais appartenant à quatre familles bien distinctes. Les trois premiers (les plus voisins d u dieu) sont de couleur rouge sombre , taille bien proportionnée, physionomie douce, nez lég èrement aquilin, longue chevelure nattée, vêtus de blanc, et leur légende les désigne sous le nom de RÔT-EN-NE-RÔME [Roth/ Reth, NDA] la race des hommes , les hommes par excellen ce, c’est-à-dire les Égyptiens [ima g e 4] . Les trois suivants présentent un aspect bien différent : peau couleur de chair tirant sur le jaune, ou teint basané, nez fortement aquilin, barbe noire, abondante et terminée en pointe, court vêtement de couleurs variées ; ceux-ci portent le nom de NAMOU : Amous/Aamous/Amus/Aamus, NDA [image 5] . Il ne peut y avoir aucune incertitude sur la race des trois qui viennent après, ce sont des nègres ; ils sont désignés sous le nom général de NAHASI : Nehesu/ Nehesy [imag e 5]. Enfin, les trois derniers ont la teinte de peau qu e nous nommons couleur de chair, ou peau blanche de la nuance la plus délicate, le nez droit ou légèrement voussé, les yeux bleus, barbe blonde ou rousse, taille haute et très élancée, vêtus de peaux de bœuf conservant encore leur poil, véritables sauvages tatoués sur diverses parties du corps ; on les nomme TAMHOU : Tahamou/ Tahamu/ Themehou/ Themehu [imag e 6]. ​ Je me hâtai de chercher le tableau correspondant à celui-ci dans les autres tombes royales et, en le retrouvant en effet dans plusieurs, les variations que j’y observai me convainquirent pleinement qu’on a voulu figurer ici les habitants des quatre partie du monde , selon l’ancien système égyptien, savoir : 1° les habitants de l’Égypte , qui à elle seule formait une partie du monde, d’après le très modeste usage des vieux peuples ; 2° les Asiatiques ; 3° les habitants propre s de l’Afrique, les nègres ; 4° enfin (et j’ai honte de le dire puisque notre race est la dernière et la plus s auvage de la série) les Européens qui, à ces époques reculées, il faut être juste, ne faisaient pas une trop belle figure dans ce monde." Aveu d'humilité extrêmement rare pour l'époque ! Champoll ion Le Jeune (Jean-François C.), Lettres écrites d'Egypte et de Nubie en 1828 et 1829 , Lettre 13, p. 248-249, Paris, Firmin-Didot Frères, Libraires . ​ ​ Européens : Ce serait plutôt des Berbères qui sont désignés ainsi, car les Egyptiens désignaient ainsi (Thnw, Tehenu/ Tehennu/ Tehenou/ Temehu/ Tjehenou. Tjemeh) les lybico-berbères dès la première dynas tie, plus connus d'eux à l'époque que les Européens, et dont le mot se composerait de "tama " : "peuple", "créature" et "hu " : "blanc", "ivoire" (Gerald Massey, Book of Beginnings, vol ll University Books , 1881, p27 ). ​ ​ De so n côté, l'égyptologue Emmanuel De Rougé (1811-1872) donnera des indications intéressantes sur le sujet : "On voit, en effet, dans le tableau des races, peint dans le tombeau de Séti Ier, que la création de la race rou ge était attribuée au soleil. La déesse Pacht [ Bast, Bubastis, déesse à tête de chat, NDA] était, au contraire, la créatrice des Namous (tom beau de Séti Ier, tableau des races). La création des nègres est attribuée à un dieu représenté par un oiseau noir, et celle des hommes de la quatrième race, nommée Tamehou , semble encore revenir au soleil, autant que la rupture de la légende permet d'en juger." Mémoire sur l'inscription du tombeau d’Ahmès, chef des Nautoniers . In: Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France. Première série, Sujets divers d'érudition. Tome 3, 1853. pp. 1-196 ) . ​ On retrouvera ce thème jusque tardivement, dans le temple d'Edfou, en particulier, dans le Mythe d'Horus, traduit par Edouard Naville (Textes relatifs au mythe ďHorus, recueillis dans le temple d'Edfou , 1870) : ​ "Dans les beaux textes d’Edfou, publiés par M. Naville, nous lisons que le bon principe, sous la forme solaire de Harmakou (Harmachis), triompha de ses adversaires dans le nome Apollinopolite [Apollinopolis Magna : Edfou, NDA] . De ceux qui échappèrent au massacre, quelques-uns émigrèrent vers le midi : ils devinrent les Kouschites ; d’autres allèrent vers le nord, ils devinrent les Amou ; une troisième colonne se dirigea vers l’occident, ils devinrent les Tamahou ; une dernière enfin vers l’est, ils devinrent les Shasou. Dans cette énumération, les Kouschites comprennent les nègres ; les Tamahou englobent la race à peau blanche du nord de l’Afrique, des îles dé la Méditerranée et de l’Europe ; parmi les Amou, comptent toutes les grandes nations dé l’Asie, la Palestine, la Syrie, l’Asie Mineure, la Chaldée et l’Arabie ; les Shasou sont les nomades, les Bédouins du désert et des montagnes de l’Asie. Telle était pour les Égyptiens la division des grandes familles humaines." René Ménard (1827-1887), La vie privée des anciens (1880-1883), tome I, Les peuples dans l'antiquité, L'Egypte, I, Aperçu géographique ​ R appelons en passant que l'antiquité ne connaissait pas le racisme moderne, qui attache infériorité ou supériorité à la couleur de peau des individus (cf Rome anti que ) et qui s'est développé progressivement à partir des e xplorations du continent américain par les Européens et accru sensiblement avec la colonisation européenne de l'Afrique : En France, le terme de racisme n'est apparu qu'en... 193 2 ! (Delacampagne, 1983) . Cela n'a pas empêché les uns et les autres d'être sensibles aux traits physiques particuliers et é mettre à leur propos des jugements subjectifs, comme en témoigne un passage intéressant du Satyricon (Satiricon, III : 102) de Petrone : ​ "Non, non! il faut chercher encore une voie de salut. Examinez à votre tour ce que j'ai conçu. Eumolpus, étant curieux de lettres, possède manifestement une provision d'encre. Muons notre couleur avec ce topique; atramentons-nous, des ongles aux cheveux. Ainsi, comme des esclaves Æthiopès nous ferons figure près de toi, hilares d'éviter l'affront et les géhennes, si bien que, grâce au changement de teint, nous en imposerons à nos ennemis. — Malin, va! dit Giton. Il faut pareillement nous circoncire de telle sorte que nous ayons l'air de Juifs, nous trouer les oreilles en imitation des Arabes et nous passer la margoulette au blanc de craie afin que les Gaules nous regardent comme leurs naturels. Comme si la pigmentation de la peau à elle seule modifiait le type du visage ! Comme s'il ne fallait pas le concours de nombreuses choses pour maintenir l'imposture avec une ombre de raison! Mais je veux que ton infâme drogue dure longtemps sur notre face. Admettons que nulle aspersion d'eau ne vienne faire tache sur quelque partie de notre corps ; admettons que l'encre n'adhère pas à nos effets, ce qui arrive communément, lors même qu'elle n'est pas agglutinée avec de la colle. Et puis, après ? comment tuméfier nos lèvres en bourrelets effrayants, calamistrer nos cheveux à l'instar des nègres ? Comment labourer nos fronts de tatouages, tordre nos jambes en cerceaux, poser les talons à terre et présenter des barbes à la mode pérégrine ? Cette couleur, fabriquée par l'art, coïnqui ne le corps, ne le change point. Ecoutez ce qui vient à l'esprit du désespéré: nouons un vêtement autour de nos chefs, ensuite, immergeons-no us dans la profonde mer." ​ Petrone, Satyricon , traduction Laurent Tailhade (Paris, L. Conard, 1910), nouvelle édition illustrée de J. E Laboureur, Paris, Editions de la Sirène, 1922. Il y a bien là une détestation d'une particularité physique, mais elle ne donne pas lieu à un jugement général, ni sur une personne et encore moins à une communauté entière. Ce qui n'empêche pas nombre de peuples de connaître une forme de racisme appelée xénophobie, en considérant leur patrie supérieure à d'autres, par la culture ou par le sang, comme les Grecs et les Romains face aux "Barbares" ou se revendiquant de telle ou telle lignée ou "race" par le fait supposé que le sang commun a conservé une pureté et charrié leurs qualités génération après génération (cf. Athènes, une parodie de démocratie ). Mais surtout, la plupart des peuples anciens avaient des préjugés raciaux, rattachant les qualités ou les défauts des peuples, par exemple, au climat : ​ "Ici viennent les fait qui dépendent de ces influences célestes. Les Ethiopiens sont, en raison de la proximité, brûlés par la chaleur du soleil. Ils naissent comme s'ils avaient été soumis à l'action du feu; leur barbe et leurs cheveux sont crépus. Dans la place opposée, dans la zone glaciale, les habitants ont la peau blanche, une longue chevelure blonde. La rigueur du climat rend farouches les peuples du nord; la mobilité de l'air rend stupides ceux de la zone torride. La conformation des jambes mêmes montre chez les uns l'action de la chaleur, qui appelle les sucs dans les parties supérieures; chez les autres, l'afflux des liquides tombant dans les parties inférieures. Au nord, des bêtes pesantes; au midi, des animaux de formes variées, surtout parmi les oiseaux, qui offrent toutes sortes de figures. Des deux côtés la taille des habitants est haute, ici par l'action des feux, là par l'abondance des liquides. Dans l'espace intermédiaire la température est salubre ; le sol est propre à toutes les productions; la taille est médiocre; la couleur même de la peau présente un juste mélange; les mœurs sont douces, les sens pénétrants, l'intelligence féconde, et capable d'embrasser la nature entière. Ce sont ces peuples qui ont l'empire ; les nations des zones extrêmes ne l'ont jamais eu. Il est vrai qu'elles n'ont pas non plus été assujetties par eux ; mais, détachées du reste du genre humain, elles vivent solitaires sous la nature inexorable qui les accable." ​ Pline l'Ancien (23-79), Histoire Naturelle, Livre II , LXXX, traduction par Emile Littré, Dubochet, Le Chevalier et Cie, 1848. Revenons maintenant à l'Egypte pharaonique. Contrairem ent à ce qu'ont pu affirmer certains ethnogénistes du passé, comme Volney (Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais, comte Volney, 1757-1820) ou, plus près de nous, l'historien sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986), les études d'anthropologie biologique effectuées depuis la découverte des marqueurs génétiques des groupes sanguins par Lansteiner (1900-1901) ont largement infirmé les thèses de l'origine "négroïde" des Egyptiens (cf. Boëtsch, 1995). Ces premières études véritablement scientifiques sur l'origine des Egyptiens ont confirmé que, comme l 'immense majorité des autres populations du monde, la population égyptienne d'aujourd'hui est issue de divers métissages et a conclu à une conservation remarquablement constante de son patrimoine génétique commun , au moins jusqu'à l'époque romaine. Ces premières études avaient conclu que les éléments "négroïdes" de la composition génétique des populations égyptiennes sont assez négligeables dans l'ensemble (Wiercinski, 1958, in Boëtsch, op. cité ; Michalski, 1964), qui présentent plutôt des apports "berbères" (21 %), "méditerranéens" (19 %) et "orientaux" (17 %), et dans une moindre mesure "nordiques", fait de métissages égéens ou encore des éléments "arménoïdes" (Michalski, op. cité) . W iercinski va dans le même sens en montrant "l'importance des influences hamitique, méditerranéenne, orientale et arménienne, avec de surcroit, la présence d'éléments morphologiques provenant d'une « race jaune » qu'il faisait venir de la partie ouest de l'Asie centrale" (Wercinski, op. cité). En mai 2017, la prestigieuse revue Nature publiait une étude importante effectuée par une équipe internationale de chercheurs, dirigés par la paléogénéticienne Verena J. Schuenemann et le bio-informaticien Alex Peltzer, réunis par l'Institut Max-Planck et l'université de Tübingen en Allemagne, sur l'ADN mitochondrial de 90 momies parmi les 151 retrouvées en Moyenne Egypte, dans la région du Fayum (Fayoum), sur le site d'Abousir el-Meleq, datant de 1388 avant notre ère à 426 après J.-C (cf. l'article de la revue Nature : " Ancient Egyptian mummy genomes..." ). Cette étude a confirmé avec plus de certitude encore la grande proximité génétique des Egyptiens avec les populations du Moyen-Orient. Jusqu'à la période romaine, c'est-à-dire presque la fin de la période pharaonique de l'Egypte, le patrimoine africain ne représentait qu'environ 6 à 15% du patrimoine génétique égyptien, mais, élément nouveau, il s'est accru ensuite jusqu'à représenter entre 14 et 21 % de celui-ci, en particulier, pensent les scientifiques, par les relations commerciales intenses avec l'Afrique subsaharienne et la traite accrue des esclaves. ​ La culture Nok ​ ( - 1500 > - 100 ) La culture Nok figure parmi les plus anciennes connues en Afrique subsaharienne, avec une période d'épanouissement entre - 900 et - 400, s'éteignant peut-être à cause de conditions environnementales défavorables au tournant de l'ère chrétienne. L'archéologue britannique Bernard Fagg lui donna le nom du village nigérian proche de sa découverte de sculptures en terre cuite, par hasard dans les alluvions d'une mine d'étain à ciel ouvert. Malgré de grands travaux de fortifications pour construire de larges fossés autour de certains villages, qui nécessitaient une organisation et probablement des chefs, les sociétés noks, semblent avoir été plutôt économiquement égalitaires. Tête d e femme ​ Culture Nok, Rafin Kura, Nigeria terre cuite h.30 x 22 cm ​ - 500 + 200 Yemisi Shyllon Museum, Ibeju-L ekki, E tat de Lagos, Nigeria "Aucune des nombreuses fouilles des vestiges architecturaux n'ont révélé des habitations susceptibles d'avoir été occupés par des membres de haut rang de la communauté. De plus, les tombes ne présentent pas de signes d'hétérogénéité indiquant une différence entre sépultures de membres de l'élite et celles du peuple. Nulle part, on trouve une accumulation d'objets de valeu r , que ce soit en fer ou d'autres matériaux soulignant une inégalité en terme de propriété ou de richesse." (Breunig & Rupp, 2016) Ce qui n'a pas empêché ces cultivateurs de millet ou de niébé , qui récoltaient aussi des plantes sauvages, d'avoir une nourriture abondante et une organisation propre à créer des objets sophistiqués que nous classons aujourd'hui au rang d'objets d'art. Breunig & Rupp, 2016 ​ La XXVe dynastie des pharaons noirs (732 - 664) Après avoir été très longtemps soumis à l'Egypte, le royaume kouchite de Napata, du nom de sa capitale, finira par acquérir une puissance autour de la 4e cataracte du Nil et de son axe spirituel, le Djebel/Gebel Barkal, que les Egyptiens considéraient comme une des résidences du dieu Amon (Rilly, 2017b). qui lui permettra d'envahir une Egypte au contrair e affaiblie par des troubles internes et la menace assyrienne (Honegger, 2004, mission Kerma ). Ainsi naît la XXVe dynastie d'Egypte (v. 732-664), qui verra se succéder cinq pharaons noirs en un temps très court d'une soixantaine d'années, repoussés par les Assyriens. De même que les plus hauts personnages de la Nubie colonisée se faisaient enterrer comme les dignitaires égyptiens, les pharaons noirs demeureront fascinés par la culture du colonisateur. Si on en croit l'archéologue hongrois László Török (1941-2020), spécialiste de la Nubie et de l'Egypte pharaonique, il faut faire remonter les débuts de la dynastie napatéenne vers - 995, sous la XXIe dynastie égyptienne, par une version longue des faits, ce qui expliquerait "l'importante égyptianisation de la culture napatéenne dès ses origines" (Rilly, 2017b ). Mais la version courte, préférée par Reisner et reprise par l'archéologue américain Timothy Kendall ne change pas le substrat de la domination, la marque idéologique profonde imprimée par la culture égyptienne sur la culture nubienne. ​ ​ Piânkhy, général venu de la lointaine Napata, ville sacrée située au pied de la Djebel Barkal (Montagne-Pure) dans le pays de Kouch, va décider au 8e siècle av.J.C, de profiter de ce moment d’instabilité. ​ ​ ​ e font « de la figuration » ¹ : elle s ne sont pas nommées, y compris pour les lieux d’enseignement où les femmes sont majoritaires, comme les facultés de Lettres " ² (Schweitzer, 2002) . ​ ​ ​ ​ ​ Le Royau me de Méroé ( - 27 0 — + 340 ) ​ ​ Plusieurs siècles plus tard, le puissant royaume nubien de Nap ​ Bague de protection ​ Meroe, pyramide N 6 trésor de la Reine Amanishakheto Or, verre fusionné h. 5 cm ​ vers le 1er siècle Musée d'Art égyptien München (Münich), Allemagne 2446 d Bijou sous la protection de l'oeil d'Horus (udjat, oudjat ), enchâssé dans le disque solaire quantité excessive de grains A bien plus grande échelle que les Egyptiens, les R Afrique d'innombrables tribus barbares auxquelles l'Evangile n'a point encore été annoncé. Nous l'apprenons tous les jours par les prisonniers qui nous en arrivent et dont les Romains font des esclaves" (Saint Augustin, Lettre 199, XII, 46 ) , cf. ​ La traite orientale ​ ​ ​ A bien plus grande échelle que les Egyptiens, les Romains, nous l'avons vu, avaient occupé des province s entières en Afrique du Nord pendant près de cinq siècles et avaient importé des esclaves d'Afrique, des Berbères, surtout, d e Maurétanie et de Numidie, ou encore des Noirs vendus par des Nubiens : "Nous avons chez nous en Afrique d'innombrables tribus barbares auxquelles l'Evangile n'a point encore été annoncé. Nous l'apprenons tous les jours par les prisonniers qui nous en arrivent et dont les Romains font des esclaves" (Saint Augustin, Lettre 199, XII, 46 ) , cf. Rome antique et Au pays des Ima zhigen, d'E lissa à Ptolémée . Les Arabes avaient plu s tard progressivement colonisé la région jusqu'à l'Espagne, à compter du VIIe siècle et largement intensifié, nous le verrons, un commerce d'esclaves qu'ils pratiquaient déjà depuis plusieurs siècle D ès le IIe siècle, le Périple de la mer Erythrée (cf. côte s wahilie ), nous fait savoir que les Arabes assuraient la navigation le long des côtes d'Afrique de l'Est, que les Arabes nommeront côte swahilie , d'où ils exportaient déjà des esclaves depuis les côtes somaliennes, de Malaô (Berbera), par exemple, et encore plus Ras Hafun (Oponê) vers l'Egypte, le Yémen ou encore Muza (Moka). Source : Journal of Fiel d Archeology Deve lopments in Rural Life on the Eastern African Coast, a.d. 700–1500 . Adria LaViolette & Jeffrey Fleisher, 2018 ​ côte swahilie : "swahili" vient de l' arabe s æh.il , sahil , ساحل : "côte", "rivage", d'où est aussi tiré le toponyme Sahel). P endant des siècles ce sont les Arabes qui désignent ainsi des cultures bantoues originellement développées le lo ng de la côte orientale africaine, dite côte swahilie, grosso modo de Mogadiscio à Sofala (cf. carte ci-dessus), q ue les Grecs appelaient Azania (Azanie). Imprégnées pendant des siècles de cultures antéislamiques puis islamisées, arabe et perse (en particulier shirazi ) , ces populations (pour beaucoup marchands et marins) parlent le kiswahili, distribué en diff érents dialectes, tels le kimvita le kiamu ou encore le kiunguja, respectivement les parle rs swahilis de Mombasa, de Lamu et de Zanzibar (Penrad, 2005) . Pendant des siècles, ont lieu des métissages, des alliances matrimoniales entre autochtones et migrants de tout le Golfe Persique (Arabie, Yémen, Mascate et Oman, etc.), qui finiront par composer la société swahilie. Il faut préciser que l'appropriation de "swahili" comme ethnonyme par les habitants des villes islamisées, de la côte est très tardive et date seulement du début du XIXe siècle, entre prédominance arabe et colonisation britannique. Avant d'être des Waswahili (le préfixe bantu wa- (sg. m- ) indique la classe des êtres humains), les communautés se nommaient selon leur cité d'origine : Waamu = habitant de Lamu, Wamvita = habitant de Mombasa, Wapemba = habitant de Pemba, etc. Quant à l'islamisation des populations de l'intérieur, elle ne date que de la seconde moitié de ce siècle (cf. Le Guennec-Copens et Mery, 2002) . ​ "De fait, la fréquentation des côtes estafricaines par les boutres provenant du golfe Persique et de la péninsule Arabique remonte à des périodes très anciennes, se succédant depuis l’Antiquité. L’établissem ent de comptoirs, d’implantations fixes sur le littoral, est attesté par le Périple de la mer Erythrée, un récit probablement écrit au IIe siècle par un commerçant grec d’Alexandrie. Ce n’est cependant qu’avec le témoignage du voyageur et géographe arabe ’Abû l-H. asan ‘Alƒal-Mas‘…dƒ(mort au Caire en 956-7) que nous obtenons un témoignage qui nous l aisse supposer qu’au IXe siècle les prémices de la formation d’une langue de traite originale (un proto-kiswahili ?) étaient po sées. Ceci est confirmé par les travaux des linguistes qui font l’hypothèse que des populations d’agriculteurs de langues bantou vivaient dans la région de l’embouchure de la rivière Tana, sur la côte nord de l’actuel Kenya, à proximité de l’archipel de Lamu et des rivages somaliens, et que ce sont ces populations qui servaient d’interface avec les navigateurs persans ou arabes arrivant jusque-là, poussés par les vents de mousson. Au fil du temps, une nouvelle l angue est née de cette rencontre et des échanges associés. Elle sera le berceau d’une culture africaine originale, définie par le caractère pluriel des sociétés qu’elle englobe. " (Penrad, 2005) ​ shirazi : "Selon la Chronique de Kilwa, dans la deuxième moitié du 10e siècle, Ali bin al-Hasan/Husain, de la famille royale de Shiraz, serait arrivé à Kilwa et y aurait fondé une dynastie (Freeman-Grenville 1975 : 35)" (Le Guennec-Co pens et Mery, 2002) . ​ C'est l'époque brillante du royaume de Méroé en Nubie (env. - 400 à + 400), qui s'accompagne d'un commerce actif d'esclaves en Afrique de l'Est en Egy pte, Ethiopie, Soudan, Somalie en particulier. En 547, Cosmas Indicopleustès, un Grec de Syrie établi à Alexandrie évoque les esclaves noirs qui arrivent dans son pays de la région de Sassou et d'Aksoum (Axoum, Ethiopie) : "Il est une marchandise pour laquelle la demande n'a jamais fléchi au cours des siècles, à savoir les esclaves. Les prisonniers de guerre (dont il est fait mention dans les inscriptions d'Ezana e t dans les sources concernant les guerres entre Axoumites et Himyarites) étaient particulièrement recherchés par les marchands d'esclaves étrangers" (Hist oire Générale de l'Afrique, volume II, Afrique ancienne, dir. Gamal Mokhtar, 1987, p . 419, Editions Unesco, 8 volumes de 1980 à 1999) . Avant le développement d e l'Islam (Mahomet meurt en 632), les Arabes possédaient aussi, comme en Afrique, de s esclaves ramenés des guerres menées entre tribus, qui étaient employés surtout comme bergers, paysans et même parfois, intendants. Les maîtres vivaient au milieu de leurs esclaves et les enfants issus des uns et des autres étaient esclaves ou libres (Ducène, 2019) . Les esclaves noirs des contrées moyen-orientales étaient donc encore peu nombreuses et s'apparentaient davantage à des "objets de luxe et de curiosité" (Coquery-Vidrovitch et Mesnard, 2013) . ​ Progressivement, l es esclaves feront l'objet d'un commerce plus étendu et plus florissant encore (comme celui t rès i mportant de l'or), quand, à partir de la Corne de l'Afrique, le long de la côte swahilie (Somalie, Mozambique, Zanzibar : cf. plus bas) et du Soudan actuel, il reliera, entre le IVe et le Xe siècle, Pemba, une des îles de Zanzibar, à Oman, Basra, à la Perse sassanide, jusqu'en Inde et en Chine , et même, probablement, à l'archipel indonésien ( Traites et escla vages en Afrique orientale et dans l'océan Indien , dirigé par Hen ri Médard, Marie-L aure Derat, Thomas Vernet et Marie-Pierre Ballarin, Editions Karthala, 2013). ​ ​ Chine : Signa lons que la Chine importait depuis la baute antiquité des marchandises africaines, comme l'ivoire, l'ambre gris, l'encens, la myrrhe ou les esclav es, mais qu'elle n 'y exportera ses produits à grande échelle (porcelaine, en particulier) q u'à partir du XIe siècle, via les réseaux ara bo-musulmans ( Histoire Générale de l'Afrique, op. cité, volume III, L'Afrique du VIIe au XIe siècle , dir. M. El Fasi, codirecteur. I. Hrbek, 1990) . ​ Ezana : souverain éthiopien qui a donné son nom à une longue inscription de ses conquêtes au milieu du IVe siècle et qui a peut-être hâté la chute de la cité de Méroé (Museur, 1969) . Dès 641 , après le triomphe de l'islam dans leur pays, les conquérants arabes soumettent l'Egypte . Comme le christianisme, l'islam, tout en prétendant défendre de hautes vertus morales, sera un puissant outil d'asservissement pendant des siècles. Dès 652 (an 31 du calendrier musulman), la Nubie passe un traité avec les chefs musulmans, le baqt ( dont le nom viendrait du grec pakton / latin pactum), qui oblige la Nubie à prélever un tribut annuel de 360 esclaves et d'un certain nombre de produits, contre lesquels les Arabes fournissait des biens divers, en nourriture e t vêtements (Pétré-Gren ouilleau, 1997 ; Histoire Gé nérale de l'Afrique, vol. II, op. cit é : 355). D ès ce moment, le développement de la trai te orientale est devenue très soutenu : "Des régions entières du M aghreb, de l’ Afrique subsah arienne et de l’Europe furent transformées en réserv oirs d’esclaves. Les pays d’Islam allaient se révéler comme un acteur puissant de l’évolution de la t raite des esclaves." (Trabelsi, 2012). En A frique de l'Est, le long de la côte swahilie, cependant, les Arabes ne connaîtront pas le même succès. D è s l a fin du VIIe siècle, un prince d'Oman avait bien tenté de lanc er une expédition pour soumettre la région, m ais son armée avait été défaite par une fédération de troupes africaines (Lewicki, 1974) . Il n'en demeure pas moins que pendant des siècles, des c ommerçants de différentes régions du Moyen-Orient s'y installent, épousent des autochtones, fondent des familles et composent, année après année, une population bigarrée. Ainsi, q uand le géographe et voyageur Al-Mas'udi, au Xe siècle, visite Kambalu (possiblement Pemba), tous les habitants de la côte, affirme-t-il, se compose d'une "population mixte de musulmans et d'idolâtres zanjs dont le roi est appelé mfalme " (Freeman-Grenville, 1975 : 14-17) , ce qui indique qu'une partie des populations de la côte swahilie était déjà islamisée au Xe siècle. ​ Après de longues et de violentes révoltes, les Berbères se sont dans l'ensemble convertis à l'Islam au VIIIe siècle, après avoir feint de nombreuses fois d'accepter la foi islamique pour desserrer l'étreinte du conquérant arabe. Cet épisode de résistance se clôt avec la grande rébellion menée par la célèbre Kahina (Kahena), sorte de reine-prêtresse dont le peu que l'on sait historiquement a largement été comblé par les supputations et les mythes. Une chose est certaine, la résistance des Berbères à l'envahisseur a été telle qu'il fallut trouver des moyens supplémentaires pour les subjuguer, ceux que nous avons déjà rencontré dans maintes dominations, à savoir la collaboration fructueuse entre élites dominées et dominantes. A cette fin, Musa ibu Nusayr (640-717), gouverneur de la province d'Ifriqiya (Ifriqqiya, Ifriqiyya, emprunté à l'Africa romaine), "entreprit de libére