Search Results

68 éléments trouvés

Pages 66

  • JAPON, PERIODE EDO, INÉGALITÉS SOCIALES

    « Envahis par des quadrupèdes » Namban-byobu ( 南蛮屏風, Paravent (byobu : "écran") Namban (ou Nanban : litt. "barbares du sud"), terme qui désignait les commerçants et les missionnaires européens, particulièrement Portugais. Scène de l'arrivée d'un navire marchand portugais, oeuvre du début du XVIIe siècle. A près avoir accueilli les premiers Occidentaux sur le sol nippon en 1543 (Portugais, qui apportèrent l'arme à feu et la soie, Espagnols, Anglais, puis Hollandais), le pouvoir avait décrété la fermeture du pays (sakok u, 鎖国, env. 1635 - 1868) pour finir d'unifier le pays, à l'exception des comptoirs hollandais ou chinois. Le règne des Tokugawa pendant la période Edo (1603 – 1867) éloigne pendant deux siècles les guerres de clans aristocratiques, est propice au renouveau de la culture japonaise, mais pas du tout à la paix sociale : ce ne sont pas moins de 3000 émeutes, selon Aoiki Kôji , et 480 agitations urbaines qui agiteront le Japon pendant cette période (Pons, 1996) . Pour la période Edo, on peut commencer par citer les émeutes (hyakusô ikki 百姓一揆 ) de Shimabara, province de Hizen, en 1637, dues aux cruelles mesures du daimyo Matsukura Shigemasa qui écrasa d'impôts les paysans pour payer son château et une expédition militaire à Luçon, aux Philippines. ​ ​ ​ Aoiki Kôji : Hyakushå ikki no nenjiteki kenkyū (Une étude chronologique des soulèvements paysans), Tokyo, Shinseisha, 1966, (cf Calvet, 2002) Château de Shimbara, édifié pour le daimyo Matsukura Shigemasa, 1618 Les paysans d'Amakusa se soulevèrent aussi et choisirent pour chef des révoltés le jeune chrétien Masuda Shirô Tokisada, dit Amakusa Shirō. Les insurgés occupèrent et restaurèrent la forteresse abandonnée de Hara. Le shogun ordonna à Nicolaes Couckebacker, directeur du Comptoir hollandais de commerce, de le bombarder de la mer, pendant qu'il levait une armée de 120.000 hommes. Les combats firent rage trois mois durant et tous les assiégés, hommes, femmes et enfants furent massacrés. (article Shimabara no ran , cf. note 1 ). Révolte de Shimbara, dans le "Divertimento for a martyr" du peintre et illustrateur Takato Yamamoto (né en 1960) Précisons en passant que le christianisme a sans doute représenté une menace pour le pouvoir. En 1580, on estime que les fidèles nippons sont déjà plus de 150..000 et certains historiens parlent de 300.000, alors que l'arrivée des Jésuites est toute récente. En 1587, Hideyoshi interdit aux grands féodaux de se convertir au christianisme, expulsa les missionnaires, et ordonna les premiers martyres chrétiens par le supplice de la croix (Kouamé, 2007). Yeiasu interdit le christianisme dans tout l'archipel en 1614 et "sept ou huit décennies d'apostasies forcées et de condamnations à mort furent nécessaires." (op. cité), la dizaine de milliers restant étant obligés de se cacher et vivre clandestinement. Nanban byobu , paravent illustrant l'arrivée de marchands-portugais au Japon, oeuvre de Kano Naizen, avec feuilles d'or, soie et laque sur bois,entre 1593 et 1603, 366 x 178 cm, Museu Nacional de Arte Antiga, MNAA 1640 Mov, 1641 Mov, Lisbonne, Portugal La division en quatre classes , ou statuts (mibun ) sous les Tokugawa, au début de la période Edo (1603-1868), est idéologique avant tout, et avait été acceptée par le moine et maître zen Musō Soseki (1276- 1351) [1] (Carré, 2017 ) : guerriers (shi ), paysans (nō ), artisans (kō ) et marchands (shō ). Le prince met tous les guerriers sur le même plan, pour montrer qu’ils sont tous également ses sujets, alors que les grands serviteurs avaient montré leurs muscles à plusieurs reprises, nous l’avons-vu, et fait comprendre à l’empereur leur puissance. Sans compter l’absence de distinction religieuse, hérité sans doute de l’anticléricalisme néo-confucéen des Song de Chine, les moines bouddhistes étant accusés de détourner les hommes de leur devoir terrestre. Le pouvoir militaire mettra alors au pas le clergé bouddhiste en le centralisant pour mieux le contrôler (les petits monastères devant dépendre d’un plus grand) et en confiant aux bonzes les registres d’Etat civil (naissances, mariages, décès, adoption, etc.), c’est le système danka , qui sera confié plus tard aux moines bouddhistes par les réformateurs Meiji en 1871. ​ [1] C'est Soseki qui créa le premier en 1339 le "jardin sec" (kare-sansui ), composé le plus souvent de roches et de graviers et sans point ou courant d'eau. Ce fut le Saïhôji, suivi du Tenryûji en 1345. Le Japon connaîtra aussi comme l’Europe, mais dans une moindre mesure, les maisons de travail forcé. Ces « lieux de rassemblement de la piétaille » (ninsoku yoseba ), ont des visées aussi semblables, disciplinaires et morales, et enferment sans logis (par ex. camp d’Asakusa, en 1687), vagabonds (par ex. le camp des mines d’or de l’île de Sado) ou petits délinquants (par ex. à Edo, en 1790). Ils seront abolis à la période Meiji (Pons, 1996). Il faut, enfin, ajouter à tout ce prolétariat les rônin , les vagues de paysans (qui représentaient alors 85 % de la population), chassées vers les villes par les fréquentes disettes, par des épidémies, ou encore, les handicapés ou les malades, contraints à la mendicité, dont on disait qu’ils avaient été « abandonnés des trois Trésors » (sambo ) du Bouddhisme : Bouddha, Dharma (la doctrine) et Shanga (la communauté). Encore et toujours cette antique infamie causée par l’abandon des dieux (Pons, 1996). L’urbanisation galopante des années de la fin du XVIe et début du XVIIe redessine, comme partout où se concentre ainsi la misère, une géographie de perdition peuplée de précaires, sans-logis, vagabonds, orphelins, enfants naturels ou répudiés, filles vendus aux bordels, etc. A la fin du règne des Tokugawa, cette société sans statut représentera près de la moitié de la population des villes d’Edo, d’Osaka ou de Kyôto. C’est donc un grand nombre de citadins qui vont être forcés de connaître de près ou de loin la peur, la violence, le vol, le crime, sous la coupe des samouraïs reconvertis en truands yakuza, des redresseurs de torts otokodate , des voyous des rues (kabuki mono ) ou des trafiquants de jeu bakuto . Plus parlants encore de l’artificialité de ces catégories sociales sont tous ceux qui n’y figurent pas, ces intouchables à la mode japonaise, tous ces burakumin (« homme des hameaux [ 2] ») dont l’image est depuis longtemps attachée à la bestialité, au point où, dans « les temples bouddhiques, les notices nécrologiques rédigées par les moines indiquent l’appartenance des burakumin au cycle de réincarnation de l’animal plutôt qu’à celui de l’humain » [3] . En Chine et au Japon, "en raison de la longue absence d'une définition générique claire", il a plus été aisé "de considérer certains individus comme non humains." (Ansart, 2007). Au point qu'à la toute fin du XVIIIe siècle, un penseur comme Kaiho Seiryō (1755-1817), dont Ansart se demandait en préambule s'il était "le premier des Modernes", a encore de la peine à accorder la même humanité à tous les hommes : ​ "Les hommes (hito 人) peuvent être répartis schématiquement selon quatre rangs : le premier pour les hommes supérieurs (kijin , 鬼人) ; le second pour les hommes de moyenne condition (Chūnin, 中人), le troisième pour les gens inférieurs (shimo tami ou genin 下人) ; et le quatrième pour les bêtes (kinjû, 禽獣). Les gens sont ainsi voisins des bêtes. Les kijin , ce sont les daimyô et au-dessus. Les chūnin , ce sont les officiels (shitaifu 士大夫). [...] Ce que j'appelle shimo tami , ce sont les gens tombés dans la condition des époux seuls face à face (kakemukai カケムカイ), sans domesticité. Sous les foyers sans domestiques, il y a les mendiants (kojiki, 乞食 ), sous les mendiants, il y a les vagabonds (komokaburi , こもかぶり) et sous les vagabonds, il y a les chiens. Cependant, les chiens qui sont nourris dans le Palais shogunal à Edo ont de beaux vêtements et mangent de bonnes choses. Et les chiens et chats nourris dans les appartements privés du shogun sont riches par rapport aux vagabonds. Ainsi les bêtes viennent-elles juste après les hommes." Kaiho Seiryô, Zenshiki dan ("Propos sur la prévision"), in Kuranami Seiji (éd.), Kaiho Seyriô zenshù (Œuvres complètes de Kaiho Seiryô), Tokyo, Yachiyo shuppan , 1976, p. 574. "A voir les édits que prennent les gens importants, [on comprend qu'ils mesurent le cœur du petit peuple à l'aune de leurs propres sentiments. Mais de ce fait, ils ont beau essayer défaire des gens du petit peuple des honnêtes gens, dotés des vertus sociales, c'est une tâche impossible." Parmi ces gens sans domesticité, il y en aura seulement cinq sur dix de vraiment humains (tashikanaru hito (...) même parmi les samuraïs, les gens de petite condition, il en est qui ne sont pas vraiment humains (tashika de nai hito ), mais des bons à rien (furachi mono ). (op. cité, in Ansart, 2007). ​ [2] Nous dirions plutôt aujourd’hui « quartiers défavorisés » [3] Brisset Maxime, 2012, Nakagami Kenji : Un projet littéraire et social autour du statut des intouchables japonais, Département de littérature comparée, Mémoire présenté en août 2012 à la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal. Les lois du bakufu de Tokugawa en 1657 simplifient (en théorie du moins) les catégories burakumin : Il y a les Eta (“ abondantes souillures ”), où on retrouve bouchers, tanneurs kawata (artisans du cuir, rappelons-nous les railleries d'Aristophane ), kawaramono (habitants des berges), aoya (teinturiers d’indigo), croque-morts, cordonniers, fabricants de tambours, sasaras (ou chasen , artistes ambulants) ou pires, hinin “ sans humanité” (ou encore yado ) , qui concernent mendiants, circassiens, prostituées [4] , acteurs, astrologues, etc., mais aussi des personnes déchues moralement (passions prohibées, bourgeois ruinés par le jeu, suicides ratés, etc.). ou encore des gens issus de populations aïnoues. Le bakufu les assigne à des quartiers, dans des baraquements infâmes, formant de véritables ghettos où l’endogamie était forcément la règle, vu leur situation de paria. Il leur donne ou non l’autorisation d’exercer leur activité, les frappent de divers interdits, comme le port des socques et des parapluies pour les sasaras [5] . Plus tard, des édits du shogunat (1715-1730) leur imposeront des coiffures particulières aux cheveux courts, avec interdiction des les attacher, sous Danzaemon, en 1723. On leur interdira de boire, manger, fumer en compagnie des gens "respectables". Le pouvoir les affecte autoritairement et selon les besoins à des emplois d’indics pour la police ou encore de gardes de prison(c'est la stratégie classique de concurrence des pauvres, nous l'avons-vu), mais surtout, les destine à toutes sortes de tâches jugées dégradantes : bourreaux de crucifixion ou de démembrement, transport des cadavres de condamnés, repêchage de noyés, etc. Jusqu'à la période moderne, les burakumin feront régulièrement l'objet de pogroms. ​ [4] Les femmes du « monde des saules et des fleurs », selon l’expression pudique. [5] François-Joseph Ruggiu, 2014, Les statuts sociaux au cœur d’une nouvelle histoire sociale de la France d’Ancien Régime et du Japon de l’ère Edo, Revue Shisô, n° 1084, Iwanami shoten, Tôkyô, Centre Roland Mousnier, Université Paris-Sorbonne, CNRS (traduction de M. Takeshita) Danzaemon, chef de la famille Yano, investi par le shogun en 1722 a dirigé plusieurs régions, où ses revenus, tirés du monopole du commerce de cuir dans la province du Kantô, étaient exonérés d’impôts et lui permettaient de se comporter en seigneur (Pons, 1996). D’autres comme les oyakata (« père , ou oyabun ), faisaient aussi de bonnes affaires dans les villes sur le dos des pauvres en tant que placeurs, en les prenant sous leur aile et en leur trouvant du travail, en particulier dans le service des familles riches, les mines, le bâtiment ou les ports, très liés à la pègre. Le parrain avait ainsi son kokata (ou kobun , «fils ») sous sa coupe et prenait un pourcentage sur son salaire. L’oyakata pouvait être activiste pour les droits sociaux, syndicaliste, mais aussi briseur de grève dans les régions minières où la police locale n’hésitait pas à faire appel aux méthodes violentes des voyous de la mafia japonaise. Selon le criminologue Iwai Hiroaki, la pègre contrôlaient encore dans les années 1950 une grande partie des mineurs de Kyûshû. et le port de Kôbe était sous la coupe des Yamaguchi-gumi, le plus important des clans yakusa jusqu’à ce jour, qui s’est scindé en trois groupes il y a peu, en 2017. Les chefs bakuto (joueurs professionnels de dés, de cartes, etc.) , à la manière des gangs, contrôlaient des territoires, et prélevaient un pourcentage sur les gains appelé « monnaie du temple » (terasen ). Car, dans la période médiévale, c’était les temples, forts de leurs privilèges particuliers de neutralité territoriale, qui accueillaient les jeux d’argent avec le dicton : « Seules les statues de Bouddha ne jouent pas. » (Pons, 1996). Ces joueurs professionnels transmirent à la pègre les pratiques de son code d’honneur, telle la section du petit doigt en signe de repentance ou une nouvelle tradition de tatouage (irezumi, horimono ), qui se développe vers 1750 à partir d’une pratique elle-même préhistorique [6] , mais semble-t-il ravivé en partie par les illustrations des héros tatoués du roman Suikoden, adapté à partir de 1773 du roman chinois Au bord de l’eau (Shuihu Zhuan, Sui-hu chuan, Chouei-hou-tchouan ), attribué à Shi Nai’an (XIVe siècle), qui s’est inspiré de la vie de Sung Chiang (Song Jiang) et de ses compagnons hors-la-loi qui ont sévi entre 1101 et 1126 sous la dynastie Song. Le texte, qui connaîtra de multiples versions, se popularise chez les différents héros tatoués : otokodate ( d’ otoko , « homme » et date, « dandy », « vaniteux » ), tobishoku (charpentiers de grande hauteur) kagokaki (hommes du transport : porteurs de palenquins, tireurs de pousse, portefaix, bateliers, etc.). ou encore hikeshi (pompiers de l’époque Edo). Eric Hobsbawn (Bandits , London, Weidenfeld and Nicolson, 1969), n’hésite pas à faire de certains d’entre eux des sortes de Robin des Bois nippons qui ne voient pas d’autre moyen que de devenir hors-la-loi pour combattre l’exploitation, l’injustice sociale exercée par les riches. Criminalisés par le pouvoir, ces héros populaires otokodate ou kyôkaku (de kyo, « chevaleresque » et kyaku , « hôte », « visiteur ») sont au contraire tenus pour des héros dans les quartiers pauvres. ​ [6] Ötzi, retrouvé dans les Alpes italiennes était tatoué (3500-3100) était tatoué, et différentes sculptures japonaises (dogû de l’époque Jomon du IIe millénaire avant notre ère ou haniwa de l’époque Kofun, IIIe – VIIe s.), mais aussi égyptiennes, océaniennes, etc. présentent des tatouages. Du côté des riches A plusieurs reprises sont édictées des lois "visant à réduire la consommation somptuaire des nobles" mais elles seront d'un "faible effet, en dépit du renfort idéologique que l'idéal confucianiste de frugalité pouvait leur apporter." (Bihr, 2018). Les seigneurs de la guerre comptent toujours parmi eux des hommes d'affaires. daimyo de Satsuma, Shimazu Shigehide (1745 - 1833), pour qui son conseiller financier, Zusho Hirosato, préconise de créer des plantations de cannes à sucre sur des îles au sud de Kyû-Shû. Les planteurs n'auront pas le droit de consommer ce sucre et toute contrebande était sévèrement punie (Hiroyuki, 1990). Dans le même temps, les petites puis les grandes maisons seigneuriales détentrices des fiefs [7] s'endettent, parfois jusqu'au cou, souvent auprès du bakufu lui-même, qui avait trouvé là un excellent levier pour les contrôler, en les affaiblissant ou en les aidant tour à tour, avec le soutien des "grands financiers d'Osaka, très liés au pouvoir d'Edo" (Carré, 2001). Banqueroute frauduleuse, créances douteuses, impunité des fiefs insolvables, extorsion d'emprunts forcés, etc. (op. cité) sont autant de vertus des ploutocrates nippons de cette époque. Ainsi, les riches exploitaient durement ceux qui peinaient à survivre, et s'encourageaient, par leurs pratiques, à tromper et à voler, et ce d'autant plus qu'il n'y avait pas de garantie légale sur les prêts aux daimyos ni de reconnaissances de dettes établies (cf. op. cité). ​ [7 ] Dont les revenus se comptent en boisseaux, koku , mesure de grains (de riz) d'environ 180 litres. Les fiefs rapportaient entre plusieurs centaines de koku à un peu plus d'un million pour le plus gros. Les vassaux d'un revenu inférieur à 10.000 koku étaient commandés directement par le shogun, et au-dessus par le daimyo. La monnaie circulait, cependant, et c'est Tokugawa Ieyasu qui organisa durablement le système monétaire en 1601, où avaient cours la monnaie d'or surtout, le koban qui équivalait un ryō (avec, ses divisions : bu, shu , respectivement 1/4, 1/16 de ryō), et l'ōban , qui valait 8 ou 10 ryō , Dans les provinces de l'ouest, par contre,, c'était la monnaie d'argent qui était plus utilisée. Cet appétit des richesses fait l'objet de toutes sortes de représentations populaires. Selon un mythe japonais, Namazu, souvent représenté depuis le XVe siècle comme un poisson-chat géant, peut, avec sa queue, provoquer des tremblements de terre, que seul peut arrêter le dieu du tonnerre Kashima. Après les tremblements de terre d'Edo de l'ère Ansai, en 1854 et surtout en 1855 (dit tremblement de terre du "Grand Ansai), mais aussi Hietsu, en 1858, on en vient à croire que les catastrophes produites par Namazu sont le résultat de la cupidité humaine et que le poison géant causait des ravages pour obliger les riches à redistribuer leurs richesses accumulées. Namazu est alors appelé yonaoshi daimyojin , le " dieu de la rectification mondiale " et des centaines d'estampes dites namazu-e ont fleuri un peu partout. (Scientific American, article de David : Bressan Namazu the Earthshaker, 10 mars 2012, https://web.archive.org/web/20151213040651/https://blogs.scientificamerican.com/history-of-geology/namazu-the-earthshaker/) ​ Estampe anonyme de 1855. On y voit le sacrifice de Namazu, qui se fait seppuku sous le regard de Kashima, Par l'ouverture de son ventre sort l'argent qui soulagera les pauvres, en arrière-plan. Estampe anonyme. Ebisu, le dieu de la pêche et du commerce, est chargé de surveiller la ville en l'absence de Kashima, mais il s'est endormi. Un autre kami de la foudre, Raijin (ou Raiden) pète sur la tête d'Ebisu "un vent de changement". A la vue du désastre, Kashima fait galoper son cheval pour revenir. Namazu, Shin Yoshiwara ō namazu Yurai (``La cause du grand poisson-chat à Shin Yoshiwara''), estampe anonyme de 1855. Namazu est battu par des paysans et des femmes, A l'arrière-plan, des artisans, des ouvriers accourent pour secourir leur bienfaiteur : grâce au tremblement de terre, il y aura beaucoup à reconstruire, donc beaucoup de travail pour différents métiers : carreleurs, charpentiers, médecins, et prostituées, figurent sur d'autres namazu-e en exemple des bienheureux. Estampe anonyme de 1855. On y voit des travailleurs du bâtiment faire la fête avec Namazu Contrairement à ce que pense le philosophe Kumazawa Banzan (1619-1691), les penseurs confucéens de l'époque Tokugawa sont de plus en plus d'accord sur l'idée que les essences vitales (ki ) doivent circuler librement dans le corps physique ou social. Le philosophe et stratège Yamaga Sok ō (1622 - 1685) écrivait : "le royaume appartient au royaume. Il n'est pas la richesse d'une seule personne. Elle devrait bien circuler." (Tahara Tsuguo, Tokugawa shisô-shi kenkyû , "Études sur l'histoire de la pensée à l'époque des Tokugawa, 1967). De même, le confucianiste Kaibara Ekken (Ekiken,1630-1714), botaniste et pédagogue, a comparé le flux des richesses dans la société avec celui des fluides vitaux circulant dans tout le corps mais aussi les énergies vitales parcourant le cosmos. ​ " Si de vastes richesses matérielles sont collectées en un seul endroit et ne sont pas autorisées à en bénéficier et à en enrichir d'autres, la catastrophe se produira plus tard." (Kaibara Ekken, Kaido kun , Ekken zenshû (Collection d'oeuvres d'Ekken), vol. 3 [Tokyo: Ekken zenshû kankôbu , 1911], p. 452.) ​ C'est ainsi que les riches qui thésaurisent ont "la maladie du métal" des millionnaires (Chōsha, kane no yamai ), où kane peut désigner l'argent et même l'or et donc, plus largement, la richesse. Il faut l'intervention de Namazu, pour qu'elle puisse être excrétée du corps de leurs possesseurs par divers orifices. Alors, ces fluides vitaux qui avaient été emprisonnés circulent à nouveau en tout sens dans la société. change la froidure du cœur en chaleur, soulage la pauvreté et réduit les effets nocifs de la vie luxueuse. Estampe anonyme chōsha Comprenant que ces images permettaient au peuple de se forger des idées d'un monde différent, meilleur, la censure mit rapidement le holà à cet art populaire, qui disparut. Ces images sont intéressantes à plusieurs titres. Elles témoignent ce que nous savons déjà de la pauvreté d'une grande partie du peuple japonais à cette époque, mais elles nous rappellent la concurrence des travailleurs, l'individualisme (récurrent ou en train de se développer ?), les désirs des pauvres d'améliorer leur vie, et ces très rares épisodes où la parole des Faibles nous est retransmise (quoique médiatisée par les artistes), nous font bien comprendre que si nous avions pu l'entendre souvent depuis les débuts de l'histoire, notre connaissance des société eût été considérablement augmentée. Plus on approche de la fin du règne, le tatouage lui-même présente des signes de cette désillusion : l’irebokuro se multiplie sur le corps des courtisanes, et surtout, sa grosseur augmente. Le kishôbori , tatouage discret, prend une forme religieuse, avec des inscriptions de sutras bouddhiques sur le corps : les dégradations des conditions politiques, sociales, climatiques ne sont pas étrangères à cette évolution du tatouage, qui vont de pair avec un désir populaire de changement, de mieux être, par la « correction du monde » (yonaosh i), à commencer par la correction du prix démesuré du riz et des denrées alimentaires en général. A la période Bakumatsu (1853-1868), il règne même ici et là une ambiance de fin du monde, de type millénariste (Pons, 1996), où domine la présence messianique du Bouddha Maitreya (Miroku), au travers de diverses sectes religieuses révolutionnaires comme Ômoto-kyô, la « religion de la Grande Origine » de la très pauvre veuve Deguchi Nao, autorisée par le pouvoir en 1892. Cette dernière serait tombée dans un état de transe et aurait rédigé de manière automatique les instructions du kami Ushitora no Konjin, qui forment les 200 000 pages de l’Ofudesaki qu’elle ne savait pas lire elle-même et qu’Uoda Kisaburo, paysan pauvre lui aussi, aurait déchiffré un peu plus tard. De manière syncrétique, les éléments populaires shintoïques se mélangent au chamanisme de possession et au taoïsme du « kami de la vérité » pour promettre à toutes les victimes du capitalisme et de ses injustices sociales la venue du monde meilleur de Miroku-no-yo, le monde (paradisiaque) du boddhisatva Maitreya. Tout comme les autres sectes qui s’opposaient à l’Etat et au shintoïsme officiel : Hommichi, Hito-no-michi et Sôka-kyôiku-gakkai, etc, la secte Omoto sera durement combattue par le pouvoir, avec le prétexte habituel de menace à l’ordre public. A tous les maux qui accablent le peuple fragile, il faut ajouter l’ouverture à l’Occident, à l’étranger et comme toujours, les temps de bouleversements et de malheurs sociaux font mauvais ménage avec l’acceptation de l’Autre, et on ne sera guère étonné, dans ce contexte, qu’il y eut ensuite diverses métamorphoses racistes (et bientôt fascistes) de ces mouvements, qui voient le Japon, « pays à l’origine du soleil », envahi par des « quadrupèdes » (四つ足, yotsu-ashi, litt. "quatre pattes" et autres Barbares du Sud Nanban , menacé par toutes leurs technologies, et tout spécialement cette mécanisation des filatures textiles qui remplacent peu à peu les ateliers traditionnels, provoquent chômage et menacent l’identité culturelle de tout un peuple par leurs mœurs. Aïnous, 2e partie Un équilibre s'installe jusqu'au début du XVIIe siècle, quand les activités japonaises du sud de l'île (sylvicoles, aurifères, fauconnières), toujours occupée par le fief des Matsumae, font diminuer les populations animales (Godefroy, 2013) et détériorent l'environnement, en particulier les poissons, que les Japonais vont pêcher avec des filets géants et revendent sur Honshû, réduisant à peau de chagrin le volume de poissons disponible pour l'alimentation aïnoue. C'est la conséquence du système des basho ("emplacement") introduits par Matsumae, qui avait distribué à ses vassaux des territoires agricoles, de pêche ou de chasse, correspondant à des aires d'autorité de chefs aïnous, selon la méthode Ezo-chi no koto wa Ezo shidai : en terre barbare, laisser les choses en l'état." (Berque, 1980) Ainsi , les vainqueurs développent tout un processus de domination qui permet à la fois d'entretenir la persistance des différences culturelles marquantes, d'empêcher les Aïnous d'accéder à la culture japonaise et à l'inverse, de protéger les Japonais des impuretés prétendues des vaincus. Ainsi, les Aïnous n'auront pas le droit d'apprendre la langue japonaise ou de fouler la terre nippone sans autorisation, à moins d'une convocation (1682). Ils ne pourront pas non plus utiliser les techniques agricoles japonaises, ce qui les aurait détourné de la chasse et de la pêche. Le système basho accroit donc la dépendance des populations aïnoues, dépeuple leurs villages (kotan ) en les acculant à accepter un emploi à très bas salaire dans les basho pour obtenir la contrepartie de produits japonais. ​ En 1669, des clans du Sud entrent en conflit avant de s'unir derrière Shakush’ain contre l'envahisseur, alors que les clans du Nord concernés seulement par le commerce ne s'y impliquent pas. Les seigneurs de Matsumae inviteront les chefs Aïnous à un banquet, prétendument pour établir un traité de paix et les assassineront pour éviter un conflit interminable. Peu à peu, les Aînous perdent leur indépendance, y compris les groupes tournés vers des régions nordiques comme les île Sakhaline, îles Kouriles. En 1670, le pouvoir du fief de Matsumae soumet aux chefs aïnous un serment d'allégeance en sept points. A noter que la plus grande partie de ce document représente des obligations propres à enrichir le commerce japonais de manière inéquitable, en interdisant de vendre des marchandises à des régions voisines, en fixant les "prix" autoritairement ("A partir de maintenant, un sac de riz vaut cinq peaux ou cinq tas de saumon séché." ou encore "Les années durant lesquels les produits sont nombreux, un sac de riz s’échangera contre plus de peaux, ou de saumon séché."), en obtenant des services gratuits : "Même s’il n’est fourni aucune compensation financière pour la consommation de chiens domestiqués par les faucons, je les fournirai gratuitement." cf Godefroy, 2013. De leur côté, seuls les commerçants japonais pourront s'installer sur Ezo et en 1792, il est rappelé qu'il est interdit aux voyageurs japonais de se rendre sur l'île. Par ailleurs, les Aïnous se voient bientôt confisquer leurs armes, y compris celles de prestige, considérées comme des trésors (ikor ). Le pouvoir japonais créera tout un protocole d'intimidation pour "mettre en scène la soumission des Ainous lors des visites des inspecteurs shôgunaux, "au moyen de l’exhibition de ce que Fredrik Barth appelle des « statuts ethniques dichotomisés ". (op . cité). Estampe japonaise (anonyme ?) de 1809 qui illustre la soumission des Aïnous Dès 1792, les Russes réclameront, d'abord diplomatiquement, puis militairement (en attaquant en 1806 les îles Kouriles et Sakhaline) l'ouverture du Japon au commerce international, et les Américains leur embraieront le pas en 1853/54, avec encore plus d'arguments militaires et d'alliés, français, britanniques, néerlandais et russes, avec à leur tête l'amiral américain Matthew Perry. Entre 1854 et 1858 (ère Ansei) le pouvoir finit donc par signer avec les puissances occidentales ce qu'on a appelé les "traités inégaux" ( fubyôdô jôyaku, abolis entre 1894 et 1897), à cause des " démonstrations de force" des Occidentaux mais aussi "en raison du caractère attentatoire à la souveraineté nippone..." (Seizelet, 1991). Ainsi " les Japonais observèrent bien vite les effets néfastes de ces traités, en Chine même, où s'amorçait un processus de colonisation, et au Japon, où les étrangers n'avaient de cesse d'arracher au gouvernement nippon l'ouverture de nouveaux ports, des tarifs douaniers préférentiels, de nouvelles facilités de commerce et de résidence et d'interpréter de façon extensive le privilège de juridiction consulaire. (...° En bref, les étrangers jouirent d'une exterritorialité de fait, dépassant de loin les stipulations des traités . " (op. cité). Le gouvernement Meiji (1868-1912), voudra les réviser car il se rendit vite compte "que les enjeux de la révision dépassaient, de loin, le contenu même des traités qui étaient principalement de nature commerciale, mais embrassaient l'ensemble de l'appareil d'État." Tributaire désormais de son voisin, le peuple Aïnou aura pour obligation d'officialiser régulièrement sa soumission lors d'une cérémonie officielle appelée uimam (uimamam kusu : "échange d'objets en langue aïnoue) au travers de gages de fidélité et de tributs, dont le missionnaire jésuite Italien Girolamo (Jérôme) de Angelis signale déjà l'existence pour des tribus aïnoues du nord-est d'Hokkaido, en 1621, deux ans avant d'être exécuté lui-même par les Japonais, pour évangélisation interdite (depuis 1614). Devenus prestigieux en terre aïnoue, les uimams sont souvent cités dans les poèmes épiques des Aïnous, les yukar (et selon les aires aïnoues : yayerap, sakorpe, haw, hawki, oyna, etc.) On voit ainsi tout au long des processus de domination la fascination des vaincus pour la richesse des vainqueurs, ou à d'autres titres selon les cultures, en particulier, la puissance supposée d'un dieu sur un autre, comme nous l'avons vu pour l'antiquité. Ainsi, malgré tout le decorum affiché, les riches Aïnous sauront mieux que les autres tirer avantageusement leur épingle du jeu alors même que leur civilisation commence à s'effondrer. Dans le yukar d'Uepeker le jeune Aïnou reçu par un seigneur japonais est un ottena , un chasseur émérite et très riche (ikor kor kur ), à qui on lave les pieds à la mode chrétienne, qu'on traite avec respect par les paroles : ​ " Il n’est nul besoin de ramper, viens vite t’asseoir à mes côtés." et les libations que son hôte lui propose. Mais tous les Aïnous ne partagent pas cet enthousiasme : "Moi [l’oiseau blanc] aussi j’étais parti Dans l’intention de faire du commerce, Mais le méchant interprète japonais M’a fait boire du vin empoisonné, Et c’est ainsi que j’ai péri. Ceci est mon âme défunte Qui s’en retourne au pays. N’allez pas là-bas ! Rentrez vite ! Rentrez vite ! " ​ Yukar, Histoire de la fille de l'Aïnou (Rukaninka huô, rukaninka ) Dans les négociations; les Japonais profitent du comptage en base 20 des Aïnous, pour les duper, mais aussi en leur offrant de l'alcool pour les saouler et les tromper. Ils utilisaient des tonneaux à fond truqué, du riz avarié, délayaient l'alcool, contrefaisaient les mesures (Berque, 1980). C'est que l a recherche du profit à tout prix et à moindre coût est un objectif premier, que ce soit pour les pêcheries pré-industrielles ou les concessions sylvicoles (cf. Godefroy, 2013). Les Japonais pouvaient aussi brutaliser femmes et enfants, empêcher ou briser des mariages en envoyant les maris loin de leurs femmes qui entraient au services des maîtres : : "la tendance à l'ethnocide est ici évidente (op. cité). On ne parle même pas de différentes maladies contre lesquelles les Aïnous n'étaient pas immunisés Au fur et à mesure, c'est "toute la structure sociale et sociétale, ainsi que l’univers paradigmatique aïnou qui est affecté." (Godefroy, 2013). Une des manifestations les plus visibles de ce changement est le comportement d'un certain nombre de chefs de village, qui n'attendent plus des dieux des richesses en contrepartie de leurs bonnes actions, mais des Japonais eux-mêmes, qui leur fourniront des trésors contre des marchandises : sabres, laques, tabac, saké, etc. "Le but de la chasse et de la pêche n’est plus le maintien d’un rapport avec les dieux, ni la subsistance, mais l’obtention de pouvoir par l’accumulation de ce que Richard White appelle « les animaux d’entreprise » recherchés par le marché japonais." (op. cité) La chasse et la pêche évoluant vers des buts commerciaux perdent leur aspect sacré. La domination des Japonais transforme une économie tournée vers la subsistance en une économie de marché, avec de très nombreux produits. Les navires d'Ôsaka se chargent de riz, de saké, de coton, de laque, d'objets (boucles d'oreille, miroirs, sabres, etc.) et les commerçants japonais les échange contre saumon et haddock séché, hareng, ailerons de requin pour l'exportation vers la Chine, ormeaux, huiles ou laitances de poisson, abalone (awabi ), holothurie (namako ) plumes d'aigle du Kamchatka, peaux d'ours, de cervidés, d'otarie (mais aussi pénis séchés), de phoque ou encore de loutre (rakko ) ou de renard, baleine, grue, vésicules biliaires d'ours, eburiko (lichen médicinal de Sakhaline), algue kombu rouge, perles bleues et brocart du continent, etc., dont les diverses origines géographiques montrent l'importance de la médiation commerciale aïnoue avec les Aléoutes, les Nivkhes, Orocks, Oultches, Kouriles etc., dont les Japonais profitent à bon compte. Avec la fermeture du pays, le Japon cesse d'importer des cervidés pour la fabrication d'armure, de pinceaux, etc. et c'est l'île d'Hokkaidô qui les fournira. Au milieu du XVIIIe siècle les populations de cervidés auront quasiment disparu et avec elles une partie de la nourriture d'hiver des Aïnous, qui consomment leur viande séchée : En 1784, entre 300 et 400 Aïnous mourront ainsi de faim. En 1789, une suspicion d'empoisonnement (au saké) de la part des Japonais mettra une nouvelle fois le feu aux poudres et les Aïnous réclament en vain des compensations pour leurs décès tragiques. Ils se soulèveront, causeront le massacre d'une centaine de Japonais, mais la médiation de chefs alliés Aïnous permettra de juguler le conflit et seront récompensés de dizaines de sacs de riz, centaines de poignées de tabac, avant d'être peints par Kahizaki Hakyo (1764-1826) : Tsukinoe, chef aïnou de Kunashiri, tableau de Kahizaki Hakyo, 1790, détail. Musée des Beaux-Arts et Archéologie de Besançon, France " Les habitudes vestimentaires des Ezo sont vraiment pénibles à voir : leurs cheveux sont en bataille, leur visage est sale, leurs vêtements grossiers, ils sentent mauvais et ils ressemblent à ces corps couverts de paille que l’on voit à la capitale." ​ Kondô Jûzô, Proposition confidentielle de rapport relatif à la prise de pouvoir d’un territoire étranger (Ikokkyô torishimari ni tsuki naimitsu jôshinsho sôan 異国境取締ニ付内密上申書草案, 1799. A noter toutefois un regard plus objectif avec Mogami Tokunai, en 1791, qui défend pour la première fois l'idée que les moeurs soient différentes selon l'appartenance ethnique, rappelant que les Japonais eux-mêmes avaient "en des temps anciens des tatouages et des cheveux courts." ​ Rapport sur les mœurs et les coutumes du pays des Ezo (Ezo-koku fûzoku ninjô no sata 蝦夷国風俗人情之沙汰) ​ ​ BIBLIOGRAPHIE [↩] ​ ​ ​ AKAMATSU Paul, 1968, Meiji--1868, révolution et contre-révolution au Japon, Calmann-Levy. ​ ANSART Olivier, 2007, Ansart Olivier. Le premier des modernes ? La conception du lien social chez Kaiho Seiryô (1755-1817). In: Ebisu, n°37, 2007. pp. 71-95; https://www.persee.fr/doc/ebisu_1340-3656_2007_num_37_1_1465 BAYOU Hélène, 2011, Du Japon à l’Europe, changement de statut de l’estampe ukiyo-e Arts Asiatiques, n°66 https://www.persee.fr/docAsPDF/arasi_0004-3958_2011_num_66_1_1759.pdf ​ BERQUE Augustin, 1980, La rizière et la banquise. Colonisation et changement culturel à Hokkaido. Paris, Publications orientalistes de France, BIHR Alain, 2006, Préhistoire du Capital, Le devenir –monde du capitalisme 1, Collection Cahiers Libres, Editions Page deux. ​ BIHR Alain, 2018, Le Premier Âge du capitalisme (1415-1763). Tome 1 : L’Expansion européenne, Syllepse ​ BOWEN Roger, 1980, Rebellion and Democracy in Meiji, Japan University of California Press. ​ CARRÉ Guillaume, 2011, Katsumata Shizuo, Ikki, coalitions, ligues et révoltes dans le Japon d’autrefois, introduction, traduction et notes de Pierre-François Souyri, Paris, CNRS éditions. ​ CARRÉ Guillaume, 2017, Introduction. Penser les statuts sociaux du Japon prémoderne (XVIe-XIXe siècles). Dans Histoire, économie & société 2017/2 (36e année). ​ BRUNEAU Michel, DURAND-LASSERVE Alain, MOLINIE Marie, 1977, La Thaïlande, analyse d'un espace national. In: Espace géographique,tome 6, n°3. ​ GODEFROY Noémi, 2017, Domination et dépendance : l’évolution du statut des chefs aïnous en Asie orientale (xviie-xviiie siècle), https://journals.openedition.org/extremeorient/721 ​ HIROYUKI Ninomiya, 1990, Le Japon pré-moderne, 1573 - 1867, CNRS Editions ​ HOURS Mélanie , 2007, La pauvreté urbaine au Japon, Réalités et représentations, Transcontinentales, 5 http://journals.openedition.org/transcontinentales/747 ​ HURTH Pascal, 1990, Une révolte paysanneau début de l’èreMeiji, Larévolte de Kokawa en 1876 et ses suites politiques, mémoire soutenu à l’Inalco CEJ., revue Cipango janvier 1992 http://inalcocej.free.fr/travaux/documents/cip1pdf/Cip.1.4.Hurth2.pdf ​ HURTH Pascal, 2009, Entre acceptation et refus, Les réactions des notables ruraux japonais au tracé des départements dans la Ire moitié de l'ère Meiji​ , Dans Histoire & Sociétés Rurales 2009/2 (Vol. 32) , pages 109 à 133 https://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2009-2-page-109.htm ​ ​ KATSUMATA Shizuo et SOUYRI Pierre-François, 1995, Ikki, Ligues, conjurations et révoltes dans la société médiévale japonaise. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 50ᵉ année, N. 2. https://www.persee.fr/docAsPDF/ahess_0395-2649_1995_num_50_2_279371.pdf ​ KOUAMÉ Nathalie, « L'État des Tokugawa et la religion. Intransigeance et tolérance religieuses dans le Japon moderne (XVIIe-XIXe siècles) », Archives de sciences sociales des religions [Online], 137 | janvier - mars 2007, http://journals.openedition.org/assr/4328 ​ LOOS Tamara, 2016, Subject Siam, Family, Law, and Colonial Modernity in Thailand, Cornell University Press ​ ORYU Yoko, 2007, Les femmes japonaises, “machines à faire des enfants” ? revue Après-Demain, 2007/2 (N ° 2, NF) https://www.cairn.info/revue-apres-demain-2007-2-page-23.htm#re2no2 ​ PERRONCEL Morvan, 2004, traduction d'une conférence d'octobre 1946 de Maruyama Masao, dans dans le cadre d'un cycle organisé par la Rekishigaku kenkyûkai, « Recherches historiques sur les caractères originaux de la société japonaise » (Nihon shakai no tokushitsu no rekishiteki kenkyû ) Maruyama Masao : « La Pensée de l'Etat Meiji », traduction. In: Ebisu, n°32, 2004. pp. 85-121; https://www.persee.fr/doc/ebisu_1340-3656_2004_num_32_1_1381 ​ PONS Philippe, 1996, Ordre marginal dans le Japon moderne (XVIIe-XXe siècle). Les voyous canalisateurs de l'errance. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 51ᵉ année, N. 5. ​ PRATTE Annie, 2007, Émergence et implications sociales du tatouage au Japon pendant Edo: Étude de cas de l'irebokuro et de l' horimono. Département d'anthropologie, Faculté des arts et des sciences, Université de Montréal. ​ SASTRE Grégoire, 2016, thèse de doctorat dirigée par E. Seizelet (cf. ci-dessous), Le phénomène des agents d’influence japonais en asie (1880-1915), Université Paris-Diderot, Paris 7. ​ SEIZELET Eric, 1991, Les implications politiques de l'introduction du droit français au Japon. In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 43 N°2, Avril-juin 1991. pp. 367-388; https://www.persee.fr/doc/ridc_0035-3337_1991_num_43_2_2227 ​ THOMANN Bernard, 2015, La naissance de l'État social japonais, Presses de Sciences Po ​

  • PLOUTOCRATIEs | accueil

    Les Forts et les faibles 40.000 ans de domination sociale Bienvenue ! Il y a quelques années, j'exprimais ma déception de ne pas trouver d'encyclopédie en ligne (ou non) capable de satisfaire un désir gourmand de savoirs en tout genre, c'est pourquoi je me suis lancé, seul, dans l'entreprise utopique d'une Encyclopédie universelle . avec l'aide, parfois, des meilleurs spécialistes sur les sujets concernés. ​ C'est avec la même exigence et le même appétit que j'entame une nouvelle aventure, dans laquelle je suis, cette fois, investi en tant que citoyen politique, au sens le plus noble du terme, qui concerne le bonheur commun, la recherche d'une organisation sociale profitable au plus grand nombre, Je fais partie de celles et ceux, de plus en plus nombreux, qui souhaiteraient construire une tout autre société que celle qui nous est proposée ou imposée. Pour y contribuer, j'ai voté, manifesté, contesté, pour me rendre compte un jour que quelque chose me faisait particulièrement défaut. C'était de comprendre ce qui s'était passé jusque-là pour arriver à une pareille situation. Après beaucoup d'autres, j'ai cherché à mon tour de comprendre de quelle manière avaient été organisé, institué, tout ce que je réprouve depuis longtemps dans la société : l'existence de la pauvreté, du chômage, l'inégalité des chances et des richesses, le hiatus, pour ne pas dire l'abîme, entre une grande partie du peuple et l'État, entre ces gouvernés et leurs gouvernants, entre les classes sociales elles-mêmes, mais aussi les inégalités entre hommes et femmes, et tous les malheurs que la culture patriarcale continue de charrier. Etc. etc. La liste est longue. ​ J'ai remonté le fil et j'ai fini par me retrouver aux côtés d'hommes des cavernes, parce que les archéologues révèlent, année après année, que nos principaux problèmes sociaux se posaient déjà depuis les tréfonds de l'histoire humaine. A partir de là, patiemment, j'ai commencé de relever les faits établis par les historiens, de les croiser, de les agencer, et ils m'ont fait comprendre que la domination sociale d'une poignée d'être humains, riches, qui se pensent les meilleurs, sur beaucoup d'autres, pauvres, qu'ils considèrent comme inférieurs, forme le soubassement, la dynamique, les forces principales de l'histoire de l'humanité, tout un ensemble de choses que nous n'avons jamais appris dans les livres d'école, bien sûr, parce que l'école fait aussi partie intégrante, nous le verrons plus tard, de la domination sociale. Ceci explique le nom donné à ce site : Ploutos (plutos, Πλοῦτος ), la richesse, en grec, entendue péjorativement, le fric, et Kratos (Κράτος ), le pouvoir. ​ Ce travail que je vous propose est donc une démonstration permanente par les faits de cette domination sociale, du pouvoir de quelques uns sur beaucoup d'autres et recouvrant la plupart des activités humaines. C'est l'histoire des Forts et des Faibles, de la violence plusieurs fois millénaire, physique ou psychiques, exercée par les dominants sur les dominés. Ce sont, en plus de la force, les stratégies, les ruses, tous les moyens mis en oeuvre pour façonner un monde qui puisse leur permettre, alors qu'ils sont très peu nombreux, d'obtenir, de conserver, mais surtout, d"augmenter au mieux leurs pouvoirs et leurs richesses. C'est l'histoire de ces idéologies qui ont très tôt réussi à acquérir durablement dans toutes les couches de la société une dimension naturelle, éternelle, nécessaire. De la même manière qu'à Babylone, dans l'empire Inca ou celui du Mali, dans l'Egypte des Pharaons, l'Europe médiévale ou celle d'aujourd'hui, il n'existe aucune société dont les fondements sont le bien-être et l'égalité de tous les êtres humains. Ce travail n'est pas du tout théorique et s'adresse à tous. Il est ancré dans le réel, au plus près de ce qui construit les inégalités sociales entre les hommes : la violence, la guerre, l'oppression, l'esclavage, la religion, la politique, la servitude par la dette, l'exploitation par le travail, les inégalités de logement, de santé, d'éducation, etc.. Nous irons au cœur des savoirs nécessaires à la compréhension de cette fabrication de l'inégalité, et chaque contribution à ce travail sera systématiquement sourcée. Car, si un adage se révèle d'une grande pertinence ici, c'est que "le diable est dans les détails." Si la domination sociale a, pendant longtemps, été permise en grande partie par la force, elle n'aurait pas pu être effective, solide et durable, nous le verrons, sans une mise en oeuvre puissante, répétons-le, de moyens, de ruses, de manipulations, de stratégies, que les sciences historiques et sociales ont en partie mises à jour. Ici, donc, l'idéologie, au sens péjoratif du terme, n'est pas de mise, à savoir une "théorie vague et nébuleuse, portant sur des idées creuses et abstraites, sans rapport avec les faits réels" * , mais bâties sur des préjugés, des croyances à partir desquelles elle tire un ensemble de principes moraux. C'est une entreprise de taille, vous vous en doutez, alors, pour celles ou ceux qui sont intéressées à rédiger un article sur le sujet, collaborer à ce projet, ou tout simplement faire des remarques, apporter une correction à un article, n'hésitez pas à commenter les pages ou envoyer un courriel. ​ Bonne lecture à toutes et à tous ! ​ Camille Lefèvre, 16 janvier 2020 ​ * CNTRL, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales https://www.cnrtl.fr/definition/ ​ ​ Images en en-tête : A gauche, détail d'une miniature tirée des Riches Heures du Duc de Berry, mois de Janvier, 1410-1411, manuscrit conservé au château de Chantilly. A droite, corvée de paysans, détail d'une miniature d'un manuscrit de la London Library, 1310-1320 ​

  • AU PAYS DES IMAZHIGEN : LES BERBÈRES, CARTHAGE ET ROME

    AU PAYS DES ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⴻⵏ d'Élissa à Ptolémée ​ Peinture de Fatna Gbouri, 1924-2012, Maroc, détail Introduction Carthage I Onomastique de la domination 1 Onomastique de la domination 2 Carthage II Carthage III Carthage IV Les Royaumes berbères Introduction ​ Les fouilles préhistoriques d'Afrique du Nord, au travers de nécropoles (sépultures de tumulus, appareillés (bazinas) ou non, surtout) font déjà apparaître " une spécialisation des tâches " et des " indices d’une hiérarchie sociale " ( Drici, 2015 ; cf. Hachi, 2003), comme à Afalou-Bou-Rhummel (vers - 10.000 - 8000), un site de la culture dite ibéromaurusienne, au paléolithique inférieur, près de Bejaïa (Saldae/Bougie : cf. tableau toponymique, plus bas), en Algérie. C'est une stèle égyptienne de la région d'El Alamein, ainsi qu'un hymne au roi , sous le règne de Ramsès II (1304-1213), qui font apparaître pour la première fois le pays des Rbw (retranscrit aussi Lbw , dans d'autres textes), se prononçant lebu (lebou) , libu 'libou) ou rebu (rebou), les Lubim de l'Ancien Testament. Hérodote englobait sous le terme Libues (Λιβύες) tous les Africains (Hérodote, Histoires ou Enquête, IV, 197) , et en particulier ceux à la peau claire, à l'opposé des "Ethiopiens", (d'Aethiops, "au visage brûlé'", aithos : "brûlé", en grec), ce que feront aussi les historiens romains des guerres puniques (Libyes ), tel Polybe (Πολύϐιος / Polúbios, vers 200-133, Ἱστορίαι / Historíai : Histoires, I 65, 3 ; III 33, 15) . On ne peut pas citer tous les anthroponymes grecs qui désignent les habitants des différentes régions d'Afrique du Nord, citons les Gymnètes (nus), les Lotophages (mangeurs de lotus), les Troglodites (troglodytes, vivant dans les cavernes), les Métagonites, les Atlantes ou Atalantes (habitants de l'Atlas), ou encore les Garamantes (habitants de Garama). Comme on le voit, un certain nombre d'anthroponymes sont choisis par les colonisateurs pour des caractéristiques réelles ou supposées des populations, en lieu et place des noms qu'elles se sont donnés, mais aussi, leurs noms peuvent désigner pour les étrangers un plus vaste ensemble constitué de groupes pourtant bien distincts. ​ stèle égyptienne : Ramesside Inscriptions, II, p. 475. Historical and Biographical, éd. K.A. Kitchen, 8 vol. , Oxford 1968-1990 hymne au roi : Papyrus Anastasi II, II 3, l. 4, Bristish Museum 10243.2 Tête en bronze et pâte de verre d'un "Ethiopien", sculpture du IIe siècle, partie d'un balsamaire, H 15,8 cm, Volubilis, Maroc, collections BNF "Ce balsamaire, dont il manque la base, le couvercle et l’anse mobile, qui s’attachait sur les deux anneaux dont il ne subsiste que le départ, est en forme de tête d’Africain, barbu et moustachu, à la magnifique chevelure calamistrée, dont les boucles épaisses, étagées symétriquement autour de la tête, ont été retravaillées et ciselées. Les yeux sont incrustés de billes de pâte de verre noire, de dimensions différentes, formant les pupilles et donnant un regard à la fois fixe et expressif (...) La représentation des Africains, appelés «Éthiopiens» -d’après le mot grec Aethiops, « au visage brûlé »- apparaît à l’époque grecque, notamment dans la céramique. Après la mort d’Alexandre le Grand (323 av. J.-C.) et l’avènement des Ptolémées en Égypte, la connaissance de la Nubie (actuel Soudan) et le mélange des populations grecques et africaines dans des cités telles qu’Alexandrie ou Naucratis, ont entraîné durant l’époque hellénistique (323-31 av. J.-C.) le développement d’une production de petits bronzes et d'objets de la vie quotidienne en forme d’Africains, qui perdure à l’époque romaine impériale, où le goût pour l’exotisme se développe tant à Rome que dans les provinces (...) L’étroitesse de l’embouchure (ici 3 cm), l'absence de bec verseur et de goulot, la forme complexe de la panse conviendraient, plus qu’à des liquides ou huiles parfumées pour les soins du corps, à des poudres ou à des granules d’encens ou de parfum. Cette production, peut-être commencée dès l’époque augustéenne avec l’importation de motifs égyptisants à Rome, a été principalement florissante au 2e siècle." ​ http://medaillesetantiques.bnf.fr/ws/catalogue/app/collection/record/ark:/12148/c33gbq29v ​ ​ Les Carthaginois essaimeront jusqu'à Mogador (petite île en face de la ville éponyme, qui s'appellera plus tard Essaouira ), et même plus loin, et voyagent vers le sud, jusqu'à un point incertain, selon le fameux Périple d'Hannon. La culture punique de ces marchands, qui installent comptoirs et "échelles" (abris permettant le cabotage par relais successifs, pour s' approvisionner en eau , réparer les avaries, etc.), influencera celle des Berbères et les poussera à s'organiser en royaumes (Chérif, 1975 ; Le Bohec, 2002) . ​ Mogador : Tout comme ses multiples variantes (Mogodor, Mongador, Mougador, Mougadouro, Mogadou, Mogader), cette transcription probable du portugais ou de l'espagnol désigne un ancien toponyme amazigh (voir ce nom plus loin), peut-être "Mougadir " (littéralement: "entouré de murailles", dérivant du verbe "gdl" qui dans la langue amazigh signifie "protéger", "préserver". Les écrits arabes médiévaux le rendent par Amgdoul, Megdoul (Amegdul). ​ Essaouira : « La ville est appelée en arabe "Souira" ou "Al Sawira" depuis sa reconstruction par Sidi Mohammed ben Abdallah entre 1760-64. Nous y voyons une continuité du toponyme berbère qui fait référence à "muraille" (...) : cf. tableau toponymique, plus bas. ​ Périple d'Hannon : Plus exactement : " « Périple d'Hannon, roi des Carthaginois, le long des parties de la Libye situées au-dessus des Colonnes d'Héraclès », titre d'un manuscrit du IXe siècle présenté comme la traduction en grec d'une inscription « suspendue dans le temple de Kronos » à Carthage (...) D'une lecture sans préjugé on retiendra que Hannon fut envoyé, à une date inconnue, au-delà des Colonnes avec 60 pentécontores transportant 30 000 marins et passagers, hommes et femmes, pour y fonder des villes de Libyphéniciens (...) Publié pour la première fois en 1533, ce texte a fait l'objet d'un « Mémoire sur les découvertes et les établissements faits le long des côtes d'Afrique par Hannon, amiral de Carthage », lu par Bougainville à l'Académie en 1754, 1757 et 1758, imprimé en 1759..." (Euzennat, 1994) Carte basée sur les travaux des historiens Stéphane Gsell (1864-1932) et Jérôme Carcopino (1881-1970). source : Euzennat, 1994 Les Phéniciens installent, vers le XIIe siècle avant notre ère, des établissements commerciaux le long des côtes africaines, sur le littoral atlantique et méditerranéen. On connaît assez précisément la date de fondation de Carthage , en 814/813 avant notre ère (dans l'actuelle Tunisie ), par des Phéniciens appelés Puniques (Punici ) par les Romains, du grec Φοῖνιξ (Phoînix ), les Phéniciens, et, par extension, les Carthaginois. Etablissement modeste, au départ, la cité punique versa même pendant plus d'un siècle un tribut aux autochtones pour le loyer du sol occupé (Cherif, 1975), avant que sa prospérité et sa puissance ne lui permettent de réclamer à son tour un tribut aux Africains, vers 475-450 : " on combattit aussi contre les Africains qui réclamaient le paiement d'un loyer de plusieurs années pour le sol de la ville. Mais, de même que la cause des Africains était plus juste, de même leur bonne fortune fut supérieure, et la guerre contre eux se termina par une compensation pécuniaire et non pas par les armes. " ( Justin/Marcus Junianus Justinus , IIIe/IVe s., Epitome Historiarum philippicarum Pompei Trogi : "Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée", Livre XIX, traduction Marie-Pierre Arnaud-Lindet, Bibliotheca Augustana ). Dans le même temps, la cité conquérante va " soumettre à sa domination le reste des comptoirs phéniciens, qui s’échelonnaient depuis les Syrtes (côte tripolitaine) jusqu’à la côte atlantique du Maroc (comptoir de Lixus) et du Sud-Ouest de l’Espagne (Gadès). " (op. cité). Les principales villes côtières semblent sous contrôle carthaginois à la fin du IIIe siècle avant notre ère, au bénéfice avant tout de ses grandes familles, les Magonides d'abord, dont la politique était " liée aux contingences d’une cité en pleine expansion et ayant besoin d’un arrière-pays à même de satisfaire les besoins d’une population de plus en plus importante et d’une aristocratie terrienne à la recherche de nouveaux domaines d’exploitation " (Cherif, 1975), puis les Hannons et les Barcides. ​ Carthage : Du grec Karkhēdōn ( Καρχηδών ) , dérivé de l'étrusque Carθaza , transcrit du punique Qrtḥdšt (Qart‐ adašt : "Nouvelle ville"). Tunisie : le pays actuel recouvre en partie la province romaine d'Africa, partagée par la Tétrarchie en Zeugitane, Byzacène (Byzacium, Bussatis ) et Tripolitaine. ​ La puissance punique, tout comme la puissance romaine ou arabe, bien établie par l'histoire des vainqueurs, va durablement invisibiliser la culture des premiers habitants de l'Afrique du Nord. La faute à une " histoire entachée de colonialisme...qui ne fait voir dans la continuité africaine qu'une succession d'influences historiques étrangères, phénicienne, romaine, vandale, byzantine ", sans parler de " l'apport prestigieux de l'Islam confondu avec l'arabisme. En bref, à toutes les époques, les Berbères sont les oubliés de l'Histoire. ( Camps 1979). Quand débarquent les premiers navigateurs phéniciens, les Lybiens ne sont pas des hommes demeurés à un stade préhistorique où on a voulu les laisser. Depuis des siècles, s'était établi un commerce actif aussi bien avec l'Europe méditerranéenne qu'avec la partie orientale de l'Afrique.Malgré ce qu'a raconté Polybe et ceux qui l'ont copié, " les Numides n'attendirent pas le règne de Massinissa pour mettre en culture leurs plaines fertiles" ou encore pour construire d'immenses nécropoles mégalithiques groupant "par milliers des tombes de paysans sédentaires qui y déposèrent leur poterie" ( Camps 1979 ). copié : Polybe, op. cité, XXXVI, 16 ; Strabon, Γεωγραφικά / Geōgraphiká , vers - 20 à 23, XVII, 3, 15 ; Valerius Maximus (Valère-Maxime), Ier siècle, Dictorum factorumque memorabilium libri ("Livre des faits mémorables") : VIII, 3 ; Appien d'Alexandrie (Αππιανὸς , Appianus), vers 95 - 161, Historia Romana : 106). ​ Carthage, I Les débuts de l'histoire de Carthage sont teintés de légendes grecques dont la plus célèbre mérite d'être résumée ici, car historiens et archéologues pensent qu'elle se fonde sur " un substrat historique " (Noël, 2014) s'appuyant vraisemblablement sur des sources puniques. Elle a été transmise par les écrits de Timée de Taormine (Tauroménion/Tauromemium) et de Ménandre d’Ephèse (IVe-IIIe s. av. notre ère), puis ensuite, par les auteurs latins. Fuyant Tyr après l'assassinat de son mari, Acherbas (Sicharbas : Sychée), grand-prêtre du dieu Melkart (Melqart, Milqart), par son frère Pygmalion (de son nom phénicien : Pumayyaton ) qui convoitait ses richesses, elle voyage avec sa suite nombreuse jusqu'à Chypre, puis débarque sur la côte tunisienne où le seigneur des lieux lui permet de bâtir une ville sur des terres " qui peuvent toutes tenir dans la peau d'un boeuf ". La rusée princesse aura alors l'idée de découper de minuscules lanières de la peau d'un boeuf qui, jointes les unes aux autres, permettront de couvrir une très grande surface, sur laquelle elle bâtira Carthage, selon la légende, à partir de la citadelle de Byrsas ( Bursa , en grec : "cuir", "peau"). Demandée en mariage par Hiarbas, roi des Lybiens, elle aurait feint d'accepter cette union avant d'allumer un bûcher et de s'immoler par le feu (Justin, Abrégé..., op. cité, XVIII, 6), acte de chasteté, de fidélité à son époux qui sera donné en exemple par les auteurs chrétiens comme Jérôme ou Tertullien. La cité archaïque était ceinturée, au nord et au sud, par deux nécropoles, dont la seconde suscite toujours d'âpres débats. C'est un sanctuaire, dans un lieu-dit surnommé Salammbô, qui a révélé en 1921 des milliers de stèles et d'urnes remplies de cendres de fœtus et d'enfants, de très jeunes nourrissons pour la plupart, tout comme un autre site découvert en 1919, à Motyé, en Sicile. Une stèle particulière a été découverte, montrant un personnage vêtu d'une robe et d'un bonnet, main droite levée, main gauche tenant un bébé. A partir de là, les archéologues ont été convaincus que Carthage avait pratiqué le meurtre rituel d'enfants, thème dont l'humour noir de Flaubert s'était emparé (Salammbô, XIII), le surnommant " la grillade des moutards " dans sa correspondance (Lettre à Jules Duplan, 25 septembre 1861 et lettre à Ernest Feydeau, du 7 octobre 1861) . On a surnommé Tophet le sanctuaire dédiée à la déesse Tanit (Tinit, Tinnit) et au dieu Baal (Ba'al) Hammon, en référence au lieu de la vallée de Ben Hinnom où les Cananéens, ancêtres des Phéniciens, sacrifiaient des enfants au dieu Moloch, selon la Bible, pratique interdite par le roi juif Josias (II Rois XXIII : 10). Il reste beaucoup de questions en suspens sur le sujet, mais il existe aujourd'hui un consensus sur l'essentiel : " La réalité du sacrifice ne peut être niée au vu de certaines données archéologiques et épigraphiques (...) le caractère votif de certaines inscriptions où il est fait mention d’un rite MLK tenu pour un rite sacrificiel prouve l’existence de la pratique du sacrifice d’enfants. L’archéologie a – provisoirement ? – tranché la question : il y avait bien des sacrifices d’enfants à Carthage mais ils n’étaient ni massifs ni systématiques. " (Gutron, 2008) . ​ « S’agissant du sacrifice humain et de sa relation avec le tophet, nous considérons que s’il a sans doute été occasionnellement pratiqué par les Carthaginois, le sacrifice des enfants doit être décorrélé du tophet, sanctuaire-nécropole qui a pu en abriter les rares vestiges mais qui est par essence le lieu d’ensevelissement des très jeunes enfants décédés naturellement. " (Benichou-Safar, 2004) . ​ légendes : Selon Philistos de Syracuse ou Eudoxe de Cnide (IVe s. avant notre ère) , puis Appien (Lybica , 1), Carthage aurait été fondée par Azoros (Zorus, Sôr : Tsour : en phénicien, le roc, désigne la ville de Tyr) et Carchedôn (nom grec de Carthage) : une tradition visiblement très fantaisiste. Dido, reine de Carthage ​ Léonard Limosin (1504-1575), peintre, émailleur du roi François Ier ​ émail peint sur cuivre 30.3 x 24.8 cm ​ 1564 / 1565 The Walters Art Museum, Baltimore, Etats-Unis Le projet de mariage entre la princesse de Tyr devenue reine phénicienne Élissa (Élyssa, Elishat, surnommée Deido [Dido, Didon] : "L'errante") et l'Africain Hiarbas, ou Iarbas (Crouzet, 2003) nous rappelle qu'il existe, chaque fois qu'un peuple envahit durablement le territoire d'une autre, une osmose plus ou moins profonde qui s'établit entre les cultures, tout particulièrement dans les sphères aristocratiques. Nous avons vu dans bien d'autres cas que la domination sociale se transforme par alliances, stratégies, etc., entre les élites respectives. Les régions d'Afrique assujetties aux Carthaginois ne font pas exception à la règle : "Le Maghreb « ouvert » fut la terre promise de tous les impérialismes méditerranéens : Puniques, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes et Turcs, sans parler des Français qui pénétrèrent la totalité du pays. (...) Mais encore fallait-il qu’une fraction de la population conquise eût intérêt à accepter l'ordre des vainqueurs et à collaborer avec lui : c’était précisément le cas des sociétés citadines et de leurs notables, dont l’exploitation du reste du pays à leur profit requérait le maintien de l'ordre, fût-ce celui d’étrangers; l’intégration dans un vaste ensemble politique et économique, dans un empire, pouvait également leur être bénéfique.. (...) Vis-à-vis des populations de l’hinterland, les maîtres du Maghreb « ouvert » disposaient de moyens — militaires et administratifs en particulier — et d’une organisation économique et sociale relativement avancés. (Cherif, 1975). ​ Selon les régions, les autochtones finiront par leur être tributaires. Ils sont désignés comme Lybiens (ou Libyques) à l'Est, dans les anciennes régions de Cyrénaïque et de Marmarique (cf. carte, plus bas), représentant sur les propriétés " un misérable prolétariat agricole " ( Chérif, 1975), ou bien ils peuvent être perméables à leur influences culturelles mais rester indépendants, au centre-nord, comme les Numides , ou alors, ils sont complètement indépendants et farouchement hostiles, comme les Maures, dans l'ouest marocain, ou les Gétules, en partie nomades, sur un grand territoire, du sud-est marocain au sud-ouest tunisien actuels. Examinons avant de poursuivre ces trois ethnonymes, qui deviendront fortement marqués, comme d'autres que nous verrons ensuite, par l'empreinte des colonisateurs. Sur le territoire dépendant de Carthage " l’installation de grands domaines permettait aux riches propriétaires d’obtenir des revenus, tandis que le paiement du tribut [ φόρος , phóros ] fournissait à l’État les recettes nécessaires pour l’équipement et les dépenses. (...) Il est plus vraisemblable que, à l'intérieur du territoire, une partie des habitants travaillaient dans les exploitations carthaginoises, l’autre cultivant des terres pour lesquelles ils payaient l’impôt. " (Crouzet, 2003). En plus du tribut, les occupants exigeaient des populations soumises la conscription militaire : " Les Libyens de l’armée punique étaient rétribués, tout au moins lorsqu’ils n’étaient pas abandonnés sur les lieux de bataille par les généraux puniques ." (op. cité). territoire : Χώρα, chora : "territoire", "pays", parfois ἐπαρχία, eparchia en latin : province), que les Romains, sous l'Empire, redécouperont en subdivisions du pays, ou pagi (sing. pagus ), mais "rien ne prouve que les pagi plus tardifs reposent sur le découpage carthaginois." C'est donc plutôt le terme d'ager (plur. agri ) qui paraît le mieux correspondre au territoire de Carthage, ex. ager Carthaginiensis , ager maritimus (Crouzet, 2003). ​ L'onomastique de la domination, I ​ ​ Par homophonie, on a rapproché par erreur les Numidarum, Numides des Romains (Salluste, -86 -35/34, "La guerre de Jugurtha" / Bellum Iugurthinum : XVII et XVIII) du grec Nomades (litt. "route des pâturages", qui désignait les pasteurs nomades (Strabon, op. cit., II, 5, 33 ; XVII, 3, 15), alors que déjà, avant l'arrivée des Romains, existaient différents types d'organisation sociale : sédentaire, nomade ou semi-nomade ( Ghaki et al., 2012) . En réalité, les N'Miden (Imes-Mouden , Imesmouden , pour les auteurs arabo-berbères) désignent ceux "d'entre les pasteurs", du berbère N : "de", "d'entre" et med (plur. miden ) : "pasteur" (Rinn, 1885) . Il est plus vraisemblable qu'au " même titre que « maure », « afer » et « libyen », le terme « numide » pourrait être à l’origine un ethnonyme porté par une ou des tribus déterminées, qui aurait été étendu à d’immenses territoires par des étrangers, notamment des géographes grecs et romains, qui ne disposaient que de fort peu d’informations, et hésitaient d’ailleurs eux-mêmes. " ( Ghaki et al., 2012) . ​ ​ Les Maurusii de Diodore de Sicile ( Διόδωρος , Diodorus Siculus), 90 - 30 (Bibliothèque Historique : XIII, 80, 3) , de Polybe (op. cité : III, 33, 15) ou de Tite-Live, 59 - 17 ( Ab urbe condita libri CXLII / Cent Quarante-Deux Livres, depuis la fondation de la Ville : XXIV, 49, 5) font partie des Numides, comme les Masaesyles ou les Massyles (Massyli, Massulii, Massolii, etc.), qui auraient fourni selon Polybe (op. cité : III, 33, 15) des cavaliers aux armées puniques en Espagne en - 218. C'est l'image ancienne d'Hérodote d'une grande Numidie, partagée à l'est par les Massyles, à l'ouest par les Masaesyles, qui finira de l'emporter chez les géographes antiques, quand bien même le "père" des historiens n'a quasiment jamais mis les pieds en Afrique, sinon un orteil à Cyrène, à l'est de la Lybie, vers - 440 ou que l'auteur de l'Almageste, l'astronome et géographe Ptolémée (Κλαύδιος Πτολεμαῖος : Claudios Ptolemaios, Claudius Ptolemaius, vers 100 - 160) ne cite pas une seule fois les Massyles dans sa "Géographie". Ainsi, ce nom, que l'on voit encore sur beaucoup de cartes sur la Numidie de l'antiquité, " prit rapidement une valeur vague et poétique, et Silius Italicus confond déjà les Massyles avec les Masaesyles. " (Desanges, 2010) . ​ La forme Mauri , qui donnera Maures, apparaîtra plus tard, dans "La Guerre de Jugurtha" de Salluste, et "La Guerre d'Afrique", de Jules César (100-44), alors qu'elle serait plus antérieure et indigène. Pour Ptolémée (Géographie : IV, 1, 5) , les Mauri étaient d'abord une tribu de Tingitane (de Tingis : Tanger), comme les Baquates (Bacuates, Baccuates, Bacuatae, Macuaci, Ouakouatai, etc.) ou les Macénites (Massenas) voisins des Bavares ou des Masaesyles, en Maurétanie Césarienne. Pourtant, selon Pline l'Ancien (Gaius Plinius Secundus, dit Pline l'Ancien, 23 - 79, Histoire Naturelle, Livre V, 17) , les Mauri était une gens importante qui avait soumis un certain nombre de tribus à leur pouvoir et qui durent adopter leur nom. Ils furent peut-être même à l'origine des Masaesyliorum (Masaesyles), en Numidie, dont Camps pensera qu'ils sont originaires d'Oranie et du Maroc oriental (Lassère, 2001) . On comprend alors mieux la postérité qui sera donnée à cette tribu, qui fonde le vaste royaume de Baga, qui étendra peut-être son autorité sur une grande aire géographique, correspondant à une partie importante de l'Algérie actuelle. Dans tous les cas, le roi de Baga était assez important pour offrir à Massinissa, revenu d'Espagne, une escorte de 4000 hommes pour pouvoir traverser sans encombre les territoires occupés par Syphax, rejoindre la Numidie et reprendre le trône qu'occupait son père, Gaïa (- 206). La transcription grecque mauros , est aussi un adjectif signifiant "sombre", "opaque", puis "noir", "bronzé" (nigri, en latin), qui deviendra un attribut conféré aux Maures, qui dans l'onomastique romaine, l'emporteront sur bien d'autres ethnonymes, les régions en partie habitées par ces Maures devenant des provinces romaines : Maurétanie tingitane (de Tingi : Tanger), partie nord du Maroc actuel et Maurétanie césarienne (parties de l'Algérie et du nord-est du Maroc actuels). Tite-Live, (op. cité, XXIII, 18, 1), rapporte, selon un annaliste romain, que des Gétules (Getuli ) combattaient déjà dans l'armée d'Hannibal de la seconde guerre punique, en 216 avant notre ère. Cette appellation générique ne semble s'imposer qu'entre le Ve et le IIIe s. avant notre ère : Hérodote, traitant des peuples nomades libyens, ne parle pas des Gétules (Camps, 2002) , tant nommés par la suite dans l'onomastique romaine, ce qui montre bien le flou, le manque cruel de connaissances fiables de ces appellations. La Gétulie (Gaetulia ) des géographes antiques court de l'Atlantique, au Maroc actuel, à la Petite Syrte (Syrtis Minor : le Golfe de Gabès), en Tunisie, en passant par le sud de la Mautétanie césarienne, dans l'actuelle Algérie, réunissant un certain nombre d'ethnies, en partie nomade, " éparses comme la peau d'une panthère ", dira Strabon (op. cit., XVII, 3, 9 ; II, 5, 33) , dont nous ne connaissons les appellations, rappelons-le, que par des étrangers, qui les ont passablement déformés et adaptés à leur propre langue : Musulames, Baniures (Baniurae ), Autolotes (Autololes : Autolotae ), pour les plus connus, dont un certain nombre s'enrôlèrent dans les armées romaines, s'allièrent à eux, quand ils ne défendaient pas âprement leurs territoires contre tous ceux qui voulaient les assujettir, de l'intérieur ou de l'extérieur. Ainsi, c'est plutôt à une multitude de peuplades, de tribus qu'il faut penser pour avoir une meilleure idée de la géopolitique antique, non seulement en Afrique, mais dans beaucoup d'endroits du monde. Par exemple, dans la province que les Romains appelleront Numidie, à cheval sur d'Algérie et la Tunisie actuelles, Pline compte pas moins de 516 populations ! ( Rinn, 1885) . ​ On voit donc bien comment la culture latine antique, en s'appuyant sur de vagues informations, sans connaissance directe des populations concernées, en latinisant les vocables sans connaissance des langues indigènes, a figé en partie dans l'histoire, par son influence, par sa domination, sa propre construction ethnonymique de l'Afrique du Nord. Et quoi de plus parlant que le nom qui désigne jusqu'aujourd'hui et partout dans le monde, à peine décliné selon les langues, le continent lui-même : l'Afrique. Car, si on veut suivre Gsell dans l'idée qu'Afri (Afer ) serait une population (peut-être de taille insignifiante) dont le nom aurait été latinisé par les Romains, c'est bien les dominations romaine, puis arabe (’Ifrīqiyā ), qui consacreront un nom qui aurait pu largement tomber dans l'oubli, mais qui fut finalement attribué à un continent entier. Les divers témoignages romains plaçant les Afri dans le proche voisinage de Carthage, on donnera leur nom à plusieurs provinces romaines : Africa, Africa vetus , Africa nova (Numidie) qui, réunies, formeront l'Afrique proconsulaire (Africa proconsularis). Les toponymes, quant à eux, résisteront mieux à cette assimilation "phagocytaire" des cultures dominantes, et beaucoup de racines, de vocables amazighs y ont été préservées et se rapportent à la culture la plus ancienne : cf. le tableau toponymique, plus bas. ​ Carte des populations de la Maurétanie Tingitane (de Tingi : Tanger), d'après les auteurs gréco-latins : Banioubai (Baniourai, Baniurae, Baniures), Bakouatai (Bacuatae, Baquates), Herpeditanoi, Iangaukanoi, Kaunoi, Makanitai, Maurensioi (Maurusii, Maurensii), Mazikes (Mazices), Metagonitai, Nectibères, Ouakouatai, Ouerbikai, Oueroueis, Ouoloubilianoi, Salinsai, Sokossioi (Soccosii), Zegrenses, ​ "Carte des tribus attestées dans les Kabylies après le début du IIe siècle extraite de Desanges, Catalogue des tribus, Dakar, 1962, carte 3. N.B. Les Nababes ont été repositionnés ici dans la vallée du Sebaou ." (Laporte, 2011). ​ Les ethnonymes cités sont, dans l'ordre alphabétique : Barzufulitani, Bavares, Feratenses, Fluminenses, Gebalusii, Icampenses, Iesalenses, Isaflenses, Iubaleni, Masat..., Masinissenses, Nababes, Nagmus, Quinquegentanei, Rusuccenses, Ucutamano, Zimizes. ​ "Les peuples du royaume de Maurétanie et de la province d’Afrique Proconsulaire. " (Coltelloni-Trannoy, 2003). ​ Les ethnonymes cités sont, dans l'ordre alphabétique : Afri, Baniurae (Baniures), Bavares, Capsitani, Cinithii, Gaetulia (Gétules), Gebalusii, Iubaleni, Masaesily (Massaesyles), Massinissenses, Massyli (Massyles), Mauri (Maures), Mazices (Mazighs), Mazices Regiani Montenses, Musoni, Musulami (Musulames), Musunei, Musuni Regiani, Nicibes, Numidae (Numides), Ouoloubilianoi, Suburbures Regiani, Thudedenses,. ​ L'ÉCOLE RÉPUBLICAINE " 3ème Numéro Spécial. MENSUEL. OCTOBRE 1951. L'ALGÉRIE PAR LA GRAVURE. " L'AFRIQUE ROMAINE " ​ Carte de l'Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie de Paul Castelnau, 1922, augmentée d'appellations berbères, puniques, latins, grecs, arabes, etc. de l'antiquité, répertoriés dans les tableaux ci-dessous Sources du tableau toponymique Agadir (Allati, 2000) Alger : http://lescolonnesdhercule.over-blog.com/alger-%C3%A9tymologie-et-appartenance-premi%C3%A8re-partie https://ouvrages.crasc.dz/index.php/fr/49-le-nom-propre-maghr%C3%A9bin-de-l%E2%80%99homme,-de-l%E2%80%99habitat,-du-relief-et-de-l%E2%80%99eau/780-politique-linguistique-et-toponymie-quelle-place-pour l%E2%80%99amazighit%C3%A9-en-alg%C3%A9rie https://www.express-dz.com/2019/01/31/entretien-avec-le-chercheur-et-ecrivain-rachid-moussaoui-la-toponymie-amazighe-demeure-la-plus-ancienne-la-plus-visible-et-la-plus-vivante-en-algerie/ Altava : Encyclopédie berbère (par la suite : EB ) : https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/ Annaba : EB http://revueafricaine.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/1885_172_000.pdf Asilah : https://core.ac.uk/download/pdf/11689788.pdf https://www.persee.fr/docAsPDF/remmm_0035-1474_1983_num_35_1_1985.pdf Bejaia : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02864940/document https://www.cnrtl.fr/definition/academie9/bougie Bizerte : EB https://www.persee.fr/docAsPDF/efr_0000-0000_1978_ths_38_1_1487.pdf Casablanca : EB https://www.raco.cat/index.php/Onomastica/article/view/369745 Ceuta : http://bnm.bnrm.ma:86/ClientBin/images/book382583/doc.pdf Cherchell : https://www.persee.fr/docAsPDF/efr_0000-0000_1978_ths_38_1_1487.pdf Cirta : EB http://revueafricaine.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/1888_188_000.pdf Dellys : EB (cf. aussi "Addyma") https://core.ac.uk/download/pdf/32990641.pdf (étymologie catalane) El Jadida : http://rcs.web.atlantic.magnetomedia.net/fr/historique Essaouira : https://revues.imist.ma/index.php/AMJAU/article/view/20246 Gabès https://core.ac.uk/download/pdf/50538415.pdf Kairouan : EB Mohand Akli Haddadou, Les berbères célèbres, Alger, Berti éditions, 2003 (Taqirwant) Kenitra : https://www.persee.fr/docAsPDF/bsnaf_0081-1181_1945_num_1942_1_3496.pdf Larache : Lixus https://www.persee.fr/issue/efr_0000-0000_1992_act_166_1 Melilla https://tel.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/283210/filename/3vol.pdf (rusaddir, akros) https://books.openedition.org/psorbonne/22703?lang=fr (rusigada) Encyclopédie de l'Islam, tome VI, mawsu'a - midad, ouvrage collectif de C.E Bosworth, E. van Donzel, W.P Heinrichs, Ch.Pellat ; Leiden, E.J. Brill, 1990 (étymologie Melilla) Mostaganem : http://e-biblio.univ-mosta.dz/bitstream/handle/123456789/2368/Th%C3%A8se%20de%20Magheraoui.pdf?sequence=1&isAllowed=y Oran : https://journals.openedition.org/insaniyat/5690 Oulhaça El Gheraba/Takembrit : Bulletin et annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, tome premier, Anvers, 1843 https://ouvrages.crasc.dz/index.php/fr/49-le-nom-propre-maghr%C3%A9bin-de-l%E2%80%99homme,-de-l%E2%80%99habitat,-du-relief-et-de-l%E2%80%99eau/773-l%E2%80%99onomastique-berb%C3%A8re-ancienne-et-la-connaissance-du-libyque Oum er Rabia https://www.raco.cat/index.php/Onomastica/article/view/369745 Rabat / Chellah : http://am.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/AM-1904-V01-11.pdf Safi : Emile Laoust. Contribution à une étude de la toponymie du Haut Atlas, Adrär n Deren, d'après les cartes de Jean Dresch, Librairie Orientaliste Paul Geuthner, 1942 Sétif : https://setif.com/Histoire_Setif.html http://www.berberemultimedia.fr/bibliotheque/auteurs/Warden_BSG_1836b.pdf Sfax : http://www.edusfax.com/sfaxreader/french/1889deClam.pdf Sidi Saïd / Sidi Kacem : https://www.persee.fr/docAsPDF/crai_0065-0536_1986_num_130_4_14433.pdf Sidi Slimane : https://journals.openedition.org/nda/1419 Skikda : http://skikda.boussaboua.free.fr/skikda_histoire_01_toponymie.htm Sousse : EB (Hadrumetum) https://docplayer.fr/56692583-Le-musee-archeologique-de-sousse.html Tanger : https://www.persee.fr/docAsPDF/antaf_0066-4871_1994_num_30_1_1232.pdf Ténès http://cdesoranai.cluster021.hosting.ovh.net/document/NRP32.pdf Tétouan https://www.raco.cat/index.php/Onomastica/article/view/369745 Tipaza https://acaso.ca/toponymy/?lang=fr (amazigh, Tafsa) https://www.persee.fr/docAsPDF/mefr_0223-4874_1894_num_14_1_6801.pdf (phénicien, Gsell) Tlemcen http://dspace.univ-tlemcen.dz/handle/112/14232 Tunis : https://hal.univ-lorraine.fr/tel-02075529/document Volubilis : Contacts linguistiques dans l'Occident méditerranéen antique, ouvrage collectif, dirigé par Coline Ruiz-Darasse, Eugenio R Luján Martínez, Collection la Casa de Velázquez no 126, 2011 ​ Carte de l'Afrique Romaine au IIIe s., Maurétanie Césarienne, Numidie et Proconsulaire, Revue "L'école Républicaine", L'Algérie par la gravure, Histoire, Afrique romaine, 1951. ​ L'onomastique de la domination, II : Le « gazouillis indistinct » des barbares ​ « Réduit et consentant, je patientais sous les mains de l'autre occupant qui m'essayait de nouveaux noms. » Tahar Djaout, L'exproprié, 1981 ​ Témoignage frappant de l'onomastique si fréquemment au service de la domination sociale, le mot "berbère" nous vient directement du grec barbaros (βαρϐαρος, ) terme par lequel les Grecs désignaient les peuples autres qu'eux-mêmes, qui ne parlaient pas leur langue, les Romains y compris (Dubuisson, 2001), par une catégorisation binaire que Thalès place à côté de deux autres : homme/femme et humain/animal (d'après Hernippe par Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres / De vitis, dogmatibus et apophthegmatibus clarorum Philosophorum : I, 33 [= DK 11 A 70] . Le sentiment de supériorité a concerné la langue, comparant la leur aux autres langues "inarticulées" (Sextus Empiricus, vers IIe-IIIe s., Hypotyposes pyrrhoniennes : I, 74), en forme d'onomatopées (bar-bar ) ou sortes de "gazouillis indistinct" (Hesychius/Hesychios d'Alexandrie, VIe s., Hesychii Alexandrini Lexicon , dir. Mauricius Schmidt, 1858) . Ce sentiment de supériorité en fait découler un autre, qui s'étend à la culture (mais pas du tout à la race, cf. Rome, De la naissance à la République ) : " peut-être vous êtes-vous rendu compte, à sa façon incorrecte de parler, qu'il s'agit d'un Barbare et d'un personnage méprisable... " (Démosthène, 384-322, Apollodore contre Stéphanos : I, 30) . Ceci est d'autant plus regrettable qu'Hérodote, et différents littérateurs après lui, a évoqué les Maxyes (Maxitani : Maxitains, chez Justin, Mazixes, Mazices, chez Ptolémée, Mazyces chez Suétone, etc.), qui sont " autant de variantes du terme générique Mazigh par lequel les Berbères se désignent encore eux-mêmes de nos jours " (Tissot, 1877) : Amazigh, plur. Imazighen, Imaziren ( ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⴻ "Hommes libres"), et tamazight (ou tamazirt) pour la langue, héritière de l'ancienne écriture libyque. Depuis les années 1940, différentes personnes et associations défendent à nouveau ces termes, dont se sont emparées différentes institutions étatiques, en particulier en Algérie et au Maroc. Ajoutons que depuis une période récente, les Amazighs nomment Tamazgha ce qu'on a appelé la Berbérie. ​ DK : D.-K, D-K, D K, numérotation d'Herman Alexander Diels et Walter Kranz dans D ie Fragmente der Vorsokratiker (Les fragments des présocratiques), Zurich,1903 (Diels), 1951-52 (Kranz). Il existe de nombreuses variétés (commodément appelées dialectes), dans l'aire très vaste des parlers amazighs, du Sénégal à l'Egypte : znatiya [parler zénète] dans l'Est ; rifain dans le Nord-Est, au Maroc. Zouaoua ou zawawa, terme arabe de racine berbère (Zwâwa) , pour désigner les Igawagen, le nom le plus authentique des habitants de Kabylie, dans l'Algérie actuelle, entre l’Ampsaga, auj. Oued el Kebir, à l’Est, et Serbétès, auj. Oued Isser (cf. Lanfry, 1978 ) ; chaouiya, dans la région des Aurès ; chenoua, dialecte zénète principal du Dahra ; ouargli (teggargrent), dans les oasis sahariennes du nord, en Algérie, toujours. Tamaceq (tamasheq : touareg), parlé du Niger à la Lybie, en passant par le Mali, le Burkina Faso et l'Algérie. Z enaga, en Mauritanie et au Sénégal. N afusi (nefoussi), ghadamesi (ghadamsi), awjilah, sawknah, zuwara, sokna, en Lybie, et même siwa (siwi), en Egypte. E tc. ​ Le tamazight sera supplantée par la langue arabe, sauf chez les Touaregs, qui l'appellent tifinagh, en grande partie locale (l'alphabet punique ne compte que six à sept caractères communs à l'alphabet libyque), ou remaniée par le punique, on ne le sait pas vraiment, ni s'il faut remonter ses débuts jusqu'au IIe millénaire avant notre ère (Aït Amara, 2020). L'écriture libyque n'était pas utilisée de manière courante, mais seulement sur des inscriptions funéraires et votives, en particulier, dont un certain nombre bilingue, libyque et punique. Mausolée d'Atban, prince ou maître d'oeuvre du monument funéraire, désormais patrimoine de l'Unesco. ​ en haut : inscription libyque, en bas : inscription punique, vers - 150, Dougga, Tunisie. British Museum, Londres Pour certains chercheurs " la place interchangeable de ces deux langues suggère une égalité de statut ", et leur utilisation conjointe avec le grec et le latin, en Numidie, " témoigne parfaitement d’une société multilingue " (Aït Amara, 2020). Malheureusement, hormis l'alphabet, le sens de quelques mots, et quelques notions de grammaire, l'ancienne écriture des Amazighs reste encore largement indéchiffrable. De nombreuses autres civilisations que celle des Grecs, des Romains ou des Arabes, ont partagé une vision ethnocentrique du monde, comme en Chine, cet Empire du Milieu, c'est-à-dire au centre du monde, celui des Han, ou encore chez les Juifs, seul "peuple élu" quand tous les autres étaient "les peuples", tout court ( זרים : gôyîm en hébreu ; έθνη, ethnê, en grec, gentes , en latin) . Les Romains, cependant, aux jugements bien plus nuancés sur les étrangers, ne s'approprieront pleinement la charge péjorative du barbare grec ( barbarus, barbari ) que contre les étrangers qui menaceront Rome, soit par assimilation, soit par la force, devenant alors à leurs yeux des ennemis de la civilisation, moralisant leur façon d'être incivilisée "irrationnelle, imprévisible, cruelle..." (Dubuisson, 2001). Beaucoup de textes témoignent des légendes, que les Grecs ont produites et qui font de certaines populations, de villes africaines des descendants ou des fondations helléniques (cf. Dubuisson, 2001). La tradition hébraïque quant à elle, avec Flavius Josèphe, rapporte des traditions qui font remonter les habitants d'Afrique du Nord à Abraham (Flavius Josèphe , 1er siècle, Antiquités juives : I, 6, 2 et I, 15, 1) . L'une d'elle nous vient d'une "Histoire des Juifs", de Cléodemos (appelé aussi Malchos, IIe s. avant notre ère), citée par Alexandre Polyhistor ( † - 35), relatant que de l'union d'Abraham et Quetura, naquirent trois fils, Souris, Apheras et Japhras, ces deux derniers ayant combattu avec Hercule la Lybie et Antée. Le patronyme d'Apheras, corrompu par la tradition manuscrite, devint Aphras, l'ancêtre éponyme des Africains. Le Livre des Jubilés, texte pseudépigraphe (car faussement attribué à Moïse) de l'Ancien Testament (fin IIe s.), fait des fils de Cham les ancêtres des premiers Africains du Nord. Flavius Josèphe détaille cette généalogie. Kush (Koush, Cousch) règne sur les Ethiopiens, les Kushites et un de ses fils, Havila, donnera son noms aux Haviléens, appelés plus tard Gétules. A Put (Phout), le pays du sud de l'Egypte, le Pount en plus de la Lybie, qu'il a colonisée, mais qui tient son nom de Lahab ( Libys ) fils de Misraïm (Misrayim), un autre fils de Cham, père des Egyptiens. Enfin, à Canaan, son frère, le pays qui porte son nom et qui s'appellera la Judée. En fait, la première mention d'Israël, sur une stèle figurant dans le monument funéraire de Merneptah (vers - 1210), au sein de la nécropole thébaine, concerne un tout petit groupe de population de Canaan, qui n'habite même pas de villes fortifiées mais la campagne (Lemaire, 2004) . Longtemps inconnue ou insignifiante aux yeux de l'Egypte pharaonique, la population juive a payé aux pharaons égyptiens, comme d'autres, un tribut. Stèle d'un chef agellid (aguellid) de la tribu des Mesekesben (enses), avec inscriptions libyques (Salama, 2005) ​ H 1.97 m, l : 0.69 m, P. 0.23 m. ​ vers I e siècle avant notre ère Douar Dra Barouta, Kerfala, wilaya de Bouira, Algérie ​ A son tour, la tradition musulmane construira une généalogie faisant descendre l'ensemble de ceux qu'ils nomment berbères, de diverses régions d'Orient, et donc, parents des Arabes ou des Yéménites, venus de Syrie ou de Perse, par une généalogie de la tradition juive, liée à la descendance de Cham, un des fils de Noé , puis de Canaan, le quatrième des fils de Cham, (Moderan, 2010). ​ On comprend mieux ainsi pourquoi Augustin, évêque d'Hippone, parle d'Afri barbari pour distinguer les indigènes de son pays des autres "barbares" (Saint Augustin, Lettre 220). Nous sommes donc, plus que jamais, au cœur de l'ethnocentrisme, avec des empreintes devenues indélébiles, puisque les termes Afrique, Africain, Berbère, sont des dénominations de premier plan plus de mille cinq cents ans plus tard, pour les habitants du continent eux-mêmes, alors qu'elles sont des fabrications purement idéologiques de cultures étrangères, pour partie conquérantes. Les auteurs musulmans, en effet, à leur tour, recueillirent et modifièrent des traditions hébraïques, romaines, phénico-grecques et " l’historiographie arabe du haut Moyen Âge distingue nettement l’Ifrīqiya , centre de gravité du pouvoir arabe, du pays des Berbères (Arḍ al-Barbar ), aut rement dit le Maghreb central. " Les auteurs islamiques reprennent à leur compte le terme péjoratif de " barbare" des grecs, d'autant plus qu'il "existe en arabe une espèce de e bref à peine perceptible dans la suite consonantique du quadrilitère BRBR. Une telle homophonie permet l'usage à double tranchant du vocable quand ce n'est pas nettement péjoratif, recouvrant les sèmes de « barbare ». (Cheriguen, 1987). Mais ils introduisent " surtout un éponyme fort opportunément inventé pour expliquer le terme générique forgé à leur arrivée par les Arabes (probablement à partir du latin Barbari ), Berr ou Berber " (Moderan, 2010), l'ancêtre sémitique supposé des populations qui hériteront de son nom. D'autres traditions arabes, avant le IXe siècle, font remonter les Berbères (Barabir , langue : barbariya ) soit à Djalut (Djalout), le Goliath de l'Ancien Testament, soit à son lointain aïeul, Sefek (ou Sofk), le Sophax de Flavius Josèphe et de Plutarque, né d'Hercule et de la fille d'Aphras. Certains historiens visent en particulier les tribus Zenata/Zénètes, comme Ibn Hazm (Collection des généalogies ), transmis par l'historien Abd-ar-Rahmân Ibn Khaldun (ou Khaldoun, 1332-1406) dans les tomes VI et VII (Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale) de son "Histoire Universelle" (Kitab-al-Ibar , 1375/79), qu'on appelle aussi "Livre des Exemples", dont le titre complet est "Livre des considérations sur l’histoire des Arabes, des Persans et des Berbères" ( العبر و ديوان المبتدأ و الخبر في أيام العرب و العجم و البربر ) et qui contient un tome introductif, la Mukkadima (Muqaddima : "Prolégomènes") considéré comme un ouvrage à part entière, plus rigoureux que le reste de l'oeuvre, néanmoins très importante. ​ Les envahisseurs marquent ainsi durablement de leur empreinte la désignation des populations amazighs, qui seront appelées Berbères, grande famille dans laquelle on rangera aussi bien Touaregs, Chelouh, Zénètes, Kabyles, Chaouia, etc, autant de tribus censées s'être disséminées dans tout le Maghreb dès le VIIIe siècle : Lawâta, Zenâta, Hawwâra, Nafûsa, Maghîla , etc., qui dans une autre tradition, se diviseront en deux groupes, Botr et Branès (Barânis) , chez Ibn ‘Abd al-Hakam (803-871), faisant le récit de la conquête de Tingi (Tingis : Tanger), un peu avant l'invasion de l'Espagne, en 711 (Moderan, 2003) . Son ouvrage, Conquête de l'Afrique du Nord et de l'Espagne ( فتوح إفريقية والأندلس : Futûh Ifrîqiya wal-Andalus ), intitulé aussi Futûh Misr wa al-Maghrib wa al Andalus (Conquête de l'Egypte, du Maghreb et de l'Espagne), est le plus ancien texte, avec celui de Khalîfa ibn Khayyât ( † 855) conservé sur le Maghreb ( āl-Máḡrib, المغرب : le couchant, l'occident, opposé à āl-Mášriq (Masrek, Mashrek, Machrek : le Levant, et par extension l'Orient), encore des célèbres toponymes créé par des conquérants et qui s'inscrira durablement dans l'histoire. Et cela ne s'arrête pas là. Car il n'y pas que la grande famille "berbère" qui porte mal son nom, mais aussi ses sous-familles, comme les Kabyles ou les Chleuh, formées elles aussi péjorativement par le sentiment de domination des conquérants arabes. El Qbayl (el Qbayli au sing.), puis Kebaïli , francisé plus tard en "Kabyle", servira en particulier à nommer des populations masmouda dans la région de Marrakech sous les dynasties Almoravide et Almohades, et contiendra, en effet, une charge méprisante dans tout le Maghreb arabe " pour désigner l’homme mal dégrossi, descendu dans la plaine et dont on ne comprend pas “le patois”. C’est une manière de sauvage. » (Morizot 1982 : 20) . Les autochtones se l'approprient pourtant depuis très longtemps, appelant leur langue "taqbaylit " ou " haqbaylit ", comme les Aït Menacer, les Ichenouiyen ou les Aït Salah (Agrour, 2012) . Il en va de même du terme par lequel les Arabes ont appelé les habitants montagnards du Haut Atlas, les Chleuh (Chelha, Chellaha, Chleuha, Chelouh, Chloh, etc.), dont Ibn Khaldoun lui-même précise que c'est une " expression à sens péjoratif que les Arabes leur appliquent avec mépris. " (Agrour, 2012) . Pour certains, le mot vient de l'arabe littéraire qui se rapporte au voleur, au brigand de grand chemin (Dictionnaire d’arabe El Mounjid, Beyrouth, Dar el Machreq, 1987, p. 400). Mais son appropriation est telle, chez les populations amazighs du sud marocain, que les termes ont forgé une véritable identité par adaptation et qu'ils sont devenus Achelhi / Ichelhin, pour les habitants, tachelhit, pour la langue. Et si ces adaptations successives ont pu s'opérer, il n'y a pas de doute que les Imazhigen eux-mêmes y ont contribué, en particulier par l'opposition citadins et ruraux, arabophones ou berbérophones, ayant pour les uns et les autres toutes sortes de préjugés, d'appellations péjoratives ou même très méprisantes, les citadins lettrés " dominant la vie politique et commerciale " (Agrour, 2012), tirant orgueil de connaître l'arabe, au mépris du "rustre", paysan ou montagnard : ​ " Ce khalifa était un chelh (singulier de chleuh, nom des Berbères du sud marocain) sachant à peine quelques mots d’arabe, mais qui en tirait vanité et se donnait des airs fort ridicules de citadin. " (Edmond Doutté, 1867-1926, "Au pays des Anflous", 1913, Revue de Paris, mars-avril : 428-448) . C'est par la langue arabe que les Amazighs du sud vont transmettre des centaines de textes, depuis le XVIe siècle : " les seuls berbérophones du Maroc qui ont su développer une littérature écrite (essentiellement religieuse), disons conséquente, dans leur langue maternelle, sont aussi les seuls à en avoir abandonné la terminologie originale ! C’est ce qui transparaît en tout cas dans l’analyse de cette foisonnante littérature ." (Agrour, 2012). Pourtant, paradoxalement, pendant longtemps on utilise bien chez les littérateurs célèbres les termes mazghi (Brahim ben Abdallah/Ali Aznag [Al-sanhágr], † vers 1597), tamazight ou tamazikht (Mhend Aouzal [Muhammad Awzal], 1670-1748/9), pour désigner cette langue écrite qui grâce à l'arabe est censé devenir un amazigh ibyyen , un “amazigh éloquent” (Agrour, op. cité). ​ Ces sentiments sont particulièrement vifs dans les ville prestigieuses, comme Fès, où les citadins sont protégés " d’une population misérable, immigrée des campagnes et venue en ville pour tenter sa chance : « Ce sont ces derniers que l’on désigne dans les villes, non sans mépris, sous le nom de “Kébaïl”, de Berber ou d’Aroubia (petits Arabes). » (Montagne 1953 : 68-69)" (Agrour, 2012). Ce sont là quelques éléments qui montrent, comme un peu partout dans le monde et dans l'histoire, les strates imbriquées de la domination, extérieures et intérieures à une société donnée. Aux é lites "savantes" donc, comme à l'habitude, les récupérations idéologiques propres à fabriquer la place que leur civilisation occupe dans l'histoire, une dynamique complexe dont les fractions socialement supérieures des dominés tirent parti pour leurs propres pouvoirs : " Très vite, ces modèles élaborés par les Orientaux furent récupérés par les Berbères eux-mêmes, qui ne cessèrent alors de les enrichir, en fonction de luttes de pouvoir, au Maghreb et en Espagne, mais aussi parfois à partir de traditions locales dont, en dehors des constructions généalogiques, nous ignorons le plus souvent la véritable spécificité, tant fut profonde et efficace leur insertion dans les modèles anciens. " (Moderan, 2010). C'est ainsi que finit par se produire " une fusion entre les conquérants de la veille et une fraction de la population africaine, soit par adoption — et adaptation — de la civilisation des vainqueurs (exemple de l’Afrique « romaine »), soit par l’assimilation plus ou moins complète de ces conquérants (exemple des Zirides — Berbères du Maghreb central — « digérés » par l’Ifrîqiya ou des Turcs, plus récemment dans la Régence de Tunis). " (Cherif, 1975). ​ Carthage, II ​ La diversité de l'empire carthaginois, s'étendant en Afrique du Nord, en Espagne, en Sardaigne et en Sicile, sa diplomatie, sa technique militaire, aussi, lui confèrent une grande force. Les Africains, en particulier les tribus lybiennes, lui constituent un réservoir inépuisable de guerriers, et les cités dispersées en Méditerranée sont source multiples d'approvisionnement. Mais cette hétérogénéité montrera dans la guerre livrée par Rome sa grande faiblesse : L'extrême dureté de sa domination sur les populations conquises, : " Une telle dureté, déjà éprouvante pour la cohésion d'un empire homogène, pouvait vite devenir dangereuse dans le cadre hétérogène de la domination punique où les rancœurs s'étaient accumulées. " (Alexandropoulos, 2002). Polybe, dans ses Histoires, nous donne quelques explications, au cours de la première guerre punique ayant trait à ces " Berbères assujettis, sur la structure sociale desquels nous ne sommes guère renseignés " (Alexandropoulos, 2002) : " croyant avoir de bonnes raisons, ils avaient durement administré les populations d'Afrique, prélevant partout la moitié des récoltes, doublant les contributions antérieurement imposées aux villes, n'accordant aucun aux pauvres ni la moindre réduction sur les sommes exigées, n'ayant aucune ni estime pour les gouverneurs qui traitaient le peuple avec douceur et humanité, mais seulement pour ceux qui leur procuraient le plus de ressources et de redevances en traitant le plus durement les campagnes... " (Polybe, op. cité : I, 72, 1-3, traduction de Paul Pédech, Paris, Collection des Universités de France [ CUF ], Les Belles Lettres, Guillaume Budé, 1969) . Il y a donc, comme un peu partout ailleurs une grande masse de pauvres, une poignée de riches et pour certains privilégiés, des opportunités d'ascension sociale. Pour les colons phéniciens de Libye, en particulier, appelés Libyphéniciens, qui fournissent des cavaliers à l'armée punique, comme les Numides ou les Maures. Mais les Lybiens eux-mêmes devaient avoir cette opportunité, comme nous le montre l'exemple de Mutines (Muttines, MTN en punique), originaire de Bizerte, qui est devenu officier de premier rang dans l'armée d'Hannibal, choisi par lui pour diriger la cavalerie punique en Sicile, et qui obtiendra la citoyenneté romaine du consul Valerius Laevinus, en 210, pour s'être rallié aux Romains. Confondu parfois avec un Libyphénicien, le mépris qu'affiche envers lui Hannon, général en Sicile, le traitant de "vil Africain" : denegerem Afrum (Crouzet, 2003), nous montre un exemple du mépris social entre différentes classes supposées inférieures ou supérieures de la société . Ajoutons au dossier des stratégies sociales, que les Libyphéniciens ont pratiqué le métissage par épigamie avec les indigènes de la société "libyenne", soit de droit, soit de fait, nous ne le savons pas (Crouzet, 2003) . Tout cela ressemble à des schémas d'élaboration de nouvelles élites, par osmose entre élites conquérantes et élites conquises, que nous connaissons un peu partout sur la planète. Cette perméabilité des cultures, cette influence réciproque est largement vérifiée, et de nombreux faits montrent bien l'attrait que la culture punique (mais aussi hellène) a exercé dans les milieux aristocratiques africains, par lesquels l'acculturation s'est opérée rapidement, que ce soit sur le plan architectural, artistique ou religieux. D'autre part, cela a été évoqué, par " les très nombreuses alliances matrimoniales entre chefs africains et aristocratie carthaginoise (...) Hamilcar promet une de ses filles à Naravas pendant la Guerre des Mercenaires ; Oezalces, oncle de Massinissa, eut pour femme une nièce d'Hannibal ; on connaît le tragique destin de Sophonisbe, et Massinissa qui, selon Appien avait été élevé à Carthage donna une de ses filles à un Carthaginois qui en eut un fils nommé Adherbal. " (Camps, 1979). L'admiration du dominé pour la culture dominante, la reconnaissance d'une forme de culture estimée supérieure est très fréquente dans l'histoire, en particulier chez les élites qui, dans le cas qui nous occupe, envoie leurs enfants à Carthage pour y être éduqués (Melliti, 2016), et le roi Massinissa y avait été sans doute élevé. C'est le premier à abandonner " le costume traditionnel pour adopter le vêtement romain et l'imposer à sa cour " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Il suffira ici d'évoquer le nombre écrasant de dignitaires, de nos jours, de tous les coins du monde, arborant le costume-cravate occidental, pour se convaincre de la prégnance toujours très forte des insignes de domination. ​ A la suite de Juba II, ses nombreux fils recevront une éducation à la mode, hellénisante ( Tite-Live, Epitome , V), sans compter qu'ils seront toujours reçus à Rome avec égard et couverts de cadeaux (Bertrandy, 2001) . De plus, à partir du règne de Micipsa, l'usage du libyque est carrément négligé au profit du punique chez les lettrés et les bourgeois de Carthage. " Et le punique devint la langue du palais et du temple, comme en témoigne l’inscription funéraire dédiée à Micipsa, dite administrative, de Djebel Massouje (à 20 km au nord de Maktar), rédigée en punique vers 128-127 av. J.-C. A l’époque romaine, la langue punique fut remplacée par la langue latine qui devint la langue officielle de la région. La présence d’une culture étrangère dominante ne laissa aucune chance à la langue libyque de devenir officielle. " (Ait Amara, 2020). Cependant, les bibliothèques de Carthage, ou plutôt ce qu'il en reste, après le pillage de la cité en - 146, seront confiées par Scipion aux princes numides, " comme pour attester la légitimité culturelle numide à recueillir l’héritage punique en Afrique. " (Melliti, 2016). La collaboration des plus riches, nous l'avons souvent relevé, est un puissant outil contre les fractions de la population hostiles aux envahisseurs, " comme pour refouler les insoumis, les irréductibles vers les marges déshéritées et les rejeter dans la « barbarie » " ou encore " pour faire de ces derniers des ennemis héréditaires qui, à l’occasion de la première crise, menaçaient les territoires du Maghreb « ouvert » avec l’aide des opprimés de celui-ci. Un nouveau maître, capable de restaurer l' « ordre » et de contenir les déshérités, était alors le bienvenu. " (Chérif, 1975). Mais, comme dans beaucoup de cas de colonisations, et partant de toute domination politique, la souveraineté ne s'exerce de manière optimale qu'en établissant différentes strates intermédiaires de pouvoirs. Ainsi, à Carthage, elles se constituent en particulier d'Africains qui font parti du tissu politique de l'Etat. Leur niveau de privilèges n'est pas bien connu, mais il ne serait pas étonnant d'apprendre qu'ils aient eu " un rôle intermédiaire dans le cadre de l’exploitation des grands domaines agricoles que les propriétaires puniques se sont constitués à l’intérieur de la chôra. " (Melliti, 2016). ​ ​ ​ Carthage III, la révolte libyenne (241-238) Quand Carthage, dont la première guerre punique a bien entamé les ressources, ne parvient plus à payer ses mercenaires africains " déracinés, déclassés ", ces derniers se révoltent, " entraînant avec eux les sujets Libyens exaspérés par la dureté de la domination punique. " (Alexandropoulos, 2002). C'est ce qu'on a appelé "la guerre des Mercenaires" (241-238/7), ou " guerre inexpiable " selon Polybe (op. cité : I, 65, 6 ; 70, 7) , dont le thème sera bien plus tard popularisé par Gustave Flaubert, dans Salammbô (1862). Mais ce que Polybe ne montre pas, intéressé surtout à donner une leçon aux pouvoirs qui emploient des mercenaires, c'est que la révolte se propage dans la population africaine, phénomène que traduisent les monnaies émises par les insurgés. Au lieu des effigies traditionnelles, comme celle de la déesse Tanit, aux traits de Déméter ou de sa fille qu'elle a eue avec Zeus, Korè (ou Corè : Perséphone), ce sont celles d'Isis, d'Athéna, de Zeus ou d'Héraklès qui sont frappées, associées à l'iconographie hellénistique à la mode, en particulier une charge de taureau ou un mouvement de lion. Monnaie africaine de Carthage ​ Shekel de billon (alliage de cuivre, zinc, et argent souvent < 30 %) ​ Avers : tête d'Héraklès, Revers : Lion passant à droite coiffé de la peau du lion de Némée Lette punique M au-dessus du lion ​ ​ 7, 19 g Ø 19 mm env. Révolte libyenne, vers - 241 - 238, Monnaie africaine de Carthage ​ Shekel de bronze ​ Avers : tête de la déesse Isis Revers : Épis d'orge (vs. Tanit et épis de blé des monnaies puniques) 14,19 g Ø 27 mm env. Révolte libyenne, vers - 241 - 238, Le nom de Lybiens, quand il est inscrit, le sera en grec, Λιβύον, et non en punique, " préfigurant ainsi le développement ultérieur des monarchies numides et maurétaniennes de Syphax, Massinissa, Juba 1er puis Juba II et Ptolémée. " (Alexandropoulos, 2002). On peut aussi compter sur l'influence des recrues africaines ayant servi plusieurs années en Sicile entre 264 et 241, au milieu " des populations siciliennes largement hellénisées et dont le statut politique vis-à-vis des cités grecques pouvait souvent leur paraître bien enviable comparé à la dure sujétion que leur imposait Carthage ." (op. cité). Le mouvement de révolte entraîne différentes cités d'origine phénicienne, comme Utique que Carthage a privé de sa position dominante, ou encore Hippo Diarrhytus (ou Zarytus, auj. Bizerte : voir cartes) ou certaines cités de l'actuelle Espagne . Espagne : Les Phéniciens, vers - 1000, ont appelé la péninsule ibérique I-Saphan-Im, "Le pays des damans", des lapins, en fait, qu'ils avaient confondu avec leurs damans (Compte rendu du Colloque de la Société d'Ethnozootechnie, Institut de l'Information Scientifique et Technique, CNRS, Paris, 1980) . Les Romains latiniseront ensuite le terme en Hispania . (Hispanie). Les Grecs utilisaient plutôt le terme d'Iber , ou Iberia , nom indigène du fleuve Iberus , l'Èbre ou parfois Hesperia ("à l'Ouest", "Occident", "Le Couchant" : région à l'ouest de la Grèce), l'Hespérie (désigne souvent l'Italie), les Hespérides étant les nymphes du Couchant, dans la mythologie grecque . Les négociations sur les arriérés de salaires des mercenaires ayant échoué avec Giscon, un chef punique mandaté pour cette affaire, des chefs de la révolte sont élus : Spendios, un ancien esclave campanien et Mathos, un Libyen, qui représentait les mercenaires indigènes, part importante des insurgés. Il s'attacha à lui beaucoup de paysans opprimés par le pouvoir, dont la participation fut massive, mais aussi des Numides. La révolte devint générale et les troupes insurgées infligèrent plusieurs défaites aux Carthaginois. Mais l'armée fut confiée au général Hamilcar Barca, qui, à l'aide de cavaliers et surtout d'éléphants, sans compter le ralliement d'un chef numide à sa cause, nommé Naravas. Les Carthaginois, reprirent alors progressivement le dessus. A l'indulgence d'Hamilcar, envers la rébellion, les deux chefs insurgés,en plus du Gaulois Autaritos, répondirent par des atrocités, auxquelles répondirent les Carthaginois par des actes sans pitié eux-aussi, ainsi que des mises à morts de centaines de prisonniers. Dans Utique et Hippo, Hamilcar assiégea ses ennemis jusqu'à la famine, les poussant au cannibalisme et finit par les défaire définitivement, après trois ans et quatre mois de luttes. Hamilcar termina la bataille en Numidie, en - 237, où la révolte avait pris aussi beaucoup d'ampleur (Kotula, 2010) . ​ Carthage, IV ​ ​ ​ La défaite des Carthaginois d'Hannibal Barca, à la bataille dite de Zama (- 202), contre le romain Scipion, dit l'Africain, sonne le glas de la puissance carthaginoise, et partant, sa terrible étreinte sur les populations berbères, situation dont Scipion a la conviction qu'elle est tout à l'avantage des Romains : ​ « (Les Carthaginois) auront assez d’ennuis sans nous, harcelés par tous les peuples d’alentour qui leur tiennent rigueur des violences qu’ils ont autrefois subies, et Massinissa, un homme d’une totale loyauté envers nous, sera toujours là pour les surveiller » (Appien, VIII : 266) . Zama (Jama) : En fait, cette bataille a dû être livrée tout près de Naraggara, l'actuelle Sakiet Sidi Youssef, sur la frontière algéro-tunisienne, peut-être dans la plaine du Kef (El Kaf, ancienne Sicca Veneria, cf. cartes). Le nom de Zama nous vient d'une estimation erronée de Cornelius Nepos ( vers - 100 - 25), dans son "Hannibal" (Merlin, 1912). ​ L'humiliation, les dures sanctions infligées par Rome à la capitale punique ont-elles fait évoluer les conceptions sociales du suffète Hannibal ? Il n'y a rien de certain, mais un certain nombre éléments vont dans ce sens. Entrant en politique dans le parti "démocrate", il est élu en 196, et agit concrètement contre le parti oligarchique. Hannibal a probablement été l'initiateur de cette " opération urbanistique qui aboutit à doter la ville, sur la pente sud de Byrsa, d’un quartier neuf, édifié de toutes pièces, sous forme d’immeubles d’habitations collectives de plans standardisés, sur des terrains jamais lotis auparavant, occupés à l’époque archaïque par une nécropole, plus tard par des aires d’ateliers métallurgiques... " (Lancel, 2000) . Des H.L.M avant la lettre, peut-être. Plus connu est le récit de Tite-Live (op. cité, XXXIII), sur la lutte du général suffète contre les fraudes des oligarques, quand il convoque une sorte de questeur s'apprêtant à devenir juge au sortir de sa charge, mais qui ne se présente pas, fort d'une immunité supposée. Hannibal le fait alors arrêter et traduire devant l'assemblée du peuple, bien décidé à « s'en prendre au puissant “ordre des juges" » (Lancel, 2000) , jusque-là inamovibles. Dans la foulée, il fait voter une loi renouvelant les juges chaque année, avec un maximum de deux ans d'exercice et entreprend de vérifier les comptes de l'Etat, où il démontre que le recouvrement des pertes subies par l'Etat " par suite de malversations opérées au profit de quelques oligarques " (Lancel, 2000) , permettrait de " faire face à ses obligations financières envers Rome sans avoir besoin d’imposer les particuliers " (op. cité) . Selon Tite-Live, toujours, Hannibal ne se contenta pas seulement de paroles mais s'y appliqua aussi en actes. Inutile de préciser qu'à partir de là, comme dans toutes les ploutocraties du monde, le bloc des riches se dressa comme un seul homme, allant chercher à Rome du soutien, poussant très rapidement le glorieux général vers la sortie, qui choisira discrètement de fuir. Pour autant, il ne faudrait pas s'empresser d'apposer une étiquette de révolutionnaire au vainqueur de Cannes ( - 216). Comme en Grèce, les élites"démocrates" ne sont pas plus de vrais amis des pauvres que les vrais ennemis de l'oligarchie. Il avait comme les très hauts dignitaires de somptueuses propriétés, dont une " au bord de la mer, entre Thapsus (Ras Dimass) et Acholla (Henchir Boutria) : peut-être au Ras Kaboudia " (Lancel, 2000) , où il fait halte avant de quitter son pays. Par ailleurs, cet exil ne le transforme pas en pauvre hère. Il traduit à chaque étape sa condition sociale : A Antioche il est l'hôte et conseiller du séleucide Antiochus III, en Arménie on le dit tracer dune nouvelle capitale, Artaxata, pour le roi Artaxias, et en Bithynie, enfin, il se voit confier par le roi Prusias la réalisation d'une seconde capitale, après Nicomédie, appelée Prusa (Bursa, Brousse). Mosaïque d'éléphant, de Stat(io) Sabratensium , Sabratha, centre maritime d'affaires, sorte de chambre de commerce avant la lettre. Ostie, Italie, IIe siècle ​ A l'ép oque de l'occupation romaine, au Bas-Empire, il fallait faire partie du gratin aristocratique pour bénéficier, par exemple, de places réservées dans les gradins de l'amphithéâtre de Carthage, le plus grand d'Afrique. Les noms de titulaires étaient, en effet, inscrits dans des cartouches, sur le chaperon chanfreiné du chancel ( cancellus , balteus, prœcinctio) palier de circulation qui séparait les premiers gradins ( ima cavea , les deux autres groupes étant media et summa cavea ). Les noms étaient donc bien visibles et les spectateurs de marque pouvaient les repérer en circulant dans l'allée du podium, ambulatio (texte et photo-ci-dessous, cf. Delattre, 1897 ) . Ces notables étaient, dans ce cas particulier, en majorité des honorati, des curiales (décurions) intégrés dans l'ordre sénatorial par brevet impérial, sénateurs de rang de clarissime (clarissimus ) inférieur à spectabile et illustre perfectissime (perfectissimus ), Les royaumes berbères ​ ​ Encore une fois, une part de l'histoire, cette fois celle des premiers royaumes berbères, peut se lire au travers de l'onomastique de la domination et jette une lumière sur les appellations de Numides, de Maures, de Massyles ou de Masaesyles, non pas celle imposée de l'extérieur mais au sein même de la grande famille berbère. Pourquoi les Numides finissent-ils par s'effacer dans l'épigraphie au profit des Massyles ? Pourquoi ces Massyles finissent par faire oublier aussi les Masaesyles, " qui cessent d'être tenus pour Maures quand ils tombent sous l'autorité de Massinissa ? " (Lassère, 2001). C'est " que les noms de ces « royaumes indigènes » ne sont pas ceux des peuples qui les constituent, mais de la tribu qui les dirige. " Ici ou ailleurs, le puissant oblitère, rend invisible les plus faibles que lui et l'on voit très bien que d'avoir été dominé soi-même, fût-ce âprement, ne change rien à l'affaire et ne donne pas de grandes leçons de sagesse. A ceux qui détiennent la force et le pouvoir, du moins. Micipsa devient roi des Massyles en pays masaesyle. Après la capture de Jugurtha, l'ancien royaume masaesyle fut donné par Sylla à un Maure allié de Rome qui l'avait trahi, le roi Bocchus Ier (règne de 110 à 91/81, dont une des filles avait épousé Jugurtha), et tous les habitants deviennent maures : " la famille qui donna un chef aux tribus sujettes imposa son nom à l'état naissant " affirme Camps sans réserve (Camps, 1961) . Ajoutons à cela le régime de succession agnatique qui placent par ordre d'importance et d'ancienneté les frères, les cousins, les neveux du monarque (GLD, " aguellid "), ce qui se pratiquait dans presque toute l'Europe, en Océanie, dans l'Amérique précolombienne, etc. (appelée tanistria, tanistrie , de l'anglais " tanistry ") et on comprend comment la royauté (et par extension, un pays entier) " était la propriété d'une famille. " (Gsell, 1927). Mais affirmer une forme de pouvoir se confondant avec une famille dynastique ne permet pas, bien entendu, de dire comment était exercé son autorité. Carthage, depuis la fin du IVe siècle, après le dernier Hannonide, Bomilcar, n'était plus dirigée par un roi, mais un suffète, premier magistrat de l'Etat punique, à l'image du consul romain, élu chaque année, et pourtant, ce suffétat, nous l'avons vu, exerçait un pouvoir de fer. Nous l'avons vu avec la pseudo-démocratie grecque et nous le verrons plus tard avec les régimes politiques contemporains : la ploutocratie est soluble dans toutes les formes de pouvoirs qui ont existé, des plus libéraux aux plus despotiques. Comme le fera remarquer Chaker, l'aguellid (agellid ) a désigné selon les époques des responsables, des chefs, mais aussi des souverains très puissants (comme pour l'époque qui nous concerne ici), voire même des dieux (Chaker, 1985) . Son pouvoir s'apparente au pouvoir féodal, avec des chefs grandes tribus acceptant d'être ses vassaux, ce qui fait dire à Camps que " la souveraineté berbère repose non pas tant sur la propriété du sol que sur la domination des personnes " (Camps, 1960) , élément très important de la domination dans le monde amazigh, d'une grande permanence, puisqu'il servira bien plus tard, nous le verrons dans un autre article, la stratégie coloniale française. Mais déjà, le pouvoir romain s'en était largement servi, mettant à mal un système dynastique déjà bien entamé, où " les rois n'exerçaient plus la même autorité sur les chefs des tribus"...."éparses, privées de ce qui avait fédéré leurs relations ", Rome distribuant " librement des couronnes, comme le reconnaissent les auteurs romains. .. (Strabon, XVII, 3, 7 Tacite, Ann. IV, 5, 3 Dio Cass., LI, 15, 6.) " (Lassère, 2010). C'est ainsi, par exemple, que le règlement successoral après la mort du roi Massinissa, en Numidie, sera effectué par le sénat romain (Camps, 1960 : 232). ​ coloniale : Encore aujourd’hui, beaucoup de de panneaux, de brochures, de cartes, etc., n'indiquent que des noms imposés lors de la colonisation française, telles les villes de Kenitra, Ifane, Azrou, Rabat, Marrakech, Akka, Goulmim, Larache, etc., qui sont des formes francisées de toponymes, dont le nom authentique est bien différent. C'est un exemple de plus des formes de domination invisibilisée, réappropriée par les dominés eux-mêmes au cours de l'histoire . ​ Le grand tournant historique des Berbères à cette époque a lieu parce que Massinissa tourne le dos à Syphax (Sifaks), roi des Masaesyles, allié à Hasdrubal Gisco, le général Carthaginois, pour rallier Scipion, et devenir roi de la Numidie, en - 203 : " La défaite de Syphax est un événement majeur de l’histoire de l’Afrique : après lui, à part l’épisode de Jugurtha (qui sans doute, à son époque, n’avait guère de chances de succès) ne devaient plus régner en Afrique que des clients du sénat ou de l’empereur. " (Lassère, 2010). Et, encore une fois, se mêle à ces conflits de pouvoirs, des stratégies matrimoniales (d'autant plus que les princes berbères, polygames, peuvent avoir de nombreuses épouses) se mêlant ici au romanesque, rendu célèbre par de nombreux littérateurs, peintres ou compositeurs (Mairet, Corneille, Gluck, Jommelli, etc.), quand on sait que la belle et cultivée Sophonisbe, la fille très courtisée d'Hasdrubal Gisco, dut rompre ses fiançailles d'avec Massinissa ( - 206/205) à cause de la nouvelle alliance de son père avec Syphax. Certains historiens pensent même possible que ce dépit amoureux ait été à l'origine du brusque retournement de Massinissa (cf. Stora et Ellyas dir, 1999), comme la beauté et l'intelligence de la princesse avait peut-être décidé Syphax de rompre lui-même son alliance avec Rome. Après la défaite de Syphax, cependant, Massinissa retrouva sa belle carthaginoise et l'épousa le jour même, mais Scipion refusa cette union, trop dangereuse politiquement. Il exigea qu'elle lui soit remise, tout comme les autres prisonniers, et Sophonisbe dut se résoudre à se suicider pour échapper à son malheur, aidée, selon les versions de l'histoire, par Massinissa, lui-même. Alessandro Allori (1535 - 1607) : Le banquet de Syphax ​ Banquet offert par le roi de Numidie, Syphax, à Scipion l'Africain ​ fresque 1578 / 1582 ​ Salle Léon X, Villa Médicis (Villa medicea ) "Ambra", de Poggio a Caiano, Italie Les successeurs de Massinissa et de Bocchus continueront à s'allier régulièrement à Rome et à monter ainsi des Berbères contre d'autres Berbères. Bocchus le Jeune, fils de Sosus, reconnu roi par le sénat de César, secondé par le mercenaire Publius Sittius, combattra Juba 1er (né vers - 85), roi de Numidie (qui possédait un harem dans sa capitale de Zama / Jâma) et les Pompéiens (Coltelloni-Trannoy, 2003). C'est aussi Pompée qui chasse le numide (massyle) Hiarbas du trône pour y replacer Hiempsal II, en - 80. La romanisation s'accélère, on le voit en particulier au travers de la monnaie de Juba Ier, qui, si elle présente certains traits de culture locale (figures de lion, d'éléphant, du dieu Baal-Hammon, par exemple), représentent des temples de style romain d'inspiration hellénistique et les pièces d'argent " suivent le système pondéral romain et qui, pour la première fois en Afrique, présentent la titulature au droit comme sur les monnaies romaines. Ces monnaies d’argent, à la frappe soignée, suivent le module et le poids des deniers, quinaires et sesterces romains : elles pouvaient donc circuler en Afrique mêlées aux pièces romaines. " (Coltelloni-Trannoy, 2003). Denier de Juba Ier, roi de Maurétanie ​ Avers : REX IVBA, buste barbu avec Revers : inscription néo-punique diadèmes et sceptre (SYWB/ HMMLKT ), temple octostyle à l'image du Parthénon. Argent 3, 69 g Ø 18 mm vers 48 - 46 I l y a donc une volonté évidente du pouvoir de s'approprier différents traits de la culture de son patronus romain, et de les imposer à l'ensemble de la société, quand bien même celui-ci cherchait à défendre farouchement son indépendance : " il refuse d’accepter des ordres ou mêmes des conseils de ses alliés ; pour montrer son indépendance, il campe et combat à part pendant toute la guerre. " (Coltelloni-Trannoy, 2003). Les Romains, César en-tête, sont exaspérés par sa suffisance et lorsqu'il " veut massacrer la population d’Utique, Scipion n’ose pas s’y opposer, mais Caton fait prévaloir son avis (Plut., Caton, 58 ; DC, 42, 57). " (op. cité). De même, avant de quitter Zama, où il avait laissé femmes, enfants et richesse, " il avait fait dresser, sur la place publique, un immense bûcher, annonçant que, s’il était vaincu, il y ferait brûler toutes ses richesses, la population de la ville et lui-même avec les siens, se souvenant sans doute de la mort de souverains orientaux. " A son retour, défait avec Lucius Afranius, lieutenant de Pompée, il se verra interdire l'accès à la ville par les habitants (op. cité). Le pouvoir et le prestige de Rome fera de son successeur, son fils Juba II, roi de Maurétanie, citoyen romain du nom de Caius Iulius Iuba, un excellent ambassadeur de la culture latine. Ramené à Rome dès la mort de son père (il a alors cinq ou six ans), il est du cortège triomphal de César en - 46 à Rome. Il sera donc éduqué à la romaine, devient très cultivé et auteur de différents ouvrages en grec, d'histoire et de géographie, comme λιβυκά /Libyca , dans lequel il traite de la faune, de la flore et de l'histoire de son pays, un autre sur les Assyriens et les Arabica, un traité philologique, Ομοιωτητές (omoiotétès ) De Similitudinibus /Similitudes , et d'autres écrits, sur la peinture, le théâtre, etc. Il épousera Cléopâtre Séléné, la fille de Marc Antoine et de Cléopâtre VII, vers - 19, puis, après la mort de celle-ci, la princesse de Cappadoce, Glaphyra, dont il se serait séparé peu après (Landwehr, 2007). D'ailleurs, Octave Auguste, devenu triomphalement imperator en - 29, élèvera dans sa propre famille, par le biais de sa sœur Octavie, épouse d'Antoine, des princes juifs, comme Aristobule et Alexandre, les fils d'Hérode, qui reçut pour cela des territoires, ou encore son petit-fils, Agrippa. De son côté, Caligula fit élever dans la maison de sa grand-mère Antonia des princes thraces comme les futurs Rhoimetalces III, Cotys IX ou encore Polemon II, qui, comme beaucoup de clients de Rome, furent récompensés par l'empereur qui leur confia respectivement la Thrace, l'Arménie mineure, le Pont et le Bosphore. En - 20, Phraate IV, roi des Parthes, adressa " tous ses fils et petits-fils au nouveau maître de Rome. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Cette politique, qui concernera aussi Juba II, " devait permettre à l’empereur de former les futurs dynastes des royaumes dépendant de Rome et de s’assurer leur loyauté : les années communes passées à Rome créaient les conditions d’une koinè culturelle et d’une solidarité des princes autour de la famille impériale (Coltelloni-Trannoy, 2003). " La décision de garder et d'élever à Rome certains enfants royaux obéissait à un double dessein : se servir d'eux comme autant d'otages politiques, et laisser à Rome toute latitude pour instaurer à sa guise de nouvelles monarchies alliées. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Avec une multiplication de mariages croisés entre familles royales qui recevaient son amicitia , le pouvoir romain renforçait encore son influence sur des territoires d'une grande importance stratégique : " Ainsi Polémon, roi du Pont et du Bosphore, eut pour épouse Dynamis, fille de Pharnace II, puis Pythodoris de Tralles, une petite-fille d'Antoine, qui se remaria plus tard avec Archélaos, roi de Cappadoce et neveu de Mithridate le grand. La fille de ces derniers, Glaphyra, épousa en premier mariage Alexandre, fils d'Hérode, puis son frère, l'ethnarque Archélaos de Judée. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Et on ne parle ici que des têtes couronnées : il faudrait y ajouter la pléïade de grands aristocrates dont l'union des familles renforcent le pouvoir et la richesse. Ceci nous permet de constater aussi une nouvelle fois que le racisme au sens moderne du mot était un sentiment, une notion inconnue à Rome. Comme d'autres princes et notables entrant dans la clientèle de Rome à partir de l'empire, Juba est fait citoyen romain, privilège transmis à son fils Ptolémée, citoyen romain, Caius Iulius Ptolemaus, comme celui envié de battre monnaie, et, de manière plus exceptionnelle encore, des monnaies en or ou aureus, qui " atteste que Ptolémée est prêt à combattre en tant que délégué impérial et à concourir à la pax Romana ." (Coltelloni-Trannoy, 1997). De son côté, le roi de la Maurétanie occidentale, Bogud, frère de Bocchus II, se réfugiait auprès de Marc Antoine. On voit bien là comment une grande partie de la ploutocratie berbère a partie liée avec ses maîtres, adoptant leur culture, leur mode de vie, les imitant, et cherchant à leur ressembler du mieux possible : " Le roi agit à l’image des empereurs, des rois de l’Orient et des notables municipaux, tous se conformant au modèle social dominant depuis l’époque hellénistique, l’évergétisme. " (Coltelloni-Trannoy, 2003). Les grandes villes romaines du Maroc actuel, par exemple, " Tanger, Lixus, Sala, Volubilis renferment de superbes œuvres d'art qui témoignent du raffinement et de la richesse des notables désireux d'imiter les colons romains et la cour royale (...) Des études récentes ont montré la formation précoce d'un important noyau romanophile : cette population resta politiquement fidèle à Rome lors de la révolte d' Aedemon ; dans la vie quotidienne, elle s'efforça de s'aligner sur les modes en vogue à Rome et à Caesarea. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). D'autre part, il pouvait y avoir un intérêt pour les populations de passer sous le joug romain, pour échapper aux impôts parfois considérables réclamés par les rois berbères. Ce manque à gagner était compensé souvent par des services, en particulier militaires : ce n'était pas par générosité, bien sûr, que les Romains offraient telle ou telle exemption. Sans compter qu'en cas de vacance du pouvoir ou décès du roi, Rome, via ses représentants, s'appropriaient soit de manière publique, soit de manière privée, héritages, fortunes royales, mais aussi le "cheptel humain" (affranchis, esclaves), constitutif de la familia : " L'héritage de Ptolémée fut donc certainement détourné à deux reprises : une première fois par Caligula qui s'empara de la fortune du prince, puis par Claude qui, mettant la main sur les biens de Caligula, devint alors le maître de la familia maurétanienne. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Juba II rebaptise l'ancienne capitale de Micipsa sous le nom de Iol-Caesarea, un hommage au pouvoir romain dont il n'avait nulle obligation. On retrouve là l'onomastique de la domination, dans le cadre bien courant, nous l''avons vu, de la collaboration entre ploutocrates de pays différents, liés par des rapports d'assujettissement et de subjugation, politique et culturel. Et ne parlons pas de toutes les transformations de la ville qui singent les cités romaines : " Juba II transforme complètement l’ancienne ville punico-libyque en une cité magnifique, où dominent la pierre et le marbre, organisée selon les principes urbanistiques et architecturaux du monde italien " (Coltelloni-Trannoy, 2003) : enceinte, plan des rues, théâtre, amphithéâtre, etc. " En somme, l'un des premiers actes du jeune roi Juba II fut d'ériger un théâtre et l'on ne peut que rappeler la hâte dont fit preuve, à la même époque, un autre souverain client de Rome, à l'extrémité opposée de la Méditerranée : en 19 av. J.-C, Hérode faisait construire un théâtre à Jérusalem, et les années suivantes virent se multiplier à travers la Judée ce type de monument à Samarie, Césarée, Sidon et Damas " (Coltelloni-Trannoy, 1997). D'ailleurs, la riche collection artistique qui décorait les monuments publics ou le palais royal de Juba II reflète-t-elle la culture berbère ? Absolument pas : " les styles représentent les grandes écoles du passé grec – depuis l’époque archaïque jusqu’à l’époque hellénistique – ou les principes de l’art augustéen ; beaucoup étaient importées, mais d’autres étaient fabriquées sur place, par des artistes italiens ou grecs venus avec les architectes. " (Coltelloni-Trannoy, 2003). C'est comme si il n'existait plus grand-chose des origines berbères du souverain, et on voit bien que le travail d'acculturation opéré depuis la toute petite enfance par l'éducation, le conditionnement familial des élites, locales puis étrangères, ont structuré de manière profonde sa mentalité complètement imprégnée de la culture gréco-latine. Ses effigies se distinguent par " la disparition des éléments traditionnels numides, encore présents sur les effigies de Juba ier : le visage est imberbe, à la mode romaine, les cheveux ne sont plus frisés, mais bouclés, selon les normes de l’esthétique gréco-romaine ; les caractères physiques africains n’apparaissent plus... " (Coltelloni-Trannoy, 2003). Denier de Juba II, roi de Maurétanie ​ Avers : REX IVBA, buste imberbe, Revers anépigraphe, avec éléphant à la coiffure à la mode romaine. trompe levée. Argent 3, 26 g Ø 17 mm vers - 20 + 20 Il en va de même des différentes représentations qui seront faites du prince berbère, mais aussi de son fils Ptolémée, respectant complètement les codes de la propagande politique d'Auguste : " Dans son étude des portraits des rois de Maurétanie, Fittschen part des prémisses suivantes : la politique de l’imagerie d’Auguste, avec son système extensif et réfléchi concernant le maintien au pouvoir, est également valable pour Juba II et pour son fils (...) La fabrication et la diffusion des portraits impériaux étaient soumises à un système rigoureusement organisé. " (Landwehr, 2007). Auguste cherche à donner de lui une image perpétuellement jeune et ses " effigies seront ainsi toujours plus idéalisées, et il est resté jusqu’à un âge avancé jeune et beau comme un dieu. Derrière cela, on soupçonne un message qui aurait pu proclamer qu’Auguste apportait et garantissait la prospérité et une paix durable. " (Landwehr, op. cité). Copiant en grande partie l'imagerie romaine (sans cacher toutefois complètement les marques de vieillesse), Juba II s'est débarrassé " de tous les signes extérieurs rappelant la tradition numide. Il se montre sans barbe et arbore une coiffure de type grec hellénistique, qu’il porta pendant près de cinquante ans, sans beaucoup de changement. Juba portait comme insigne royal le diadème, usage qui doit être également rattaché à la coutume grecque et, par conséquent, ptolémaïque. " (Landwehr, op. cité). De même qu'Auguste " poursuivait une propagande intensive pour sa succession " en faisant fabriquer des " effigies des personnes choisies, dont les portraits étaient adaptés de celui d’Auguste " (op. cité). Juba II fera sa propre propagande de succession et associera dès 21 son fils Ptolémée au pouvoir. En corollaire, il faut ajouter les relations directes qu'ont entretenu, à partir du règne Massinissa les royaumes numides avec le monde hellénique, via les échelles puniques tombées aux mains des princes africains. Le pouvoir numide établit une constitution d'une généalogie mythique entre dynasties africaines et héros grecs, à l'établissement d'une géographie, mythique elle aussi, " liant les grandes cités de Maurétanie occidentale (Tingi, Lixus) à la geste héracléenne " (Landwehr, 2007). On peut bien imaginer l'influence profonde qu'opèrent alors au sein du peuple, surtout dans les couches favorisées, toutes ces transformations, toute cette glorification d'une culture étrangère, en lieu et place d'une dynamisation, d'une recherche originale de formes, de principes directement inspirés des cultures autochtones. C'est cette domination acceptée et imposée de l'intérieur dont est souvent coupable le pouvoir ploutocratique dans l'histoire, contre la liberté, l'émancipation et la créativité des peuples. En Thrace ou en Arménie, on assassinait les rois " jugés esclaves de Rome. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). ​ Ainsi, les récompenses les honneurs, les titulatures, les privilèges (telles la citoyenneté ou l'émission de monnaie) ne doivent pas faire oublier qui étaient alors les véritables maîtres : L'occupation par les Romains était massive, avec partout des colonies, où l'on pratiquait des " expropriations de terres destinées à lotir les colons ", mais aussi des " déplacements de population " (comme ceux de Lixus ou de Tanger vers l'Espagne). Et ne parlons pas des terres royales, dont la colonisation romaine a dû largement profité, " confisquées par le princeps ou accaparées par l'aristocratie sénatoriale : ainsi les grandes propriétés romaines, au Ier siècle de notre ère, s'étendent sur l'ancien royaume de Juba I et sur le territoire de Cirta. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Dans ces propriétés, " en particulier autour de Caesarea, où les domaines confisqués de Ptolémée ont dû passer au fisc : on note la présence de grandes familles romaines et les traces d'une exploitation intensive de l'huile, sans doute due à un riche propriétaire, peut-être l'empereur lui-même. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Il n'y a bien sûr pas que les Romains qui font des affaires, mais toute cette classe aisée qui collabore si volontiers par intérêt avec l'occupant, à commencer par les princes eux-mêmes. Pline l'Ancien signale, par exemple que c'est Juba II qui est à l'origine de l'exploitation de la pourpre, sur l'île de Mogador : " il n'est pas exclu que, dans ce cas précis, il ait agi en « homme d'affaires », mettant en valeur des ressources qu'il considérait peutêtre comme son bien personnel. Plus largement, les souverains ont joué un rôle essentiel dans le domaine économique, en attirant les négociants mis en confiance et en instaurant des rapports d'amitié avec certains ports; ils se différenciaient peu, en somme, des grands personnages italiens et espagnols qui cherchaient à ouvrir des succursales sur les territoires favorables à leurs activités. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). ​ Tout cela ne doit pas faire oublier cependant les révoltes fréquentes de diverses populations, sous forme de razzias, guérillas, brigandages (tumultus , rapinae) et autres latrocinia qu'insupportaient les Romains, attachés aux codes de la "guerre juste", iustum bellum : Maures, Musulames (un groupe important de Gétules), Cinithiens (sans doute Gétules, eux aussi), ou encore Garamantes ont formé une grande coalition ("maure", aux yeux de littérateurs romains), à la tête de laquelle le chef de guerre Tacfarinas, cherchera à reprendre les parties de la Gétulie que lui a fait perdre, entre autres, le punique romanisé, le proconsul de l'Africa Vetus, Lucius Cornelius Balbus Minor, qui avait gagné une grande bataille contre les Garamantes dans leur capitale de Djerma, en - 21. Mais d'un point de vue général, la " majeure partie des territoires gétules, c'est certain, échappait au contrôle des rois; seule une mince frange se trouvait englobée dans la sphère de l'autorité royale d'autant que le mode de vie nomade rendait plus difficile encore toute mainmise effective. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Alors, les héros de cette période de l'histoire berbère, les farouches défenseurs des peuples et de la culture amazighs sont ils ces populations nomades très mal connues qui occupent la Gétulie ? Oui, en partie, mais il ne faut pas oublier que même chez ces berbères qui défendaient âprement leur indépendance, le romain Marius, pendant la guerre contre Jugurtha, réussit à recruter " des partisans fidèles à sa cause " et " à l'issue des hostilités, ils reçurent des terres et le droit à la citoyenneté, dons qui assuraient à la fois leur liberté et leur ascension sociale (...) dès lors, les Gétules s'allièrent régulièrement au parti romain qui combattait les souverains auxquels ils étaient soumis " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Comme ailleurs, les riches propriétaires, par exemple des Musulames disposant de terres et d'immenses troupeaux, étaient prêts à accueillir les dieux, la langue ou l'onomastique des envahisseurs étrangers, pourvu que leurs intérêts propres soient respectés. ​ Revenons maintenant à Tacfarinas, qui mena une guerre durant huit ans (17 - 24), contre Ptolémée et son allié romain. Et pourtant, même ce héros berbère n'est pas sans tache, si on peut dire : il a servi plusieurs années, nous dit Tacite comme auxiliaire dans les armées romaines (Annales, vers 98, II, 52 ; III, 20-21, 58 et 72-74 ; IV, 23-26). Et que dire d'Aedemon, affranchi de Ptolémée, de premier rang à sa cour, qui mène une révolte anti-romaine après la mise à mort de Ptolémée par Caligula (qui annexera la Maurétanie en 39) ? Que ses adversaires ne se trouvaient pas seulement parmi les combattants romains " mais aussi la partie la plus romanisée de la population maurétanienne : à Volubilis, par exemple, ville où dès l’époque royale on comptait un grand nombre de citoyens romains d’origine autochtone " (Gascou, 1985) . La collaboration des auxilia et des élites berbères ont donc été un précieux atout pour parvenir à la défaite (et sans doute la fin) d'Aedemon : " C’est l’importance de l’appui dont bénéficiait Rome dans les villes indigènes romanisées et le succès de sa politique de romanisation des élites maurétaniennes pendant la période royale qui expliquent, au moins en partie, la rapide défaite d’Aedemon ." (Gascou, 1985) . La forme de souveraineté choisie par Octave était un protectorat fondé sur l'appartenance à la communauté hellénique : " l'hellénisme servait d'alibi à l'ingérence tacite de Rome et à la présence des négociants italiens, jusqu'au moment où l'annexion ne risquait pas de susciter de troubles graves (...) placer des souverains philhellènes d'origine africaine qui fussent à même de gagner les chefs tribaux et ceux des communautés urbaines à la cause romaine et d'ouvrir progressivement le pays aux influences italiennes ; obtenir d'eux, bien entendu, qu'ils fissent leurs les principes directeurs de la politique extérieure de Rome. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Stratégies politiques, là encore, au service des pouvoirs économiques, à travers l'opposition classique rencontrée si souvent dans l'histoire entre villes et campagnes, citadins et ruraux, culture supposée raffinée contre nature qualifiée de grossière, de rustre qui rapproche de manière profonde les sociétés qui s'estiment supérieures, d'où qu'elles viennent, et qui font collaborer les dominés de cette fraction sociale avec l'envahisseur : " L'importance du mouvement spontané qui se dessina dans plusieurs localités de Maurétanie en faveur de Rome prouve que la décision de Caligula répondait à la réalité sociale et politique de la Maurétanie : les citadins et les populations sédentaires, dans leur grande majorité, trouvaient intérêt à rester fidèles à Rome et même à favoriser son implantation effective. " (Coltelloni-Trannoy, 1997). Medracen (Imedghassen, Madghis ou Medghassen) ​ Tombeau, Mausolée royal du roi zénète Imedghassen ou du roi Syphax. ​ "Le plus grand et le mieux conservé des monuments « puniques », synthèse architecturale des traditions libyques (bazina à degrés) et des apports gréco-phéniciens (colonnes doriques, gorge égyptienne)." ​ https://www.persee.fr/docAsPDF/antaf_0066-4871_1979_num_14_1_1016.pdf ​ IVe siècle avant notre ère ​ Douar Ouled Zayed, commune de Boumia, wilaya de Batna (chef-lieu éponyme à 30 km environ), Algérie ​ BIBLIOGRAPHIE ​ ​ ​ ​ ​ ​ AGROUR Rachid, 2012, « Contribution à l’étude d’un mot voyageur : Chleuh », Cahiers d’études africaines [Online], 208 | 2012, http://journals.openedition.org/etudesafricaines/17161 ​ AIT AMARA Ouiza, 2020, "L'Épigraphie libyque et son apport à la connaissance de la société numide ", in L’epigrafia del Nord Africa : novità, riletture, nuove sintesi ( L'Épigraphie d'Afrique du Nord : nouveautés, relectures, nouvelles synthèses), ouvrage collectif, dir. Samir. Aounallah et Attilio Mastino, éditions Fratelli Lega, Faenza. ​ ALEXANDROPOULOS Jacques, 2002, "D'une guerre punique à l'autre : la puissance de Carthage" . In : Vita Latina, N°166, pp. 2-10. https://www.persee.fr/doc/vita_0042-7306_2002_num_166_1_1451 ​ ALLATI Abdelaziz, 2000, Sur le toponyme Agadir. In: Nouvelle revue d'onomastique, n°35-36, 2000. pp. 187-200; https://www.persee.fr/doc/onoma_0755-7752_2000_num_35_1_1372 ​ BENICHOU-SAFAR Hélène, 2004, "Le Tophet de Salammbô à Carthage. Essai de reconstitution ", Rome, Ecole Française de Rome (EFR). ​ BERTRANDY François, 2001, "Storm (E.), Massinissa. Numidien im Außruch ", 2001. In : Revue des Études Anciennes. Tome 105, 2003, n°2. pp. 668-670. https://www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_2003_num_105_2_5677_t1_0668_0000_3 ​ CAMPS Gabriel, 1960, " Aux origines de la Berbérie., Massinissa ou les débuts de l'Histoire" thèse secondaire de doctorat, Libyca, VIII, 1, Alger, Imprimerie officielle. ​ CAMPS Gabriel, 1961, " Aux origines de la Berbérie, Monuments et rites funéraires protohistoriques " , thèse principale de doctorat, Paris, Arts et Métiers Graphiques. ​ CAMPS Gabriel, 1979, "Les Numides et la civilisation punique ", In : Antiquités africaines, 14/1979. pp. 43-53. https://www.persee.fr/doc/antaf_0066-4871_1979_num_14_1_1016 ​ CAMPS Gérard, 1986, "Lïbiyä", article de l' Encyclopédie de l’islam, dirigé par P.J. Bearman, Th. Bianquis, C.E. Bosworth, E. van Donzel, et W.P. Heinrichs, vol. 5, éditions Brill, p. 759-767. ​ CHAKER Salem et CAMPS Gabriel, 1985, « Agellid », Encyclopédie berbère [En ligne], 2 | 1985. http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/911 CHERIF, Mohamed, 1975, "II. L’histoire de l’Afrique du nord jusqu’à l’indépendance du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie : Le Maghreb dans l’histoire ", In : Introduction à l’Afrique du Nord contemporaine [en ligne]. CENTRE DE RECHERCHES ET D’ÉTUDES SUR LES SOCIÉTÉS MÉDITERRANÉENNES (dir.), Aix-en-Provence : Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans. http://books.openedition.org/iremam/112 ​ CHERIGUEN Foudil, 1987, "Barbaros ou Amazigh. Ethnonymes et histoire politique en Afrique du Nord ." In : Mots, n°15, octobre 1987. Comment nommer ? Barbares - Berbères. Islam. Arbre de la liberté. Economia. Les juifs de Cagayous. Sig(is)mund. pp. 7-22. https://www.persee.fr/doc/mots_0243-6450_1987_num_15_1_1349 ​ COLTELLONI-TRANNOY Michèle, 1997, "Le royaume de Maurétanie sous Juba II et Ptolémée (25 av. J.-C. - 40 ap. J.-C.), p réface de Jehan Desanges. Paris : Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique, 1997. pp. 1-271 (Études d'antiquités africaines). https://www.persee.fr/doc/etaf_0768-2352_1997_mon_2_1 ​ COLTELLONI-TRANNOY Michèle, 2003, « Juba », Encyclopédie berbère [En ligne], 25 | 2003, Iseqqemâren - Juba. http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/1520 ​ CROUZET Sandrine, 2003, "Les statuts civiques dans l’Afrique punique. De l’historiographie moderne à l’historiographie antique ". In : Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, tome 115, n°2. Antiquité. pp. 655-703 https://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5102_2003_num_115_2_9790 ​ DELATTRE Alfred-Louis, 1897, "Rapport sur les fouilles exécutées dans l'amphithéâtre romain de Carthage pendant les années 1896 et 1897 ". In : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 41ᵉ année, N. 6, pp. 694-696 https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1897_num_41_6_71084 ​ DESANGES Jehan, 2010, “Massyles / Massyli ”, Encyclopédie berbère [Online], 30 | 2010, Maaziz - Matmata. http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/497 ​ DRICI Salim, 2015, « Genèse et permanence des pratiques funéraires de la préhistoire au monde antique en Afrique du Nord », Insaniyat / إنسانيات [Online], 68 | 2015. https://journals.openedition.org/insaniyat/15068 ​ DUBUISSON Michel, 2001, "Barbares et barbarie dans le monde gréco-romain ". In : L'antiquité classique, Tome 70, pp. 1-16; https://www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_2001_num_70_1_2448 EUZENNAT Maurice, 1994, "Le périple d'Hannon" . In : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 138ᵉ année, N. 2, 1994. pp. 559-580 https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1994_num_138_2_15385 ​ GASCOU Jacques, 1985, « Aedemon », Encyclopédie berbère [En ligne], 2 | 1985, Ad - Ağuh-n-Tahlé. http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/872 ​ GHAKI Mansour, LAPORTE Jean-Pierre, DUPUIS Xavier, 2012, “Numides, Numidie ”, Encyclopédie berbère, 34, Nemencha - Nybgenii. http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/2768 GHOUIRGATE Mehdi, 2011, « La gestion des crises de subsistance par les souverains almohades », Sud-Ouest européen [En ligne], 32 | 2011, http://journals.openedition.org/soe/728 ​ GSELL Stéphane, 1927, "Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, t. V, Les royaumes indigènes, organisation sociale, politique et économique ", Hachette, Paris, ​ GUTRON Clémentine, 2008, « La mémoire de Carthage en chantier : les fouilles du tophet Salammbô et la question des sacrifices d’enfants », L’Année du Maghreb [Online], IV | 2008, http://journals.openedition.org/anneemaghreb/427 ​ HACHI Slimane, 2003, "Aux origines des arts premiers en Afrique du Nord", Alger, Centre National de Recherches Préhistoriques Anthropologiques et Historiques ( CNRPAH), p. 166. ​ HAMDOUNE Christiane, 1993, "Ptolémée et la localisation des tribus de Tingitane ". In : Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, tome 105, n°1. 1993. pp. 241-289 https://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5102_1993_num_105_1_1800 ​ KOTULA Tadeusz, 2010, “Mercenaires (Guerre des) ”, Encyclopédie berbère [Online], 31 | 2010, document M91, http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/561 ​ LANCEL , 2000, « Hannibal », Encyclopédie berbère [En ligne], 22 | 2000, Hadrumetum - Hidjaba. http://journals.openedition.org/ encyclopedieberbere/1653 ​ LANDWEHR Christa, 2007, « Les portraits de Juba II, roi de Maurétanie, et de Ptolémée, son fils et successeur », Revue archéologique, 2007/1 (n° 43), p. 65-110. https://www.cairn.info/revue-archeologique-2007-1-page-65.htm ​ LANFRY Jacques, 1978, "Les Zwawa (Igawawen) d'Algérie centrale (essai onomastique et ethnographique) ". In : Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°26, 1978. pp. 75-101; https://www.persee.fr/doc/remmm_0035-1474_1978_num_26_1_1825 ​ LAPORTE Jean-Pierre, 2011, “Kabylie : La Kabylie antique ”, Encyclopédie berbère [Online], 26 | 2004, Judaïsme Kabylie http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/1400 ​ LASSÈRE Jean-Marie, 2001, "La tribu et le monarque ". In : Antiquités africaines, 37 / 2001. pp. 149-155 https://www.persee.fr/doc/antaf_0066-4871_2001_num_37_1_1342 ​ LASSÈRE Jean-Marie, 2010, "Massinissa ", Encyclopédie berbère [En ligne], 30 | 2010. http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/493 LE BOHEC Yann, 2002, "La Maurétanie Tingitane : le Maroc des Romains ", Clio, Voyages Culturels. https://www.clio.fr/bibliotheque/la_mauretanie_tingitane_le_maroc_des_romains.asp ​ LEMAIRE André, 2004, "Canaan à l'ombre des pharaons (XVIe-Xe siècles av. J.-C.) ", Clio, Voyages culturels. https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/pdf/pdf_canaan_a_lombre_des_pharaons_xvie_xe_siecles_av_j_c.pdf ​ MELLITI Khaled, 2016, "CARTHAGE, Histoire d’une métropole méditerranéenne ", Collection Synthèses Historiques, Editions Perrin. ​ MERLIN Alfred, 1912, "Où s'est livrée la « bataille de Zama » ? ". In : Journal des savants. 10ᵉ année, Novembre 1912. pp. 504-514 https://www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1912_num_10_11_3973 MICHEL Nicolas, 1997, Une économie de subsistance : le Maroc précolonial , Le Caire, Institut français d'archéologie orientale (IFAO), 2 volumes. ​ MODERAN Yves, 2003, "Chapitre 16. Botr et branès dans les sources arabes avant Ibn Khaldûn ", In : Les Maures et l’Afrique romaine (IVe-VIIe siècle) [en ligne]. Rome : Publications de l’École française de Rome. http://books.openedition.org/efr/1432 ​ MODERAN Yves, 2010, "Mythes d’origine des Berbères (Antiquité et Moyen Âge )", Encyclopédie Berbère, 32 | Mgild - Mzab, Peeters. https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/674 ​ MORIZOT Jean , 1982, "Les Kabyles : propos d’un témoin ", Paris, L’Harmattan. ​ NOËL Marie-Pierre, 2004, « Élissa, la Didon grecque, dans la mythologie et dans l’histoir e », Les Figures de Didon : de l’épopée antique au théâtre de la Renaissance, dir. Evelyne Berriot‐Salvadore, IRCL‐UMR5186 du CNRS et de l’Université Montpellier 3, 2014. https://www.ircl.cnrs.fr/pdf/2014/actes%20je%20didon/2_noel.pdf ​ RINN Louis-Marie, 1882, Commandant Rinn (1838-1905), "Origines berbères. Études de linguistiqu e ", Association française pour l'avancement des sciences. ​ RINN Louis-Marie, 1885, Commandant Rinn, "Géographie ancienne de l'Algérie. Les premiers royaumes berbères et la guerre de Jugurtha ", Alger, édition Adolphe Jourdan. ​ SALAMA Pierre, 2005, « Kerfala », Encyclopédie berbère [En ligne], 27 | 2005, Kairouan - Kifan-Bel-Ghomari. http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/1335 ​ SIRAJ Ahmed, 1994, "De Tingi à Tandja : le mystère d'une capitale déchue ". In Antiquités africaines, 30,1994. pp. 281-302. https://www.persee.fr/doc/antaf_0066-4871_1994_num_30_1_1232 ​ STORA Benjamin et ELLYAS Akram, 1999, "Les 100 portes du Maghreb : l'Algérie, le Maroc, la Tunisie, trois voies singulières pour allier Islam et modernité ", ouvrage collectif dirigé par Akram Ellyas, Benjamin Stora, Editions de l'Atelier. TISSOT Charles Joseph, "La Libye d'Hérodote (pl. XI, XII) (cf. p. 264) ". In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 1, pp. 265-273 https://www.persee.fr/doc/bch_0007-4217_1877_num_1_1_4538 ​

Tout afficher

Posts du forum 2

  • Commencez avec votre forum

    Bienvenue sur Wix Forum. Voici quelques conseils pour commencer. Rédiger un post de bienvenue Souhaitez la bienvenue à vos visiteurs sur votre forum avec un message de bienvenue. Vous pouvez y expliquer le sujet de votre forum. Partagez ce message sur les réseaux sociaux pour attirer de nouveaux membres. Ajouter une catégorie Les catégories permettent aux utilisateurs de naviguer facilement sur votre forum et de trouver les sujets qu’ils recherchent. Ajoutez des catégories en fonction de votre site ou de votre activité. Rejoindre la communauté Wix Forum Voici une communauté faite pour vous qui êtes fan de Wix Forum. Découvrez les dernières infos, posez des questions et partagez vos demandes de nouvelles fonctionnalités. Découvrir Personnaliser à volonter Personnalisez l'aspect de votre forum à votre image. Allez aux paramètres de votre forum pour choisir parmi différentes mises en page, modifier votre texte, etc. Commencez avec votre forum !

  • essai

    essai

Tout afficher